"DROIT DE PAROLE" A CESSE D'EMETTRE A LA SUITE D'UNE PLAINTE DE BELGRADELe Monde, Genève, vendredi 2 juin 1993
de Isabelle Vichniac
Le bateau "Droit de parole" a cessé d'emettre le 26 juin, à la suite d'une décision de l'Union internationale des télécommunications déclarant recevable une plainte déposée en avril par Belgrade. Depuis trois mois, ce bateau ayant à son bord des journalistes serbes, croates, monténégrins et bosniaques diffusait à partir des eaux internationales de l'Adriatique des informations et de la musique. Il déployait aussi une activité humanitaire, notamment en transmettant des messages de réfugiés à l'intention de leurs familles.
Bernard Kirby, haut fonctionnaire de l'UIT et signataire de l'acte de recevabilité de la plainte serbe, nous a déclaré que cette décision était conforme au point 2665 de son "réglement radio" en vertu duquel "l'établissement et l'usage de stations radiophoniques à bord de navires, d'aéronefs ou de tout autre engin flottant ou aérien hors d'un territoire national sont interdits".
Alors que la nouvelle fédération yougoslave a été exclue de toutes les instances onusiennes, les milieux internationaux de Genève sont génés de constater que Belgrade dicte ainsi sa loi à une institution qui relèvent du système des Nations unies. Les responsables des émissions du bateau "Droit de parole" viennent de saisir de l'affaire M.Boutros-Ghali, le priant d'intercéder auprès de l'UIT pour que "la déclaration de recevabilité soit rapportée".