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Partito Radicale Silvja - 24 agosto 1993
RUPTURES

de Francois Hollande, Jean-Yves Le Drian et Jean-Pierre Mignard (*)

Le Monde, samedi 21 aout 1993

Nous sommes désormais responsables du mauvais cours du monde. Hier, la guerre froide était l'excuse commode à nos timidités et à nos démissions. Avec l'effondrement du "mur", l'impératif de l'action publique s'impose sans détour. Or, ironie d'un temps où les marchandises se fabriquent au meilleur cout, où l'argent circule sans entrave et où les monnaies flottent, les Etats sont condamnés à l'impuissance par un endettement trop lourd, et les institutions internationales sont distancées par leurs propres ambitions: l'ONU ne parvient pas à faire cesser les conflits dont elle est saisie, le FMI impose aux pays pauvres des purges sans fin, l'Europe, idéal de prospérité, découvre, avec l'hiver des récessions, le retour des égoismes fondamentaux.

Les principes qui avaient fondé les relations intemationales durant les quarante demières années s'érodent sous la pression des nationalismes montants. Le devoir d'ingérence, I'éco développement, la solidarité écologique sont menacés de rester à l'état de concepts.

Après avoir étouffé les tentatives de régulation du passé et instauré un ordre bâti sur le désordre d'hier, un monde désormais sans contrôle s'ébroue sous nos yeux, disloquant les anciennes solidarités et bouleversant les vieux ensembles. La nostalgie des communautés même imparfaites d'hier prélude à des colères et à des confrontations graves.

Certes, la contestation grandissante que subissent tous les chefs d'Etat et de gouvernement des grandes nations explique pour beaucoup leur silence ou leur prudence. De même, la conjoncture économique, source de jugements pessimistes, aggrave encore les inerties. Plus certainement, l'épuisement des grandes doctrines politiques et la résignation aussi collective que parfois arrogante des élites devant les problèmes du monde contribuent à créer un climat fait de vélléités, d'arrangements, voire de cynisme.

Aussi lourdes soient elles, les grandes questions le chômage, les inégalités de développement, les querelles nationales ne sont pas hors de portée de l'action humaine. Les blocages relèvent d'abord de l'ordre de la volonté, autre manière de dire qu'ils sont avant tout politiques.

Constatons que dans notre pays la vie politique n'est plus organisée autour de clivages pertinents. La défense de la monnaie, le déficit budgétaire, l'ampleur du programme de privatisations comme le statut de l'immigration sont des thèmes subalternes qui camouflent mal les vrais choix: ouverture ou repli sur soi, lutte contre l'exclusion ou défense aveugle des classes moyennes, Etat efficace ou morcellisé, pleine activité ou productivité maximale.

Tendre simultanément la main au monde à l'extérieur comme à la masse grandissante de ses exclus à l'intérieur devient une seule et même priorité pour la France, sauf à ce qu'elle se résigne à devenir une démocratie repliée, livrée aux corporatismes, hypocondriaque et finalement exténuée, bref qu'elle et combien d'autres de la sphère des pays de marché développé inaugurent l'ère des démocraties égoistes.

L'ouverture sur le monde d'abord. Elle suppose d'accélérer le cours de l'Union européenne et sans doute d'en finir avec la conception d'un grand marché, assez élargi, mais dépourvu de toute perspective politique. Mieux vaut une Communauté politique à six ou sept, capable de peser tout de suite sur les enjeux de la planète qu'un ensemble flou, confondu au bout du compte avec les Etats Unis.

Elle implique également, pour éviter le renforcement du protectionnisme commercial et monétaire, d'instaurer la stabilité dans le système monétaire international et de relever sensiblement le cout des transactions financières au plan planétaire, seule façon de lutter efficacement contre la spéculation.

Au delà, le développement du monde et d'abord des pays les moins riches du continent africain, menacé d'une catastrophe humanitaire, doit signifier la création d'un impôt mondial. L'Europe, par son histoire, a un devoir moral et politique particulier à satisfaire à l'égard de l'Afrique, qu'elle se doit de remplir au risque, sinon, d'être jugée sévèrement par les générations futures.

La logique du droit d'ingérence doit être poursuivie jusqu'au bout en vue d'assurer aux peuples les mêmes droits que ceux dorénavant reconnus aux personnes. L'ONU doit devenir gardien du nouveau droit international. Le Conseil de sécurité doit pouvoir être recomposé et relégitimé, afin de devenir un véritable état major du droit et de la paix, disposant de tous les organes militaires pour remplir sa mission.

Sur un simple plan intérieur, face à l'érosion inéluctable des emplois salariés classiques, notre société devra accepter de payer plus cher l'activité humaine. Ce que le consommateur croit souvent gagner par des prix plus bas, au risque d'une destruction massive de l'emploi, le contribuable l'acquitte forcément par un surcoût des charges du non emploi.

La collectivité a désormais à faire le choix entre baisser continument le cout du travail pour les entreprises sans avoir la certitude de l'embauche ou participer directement au financement d'activités utiles que le marché à lui seul ne peut solvabiliser.

La justice sociale suppose aussi de ne plus assimiler la protection sociale à une assurance. Les droits sociaux doivent être proportionnels aux revenus et aux patrimoines constitués. Il n'est plus possible de continuer à verser des allocations familiales sans condition de ressources ou de laisser, sous prétexte d'égalité, un ticket modérateur identique pour tous en matière de santé comme de ne pas faire participer plus directement les retraités au financement de la Sécurité sociale dont ils sont les premiers bénéficiaires. A l'inverse, la protection doit rester intégrale pour les plus modestes.

Enfin, la citoyenneté doit être reconsidérée. Elle n'est plus un simple rapport civique ou un statut juridique minimal. Face à l'émergence de nouveaux pouvoirs (médias, science, argent, juges, collectivités locales), les téléspectateurs, les patients, les salariés, les actionnaires, les justiciables, les usagers, les administrés doivent se voir conférer autant de nouveaux droits. Chacun est ou sera à un moment de sa vie, offensé, oublié, solitaire, voire marginal.

Notre Constitution doit prendre en compte la pluralité de ces expressions. Dans cette perspective, le référendum d'initiative populaire comme l'introduction de la représentation proportionnelle dans tous nos scrutins correspondent à des mesures d'ordre public.

Il existe à l'évidence un blocage français, les changements de majorité sont devenus sans effet majeur sur le pays et, pire, ils laissent le monde indifférent.

Les forces politiques dominantes sont peu ou prou l'émanation d'un même groupe social: les classes moyennes, dont chacun prétend pouvoir, contre toute raison, maintenir voire élargir les droits. L'Occident inaugure l'ère des démocraties égoistes avec une vie publique qui tourne inlassablement en rond et s'organise de façon navrante, au détriment des exclus d'ici et des pauvres de partout, alors que c'est de solidarité et de partage dont il faudrait convaincre nos opinions publiques.

Prenons enfin conscience que les questions internationales sont devenues en cette fin de siècle les grands thèmes du débat politique intérieur et que, dans le même mouvement, le règlement d'une bonne partie des problèmes domestiques dépend de l'efficacité des régulations mondiales. Contre le grand parti du statu quo, c'est d'alliances sociales nouvelles et de ruptures politiques dont nous avons besoin. C'est dans cette perspective que nous appelons à agir tous ceux qui le croient nécessaire, où qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, afin d'en faire, pour demain, une espérance.

(*) François Hollande, Jean Yves Le Drian et Jean Piene Mignard sont animateurs du club Témoin.

 
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