---------------------------------------------------------------PRESSE DU BURKINA FASO
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L'INTRUS DU 13 SEPTEMBRE 1993
- Rubrique: SOUVENIR DE THOMAS SANKARA
Nous remercions nos 'metteurs au point' d'avoir proposé d'ouvrir une rubrique 'SOUVENIR DE THOMAS SANKARA'. Le défunt mérite triplement cette rubrique.
Tout d'abord, Sankara fut indéniablement un homme dont les actes et pensées, si retentissants, continuent d'être l'objet de grands débats au delà du cadre national. Il se classe parmi ceux-là dont on peut être pour ou contre, mais il ne laisse jamais indifférent. Aussi, plus les débats s'approfondissent sur de tels hommes, mieux on le connaît.
Ensuite, les circonstances de sa mort ont été si ténébreuses qu'il faut nécessairement que lumière soit faite, et de la lumière à flot! C'est donc par des débats contradictoires que cet objectif peut être atteint.
Enfin, Sankara a été proclamé "HEROS NATIONAL" par de voies plus autorisées. Il va de soi qu'un héros n'est pas à jeter aux oubliettes. Bien au contraire il faut que l'Histoire et plus particulièrement la Jeunesse apprennent les hauts faits aussi bien que les faiblesses d'un tel héros.
Il n'est pas question de 'remuer des cendres', encore moins de faire des dénigrement éhontés et sans preuve, ou d'exalter béatement.
Il s'agit d'aider notre peuple à bien connaître son histoire en ayant un éclairage suffisamment bon sur les faits et gestes de ceux-la même qui ont grandement contribué au devenir national, pour ne pas dire au devenir humain tout court.
Pourfendeurs et admirateurs de Sankara, historiens et assoiffés de vérité, cette rubrique est le votre. Nous pouvons d'ores et déjà, vous assurer que nous publierons sans sélection partisane les articles qui nous parviendront, dès lors qu'ils sont conformes à la loi et à la déontologie. L'INTRUS TOUJOURS
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L'INTRUS DU 13 SEPTEMBRE 1993
CE QUE TOUS DOIVENT SAVOIR SUR THOMAS SANKARA
S'il est quelqu'un au Burkina surtout après sa mort, on ne peut se lasser d'entendre parler, c'est bien le capitaine Thomas Sankara. Simplement parce que l'homme, par son action politique et par ce qu'il a été tout au long de sa vie, est sorti de l'ordinaire, éblouissant de son grand personnage le monde, et forçant ici et ailleurs, l'admiration de tous. Les Burkinabé ont eu l'occasion de côtoyer et de voir agir ce grand homme qui, malgré ses erreurs (ce n'est pas un Dieu!), a marqué de son sceau le Burkina Faso. On peut ne pas aimer l'homme, mais on ne peut nier que Thomas Sankara fut exceptionnel, et qu'il a réussi, en 4 années de pouvoir, à 'révolutionner' les consciences burkinabè. Un proverbe dit que on peut ne pas aimer le lièvre, mais il faudra toujours reconnaître qu'il court vite.
Avec un surir au coin de la bouche, j'ai lu le libre propos des nommés Méda Kunkilé Pierre et Ouali Diapagri Luther, paru dans L'Observateur Paalga n. 3492 du 7 septembre, intitulé 'Ce que l'Intrus a omis de dire de Thomas Sankara'. Leur réaction vient à la suite d'un article titré 'Ce que Blaise n'a pas dit de Thomas Sankara' paru dans l'Intrus Toujours n.160 du 16 août.
Il faut convenir tout de suite qu'il y a entre l'article de l'Intrus et le libre propos des sus-nommés, comme un dialogue de sourds. Pierre et Luther qui ont, à travers leur écrit, un fort dent contre le président Sankara auquel ils attribuent leur malheurs et tous les péchés d'Israël, s'en prennent à L'Intrus Toujours dont les articles, somme toute, retiennent l'attention au point de susciter d'autrui de vives réactions. J'ose croire qu'aujourd'hui et demain, L'Intrus Toujours restera toujours égal à lui même et respectera toujours l'histoire et la vérité, en publiant des faite têtus, même quand ceux-ci déplaisent.
Est-il vrai, oui ou non, qu'en date du 19 août 1987, le président du CNR, président du Faso, a adressé une circulaire à 'tout ministres' en vue de 'la reprise d'agents sanctionnés pour leurs actes et propos contre la Révolution'? Oui, assurément, et c'est cela que L'Intrus Toujours a voulu démontrer, preuve à l'appui, en stigmatisant le fait que Blaise Compaoré ait choisi de ne pas en faire cas lors de son entretien avec les journalistes. En son silence partial fut d'autant plus haïssable ce jour, qu'il a évoqué 'les TPR et les dégagements' comme étant du seul cru de l'ancien président. En révélant ce fait, L'INTRUS TOUJOURS est resté fidèle à sa devise; il a livré une information vraie, et mon souhait est que ce journal continue dans ce sens et nous fasse beaucoup d'autres révélations.
Cette petite mise au point faite, il est intéressant d'examiner la diatribe de messieurs Pierre et Luther contre le président Thomas Sankara, qu'ils confondent allègrement, dans leur sainte rage, au Conseil National de la Révolution composé à l'époque d'hommes influents de ce pays dont beaucoup tiennent aujourd'hui encore les rênes du pouvoir.
D'abord, que ces interlocuteurs soient rassurés sur un fait: ce n'est jamais une mauvaise chose que de parler de Thomas Sankara aujourd'hui. Cet homme, je l'ai dit, fut exceptionnel, il s'en est allé en laissant son grand nom sur la terre; il a offert sa vie, et il laisse son oeuvre en héritage aux générations présentes et futures. Thomas Sankara n'est donc pas le genre d'homme qui s'attache seulement à la vie et au pouvoir, et qui n'est content que quand 'sa panse est pleine'. Sa philosophie de la vie est bien plus que cela, et c'est ce qu'il faut d'abord comprendre. Il faut croire que Thomas Sankara n'a pas tant redouté sa mort; il n'avait pas pour objectif de vivre coûte que coûte; mieux, il avait même à plusieurs reprises de son vivant, imaginé sa fin en résumant simplement son espoir dans cette phrase: "Tuez Sankara, et des millier de Sankara naitront". Thomas Sankara n'est donc pas seulement ce corps qui repose à Dagnoen et qui, chef d'Etat, a été enseveli comme un malpropre. Si la vie matérielle de Th
omas Sankara s'est arrêtée le 15 octobre 1987, sa vie spirituelle, elle, continue, et c'est lui faire justice que de saisir toute occasion pour parler de lui. Ceux qui disent du mal de lui aujourd'hui seront un jour détrompés; alors, ils en diront du bien.
Que Messieurs Pierre et Luther se détrompent: les camarades d'école de Sankara, ses compagnon d'Armes, ses supérieurs, ses collaborateurs, bref, ceux-la, disons-nous, qui connaissent l'homme Sankara (et je précise: ceux qui sont honnêtes), sont bien placés pour dire que Thomas, enfant, soldat ou homme politique, a toujours eu dans sa vie, une constante recherche du bien, le respect scrupuleux de l'amitié et une poursuite effrénée de la justice sociale, dut il lui en coûter la vie. C'est du reste ce qui lui arriva. Il est aisé de se rendre compte qu'il faut être un peu fou pour poursuivre de tels objectifs dans un monde qui fait peu de place à la vérité.
Thomas Sankara a eu le courage et le mérite de le faire, avec le concours d'une partie de notre peuple, et de certains qu'il croyait être ses amis, mais qui, hélas, l'on plutôt enfoncé pour en finir avec lui le plus tôt. Ce qui a été réalisé sous le CNR en 4 ans ne peut point être mis sur le seul compte du président Sankara. S'il devait en être ainsi, il faudrait alors reconnaître que le PF mérite d'être vénéré comme un Dieu.
Aujourd'hui, Blaise Compaoré, président du Faso et compagnon d'Armes de Sankara, n'a pas pu se refuser à proclamer Thomas Sankara 'HEROS NATIONAL'. Qu'en disent donc, messieurs Pierre et Luther? Sans nul doute, eux ne connaissent pas Thomas Sankara autant que Blaise. Cependant, ils ont trouvé le moyen de proférer des injures à son encontre, cependant que l'actuel président se tait, et n'a ouvert la bouche à propos du grand homme dont il connaît sans doute la valeur humaine, que pour dire 'c'est un camarade qui s'est trompé, avant de lui décimer, nonobstant le calcul politique, l'étiquette de Héros national. Y a-t-il réellement 'de la duplicité, de la fourberie, de l'hypocrisie' tout a la fois en un héros national? Si tel était le cas, nous aurions, nous Burkinabé, entamé notre dernière parcelle de crédit aux yeux de l'humanité en érigeant des 'ORDURE' en HEROS du BURKINA FASO.
Pour conclure, j'invite instamment en tant qu'admirateur du grand homme que fut Thomas Sankara, messieurs Pierre et Luther à apprendre à connaître davantage l'ancien président du Faso, ceci en tachant de prédisposer au préalable leur coeur à cela. Pour ce faire, l'idée de la rubrique 'Souvenir de Thomas Sankara' qu'ils ont lancée serait la bienvenue? Ils sauraient que si Thomas Sankara toujours en chair et en os , et qu'ils arrivaient à lui parler tous deux, ils seraient, sans coup férir, devenus ses amis, car ce grand homme qu'ils insultent parce qu'il le méconnaissent fortement, n'avait pour devise que le débat d'idées, clé de voûte de son action.
Ne revait -il pas, à la veille de sa mort, d'un 'peuple de convaincus et non d'un peuple de vaincus, de soumis qui subissent leur destin"? NONGDO
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LE PAYS N·484 DU 13 SEPTEMBRE 1993
DROITS DE L'HOMME
L'A.R.E.D.A. chez les grévistes ivoiriens de la faim
L'Association Radicale Pour l'Etat de Droit en Afrique a effectué du 5 au 9 septembre dernier une mission en Cote d'Ivoire.
Celle-ci avait pour objectif de prendre contact avec les étudiants de l'université d'Abidjan qui avaient entamé depuis le 6 août 1993 une grève de la faim sur le parvis de la cathédrale Saint-Paul du Plateau. C'était pour persuader ces étudiants du bien-fondé de la nonviolence dans leurs mouvements.
On s'en souvient encore, 24 étudiants ivoiriens de l'université d'Abidjan avaient entame une grève de faim sur le parvis de la cathédrale Saint Paul du Plateau (Cote d'Ivoire) depuis le 6 août 1993. Les raisons avancées par les étudiants étaient relatives au glissement catégoriel, qui concerne l'ensemble des fonctionnaires et notamment les enseignants du supérieur, qui ne dispensaient d'ailleurs plus correctement les cours, au paiement des arriérés de bourses, à la réhabilitation des cités décidée par le Premier ministre en accord avec les étudiants. A ces raisons s'ajoutent également des problèmes académiques, notamment l'institution d'un concours d'accès à l'université après le baccalauréat et les difficultés aux contrôles continus du fait du nombre pléthorique d'étudiants dans les salles de cours.
Face à tous ces problèmes, les étudiants de l'université d'Abidjan qui ont utilisé plusieurs moyens de lutte pour arriver à satisfaction de certaines de leurs revendications (grève, suspension des cours, marches, des casses, des sit-in...), qui n'ont pas porté les solutions escomptées, les étudiants vont utiliser un autre moyen de lutte: la grève de la faim . Cette méthode de lutte, qui est reconnue comme une méthode nonviolente (comme le prône l'Association Radicale pour l'Etat de Droit en Afrique (AREDA), fut l'objet d'une mission à Abidjan du 5 au 8 septembre 1993. La mission, rappelons-le, se situe dans la participation active partout dans le monde, à la recherche de la vie du droit et du droit à la vie. L'AREDA s'est rendue à Abidjan pour apporter son soutien à cette forme de lutte qu'est la grève de la faim des étudiants. Enfin l'AREDA devait mener une campagne d'information, pour mieux faire connaître sa philosophie du droit humain.
La délégation composée de Messieurs Traoré Mohamed Lamine (secrétaire chargé du trésor), Tapsoba Prospère (secrétaire adjoint chargé des relations avec la presse), Aziz Abdoulaye Adeoti (secrétaire adjoint au trésor) et de Madame Silivia Bizzarri (membre) a, durant son séjour ivoirien, pris contact avec le porte-parole des grévistes de la faim et quelques grévistes. La démarche de la délégation de l'Association Radicale pour l'Etat de Droit en Afrique a été surtout d'expliquer sa philosophie, sa démarche qui réaffirment son profond attachement aux mouvements pacifique, nonviolents et démocratiques. Aussi la délégation de l'AREDA a-t-elle rappelé en substance aux étudiants grévistes qu'une partie fondamentale de la théorie nonviolente et de toutes les formes que la nonviolence peut assumer, c'est la pratique de la désobéissance civile. A cela s'ajoute le rôle de l'information qui transforme la nonviolence comme donnée de témoignage individuel en concret lutte politique.
Privilégier le dialogue
Il a été également rappelé aux étudiants grévistes de la faim, la conception de Gandhi de la désobéissance civile. Celle-ci comprend cinq éléments fondamentaux pour une action nonviolente, à savoir l'abstention de la violence physique, la disponibilité au sacrifice ou encore "donner son corps à ses idées", le respect de la vérité, l'engagement constructif et jamais destructif.
Le dernier élément fondamental de la désobéissance civile est la gradualité des moyens, en ce sens que la nonviolence doit être soigneusement préparée. Elle ne doit pas s'identifier à la spontanéité, mais doit prévoir un temps précis pour chaque phase.
Ainsi la nonviolence active est-elle surtout dialogue, ouverture de dialogue avec qui ne veut pas parler.
L'intervention du porte-parole des grévistes, Monsieur Bahi Sylvain a surtout porté sur la signification de leur acte. Pour lui, la grève de la faim entamée par les 24 étudiants s'explique par leur détermination à faire aboutir leurs revendications sans passer par la violence, la casse comme les autres fois. Cela s'explique également par le souci d'éviter l'arrestation et la torture des grévistes qui ont été constatées jusque-là.
La délégation de l'AREDA a demandé aux étudiants de sur-tout privilégier la concertation et le dialogue, la grève de la faim devant être l'arme ultime. La grève de la faim, sans violence, devient légitime seulement après l'épuisement de tous les autres moyens nonviolents.
Adama Tomé
Envoyé spécial à Abidjan