=========================LE PAYS du 27 septembre 1993
CONTRE ANALYSE: BURKINA FASO - L'ESPOIR ?
"Que la majorité gouverne et que l'opposition s'oppose". Une vérité de la Palisse que le président du Groupe parlementaire de l'ODP/MT a récemment larguée, telle une bombe sur toute la faune politique de notre pays. Une déclaration sans fioriture, qui après la formation du deuxième gouvernement de la IVè République, conserve toute sa tonalité. Mieux, avec le recul, et suite au nomadisme politique observé ces dernier temps au niveau de certains partis, la déclaration de ce hiérarque de l'ODP/MT projette un éclairage tout vif et tout particulier sur l'actuel paysage politique burkinabè. En rejetant hors des allées du pouvoir la quasi totalité de l'opposition, le chef de l' Exécutif confirme une fois de plus qu'il est le maître du jeu. Ce faisant, il se sert de l'opposition comme on se sert d'un "kleenex". Dans sa relation avec l'opposition, l'Exécutif avait, pour des besoins de stratégie politique, prévu sur son échéancier la recomposition du gouvernement. Le principe en était établi et ceux qui étaient pressé
s de voir le scénario se consommer tout de suite rongeaient inutilement leurs freins. Il fallait en effet, selon une logique du découpage politique du temps, gouverner ensemble avec l'opposition sous la bannière du Programme de large Rassemblement, jusqu'au moment venu. Par sa déclaration, le député ODP/MT ne faisait en réalité qu'enfoncer une porte déjà ouverte. Il levait en effet un coin de voile sur un important pan de la stratégie du pouvoir. La vérité de sa déclaration, irréfutable au demeurant, était depuis toujours admise par l'Exécutif.
Le décret présidentiel du 3 septembre dernier, marque la fin du dernier acte d'un scénario politique dont on peut dire aujourd'hui que l'opposition n'en a jamais connu tous les chapitres. Mais ce décret qui recompose le deuxième gouvernement est de tous points de vue, salvateur pour l'avenir de l'opposition. En montrant que c'est lui qui régente sur toute la ligne le jeu politique, Blaise Compaoré, par la vertu de son décret, pourrait permettre à l'opposition de vivre en vérité son destin d'opposant. Sans doute, le président du Faso, une fois encore, souhaite-t-il qu'il en soit ainsi. Las de voir toutes les têtes dodeliner presque toujours dans le sens du oui approbatif, Blaise Compaoré ressent aujourd'hui le besoin personnel d'une opposition vraie et digne. Il en a besoin pour sa propre image de président d'un pays de démocratie. Il en a besoin pour le crédit de la démocratie burkinabè elle-même. Enfin, il en a besoin pour sa politique sur l'échiquier international où désormais tout se mesure à l'aune de la
démocratie.
En tout état de cause, le chef de l'Exécutif place sans ménagement l'opposition face à un miroir gigantesque et propre où elle pourra contempler tous ses furoncles. Et c'est heureux ainsi pour l'avenir du Burkina Faso. Car enfin, il faut que notre opposition comprenne cette vérité cardinale: aussi grand que soit son don d'ubiquité, on ne peut être à la fois de l'opposition et de la majorité. Il faut aller au pouvoir par la voie authentique des urnes.
LE PAYS
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