FEMMES ET PARLEMENTARISME: LES APPRECIATIONS DE Mme FATIMATA LEGMA (1)Née le 27 avril 1955, madame Fatimata Legma fut Secrétiare générale de l'Union des femmes du Burkina. Aujourd'hui, elle est député du groupe parlementaire ODP/MT. A l'issue d'une session de l'Union parlementaire en Australie où le Burkina
a été retenu pour abriter la rencontre des femmes parlementaires africaines, Madame Fatimata Legma nous a accordé une interview dans laquelle elle parle de son expérience parlementaire, des rapports qu'elle entretient avec son électorat...
LE PAYS: Comment se porte Madame Legma au sein d'une assemblée composée à 95 % d'hommes?
Fatimata Legma (F.L) : Pour ce qui est de notre assemblée, jusqu'à présent nous n'avons pas connu de problèmes particuliers du fait que nous soyons femme. Je pense qu'il nous revient plutot de voir dans quelle mesure nous pouvons toujours apporter notre contribution lors des débats. Aussi, par rapport aux questions traitées par l'assemblée, je pense que les femmes se sont acquittées de ce devoir. Etant donné qu'elles sont souvent pris la parole pour donner leur appréciation sur les différentes dossiers. Ainsi certains ministres ont été interpellés par rapport à des questions précises. Mais ce qui nous reste à faire, c'est d'être à l'écoute des autres femmes et pouvoir prendre en compte leurs aspirations.
LE PAYS : Après plus d'une année de vie parlementaire, quelle appréciation en faites-vous?
F.L : La vie parlementaire n'est pas une chose facile. D'abord nous avons des contraintes de tous genres. Sur le plan du travail, il y a des obligations qui font que nous n'avons pas l'heure de travail. Discuter des différentes dossiers avec les ministères, permet une ouverture très large, une meilleure compréhension de la situation dans les différentes domaines.
Il y a aussi le volet échange avec les autres parlements du monde. Nous avons l'occasion de recevoir souvent des délégations au niveau de notre pays. Nous aussi nous sortons pour rencontrer les autres parlementaires. Cela set très enrichissant. Malgré les contraintes de tout genres, la vie parlementaire est positive parce qu'elle nous permet d'avoir une vision globale du pays comme de l'extérieur.
LE PAYS : Quel est, selon vous, le rôle d'une femme dans une assemblée en Afrique?
F.L. : Disons d'abord que ce n'est pas une chose facile. Parce qu'il faut arriver à concilier son rôle au niveau de la famille à celui de la vie parlementaire; comme vous le savez, la famille africaine est très vaste et de ce fait il faut se battre sur plusieurs fronts. Ainsi les femmes parlementaires n'arrivent pas à faire le travail comme elles l'auraient souhaité. Mais je pense qu'au-delà de tout cela et comme on l'a vu aussi tout dernièrement lors de la réunion inter-parlementaire qui s'est tenue en Australie, le pourcentage des femmes parlementaires a diminué.
Ce pourcentage qui était de 15 % en 1991, se retrouve à 10 % en 1993. Donc il convient de rechercher les difficultés auxquelles les femmes doivent faire face. De ce fait, et en tant que femmes parlementaires, nous nous organisons pour nous retrouver, faire le point et voir concrètement quels sont les défis à relever par la femme africaine pour pouvoir participer à la vie politique de nos différents pays.
LE PAYS : Vous voulez organiser à OUAGA en 1994 une réunion des femmes parlementaires. Pourquoi une telle rencontre?
F.L. : Il est opportun de signaler d'abord, comme l'a dit le président de l'assemblée, que c'est honneur pour le Burkina de pouvoir abriter cette grande rencontre qui va regrouper des femmes mais aussi des hommes. Car pour nous, les problèmes de notre société ne peuvent pas être uniquement résolus par les hommes. Il faut que les différentes composantes de la société se donnent la main pour arriver à les résoudre. C'est pourquoi des hommes parlementaires seront conviés à la contribution significative.
Pourquoi cette rencontre? Je venais de dire que le pourcentage des femmes parlementaires a baissé de 1991 à 1993. C'est un élément à prendre en compte. Il faut que les femmes parlementaires se réunissent pour les défis qu'elles doivent relever pour pouvoir participer à la vie politique de leur pays.
A ce niveau, nous avons retenu comme thème : FEMME ET POLITIQUE DANS LES NOUVELLES DEMOCRATIES AFRICAINES". Trois grands axes seront débattus. Au moment opportun, vous en serez amplement informés. Mais retenez simplement que c'est un thème qui va susciter un échange d'expériences, une grande réflexion sur le devenir de la femme africaine. Nous avons déjà envoyé, pour la rencontre de Tunis qui va se tenir incessamment, à tous les présidents des parlements africains, les conclusions de la rencontre de Camberra en Australie, qui a retenu le Burkina pour abriter cette rencontre, les objectifs et les conditions de participations. Je pense que tous les présidents qui seront présents à Tunis recevront le documents et qu'une fois dans leur pays, ils pourront préparer le thème que nous avons retenu ensemble.
LE PAYS :Votre thème "Femme et politique dans les nouvelles démocraties africaines", est-il une manière de dire que la femme africaine a une autre rôle à jouer?
F.L.: Un autre rôle c'est trop dire. Mais disons-nous que les problèmes de notre société ne peuvent pas être résolus par une seule composante. De ce fait, les femmes ont leur contribution à apporter. Aussi avons-nous demandé à ce que des femmes et des hommes de sensibilités diverses participent à cette rencontre pour que nous puissions prendre des engagements. Notons aussi que lors de la rencontre du Niger, nous avons vu que les délégués des différentes sensibilités ne se disaient pas bonjour. Nous, nous pensons que ce n'est pas de cette façon que les parlementaires pourront résoudre les problèmes. Nous femmes, nous insistons sur certaines valeurs telles que la tolérance qui pourra nous permettre d'avancer.
Au Niger, les autres parlementaires ont tiré leur chapeau au Burkina: on ne pouvait pas faire une différence entre les parlementaires des différents groupes. C'est dire que la femme a un rôle à jouer dans la consolidation de la démocratie.
LE PAYS : On vous voit de moins en moins sur les autres terrains de la vie publique. Faut-il attribuer cela à l'ampleur de vos activités parlementaires?
F.L. : Peut-être que les médias ne sont pas informés des activités que nous menons. Je peux vous assurer qu'à toutes les grandes rencontres des autres provinces, et chaque fois que nous avons la possibilité d'apporter une contribution, d'aller appuyer nos soeurs, nous n'hésitons pas à le faire. A titre d'exemple, il y a moins d'un mois, l'ancienne responsable des femmes du Passoré s'est rendue à la Mecque, nous avons fait une délégation parlementaires qui a pu discuter avec elle.
Et à la rentrée parlementaire prochaine, nous allons arrêter un calendrier de sortie pour rencontrer les autres femmes des provinces. Parce qu'il ne faudrait pas que nous soyons isolées de nos rentes bases.
Les sorties que nous allons initier à la rentrée parlementaire auront pour but de discuter avec les femmes qui ont lutté depuis toujours pour l'affirmation de leurs aspirations. Car au niveau de l'assemblée, il faudrait que nous puissions voter des lois qui reflètent leurs désirs.
LE PAYS : Etes-vous suffisamment en contact avec votre électorat?
F.L. : C'est évident, nous effectuons des sorties dans les provinces après les sessions parlementaires pour expliquer aux populations les lois que nous avons votées. Parce qu'il faudrait qu'elles puissent suivre cela et comprendre le travail qui est fait au niveau de notre assemblée. Lors des grandes manifestations comme le Tour du Faso, le trentième anniversaire de la télévision, nous étions à Fada pour apporter notre soutien aussi bien aux populations de ma province d'origine que des autres provinces.
LE PAYS : A l'heure où se tient la Conférence annuelle de l'administration publique, quelle appréciation faites vous de notre système administratif?
F.L. : Il faut dire que c'est un thème d'actualité car les résultats de cette conférence permettront de revoir nos méthodes de travail, de repartir du bon pied. Car si l'administration est grippée, rien ne peut se faire. Nous en attendons beaucoup car au niveau de l'ADP, nous avons une délégation qui participe de bout en bout aux travaux.
LE PAYS : Un dernier mot...
F.L.: Nos remerciement à la presse même si certains journaux de la place ne viennent pas à la source pour chercher l'information. Je pense que ces journaux seront condamnés par l'histoire. Parce que quand on est journaliste, quand on veut rendre compte des faits, il faut aller à la source, afin d'être crédible. Mais je pense que les quotidiens doivent continuer dans leurs efforts actuels en cherchant toujours à s'améliorer et en évitant le sensationnel.
Propos recueillis par Adama Tomé
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(1) Députée burkinabè de ODP/MT inscrite au PR et membre du Conseil Général
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