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Partito Radicale Alessandra - 3 gennaio 1994
Tribunal international

Ex-Yougoslavie

PUNIR POUR FAIRE MEMOIRE

Interview de Cherif Bassiouni, chef de la Commission de l'ONU sur les viols et sur les violations des droits de l'Homme, par Chiara Valentini dans l'Espresso (7 janvier 1994)

"Je suis préoccupé et alarmé. Il y trop de forces en Occident qui voudraient tirer un trait sur les atrocités commises en ex-Yougoslavie. Et elles agissent de manière à rendre impossibles de fait les enquêtes internationales."

Cherif Bassiouni est un juriste énergique, d'origine égyptienne, et professeur à la De Paul University de Chicago; et c'est sans doute l'homme qui en ce moment dispose du plus grand nombre d'informations et de témoignages sur les cas de viol ethnique et les tortures, sur les camps de concentration et les exécutions sommaires: bref sur cet ensemble de délits contre l'humanité causés par la guerre de l'autre côté de l'Adriatique. Bassiouni est, en fait, parvenu à cataloguer, dans un système de banque de données, plus de 45000 documents, fruit des recherches menées par la direction spéciale de la Commission du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour l'enquête sur les crimes contre l'humanité. Avec l'aide d'un groupe de 30 avocats, il a également "fiché" les témoignages recueillis sur le champ de guerre par diverses organisations humanitaires. Il poursuit son travail afin d'acquérir de nouvelles preuves qui devraient servir au tribunal international, présidé par l'Italien Antonio Cassese, qui s'est établi dan

s les semaines passées à l'AJA.

Professeur Bassiouni, pourquoi lancez-vous ce cri d'alarme au moment même où le tribunal commence à être opérationnel?

"Parce que la logique des enquêtes s'oppose à la logique de celui qui veut parvenir, à tout prix, à sceller un accord entre les différentes factions en lutte, assignant à chacun le morceau de territoire qu'il a conquis. Ceci revient à avaliser au niveau international le nettoyage ethnique et à absoudre celui qui la pratique. Pour cette raison, nombreux sont ceux qui, aujourd'hui, voudraient voir la Commission clore son activité".

Il semblerait que le fait de parvenir à un accord entre Serbes, Croates et musulmans afin qu'ils s'octroient, chacun, un morceau de Bosnie, apparaisse, aujourd'hui, comme l'unique voie d'issue à cette terrible guerre.

"C'est une voie d'issue à laquelle je ne crois pas. Non seulement parce qu'elle ne garantit pas du tout que les trois parties ne continueront pas à se battre, mais ausi parce que, ce faisant, la communauté internationale lance un message très dangereux pour la résolution des conflits qui explosent dans tant d'autres régions du monde".

A partir de la masse de matériel que vous avez recensé, s'esquisse-t-il un schéma précis de ce qui a été commis jusqu'ici?

"Non, parce que le volume des délits est énorme. Nous parlons ici de 150.000 morts, pour la majorité des enfants, de 50 mille personnes torturées, et d'au moins 393 camps de détention".

Du moins en ce qui concerne les cas de viol ethnique, des informations suffisantes ont-elles été recueillies?

"Il s'agit d'un des sujets les plus délicats. Nous avons recensé trois mille cas de viol mais dans 800 cas seulement, nous sommes parvenus à identifier de manière suffisamment précise les noms des coupables. Recueillir des témoignages assermentés en plein milieu d'une guerre aussi terrible que celle-ci est beaucoup plus difficile que ce que l'on peut s'imaginer".

Quelqu'un cherche-il à vous faire obstacle?

"Oui, cela nous arrive souvent. L'exemple le plus récent, ce sont les inspections d'une fosse commune que nous devions faire à Vukovar, où les Serbes avait enlevé 250 blessés d'un hopital, puis les avaient emmenés de force dans la campagne et tués. Nous avions tous les permis en règle délivrés par les forces d'occupation, mais lorsque nous nous sommes présentés, ils nous ont empêchés d'enquêter sur ce crime".

Partagez-vous le sentiment d'impuissance que beaucoup d'occidentaux éprouvent aujourd'hui devant ce massacre sans fin?

"Non, je pense qu'il est de la plus grande importance, en premier lieu pour les victimes, que l'on se documente sur ce qui se passe.

A mon institut de Chicago nous avons fait une statistique. En Bosnie, 80% des délits ont été commis au cours de la seconde moitié de l'année 1992, lorsqu'étaient publiés en moyenne, dans la presse internationale, entre 7 et 8 articles par mois. Dans la première moitié de l'année 1993, face au 700 articles publiés par mois, le taux des crimes a baissé de 20%. La violence a commencé à décroître lorsque le monde entier a dénoncé l'horreur. Il est dès lors certain que si les faits sont divulgués au grand jour, les criminels aussi feront un pas en arrière".

 
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