Radicali.it - sito ufficiale di Radicali Italiani
Notizie Radicali, il giornale telematico di Radicali Italiani
cerca [dal 1999]


i testi dal 1955 al 1998

  RSS
gio 30 apr. 2026
[ cerca in archivio ] ARCHIVIO STORICO RADICALE
Conferenza Partito radicale
Giannini Leonello - 14 gennaio 1994
C'est à Sarajevo que se joue l'avenir de l'Onu
par Jaques Baumel, vice-president du Conseil d'Europe e t depute RPR des Hauts-de-Seine

Débate sur la ingérence - Le Monde

Réduite à l'impuissance par la pusillanimité des Etats, paralysée par sa bureaucratie et affaiblie par une grave crise financière, l'ONU n'a pas encore trouvé sa place dans le monde de l'après guerre froide. La façon dont elle saura ou non sortir du piège yougoslave sera décisive pour l'avenir de l'organisation internationale.

DÉSORIENTÉE depuis les bouleversements qui ont mis fin au duopole russoaméricain, dépourvue de son rôle d'ultime recours entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud, paralysée par sa lourde bureaucratie et sa situation financière désespérée, affaiblie par ses échecs en Bosnie, en Somalie, en Angola, l'ONU n'a pas encore trouvé sa place dans le monde de l'après guerre froide. Jamais, depuis la sinistre époque des vetos soviétiques à répétition, I'institution internationale n'avait révélé une aussi grave impuissance. L'engagement de la communauté internationale pour condamner l'Irak avait fait espérer que les Nations unies allaient enfin, après quarante ans de guerre froide, jouer le rôle qui leur avait été confié en 1945. On s'est trompé. La mobilisation victorieuse contre l'lrak était une entreprise conduite de bout en bout par l'Amerique grâce à l'affaiblissement de l'URSS et à l'indifférence de la Chine. L'ONU s'était bornée à l'autoriser.

Aujourd'hui, dans l'enfer de Sarajevo comme à Mogadiscio, I'ONU avec ses recommandations bafouées, ses » casques bleus humiliés, révèle son incapacité à arrêter le carnage et à sanctionner l'agression. Les insupportables images que diffusent chaque soir les télévisions du monde sont une terrible condamnation de la pusillanimité des gouvernements et de la léthargie du Conseil de sécurité.

Les fracassantes déclarations des généraux Briquemont et Cot révèlent le malaise croissant qui regne dans la FORPRONU dont les soldats, paralysés par de prudentes consignes, supportent de plus en plus mal les humiliations et les tracasseries de quelques chefs de bandes locaux. Ce n'est pas un changement de général qui apportera une quelconque solution.

Dans un rapport accablant qu'il vient d'adresser au secrétaire général Boutros Boutros Ghali, le général Cot passe en revue toutes les occasions manquées, les erreurs passées la pleutrerie des autorités politiqués qui camouflent leur volonté de ne pas bouger par d'hypocrites et vaines déclarations. Il y dénonce la scandaleuse hypocrisie de ces interminables conférences de Genève, nouveaux Munich de la honte, où les négociateurs, dans le vain espoir d'apaiser les agresseurs, comme Chamberlain avec Hitler, déroulent des tapis rouges sous les pieds de ceux qui, pendant ce temps, continuent à bombarder les villes et à tuer femmes et enfants.

Comment sortir aujourd'hui honorablement de ce piège dans lequel l'ONU et l'Occident sont tombés tête baissée? Les Nations unies sont à un tournant décisif. Rester, c'est accepter, la rage au coeur, des situations humiliantes pour sauver quand même quelques vies humaines et empécher la scandaleuse victoire de l'agresseur. Faut il partir avec les dramatiques suites que l'on imagine sans peine? N'est il pas trop tard pour une intervention qui risque d'être à la fois une Saint Barthélemy de »casques bleus et de mettre les Balkans en feu?

L'expérience prouve que l'ONU, avec ses structures vétustes et lourdes, est incapable de mener des opérations de grande envergure qu'elle est obligée de déléguer à quelques grandes puissances, notamment aux Etats Unis.

L'absence d'autorité politique est encore plus dommageable. Elle est en fait déléguée par le Conseil de sécurité au secrétariat général qui est en principe le chef supérieur des opérations, mais qui ne peut, peut étre par prudence excessive, que se réfugier derrière l'autorité du Conseil de sécurité. Mais qu'est donc le Conseil de sécurité si ce n'est un comité d'ambassadeurs représentant des Etats jaloux de lour souveraineté?

L'appel aux Etats demeurera longtemps indispensable car eux seuls détiennent des moyens militaires réels. Comment distinguer l'humanitaire du politique? N'y a t il pas ambiguïté, voire une certaine hypocrisie7 La multiplication des interventions de l'ONU, si elle ébauche un certain ordre international, ne révèle t elle pas les faiblesses d'un monde sans hiérarchie respectée, sans volonté politique affirmée ?

L'ONU arrivera t elle à surmonter la grave crise existentielle qui détruit son autorité et paralyse son action? C'est plus que douteux.

A la crise politique de l'ONU s'ajoute une crise de conflance en elle même de l'organisation. Secoué par une série de réorganisations désordonnées le secrétariat est démoralisé. Par dessus le marché, l'ONU est dangereusement à court d'argent. Sur 184 Etats membres une trentaine au maximum sont a jour de leur cotisation. Les autres lui doivent plus de 2 milliards de dollars en contributions arriérées, tant pour les budgets ordinaires que pour les opérations de paix. Les Etats Unis eux mêmes ont cessé leurs règlements tant qu'un véritable contrôleur financier n'aura pas été désigné pour vérifier les comptes de l'ONU.

Un » agenda pour la palx

Cette situation a notamment pour effet de gêner le recrutement de »casques bleus pour des opérations en cours ou futures car les pays qui fournissent des soldats exigent d'être remboursés. Pour ce qui concerne la France, le coût des actuelles opérations de paix s'élève pour cette année à plus de 5 milliards, qui sont prélevés sur notre budget de défense déjà fort mal en point.

Autre raison de la crise actuelle, l'ONU est décrédibilisée et se retrouve vidée de sa substance. La guerre froide est terminée, le tiersmonde a perdu son agressivité et s'enlise dans la misère et le désespoir. Les pouvoirs économiques sont de plus en plus entre les mains du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Les grandes conférences médiatiques, comme le sommet de Rio, n'ont pas eu de suivi. Dans le domaine des droits de l'homme, toute action est limitée par la mauvaise volonté des Etats incriminés, notamment l'Inde, la Chine et certains gouvernements islamiques. La notion d'ingérence ou le droit d'intervention sont fortement combattus, par une majorité d'Etats du tiers monde qui y voient un retour masqué du colonialisme. En fait, de plus en plus, les affaires sérieuses se traitent entre grandes puissances à Genève ou au Conseil de sécurité.

Chacun sent bien qu'il faut réformer l'ONU, mais on est loin d'être d'accord sur les méthodes.

La prédominance du Conseil de sécurité est de plus en plus mal supportée par le tiers monde qui voudrait l'élargir afin d'y avoir accès. Il est évident qu'il s'ouvrira avant trois ans à deux grandes puissances, l'Allemagne et le Japon. Mais à partir du moment où l'on y fait accéder deux nouveaux Etats, on ouvre la bôîte de Pandore de toutes les ambitions. Certains en arrivent à proposer de passer de quinze à vingt et même à vingt deux et souhaiteraient abolir le droit dé veto des cinq grands héritiers de la seconde guerre mondiale et pour l'instant seules puissances nucléaires. En même temps on imagine sans peine les conséquences que ces mesures pourraient avoir dans une organisation qui n'a jamais trouvé son équilibre entre les ambitions des grandes puissances et les illusions tiers mondistes en grande partie perdues.

Soucieux de donner un nouveau sens à sa mission à une ONU paralysée par une charte qui interdit toute ingérence et toute atteinte à la souveraineté des Etats le secrétaire général Boutros Boutros Ghali propose aujourd'hui un ambitieux » agenda pour la paix qu'il espère bien faire adopter avant 1996.

Mais comment l'ONU, engagée dès aujourd'hui dans quatorze opérations de maintien de la paix et dans une trentaine de missions de sécurité à travers le monde, pourra t elle faire face à ses responsabilités alors que, criblée de dettes, elle ne peut même pas assurer certaines de ses fins de mois? A cet effet le secrétaire général a demandé la création d'une force permanente d'intervention rapide composée de volontaires et dotée d'un armement capable de faire face à des adversaires bien déterminés. Jusqu'ici, seule la France a répondu à cet appel. En revanche de nombreuses voix se sont élevées pour mettre en garde le Conseil de sécurité contre le risque de compromettre par de telles actions l'impartialité et la crédibilité de l'organisation internationale.

Aujourd'hui les Nations unies sont à un tournant décisif de leur histoire. C'est peut étre l'avenir de l'ONU qui se joue à Sarajevo.

 
Argomenti correlati:
stampa questo documento invia questa pagina per mail