"LE MONDE" Jeudi 20 Janvier 1994La politique internationale vis à vis de la Bosnie Herzégovine est aussi malaisément décryptable que l'imbroglio yougoslave lui même. Convulsive, errante, cette politique ne paraît soumise à aucune logique véritable et semble dépendre, le plus souvent, de seules contingences de politique intérieure. De même ne répond elle visiblement à aucun projet structuré. Deux exemples viennent illustrer l'incohérence dans laquelle la communauté internationale au premier rang de laquelle la France s'enfonce toujours plus face aux conflits yougoslaves.
Il y a à peine dix jours, l'heure était aux martiales démonstrations de force. C'était a Bruxelles, au sommet de l OTAN. Là, la France se targuait d'avoir fait violence à ses quinze partenaires de l'Alliance pour que celle ci se saisisse de la question bosniaque et les poussait à brandir la menace de frappes aériennes contre les forces serbes si elles continuaient à ne pas entendre raison menace présente, en fait, depuis août dernier. Aujourd hui à Genève, où médiateurs et belligérants, s'écharpent une fois de plus autour de cartes improbables le ton est exactement inverse et les responsables de l'ONU font bien comprendre que l utilisation de la force n'est pas de mise. Ainsi le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, Yasushi Akashi, s est il prononcé contre l'utilisation de frappes aériennes...
Il y a également »l'affaire Cot . Pour avoir critiqué l'attitude de l'ONU dans l ex Yougoslavie et avoir voulu déposséder Boutros Boutros Ghali d'une prérogative le pouvoir de déclencher des frappes aériennes que le Conseil de sécurité lui avait octroyée le général français se voit purement et simplement remercié.
Dans un premier temps, le gouvernement français MM. Juppé et Léotard en tête avait manifesté un soutien appuyé au chef des »casques bleus . Sans doute ne se souvenait on pas à Paris que la France avait été la première quelques mois auparavant à se battre pour que ce »pouvoir de frappe revienne exclusivement à M. Boutros Ghali. Aujourd'hui, alors que le gouvernement français a accepté le rappel du général Cot, celui ci doit méditer sur la cohérence des hommes politiques.
On comprend mieux au vu de ces errements, la désinvolture avec l'aquelle les Serbes prennent les menaces occidentales, et l'attitude des autres parties belligérantes qui entendent maintenant faire valoir leurs intérêts par l'usage de la force. Accumulation d'erreurs, de ratés, de palinodies la politique des grandes puissances vis à vis du drame yougoslave tourne à la dérision. Entre les discours contradictoires apparaît une vérité cruelle: la souffrance humaine n'a jamais déterminé le comportement des grandes nations.