ON NE PEUT PAS VAINCRE LA DROGUE AVEC LA REPRESSION
Extraits d'une interview a Paolo MENDO
Diario de Noticias, Lisbonne, le 7 février 1994
Diario de Noticias: Vous avez défendu récentemente que la drogue devrait être vendue en pharmacie. Vous confirmez cette position?
Paolo Mendo: Nous sommes en train de nous diriger rapidement vers la vérification, dans beaucoup de pays, de l'impossibilité de vaincre le phénomène de la drogue à travers la répression exclusivement. Les mafias internationales sont alimentées par une clandestinité de la vente qui fait en sorte qu'une drogue, qui est une chose très bon marché, se vend à des prix exhorbitants. Et plus la répression est efficace, plus le prix augmente. Un drogué doit se transformer obligatoirement en petit criminel pour alimenter son vice. Une chose est que nous disions, nous médecins, ce que l'héroïne a comme conséquence. Une autre chose est ce qu'on associe socialement à l'héroïne: le crime. Et il faut en terminer avec cela.
Je pense que nous ne pouvons avoir de tabous à l'égard d'une chose qui est en train de détruire les sociétés modernes. Le fait de pourvoir aborder un drogué et d'éviter, en lui donnant de drogue, un crime, c'est du point de vue médical une attitude parfaitement salutaire. Ce que je veux c'est tester cette idée.
D.N.: Est-ce que vous pensez que l'Etat doive fournir des drogues?
P.M.: Ces décisions doivent être étudiées au niveau communautaire, en prenant comme base une étude sous-évaluée à propos de ce que l'on est en train de faire dans la région de Liverpool ou à Amsterdam.
La seule chose que je sais c'est que je suis antiprohibitionniste. Interdire n'est jamais une finalité. Au Portugal il y a une politique directement dirigée par le Premier Ministre, à travers un commissaire national. En tant que Ministre de la Santé, je n'ai pas une politique indépendante sur ce sujet. Je n'aurai donc aucune attitude politique dans ce secteur parce que cela ne dépend pas directement de moi. Ce que j'ai déclaré c'est ma position en tant que citoyen.
D.N. Allez-vous tenter de lancer cette discussion à l'intérieur du gouvernement?
P.M.: Je ne considère pas cela comme étant prioritaire.
D.N.: Le procès des hémophiles fut-il bien conduit?
P.M.: D'après tout ce qui me fut donné à étudier dans les dossiers je pense que cela fut mieux mené que dans n'importe quel autre pays d'Europe.
D.N.: Les indemnisations sont plus basses ...
P.M.: Les indemnisations sont portugaises. Au Portugal, combien donc une compagnie d'assurances paye à une victime d'accident de voiture?
D.N.: Allez-vous lancer un traitement ambulatoire pour les porteurs du Sida?
P.M.: Oui. Je ne veux en aucun cas abolir le programme.
D.N.: Le programme des seringues. Va-t'il y avoir une seconde phase?
P.M.: C'est sûr. C'était un projet de trois mois et son acceptation fut spectaculaire. Egalement grâce à l'action menées par les pharmacies.