LES ONZE FRANCAIS DETENUS PAR LES SERBES SERAIENT SUR LE POINT D'ETRE "JUGES"
Le Monde, Dimanche 8 - lundi 9 mai 1994
Les onze membres de l'organisation humanitaire Première urgence, détenus près de Sarajevo par les Serbes de Bosnie depuis le 8 avril, doivent etre "jugés" ensemble dans les jours qui viennent, a indiqué, vendredi 6 mai, le leader serbe bosniaque Radovan Karadzic à un diplomate français avec lequel il s'est entretenu dans son fief de Pale, près de la capitale bosniaque. De son coté, le ministre grec des Affaires Etrangères, Carolos Papoulias, a assuré qu'il avait entrepris jeudi, à la demande d'Alain Juppé, des "démarches et communications amicales" auprès de la Serbie et des Serbes bosniaques en faveur de la libération des onze français.
D'autre part, le procureur-adjoint du Tribunal international de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie, Graham Blewitt, a rejeté une demande d'ouverture d'enquete formulée par le batonnier de l'ordre des avocats de Paris à propos du prochain "procès" des membres de Première urgence par les Serbes bosniaques, rapporte notre correspondant à La Haye, Christian Chartier. "En l'état des informations qui m'ont été transmises, je n'ai pas pu conclure que les faits allégués constituaient un crime relevant de la compétence du Tribunal", a expliqué, vendredi, M. Blewitt, rappelant que la juridiction de l'ONU devait poursuivre "les violations graves du droit international humanitaire défini entre autres par les conventions sur le génocide, sur le droit de la guerre et sur les crimes contre l'humanité".
Toutefois, la position de M. Blewitt n'est que "provisoire": il a précisé qu'il avait demandé à ses interlocuteurs parisiens de le "tenir informé des développements" de l'affaire. Si le procès se tenait dans des conditions "constituant un crime relevant de la compétence du Tribunal", il "pourrait etre amené à revoir" sa décision. Interrogé plus largement sur la mise en place du bureau du procureur, "cheville ouvrière" du Tribunal qu'il doit "pourvoir" en accusés, M. Blewitt a déclaré que les premiers enqueteurs chargés de recueillir dans l'ex-Yougoslavie les preuves et les témoignages d'exactions arriveraient à La Haye "au mois de juin". C'est également à cette échéance qu'il prévoit d'ouvrir ses premières instructions, suivies de mises en accusation "vers la fin de l'été".