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Partito Radicale Centro Radicale - 29 giugno 1994
EX-YOUGOSLAVIE

LES ALIBIS MILITAIRES

Par Antoine Sanguinetti*

SOMMAIRE: Face à l'agression serbe en Bosnie, l'ONU a oublié les finalités premières de son intervention. Les arguments militaires masquent, en réalité, l'absence de volonté politique afin de défendre le droit, seule garantie de la paix. Les gens de métier savent en effet que les forces nationallstes serbes ne sont pas aussi redoutables qu'on le dit et que détruire les pièces tirant sur Sarajevo ne demanderait que 48 heures.

(Le Monde, 10-6-94)

Quand la violence armée s'est déchaînée en Croatie en 1991, dans l'attaque de Vukovar suivie de celle de Dubrovnik, il s'agissait encore d'un problème intérieur yougoslave, échappant à ce titre à la compétence de l'ONU tant que l'indépendance croate ne serait pas reconnue. Le Conseil de sécurité a donc refusé l'envoi d'une force de sécurité; il a voté, en revanche, contre les forces armées de la Yougoslavie fédérale, coupables de cette agression, le fameux embargo sur les armes dévié aujourd'hui sur leurs victimes bosniaques.

Cela dit, quand en Bosnie, au début d'avril 1992, l'armée fédérale a ouvert le feu sur des habitants de Sarajevo qui manifestaient pacifiquement pour une citoyenneté pluriculturelle, comme la nôtre, la situation juridique avait changé. La Bosnie voyait son indépendance reconnue dans ses frontières traditionnelles et entrait à l'ONU. Le nouveau droit international bâti depuis 1945 (Déclaration universelle des droits de l'homme et chartes de l'ONU et de la CSCE signées par Belgrade, prohibant toute modification des frontières en Europe par la force) s'imposait donc désormais aux Etats-membres. La seule solution conforme à ce droit et à la morale, la paix étant rompue, était de se ranger aux côtés des agressés pour "réprimer l'agression" (art. 1 de la charte de l'ONU), au besoin par les armes (art. 41 et 42), comme l'a demandé la Bosnie dès le 4 mai 1992 et comme il a été fait au Koweït. Au lieu de quoi le Conseil de sécurité, persistant à parler de maintien de la paix dans un pays où la guerre faisait

pourtant déjà rage avec l'appui direct de Belgrade et la participation des forcés fédérales, a limité au départ la mission des » casques bleus à une interposition entre les adversaires.

Aujourd'hui, après deux ans de guerre, les finalités premières de l'ONU - de répression de tout acte d'agression ou rupture de la paix dès lors qu'il se produit - restent oubliées. On avait pu espérer un retour aux principes de la charte après les résolutions du Conseil de sécurité autorisant l'emploi de la force en Bosnie : la 776 pour y acheminer l'aide humanitaire; la 781 et la 816 pour interdire son survol; la 824 créant cinq zones de sécurité; la 836 autorisant la FORPRONU à riposter aux agressions contre ces zones. Toutes sont cependant restées lettres mortes.

- La volonté politique.

Il semble donc bien qu'une volonté - gouvernementale ou onusienne - ait décidé de se mettre en travers de ces décisions, pourtant toutes appliquables. S'agissant de la France, chaque fois que l'horreur des crimes commis en Bosnie a semblé faire pencher l'opinion publique pour cet emploi limité de la force, on a vu sur les médias divers experts civils ou militaires, parfois politiques de haut rang, doser leurs assertions pour faire apparaître impossible toute action de cet ordre. Le ministre de la défense lui-même a repris à son compte leurs arguments plus que contestables : affirmations sommaires, non étayées, tenant lieu d'analyse technique comme lorsqu'on créditait grotesquement l'Irak de la quatrième armée du monde.

En fait, il est faux qu'une intervention armée sous l'égide de l'ONU soit assimilable à une guerre impliquant la France en tant que telle. La guerre est un concept d'Etat à Etat qui ne peut s'appliquer à l'ONU, agissant en droit pour forcer justement à la paix des fauteurs de guerre violant systématiquement les trèves signées par les dirigeants de leur » Etat autoproclamé, non reconnu. De même, il est faux que les forces nationalistes serbes disposent d'un »équipement formidable : fourni naguère à la Yougoslavie par les Soviétiques, il ne se compose dans son immense majorité que de vieux modèles de chars ou canons tractés datant au mieux de l'immédiate après-guerre, techniquement et technologiquement très dépassés. Plusieurs annuaires, comme le Military Balance de l'Institut d'études stratégiques de Londres, donnent le détail de ce plutôt modeste arsenal.

Le même annuaire nous informe en outre que, dès juillet 1993, les 80000 hommes de la milice serbe de Bosnie avaient déjà perdu leur avantage numérique initial face à l'Armée nationale bosniaque pluriethnique, mobilisée à cette date au niveau de 110000 hommes, et qui avoisine aujourd'hui, d'après la presse, les 200000. Sa motivation supérieure, due à la barbarie de l'agression subie et au fait d'opérer en défense de sa propre terre, lui a permis de commencer à remporter des succès. On mesure au contraire les déficiences des milices serbes au fait qu'elles se sont toujours limitées à pilonner au canon les populations de villes, sans jamais cependant s'enhardir jusqu'à donner l'assaut ou livrer bataille. On peut donc présumer sans optimisme excessif que, déjà tenues en respect en maints endroits par des adversaires moins armés, elles seraient incapables de s'opposer à des unités régulières des armées européennes - dont il faut enfin rappeler qu'elles se montent à plus de 2 millions d'hommes pour les seul

s neuf pays d'Europe membres de l'UEO.

Les difficultés d'une intervention armée en Bosnie n'ont donc de réalité qu'au niveau de la volonté politique des dirigeants européens. D'autant que, lorsqu'on parle d'intervention, il ne s'agit à l'évidence pas d'occuper militairement la Bosnie, pas plus que la Serbie, comme on tente parfois de le faire croire. Ce dont il s'agit en fait, c'est seulement de neutraliser, c'est-à-dire détruire, l'artillerie qui arrose les villes au mépris des trèves négociées, des résolutions de l'ONU et des Convenions de Genève pour la protection des populations civiles en temps de guerre.

- La meilleure option.

Il est encore faux que la FORPRONU soit en nombre insuffisant pour pouvoir agir et manque de moyens : son chef, le général Cot, a affirmé en son temps y être prêt et demandé délégation pour ce faire. Ses moyens sont énormes, au-delà même des 300 avions de l'OTAN. Ce qui a toujours fait dire aux gens de métier, relayés par M. Giscard d'Estaing (le Monde du 4 février), que pour détruire les pièces tirant sur Sarajevo, il suffirait de 48 heures. Pour ce qui est du tandem enneni artillerie-forces aériennes, on a dit que la première était protégée par sa mobilité : ç'aurait pu être vrai en plaine, mais pas en montagne où ses déplacements sont tributaires de petites routes difficiles, à la merci de la première coupure. A l'inverse, on a prétendu que l'aviation d'appui serait paralysée par l'imbrication des adversaires. Mais c'est la situation coutumière au combat, et un problème résolu en routine par les armées occidentales durant la dernière guerre. Quant à l'argument spécieux qu'à provoquer la colère des Serb

es, on ferait courir des dangers supplémentaires aux soldats de la FORPRONU, c'est en fait la passivité qu'on leur a imposée en leur interdisant de riposter aux attaques qui les met en danger et qui en a déjà fait tuer ou blesser un bon nombre - et que leur dignité ne saurait accepter.

La seule chose, qui a manqué pour casser l'arrogance des milices nationalistes serbes, c'est le feu vert de M. Boutros Ghali pour débuter les frappes aériennes. Mais la prétendue »impuissance de la FORPRONU devant les obstacles qui lui sont opposés, l'inertie de l'OTAN face au millier de violations de l'interdiction de survol de la Bosnie ou au non-respect de ses ultimatums, ne peuvent pas résulter de la seule » mauvaise volonté de fonctionnaires de l'ONU - secrétaire général ou adjoint japonais qu'il est trop aisé de désigner comme boucs émissaires. Les reports successifs d'application des décisions du Conseil de sécurité n'ont pu se faire qu'avec l'assentiment au moins tacite de ses membres : assentiment à rapprocher, pour la France, de son empressement à démettre deux de ses généraux coupables d'avoir voulu, pour leur honneur et celui de leur pays, remplir leur mission explicite de protection des populations.

Répétons qu'une intervention internationale pour refouler les agresseurs était la meilleure option pour rétablir la paix et ménager l'avenir. Mais il est net aujourd'hui que si l'ONU, pour des raisons inavouées ou inavouables, a décidé pendant deux ans de ne pas intervenir, elle ne le fera plus. Les Occidentaux disposaient cependant d'une autre voie honorable, sans appel à la force, consistant à soutenir les manifestations intérieures serbes d'opposition à Milosevic : rassemblement de 150 000 personnes à Belgrade le 9 mars 1992, ou écrits courageux d'intellectuels vivant en Serbie, publiés aujourd'hui en France ou ailleurs. Ils ne l'ont pas même tenté.

Dans ces conditions, il ne reste plus d'autre possibilité de se plier au droit que de lever l'embargo sur les armes pour permettre aux Bosniaques d'exercer leur »droit naturel de légitime défense (art. 51 de la Charte de l'ONU). En refusant l'idée de la levée de l'embargo, la France oublie l'incidence qu'elle aurait sur la nature même de la guerre, en y impliquant enfin les criminels en uniforme au lieu des seuls civils. Elle préfère »imposer aux Bosniaques, diabolisés sous le terme de »belligérants jusqu'au-boutistes , de collaborer à Genève au dépeçage de leur pays. Elle oublie qu'à l'heure où la montée en puissance de leur armée et l'organisation progressive d'une fédération croato-bosniaque sous l'égide des Etats-Unis leur rendent au contraire l'espoir d'une solution plus juste, elle risque de déboucher sur un fiasco diplomatique. Elle oublie surtout que le succès de cette politique, marquant le triomphe de l'agression, achèverait de ruiner le crédit de l'ONU, déjà entamé par les reculs des de

ux dernières années, enverrait le »Machin rejoindre la SDN aux oubliettes, et ouvrirait la voie à la montée, déjà sensible ici ou là, des nationalismes irrédentistes et racistes.

_ La France a toujours sacralisé l'intégrité de son territoire, et glorifié ceux qui l'ont défendue. Il est pour le moins étrange qu'au moment même où le gouvernement se propose d'honorer les résistants de sa dernière guerre, elle refuse à un petit pays européen le droit de lutter pour les mêmes valeurs de refus de la capitulation qui animèrent le gaullisme en son temps.

* Antoine Sanguinetti est amiral (c.r.).

 
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