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Partito Radicale Centro Radicale - 1 luglio 1994
RWANDA: LETTRE OUVERTE A WILLY CLAES
par F.Bailly, J.Bourgaux et J.-L.Bassine

(Le Soir, 1-7-1994)

Monsieur le Ministre des Affaires étrangeres, voici plus de deux mois que le Rwanda est plongé dans le chaos, que les massacres succèdent aux massacres à tel point qu'on n'hésite pas à parler de génocide de la minorité tutsi.

Il y a trois ans, la Belgique avait choisi de rompre avec la politique antérieure de soutien inconditionnel au régime Habyarimana et avait appuyé le processus de négociations devant aboutir aux accords d'Arusha. Logiquement, le gouvernement belge avait répondu à la requête des Nations unies en fournissant l'épine dorsale des 2 500 Casques bleus de la Minuar.

L'assassinat de 10 Casques bleus chargés de la protection du Premier ministre (...) a mis en lumière le caractère trop étriqué de la mission des Casques bleus, par ailleurs insuffisamment armés.

La crainte justifiée pour le sort des ressortissants belges a amené le gouvernement à monter une opération d'évacuation menée rondement et sans la moindre perte.

A ce moment, vous avez tenu un discours responsable défendant le bien-fondé de la politique de la Belgique depuis trois ans et vous avez proclamé que la Belgique n'abandonnerait pas le Rwanda.

On aurait pu supposer qu'après l'évacuation des ressortissants européens, les parachutistes belges resteraient sur place avec leur imposant matériel et que la Belgique mettrait tout en oeuvre sur le plan diplomatique pour que les Casques bleus puissent arrêter les massacres, en recourant, au besoin, à la force des armes. Malgré la mort de dix Casques bleus belges, l'opinion publique restait favorable à une politique intervet- tionniste dans un but humanitaire.

Les troupes belges se sont cependant empressées de quitter le Rwanda, abandonnant la population civile aux hordes de tueurs, et vous avez décidé unilatéralement le retrait des Casques bleus belges, provoquant ainsi la décision du Conseil de sécurité de retirer les soldats des autres pays.

L'extraordinaire travail d'information de la presse et notamment de la presse belge écrite et radiodiffusée a révélé au monde entier l'ampleur de l'horreur. L'opinion s'est émue de l'impuissance de la communauté internationale. Le secrétaire général des Nations unies a tout fait pour convaincre les grandes puissances qu'il fallait agir. L'envoi de 5.500 Casques bleus a finalement été décidé. Les Etats, - dont la Belgique - qui auraient pu le plus efficacement participer à cette mission se sont défilés si bien qu'à ce jour, la décision du Conseil de sécurité n'est toujours pas appliquée.

Parallèlement à la guerre que se livrent le FPR et les Forces armées rwandaises, les bandes de massacreurs poursuivent leur sinistre besogne. Les rares Européens restés au Rwanda assistent, impuissants, à l'assassinat de civils qui jusqu'ici avait pu échapper aux tueries. Bien tardivement et non sans arrière-pensées, la France, qui pourtant porte une large responsabilité dans les événements du Rwanda, est prête à intervenir militairement.

Il est regrettable que, constatant la carence totale de la Communauté internationale et la paralysie de fait de l'ONU, le gouvernement belge n'ait pas pris cette initiative.

Quoi qu'il en soit ce n'est plus l'heure de tergiverser. Seule une intervention prompte et décidée peut encore sauver des dizaines de milliers de personnes menacées.

La présence des troupes belges aux côtés des troupes françaises (..) aurait pour effet de donner à cette opération son vrai visage : une action humanitaire destinée à arrêter les tueries sans immixtion dans la guerre civile entre le FPR et les forces de l'ex-gouvernement rwandais (FAR, milices, garde présidentielle, etc.).

Il n'est pas déshonorant pour un pays de reconnaître ses erreurs politiques.

En envoyant dans les plus brefs délais des troupes belges au Rwanda afin d'arrêter les massacres, la Belgique montrera que ses actes sont en concordance avec son discours, qu'elle assume pleinement ses responsabilités historiques et qu'elle ne se désintéresse pas du sort des Africains abandonnés par la Communauté internationale.

FRANÇOIS BAILLY

Avocat ancien bâtonnier, observateur d'élections en Afrique (francophonie),

JACQUES BOURGAUX

Observateur des processus démocratiques en Afrique, président d'Action juridique internationale,

JEAN-LOUIS BASSINE, Avocat, observateur judiciaire en Afrique, Pax Christi

 
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