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Conferenza Partito radicale
Partito Radicale Centro Radicale - 19 luglio 1994
DÉMOCRATIE
L'APPEL DE L'ODEON

SOMAIRE: Le 9 juillet, à l'initiative de la revue la Règle du jeu, des intellectuels européens se sont réunis au théâtre de l'Odéon, 'à Paris. A l'issue de cette rencontre, ils se sont constitués en Comité de réflexion et d'initiative (CRI) en élargissant leur engagement initial provoqué par le drame bosniaque-

Ils ont adopté l'appel suivant.

(Le Monde, 14-7-94)

Le siècle qui s'achève fut celui du totalitarisme. La disparition du nazisme - il y a, exactement cinquante ans -, puis celle du communisme à partir de 1989 - ont laissé croire, un moment, que l'esprit de la démocratie avait définitivement triomphé. La vérité, c'est qu'un nouveau nationalisme, à fondement ethnique, s'est engouffré dans l'espace laissé vacant.

Cette nouvelle peste, cette culture de la haine et de l'exclusion, on les a vues gagner la Serbie. Puis se répandre dans les divers pays de l'ex-URSS. On les a vues envahir le monde arabo-musulman sous la forme de l'intégrisme. Elles viennent de se traduire, enfin, par un véritable génocide au Rwanda. Face à ce retour de la barbarie, la réponse des Etats démocratiques et des organisations internationales s'est révélée défaillante et s'apparente à une capitulation.

On invoque un prétendu retour des haines ancestrales, pour ne rien faire sinon sur le plan strictement humanitaire. On marque du sceau de la légitimité internationale - à Genéve et ailleurs - ,des guerres de conquête et de purification ethnique. On se livre enfin, pour justifier cette attitude, à d'étranges manoeuvres destinées à anesthésier les opinions publiques ou à disqualifier les "prétendus va-t-en-guerre qui gardent en mémoire les leçons de la seconde guerre mondiale.

Face à cette situation, face à cette démission, et alors que les gouvernements faillissent donc à leur tâche, il est de la vocation des intellectuels de plaider, devant les opinions publiques, la cause du droit et des valeurs de la démocratie. En Algérie, face à la faillite de l'Etat FLN et au terrorisme des intégristes islamiques qui prennent la population algérienne en otage, le CRI attend de l'Union européenne - et, tout particulièrement, de la France - un engagement explicite en faveur des forces qui luttent pour la démocratie.

Sur le génocide au Rwanda, le CRI entend que toute la lumière soit faite sur les responsabilités françaises, tant politiques que militaires. Il recommande que soit formée une commission d'enquête susceptible de se rendre sur place dans les délais les plus brefs. Il attend des autorités françaises, comme de toutes les forces internationales présentes sur le terrain, qu'elles mettent tout en oeuvre pour arrêter immédiatement les responsables du génocide - et ce, afin de les déférer devant un tribunal international.

En Bosnie enfin, les soussignés réaffirment leur condamnation de la purification ethnique et du principe même de la modification des feontières par la force. Ils refusent la partition - explicite ou déguisée - de la Bosnie-Herzégovine, comme de la Croatie. Ils s'élèvent également contre la politique d'apartheid au Kosovo et en Voïvodine. En conséquence, et à leurs yeux:

1.- Toute solution imposée, à Genéve, par le groupe de contact (Etats-Unis, Union européenne, Russie) et conduisant à une perte de souveraineté de la Bosnie-Herzégovine sur une partie de son territoire est évidemment inacceptable.

2.- Toute solution qui n'impliquerait pas expressément le retour des réfugiés qu'ont chassés la purification ethnique et la terreur est inacceptable.

3.- Toute solution qui ne déboucherait pas sur la mise en jugement, quels qu'ils soient, des criminels de guerre et des responsables de crimes contre l'humanité, est inacceptable.

Dans le cas où le non-respect de ces trois principes déboucherait sur l'échec des négociations de Genéve, la communauté internationale - ou, à défaut, et unilatéralement, tel ou tel Etat - aurait le devoir de lever l'embargo sur les armes à destination de la Bosnie-Herzégovine (comme lui en fait, d'ailleurs, obligation la charte des Nations unies sur le devoir d'assistance envers un Etat agressé et sur le droit de celui-ci à pouvoir assurer sa propre défense).

De même, et parallèlement, les diverses résolutions de l'ONU sur la protection des "zones de sécurité" et sur "l'interdiction de survol de la Bosnie-Herzégovine, continueraient (plus que jamais) de faire obligation à la communauté internâtionale et aux forces dépèchées à ces fins.

Fort de la perspective des prochaines échéances électorales dans divers pays de l'Union européenne, décidé à faire pression sur les gouvernements européens pour qu'ils se mobilisent enfin contre la montée des fanatismes, le CRI appelle tous les intellectuels, en Europe et hors d'Europe, à le rejoindre et à appuyer ses actions.

Cet appel a reçu les signatures de Pascal Bruckner, Ziatko Dizdarevic, Alain Finkielkraut, Françoise Glroud, André Glucksmann, Romain Goupil, Juan Goytisolo, Gilles Hertzog, Jacques Julliard, Bernard-Henri Lévy, Czeslav Milosz, Rachid Mimouni, Daniel Rondeau, Peter Schneider, Stefan Schwartz.

 
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