par Noël Mamère et Christine Barthet-Mayer *(Le Monde, 23-7-94)
Parce que nous avons refusé la logique suicidaire des leaders de l'écologie politique, nous sommes aujourd'hui deux écologistes frangais au Parlement européen. Nous avons sauvé I'honneur. C'est à nous, maintenant, de prouver que, si les partis écologistes français ont préféré leurs divisions à I'Europe, nous, nous sommes Ià pour défendre et promouvoir l'écologie. C'est là que les députés européens travaillent, débattent, proposent. Là qu'ils font avancer leurs dossiers.
Nous y retrouverons des représentants du groupe Verts auxquels nous allons proposer une "coordination" permanente afin d'assurer, dans les meilleures conditions d'efficacité, la défense de tous les grands dossiers écologiques.
Parce que les écologistes du sud de I'Europe sont sortis laminés du scrutin du 12 juin, ils doivent pouvoir compter au Parlement sur l'indispensable solidarité de ceux du nord. Sans ce minimum, ii nous sera difficile de défendre des dossiers comme la ligne ferroviaire du Somport ou la pêche en Méditerranée. Même si des clivages idéologiques assez profonds, tels que la défense, le GATT ou Maastricht, nous séparent de certains Verts européens, nous devons absolument nous rassembler sur le terrain de l'écologie.
L'Europe mérite bien que l'on dépasse nos querelles et nos égoïsmes nationaux. Le président de la République a donné l'exemple, en invitant les troupes allemandes à défiler sur les Champs-Elysées, le 14 juillet. Les seuls à refuser de tourner la page, comme par hasard, ont été les historiques du RPR et les communistes. Les mêmes qui n'acceptent pas l'idde d'une entité politique européenne sous la forme fédérale. Ce nest pas en se tournant vers le passé que l'on construira I'Europe qu'attendent nos enfants.
A deux, nous ne pourrons tenir la distance sans l'appui des autres écologistes européens. De plus, il y a au Parlement une gauche européenne suffisamment forte de ses diversités pour pouvoir s'imposer, à condition que les socialistes le veuillent. A bien y regarder, le Parlement de Strasbourg nest pas un "machin" de plus, selon une expression gaullienne, mais bien un laboratoire politique qui peut annoncer des retours en arrière comme des grandes recompositions.
Aux socialistes de savoir s'ils veulent que la gauche marche sur deux jambes ou qu'elle tombe sur le bas-côté pour longtemps. A nous écologistes, radicaux, mouvement civique et social, humanistes, de savoir si nous voulons nous contenter de rester une force d'appoint ou, au contraire, devenir de vrais partenaires respectés et, donc, des acteurs de la recomposition.
Tout reste à faire sur ce chantier. Si les responsables écologistes s'obstinent à reproduire, pour l'é1ection présidentielle en 1995, le même scénario de division que lors des européennes, l'écologie politique, en tant que structure autonome, sera condamnée au statut de groupuscule. Le label Verts n'aura d'autre utilité que le recyclage de vieilles iddes, gauchistes d'un côté et messianiques de I'autre. Nous deux, nous avons compris que I'avenir politique des écologistes passe par des contrats de partenariat avec d'autres formations, non écologistes, qui respectent notre identités et notre liberté.
* Noël Mamère et Christine Barthet-Mayer sont députés européens, élus sur la liste de Bernard Tapie. Ils siègent au groupe de I'Alliance radicale européenne.