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Partito Radicale Centro Radicale - 29 luglio 1994
GENOCIDE ET CHOLERA
par le Dr Alain DESTEXHE *

(Libération, 27-7-94)

Hier le génocide de Tutsis par les milices hutues, aujourd'hui celui des réfugiés par le choléra? Cette comparaison, largement étalée dans la presse, met sur le même plan des phénomènes sans aucun rapport. A travers cet amalgame, le caractère inédit, singulier et exemplaire du génocide est nié, la responsabilité internationale est occultée et la culpabilité des auteurs se dilue dans le malheur général.

Qu'advient-il si on décrit les ravages du choléra en termes d'holocauste? On met sur le même plan une hécatombe médicale provoquée par l'afflux massif de réfugiés, lui-même conséquence du génocide, et un crime de masse prémédité, planifié et systématiquement mis en oeuvre. Du point de vue des responsabilités, une double erreur est commise: on exagère une catastrophe sanitaire et on minimise, un crime. Le choléra ne trie pas ses victimes en fonction de l'appartenance ethnique. Le génocide perd ainsi sa réalité propre et il peut désormais servir à qualifier n'importe quelle hécatombe humaine, sans distinction d'origine, pourvu qu'elle provoque un grand nombre de victimes. Résultat? Il n'y a plus ni responsables ni coupables, mais, au banc des accusés, des circonstances regrettables, le malheur général et la fatalité, tous justifiables de notre compassion. Le mal a toujours existé. Si c'est la faute du mal, de la barbarie, de l'inhumanité de l'homme, des circonstances ou des »haines séculaires , ce n'est plus

la faute de personne en particulier (... )

Les responsables de la catastrophe de Goma sont les coupables du génocide. Comme les Juifs devaient porter l' étoile jaune, les Tutsis ont pu être massacrés aussi facilement parce que leur carte d'identité indiquait leur » ethnie . Rappelons tout d'abord que le concept d'ethnie ne s'applique pas vraiment à des populations qui partagent la même culture, la même langue et la même religion, même si, à la suite de la politique coloniale belge et de celle des gouvenements successifs depuis l'indépendance, il a été intériorisé par la population. Au Rwanda, les enfants nés des nombreux mariages »mixtes prennent »l'ethnie du père.

Ensuite, ce qui définit et donne sa singularité au génocide est »l'intention de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux visé comme tel . Cette définition exclut les actes commis contre des personnes ou des groupes définis par leur appartenance politique. Il s'ensuit que la notion de génocide ne s'applique correctement qu'à un nombre très limité de situations, probablement trois seulement au cours du XXe siècle: le génocide des Arméniens par le mouvement Jeunes Turcs, celui des Juifs et des Tziganes par les nazis, et récemment des Tutsis par les milices hutues. Les grands massacres de ce siècle ont deux origines: le racisme et le communisme. Mais quelle que soit l'ampleur des crimes commis par Staline, Mao ou Pol Pot, quel que soit le besoin de justice et de mémoire qu'ils appellent, ils ne relèvent pas du génocide. La qualification - absurde - d'autogénocide à propos du Cambodge donne l'impression que les victimes se sont elles-mêmes donné la mort et fait partie de ce cortège de détails qu

i banalise les faits et déresponsabilise les coupables. Loin d'être artificielles ou secondaire ces distinctions sont fondamentales car, en dépit de l'issue fatale, elles correspondent à des logiques différentes. Dans les violations des droits de l'homme, il y a des différences de degré et de nature.

Enfin, la responsabilité internationale n'est pas la même pour tous les crimes. En droit intemational, le bien est souvent l'ennemi du mieux. Depuis la Seconde Guerre mondiale, il est admis que le génocide concerne l'humanité entière, l'extermination d'un groupe national, ethnique ou religieux étant une perte pour le genre humain. De par sa nature juridique, morale et humaine, le génocide est un crime international, d'autant que ses conséquences dépassent toujours le groupe initialement visé.

Dans ce contexte de banalisation du génocide, l'action humanitaire joue, depuis le début de la crise, un rôle ambigu.

On ne peut que se réjouir de la récente mobilisation internationale pour sauver les réfugiés, mais on doit déplorer qu'elle ne se soit pas produite pour arrêter le bras des assassins. Dans nos sociétés, la compassion a acquis une sorte de quasi-monopole sur la morale et l'action internationale. Ce n'est pas nécessairement un progrès. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'ordre du monde et l' ONU se sont construits sur le fameux »plus jamais ça . Après le retour de la guerre en Europe, nous assistons maintenant au premier vrai génocide commis depuis un demi-siècle. Si la réponse de la communauté internationale devait se situer sur le seul terrain humanitaire, sans rendre la justice, ce serait, après la Bosnie, non seulement un nouveau pas en arrière, mais aussi un blanc-seing donné à tous les apprentis dictateurs qui seraient tentés d'utiliser la question ethnique pour consolider un pouvoir vacillant. L'humanitaire n'y pourra rien. A moins, évidemment, selon la technique éprouvée du Kurdistan à la Bo

snie, de se satisfaire de la goutte d'eau humanitaire dans le désert politique et de s'autocongratuler bruyamment du spectacle de notre générosité. Derrière l'humanitaire, sous le masque de la générosité, se profilerait une fantastique régression du genre humain.

Dr Alain DESTEXHE

* Secrétaire général de Médecins sans frontières, Auteur de »l'Humanitaire impossible , Armand Colin 1994.

 
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