Questions à Yves Sandoz (*)
Propos recueillis par Pierre Beylau
Le Point, Paris, 16 juillet 1994
Le Point: Pourquoi le problème des mines préoccupe-t-il particulièrement le CICR ?
Yves Sandoz: il s'agit d'un fléau planétaire. Environ 100 millions de mines sont disséminées dans une trentaine de pays, provoquant des drames humains épouvantables. Il faut savoir qu'une mine antipersonnel coute 3 à 4 dollars, mais que la neutralisation de ce meme engin revient, tout compris à 1.000 dollars. Au rythme actuel de déminage en Afghanistan, il faudrait quatre mille ans pour traiter 20% du territoire. Ces quelques chiffres montrent combien il est urgent que la communauté internationale se penche réellement sur ce drame.
Le Point: Allez-vous jusqu'à préconiser l'interdiction de la fabrication des mines ?
Yves Sandoz: La convention signée en 1980 prévoyait des dispositions au stade de l'emploi: obligation de mécanismes autodestructeurs, de cartes des implantations des champs de mines, etc. Mais tout cela est d'autant plus difficile à faire respecter que seuls 41 pays ont signé cette convention. Ce protocole de 1980 pouvait etre révisé au bout de dix ans si l'un des signataires le demandait. Plusieurs pays, dont la France, ont réclamé cette révision, qui est donc en cours. Pour notre part, nous estimons qu'il faut s'attaquer à la racine du mal, la production, sinon toute solution restera marginale. La France et les Etats-Unis ont décrété un moratoire sur l'exportation des mines, c'est le signe positif d'une volonté politique. Mais certains Etats du Sud sont beaucoup plus réticents.
(*) membre du Comité International de la Croix Rouge (CICR)