à l'article du Monde sur Domenico ModugnoA l'attention de Monsieur Jean-Marie Colombani
Directeur du Monde
Rome, le 9 aout 1994
DECIDEMENT IL Y A DE LA CONSTANCE DANS L'ATTITUDE DU MONDE A L'EGARD DES RADICAUX
Monsieur le Directeur,
c'est sans surprise que j'ai lu le commentaire de votre journal sur la disparition de mon ami Domenico Modugno. J'imagine qu'à votre tour vous ne serez pas surpris que je vous prie une fois encore de bien vouloir donner à vos lecteurs la possibilité de prendre connaissance du rectificatif suivant.
Résumons donc pour les lecteurs du Monde.
En 1982, pour le Monde, nous étions néo-fascistes et amis du leader d'alors du MSI, Almirante, parce que nous étions les seuls à dénoncer la grande supercherie consistant à faire du Mouvement Social Italien l'héritier du régime fasciste (ce que nous appellions le fascisme de l'antifascisme) quand l'héritier véritable n'était autre que le régime particratique (de la DC au PCI). La justice française nous donna raison.
Ensuite nous avons été affublé tour à tour de "groupuscule", de "petit parti libertaire" et d'autres qualificatifs en fonction de l'humeur du moment. Jusqu'il y a quelques mois où Le Monde nous présenta alors comme les plus fervents zélateurs d'une nouvelle coalition de droite, ce qui est naturellement absolument faux.
Dans l'article du Monde de ce mardi 9 aout vous vous approchez autocritiquement de la vérité. Vous écrivez en effet "Au cours des années 80, Modugno, atteint d'une paralysie du coté gauche, s'était lancé dans la politique en militant à l'extreme gauche aux cotés de Marco Pannella, dans les rangs du Parti radical dont il devient président après avoir été élu député, puis sénateur". Ce qui est certainement le plus proche du vrai.
En 1990, c'est un accord entre nous et les autres gauches qui fit de Modugno le leader de "la Lista per Agrigento". J'ai en effet cloturé la campagne électorale avec Domenico Modugno lors d'une grande manifestation populaire. Mais les corbeaux politiques étant toujours présents aux funérailles dont ils peuvent toujours, faute de mieux, tirer quelque chose, on oublie le seul fait éloquent et la seule information: en 1993 la grande campagne pour relancer le Parti radical, transnational et transparti, vit la présence continue dans ses manifestations publiques, justement, de Domenico Modugno.
Il est bien vrai que Modugno n'a pas été d'accord avec nous au moment de la dernière campagne électorale. Mais étant un parti libertaire, cela nous arrive souvent.
Marco Pannella
Président du Parti radical
Député au Parlement européen