Tibet. Pays millénaire perdu sur l'altipiano himalayen. Effacé de nos mémoires, de nos connaissances, de nos consciences par quarante ans de bipolarisme politique et militaire. Effacé aussi, en Occident, par l'intolérance la plus obtue des gauches sous prétexte de sa nature "médiévale", "théocratique" ou par le cynisme des droite sous prétexte d'être situé du mauvais côté.
Tibet. Pays singulier. Pays du Boudhisme, des moines, des moulins à prière, des Yacks, du thé au beurre, de l'homme des neiges. Pays du Dalaï Lama. Pays indépendant. Qui le fut plutôt. Car, dans le silence complice des Nations-Unies, des démocraties occidentales, du monde libre, le Tibet fut, un jour pas si lointain de 1950, envahi par les forces armée de la nouvelle République Populaire de Chine. Puis occupé, restructuré, modernisé. Détruit. Tout comme furent détruits des centaines et centaines de monastères lors de la soi-disante révolution culturelle chinoise. Par dizaine de milliers des femmes furent stérélisées, obligées à avorter. Par millions des Tibétains furent arrêtés, incarcérés, torturés, déportés. Un million d'entre eux furent assassinés. Forêts, monuments, maisons furent rasées.
Mais cela ne suffisait pas encore. Il fallait aller plus loin dans l'exploration de l'arsenal des armes de destruction d'un peuple, de son histoire, de sa culture, de sa langue, de sa religion, de sa manière de vivre. Et les chinois inventèrent une solution finale d'un type nouveau: le "nettoyage ethnique" par dilution. C'est ainsi que commença la planification et puis la mise en oeuvre d'un gigantesque transfert de population: des millions de chinois furent, de force, au moyen d'intimidations ou primes financières "déménagés" au Tibet. De quelques milliers ils passèrent ainsi à plus de sept millions. D'infime minorité ils sont devenus aujourd'hui majorité. Objectif: 40 millions en 2020. Alors le Tibet aura définitivement disparu.
Le temps presse. Il faut, tant qu'il en est encore temps, arrêter ce génocide silencieux. Il faut sauver le Tibet, les Tibétains, le trésor d'histoire, de culture, de douceur et de convivance civile qu'ils ont su donner à l'humanité. Il faut arrêter dans son entreprise de mort et de destruction le dernier empire totalitaire. Il faut, à partir aussi du Tibet, de sa liberté et de sa libération, créer les prémisses pour la liberté et la libération du totalitarisme communiste le plus d'un milliard et deux millions de chinois.
Et, alors que l'on recourt toujours plus souvent dans le monde à la violence pour faire valoir les raisons d'un peuple ou de criminels qui prétendent en incarner les raisons, il faut cultiver et ériger en exemple pour l'humanité toute entière la résistance nonviolente exemplaire du peuple tibétain et de sa leadership, à commencer par le Dalaï Lama.
Il faut agir. A partir des places, des trottoirs des ambassades chinoises du monde entier, en manifestant, en jeûnant, en participant à des Satyagraha de masse. A partir des Nations-Unies en mettant à l'ordre du jour une décolonisation rapide du Tibet. A partir des Parlements, en présentant des motions qui, sur le modèle des résolutions du Parlements européen et du Congrès américain, condamnent l'invasion et l'occupation du Tibet. A partir des Municipalités, des villes et des villages, en faisant flotter le drapeau tibétain le 10 mars 1996, jour anniversaire de l'insurection nonviolente de Lhassa de 1959, pour que cette journée devienne, partout dans le monde, journée d'action et d'espérance concrête de libération des Tibétains et, par conséquent, des Chinois et de nous tous. Il faut donc que nous travaillons et nous nous organisions, sans perdre une minute. En commençant par adhérer à cet appel.