Le Monde, Mercredi 15 mai, 1996
BOSNIE LA poursuite du plan de paix en Bosnie se heurte de plus en plus à l'impunité dont bénéficient encore les dirigeants serbes de Pale, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, qui cherchent à préserver leur pouvoir alors que la communauté internationale, y compris certains dirigeants de Belgrade, accroît ses pressions pour qu'ils soient écartés. RICHARD HOLBROOKE, l'ancien médiateur américain en Bosnie, a mis en cause les Européens en affirmant que le volet civil de Dayton ne fonctionne pas de leur fait, et qu'il préfigure une prochaine partition. LES ELECTIONS qui doivent avoir lieu en Bosnie à l'automne prochain sont déjà l'enjeu d'une sévère bataille à Sarajevo entre le président Alija Izetbegovic et son ancien premier ministre Haris Silajdzic qui, en créant son parti, a pris la tête d'une opposition qui cherche à préserver le caractère multiethnique du pays.
LES CHEFS politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, apparaissent de plus en plus comme les principaux obstacles au bon déroulement du processus de paix en Bosnie-Herzégovine.Le Parti socialiste (SPS) du président de Serbie, Slobodan Milosevic, a ainsi accusé Radovan Karadzic de saper le processus de paix et de brouiller le peuple serbe avec le monde entier. Ces critiques, peu habituelles dans la bouche d'un dirigeant serbe, ont été formulées dimanche 12 mai à Banja Luka, par Borso Perosevic, vice-président du SPS. Il a aussi souhaité à la principale formation d'opposition à Radovan Karadzic de remporter les prochaines élections en Republika Srpska (RS, entité serbe en Bosnie).
INTERETS PERSONNELS
Le porte-parole du haut représentant civil pour la Bosnie, Carl Bildt, a aussi violemment attaqué, lundi 13 mai, les leaders de la République serbe qui, pour leurs intérêts personnels plutôt que pour le bien-être de leur propre peuple, soutiennent la survie d'une société fermée, allusion au refus de l'équipe de Radovan Karadzic d'appliquer le plan de paix de Dayton. Le porte-parole, Column Murphy, tout en reconnaissant que les plaies de la guerre sont encore fraîches, a estimé que le futur de la Bosnie-Herzégovine était la multi-ethnicité. M. Murphy a ajouté que ces leaders devaient quitter la scène et qu'ils auraient tort de considérer les efforts de la communauté internationale pour amener les responsables devant le Tribunal de La Haye comme une farce. Ces mises en cause ont été balayées par Radovan Karadzic, qui a estimé lundi, lors d'une interview à la télévision de Pale, que la recherche par la communauté internationale d'une direction serbe plus modérée est inutile. La communauté internationale ne peut
pas compter sur des Serbes plus mous (..). je ne peux pas changer la politique (des Serbes), elle peut être modifiée uniquement par le Parlement ou le peuple, a déclaré le président de la RS. La partie militaire de l'accord de Dayton ne peut être appliquée sans nous et le général Mladic, at-il menacé. De retour d'un voyage d'une semaine en Croatie et en Bosnie, le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Mme Sadako Ogata, affirmant que des extrémistes attendent la bonne occasion pour provoquer uneséparation violente, a pour sa part estimé que la mise en place de chefs démocratiquement élus renforcerait la paix. Elle a de haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Mme Sadako Ogata, affirmant que des extrémistes attendent la bonne occasion pour provoquer une séparation violente, a pour sa part estimé que la mise en place de chefs démocratiquement élus renforcerait la paix. Elle a de plus demandé que les pays d'accueil prennent pleinement en compte la situation sur le terrain dans leur politique vis-à-vi
s des réfugiés. Ce n'est plus la guerre, mais pas encore tout à fait la paix, a dit Mr Ogata, en soulignant que le retour massif de réfugiés auxquels on ne pourrait pas fournir un hébergement décent entraînerait de sérieuses tensions. Le haut-commissaire a aussi évoqué les atteintes à la liberté de circulation, et le mur invisible de la peur quelle a senti à Mostar, ville divisée entre Croates et Musulmans. Les partis musulmans à Mostar ont refusé de déposer leurs listes pour les élections municipales, prévues pour la fin du mois, car ils souhaitent que les réfugiés et les déplacés chassés de cette ville par la guerre puissent y participer. L'administrateur européen de la ville de Mostar, Ricardo Perez Casado, a cependant indiqué, lundi à l'issue du conseil des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne à Bruxelles, que les élections municipales auront heu le 31 mai, dans les délais prévus. je n'envisage pas de reporter les élections pour la seule raison que les Musulmans n'y participeraient pa
s, a affirmé l'administrateur, en ajoutant: Si les parties ne veulent pas coopérer, nous ne pouvons le leur imposer. M. Casado a toutefois précisé que les ministres lui avaient laissé l'opportunité de juger un éventuel report, mais que celui-ci ne pourrait avoir lieu que pour des raisons techniques.