OLIVIER DUPUIS: D'ATH A STRASBOURG VIA L'ITALIE
Un citoyen du Hainaut occidental siège à nouveau au Parlement Européen. Il s'agit d'Olivier Dupuis, 38 ans, secrétaire du Parti Radical, unique député européen élu à l'étranger, en l'occurrence sur la liste italienne Pannella-Réformateurs. Nous avons rencontré ce jeune homme au parcours étonnant.
interview réalisé par Christophe De Caevel
Nord Eclair, 19-20 mai 1996
En 1978, Olivier Dupuis manifestait contre la construction de l'autoroute A8 dans la campagne athoise. Il a perdu, direz-vous. Peut-être, mais avec lés honneurs: il sera en mesure de voter les crédits européens nécessaires à l'achèvement de cette liaison Tournai-Bruxelles. Et oui, depuis le 16 avril, Olivier Dupuis siège au Parlement européen à la place de l'italien Marco Pannella démissionnaire. L'information est passée relativement inaperçue dans un Hainaut occidental pourtant guère représenté dans les instances européennes. Logique: Olivier Dupuis n'a pas été élu chez nous mais sur la liste italienne Pannella-réformateurs.
Depuis un mois, un Athois siège au Parlement européen à Strasbourg. Olivier Dupuis, secrétaire du très turbulent Parti radical, a été élu sur une liste italienne mais conserve de nombreux souvenirs d'une jeunesse passée en Hainaut occidental.
Et il ne manque certainement pas d'idées pour bousculer les habitudes de la classe politique... Nous l'avons rencontré dans son bureau bruxellois. Farfelu, Olivier Du puis ? Dérangeant plutôt. Pas spécialement pour ses idées : la liberté pour le Tibet, l'abolition de la peine de mort ou la légalisation de la drogue, d'autres - et non des moindres - en parlent volontiers. La manière, en revanche, déroute : Olivier Dupuis est le secrétaire d'un Parti radical qui se veut transparti et transnational, c'est-à-dire qui ne se présent e pas directement face aux électeurs mais rassemble élus et militants de différentes obédiences et nationalités sur des luttes précises. Son action se contre ainsi sur cinq thèmes, les trois mentionnés ci-dessus plus l'instauration d'un tribunal pénal permanent et l'institution d'une langue de communication internationale, l'espéranto.
Minorité et majorité
Il faut avoir le courage de ne pas, s'occuper de tout, estime le député européen. Le Parti radical est en fait un parti minoritaire qui cherche a réunir des majorités sur des
questions précises. En Italie, les quelques élus radicaux ont ainsi pu faire aboutir le droit au divorce et à l'avortement malgré l'opposition officielle des deux principaux partis de l'époque (la Democratie chrétienne et le Parti communiste). Quand une idée triomphe, le Parti radical ne veut surtout pas gérer la victoire et recueillir les dividendes (en l'occurrenceouvrir les centres de planning familial, choisir leur personnel, déterminer leurs modes de fonctionnement ... ). Nous laissons cela à d'autres et nous repartons vers de nouveaux combats, dit Olivier Dupuis. Notre action ne vise pas la conquête du pouvoir ou l'obtention de postes en vue mais clairement et uniquement l'aboutissement de nos luttes. C'est pourquoi aux dernières législatives italiennes, les amis de Marco Pannella qui s'estiment plutôt de gauche - ont soutenu Silvio Berlusconi contre la coalition de gauche L'Olivier. Contrairement à L'olivier, Berlusconi ne nous offrait pas de sièges de député, explique Olivier Dupuis. Mais il s'est en
gagé à défendre deux des nos idées, la réforme du mode de scrutin et la fédéralisation de l ' Italie. Nous avons donc choisi son camp en espérant que le débat sur la réforme des institutions animerait la campagne au-delà de la logique des blocs. Sur le débat, comme sur le résultat, nous avons malheureusement échoué.
Et la lutte pour l'emploi
Le Parti radical s'applique aujourd'hui à réunir des majorités en faveur de la dépénalisation de la drogue (toutes les drogues, pas seulement celles -que - l'on dit douces), à propos de
laquelle les clivages débordent largement des partis politiques. Il s'agit là d'une des plus belles batailles libérales, estiment notre interlocuteur. La question est de supprimer le pouvoir des trafiquantes pour le rendre à l'état, en réglementant de manière très stricte ce marché légal de la drogue. En regardant les fermetures d'entreprise, le chômage croissant ou la sécurité sociale en voie de réforme, Olivier Dupuis n'a-t-il pas l'impression de passer à cote des préoccupations essentielles des gens ? La lutte contre le chômage, c'est un slogan. Tous ceux qui prétendent s'en occuper n'ont guère réussi a améliorer les choses, répond-t-il. Il y a beaucoup de causes à ce chômage structurel et je crois que nous nous attaquons à certaines de ces causes, en particulier en militant pour une réelle Europe fédérale. Le fil conducteur de nos combats, ce sont les notions de justice et de liberté. Et je crois que plus de justice et plus de liberté, cela ne peut faire de tort à notre économie.