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Partito Radicale Centro Radicale - 13 gennaio 1997
Chine/la scène politique après la mort de Deng

LE COMMUNISME NE SURVIVRA GUERE A DENG XIAOPING

Pour le sinologue Jean-Luc Domenach, la succession sera déterminante pour la stabilité de la Chine et ses rapports avec le monde.

propos recueillis par Sylvaine Pasquier

L'EXPRESS, 9/1/97

Après la mort de Deng, la Chine se débarrassera-t-elle enfin de son régime totalitaire?

JEAN-LUC DOMENACH: J'ai la conviction que le communisme ne survivra guère à Deng. Mais pour laisser place à quel régime? Rien n'est sûr et l'avenir dépend en grande partie du processus de sa succession, de sa durée et de la nature du personnage qui' accédera au pouvoir. Parmi les candidats en lice, il y a naturellement Jiang Zemin, patron de l'Etat, du Parti. Mis en place à partir de 1989 pour ses qualités d'exécutant et son manque d'envergure, il bénéficie depuis d'un Consensus apparent, en particulier parce qu'il a donné des gages aux conservateurs, tout en se démarquant des fidèles de la famille Deng. Sa position de premier plan veut donner à croire que la succession est réglée. Mais, autour de lui, chacun attend son heure. L'un de ses principaux rivaux, l'énigmatique Qiao Shi, président de l'Assemblée nationale, a manoeuvré de main de maître, an printemps de 1995, en retournant contre les alliés de Jiang Zemin la campagne anti-corruption qu'ils avaient lancée ensemble. En 1996, il n'a pas manqué une occa

sion de mettre en évidence son réformisme. Expert du renseignement et de la police politique, il a su durer et rebondir, malgré la disgrâce que lui avait value, dans les années 50-60, la parenté de son épouse avec certains des collaborateurs directs de Tchang Kaichek. On sait l'importance des réseaux, mafieux ou familiaux, dans la politique chinoise. Cette connexion taïwanaise faciliterait une approche plus sereine des relations entre Pékin et Taïpei.

Autrement dit, Qiao Shi est votre candidat?

Je n'en fais pas mystère, pour avoir constaté son intelligence politique rare. S'il accède au pouvoir, fût-ce en maintenant Jiang Zemin pour la continuité apparente, l'histoire de la Chine, jusqu'à présent tragique, entrera dans un nouveau cycle. Encore

faut-il franchir cette dernière étape sans encombre et boucler l'affaire sans délai. Si la lutte entre factions se prolonge, devient publique, voire violente, elle risque de provoquer un dangereux processus de fragmentation. Dans une conjoncture d'agitation sociale et d'inquiétude politique, les acteurs régionaux - des villes comme Shangai, les puissantes provinces du ruban côtier et, dans une certaine mesure, la Mandchourie poseront leurs conditions à l'un on l'autre clan.

Au point de mettre en péril l'unité du pays?

La Chine n'est guère menacée par un scénario d'explosion comparable à celui de l'ex-Union soviétique: elle possède une population plus homogène, han à plus de 90 %, et de s structuresd'Etat moins vulnérables. Mais le péril qui la guette, c'est de tomber dans un univers aléatoire, le plus douloureux qui soit pour ses responsables, où chaque entité provinciale négocierait et renégocierait en permanence ses rapports avec le centre. Rien n'interdît que ce pays plus vaste que notre Europe, se dote un jour d'un système fédéral. Néanmoins, pour y parvenir, il faudra que ses dirigeants cessent de tenir la Chine elle-même et sa centralisation impériale pour une vérité métaphysique. La plupart d'entre eux - qui ont eu 20 ans dans les années 30 ou 40 - sont persuadés que leur influence internationale est tributaire du maintien de l'unité intérieure. Ils ont été formés à le penser par le destin de la Chine dans la première moitié du XXe Siècle. Il appartiendra aux futurs gouvernants de relever le défi.

Et d'en finir avec la colonisation du Tibet, par exemple?

Les Chinois ont, sur ce point, un interlocuteur doté d'un remarquable sens politique: le dalaï-lama. Les bases de la négociation, il les a posées depuis une quinzaine d'années, sachant que Pékin ne céderait pas sur ses priorités stratégiques et que le Tibet est tout autant à la merci des Indiens et des Russes. Que la Chine garde donc la haute main sur la défense, préserve certains intérêts économiques et que, en contrepartie la société tibétaine s'organise comme elle' l'entend. Ce plan, éminemment raisonnable, Deng Xiaoping l'a rejeté. Pas question d'accorder quoi que ce soit au Tibet, car il faudrait en faire autant pour la Mongolie et le Xinjiang et admettre que Taïwan n'est pas un territoire rebelle à soumettre coûte que coûte. A ses yeux, le cas tibétain prenait dès lors une importance de principe.

Est-ce à l'intransigeance de Deng que tient la dégradation des rapports avec Taïwan et Hongkong?

En fin de règne, il y avait chez lui une véritable obsession d'en finir avec ces deux territoires avant de disparaître. Pour Hongkong, la rétrocession était prévue, mais Deng s'est agacé des prétentions imprévues du colonisateur britannique à s'en aller dans l'honneur. Quant à Taïwan, c'était son Alsace-Lorraine, qu'il voulait à toute force récupérer. Comme lui, les caciques de la vieille garde supportent mal l'évolution de l'île, sa démocratisation, l'audience croissante dans l'opinion des idées d'autonomie, voire d'indépendance. Surtout, ils sont exaspérés par le président Lee Tenghui, un dirigeant très haut de gamme, énigmatique a souhait, qui entend protéger sa société. Au-delà des gesticulations martiales qui ont abouti à la crise de février-mars 1995, l'objectif de Pékin, à terme, est d'affaiblir l'île en maintenant le blocus diplomatique, tout en alternant attraction et menaces économiques. Donnez-vous raison aux pays asiatiques voisins, qui ressentent la Chine comme une menace?

Ils se sont montrés très imprudents face à la Chine. Ils s'en rendent compte, en particulier depuis cette alerte sur Taïwan. Pékin est tiraillé aujourd'hui entre l'envie de s'intégrer davantage au monde et le désir de le pirater . Le théâtre où cette ambivalence profonde se manifeste de la façon la plus éclatante, c'est l'Asie orientale. Non seulement c'est d'elle que la Chine a le plus reçu, mais c'est aussi là qu'elle opère sa prédation la plus directe. On estime aujourd'hui que 75 % des investissements dits étrangers sur le continent viennent d'Asie, dont 50% de Chinois d'outre-mer, et de 15 à 20 % de Taïwan.L'Asie a même offert sa protection diplomatique à une Chine mise au ban des nations après le massacre de Tiananmen, et ce sans jamais poser de conditions. Ni se donner les moyens de tenir en respect l'impérialisme chinois. Elle est à découvert.

Qu'en est-il du litige régional à propos de l'archipel des Spratly?

Aucun accord négocié n'est en vue. Depuis le début des années 70, Pékin cherche à prendre le contrôle de la mer de Chine du Sud, en s'emparant d'îlots minuscules, à peine découverts à marée basse. Quel est l'intérêt du secteur? Quelques pastilles de pétrole? je n'y crois guère. Les activités mafieuses? Sans doute. 70 % des cas de piraterie dans le monde se produisent en Asie orientale, et les bases navales chinoises y contribuent fortement. Leurs navires camouflés profitent du brouillard pour arraisonner les cargos étrangers et les délester de leur chargement. Mais la raison essentielle est d'ordre stratégique. Cette mer est la voie d'accès obligée vers la Corée, le japon, Taïwan... celle qu'empruntent les supertankers du Golfe. Qui la tient est en mesure de contrôler le passage et d'imposer un blocus...

Que font les Etats concernés?

Ils commencent à prendre conscience de la gravité de la situation et à en débattre plus ou moins discrètement, sans pour autant passer entre eux de traité de sécurité, la seule initiative qui serait sérieuse. L'une des raisons qui devrait pourtant les préoccuper, c'est la montée du nationalisme en Chine. Les factions au pouvoir en quête d'une idéologie capable de restaurer leur légitimité, sapée par la décomposition du communisme, n'ont rien trouvé d'autre. Cette surenchère nationaliste s'exerce d'abord contre les Etats-Unis, Pékin supportant mal que ceux-ci veuillent lui imposer des règles au chapitre de l'économie et des droits de l'homme et qu'ils aient confirmé leur protection à Taïwan. Ensuite contre les voisins asiatiques, utilisés comme repoussoirs. Combien de fois ai-je entendu des Chinois me dire: Le succès des Japonais est intolérable. Ces gens médiocres ne le méritent pas moralement.

L'avenir de grande puissance promis à la Chine ne suffit-elle pas à leur revanche?

Détrompez-vous. Les Chinois savent d'expérience, pour en avoir payé le prix, que ne cessent d' alterner, au cours de leur histoire, deux phases. L'une, que j'appellerais de la Chine

solaire -Pays d'ordre impérial qui remplit d'aise Alain Peyrefitte - où l'empire parait immobile... jusqu'au moment où le ciel se zèbre d'orages. On entre alors dans un monde cher à Lucien Bodard, une Chine de sang, de malheur et de stupre qui engendre une révolution totalitaire porteuse de mort. Les historiens se demandent encore si les massacres qui ont suivi le Grand Bond en avant ont provoqué 30 ou 60 millions de victimes! Quand un Occidental exprime là-bas son optimisme,

un voile couvre souvent le regard des responsables chinois conscients des résultats déjà obtenus mais aussi de l'ampleur des tâches à accomplir et des obstacles qui restent à surmonter.

 
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