Sur sa candidature en Italie, aux élections européennes.
Propos recueillis à Rome par THIERRY FIORILLI
(Le Soir - 9/6/94)
* Vous figurez sur la » Liste Pannella-Réformateurs , en Italie, pour les élections européennes de dimanche prochain.
Comment avez-vous abouti ici ?
* En fait, je suis président du Conseil général du Parti radical, qui n'a rien à voir avec les élections. On retrouve d'ailleurs des candidats radicaux sur les listes d'autres partis (les Verts et Forza Italia, notamment). C'est la » Lista Pannella-Riformatori qui m'a proposé de me présenter sous sa bannière. Parce que je suis radical bien sûr, et parce qu'en Belgique je n'aurais pas eu la possibilité de le faire. Ou alors, en créant une liste qui aurait recueilli 0, 5 %. Et puis, je ne suis rentré en Belgique qu'il y a six mois à peine, après avoir passé cinq ans dans les pays d'Europe centrale, où le Parti radical est très actif
* Depuis quand êtes-vous en Italie ?
* Trois mois. J'ai travaillé ici pour le Parti, dont la branche italienne se consacrait aux législatives (Ndlr : la liste Pannella faisait partie du Pôle des droites, avec Forza Italia, Alleanza nazionale et la Ligue du Nord).
Donc, il y avait moins de personnes disponibles, ici. On s'est occupé surtout des problèmes de financement du Tribunal international pour les crimes de guerre commis en ex-Yougoslavie. Mais, cela fait tout de même quatorze ans que je suis au Parti radical, un parti né en Italie. J'ai donc travaillé régulièrement avec les Italiens. Au point de vivre ici et de faire de l'italien ma seconde langue. Et puis, bien avant 1988, année où il est devenu formellement transnational, le Parti radical avait des inscrits ailleurs qu'en Italie. En France et en Belgique, notamment.
* Où vous présentez-vous cette fois ?
* Dans quatre circonscriptions. Dans le Nord-Ouest (Piémont, Val d'Aoste, Ligurie et Lombardie) où je suis tête de liste, dans le Nord-Est (Vénétie, Trentin, Haut-Adige, Emilie-Romagne, et Frioul), dans le Centre (Toscane, Ombrie, Marche et Latium) et dans le Sud (Abruzzes, Pouilles, Calabre) ..
* La campagne est plutôt morne...
* En Italie comme ailleurs ! En fait, il n'y a aucun débat. Seule la » Liste pour Sarajevo en a introduit un peu en France, sinon, que ce soit en Espagne, au Portugal ou en Belgique, la campagne passe inaperçue. C'est lié au fait que chaque pays veut aujourd'hui peser individuellement dans l'Europe. On en revient à une Europe des Etats. Il n'y a pas de projet, pas de grandes idées. C'est l'Europe triste et incapable de Maastricht, avec 18 millions de chômeurs et le plan
Delors - déjà pas suffisant en soi - mis au tiroir par chaque gouvernement Et c'est l'Europe qui meurt à Sarajevo - l'Europe symbole de la démocratie. Sur le plan social, sur le plan de la politique extérieure, sur le plan de l'espoir aussi, c'est la faillite.
* Ne reste plus que l'Europe-marché ?
* C'est ça. La vision britannique de l'Europe a gagné. Chaque Etat doit désormais renforcer le pouvoir de son représentant au sein de l'Union européenne pour en tirer un maximum d'avantage national: la libre circulation des marchandises, oui, mais celle des citoyens, elle, peut attendre.
* A quoi ressemble votre Europe idéale ?
* Sur le plan extérieur, la priorité, c'est l'ex- Yougoslavie : il faut juger Milosevic, Karadzic, Mladic et les autres responsables des crimes,- expulser de l'ONU la République fédérale de Yougoslavie vie (Serbie et Monténégro), faire adhérer immédiatement la Bosnie à l'Union européenne,- reconnaître pleinement la Macédoine avec le nom de République de Macédoine,- donner à l'ONU et à l'Union européenne la tutelle du Kosovo et instituer un tribunal international permanent. Sur le plan intérieur, il faut sortir de la vision socialiste de l'Europe. Il n'y a pas d'Europe sociale et économique sans institutions européennes fortes, sans Constitution européenne, sans règles claires et démocratiques.
* Des institutions européennes fortes ?
* Un vrai parlement, un vrai gouvernement, une cour constitutionnelle qui soit en mesure de jouer un rôle d'arbitre, un véritable président qui devienne le visage de l'Europe pour les citoyens, une langue aussi (comme l'espéranto) pour faire fonctionner les institutions entre quinze Etats-membres.