par Philippe Lemaitre
(Le Monde, 4-7-94)
BRUXELLES (Union européenne)
» Un groupe divers, mais cohérent . Ce résumé est de Noël Mamère. L'Alliance radicale européenne est née à Bruxelles et elle compte dix-neuf membres dont le gros bataillon est composé des treize élus Energie radicale de la liste de Bernard Tapie - qui lui-même était absent. Deux radicaux italiens, deux nationalistes écossais, un régionaliste flamand (Volksunie) et un régionaliste espagnol les ont rejoints. Des tractations sont en cours avec les libéraux-démocrates anglais et les néerlandais de Démocratie 66, qui hésitent, les uns et les autres, à s'inscrire à un groupe libéral auquel participeraient les gaullistes, supposés majoritairement anti-maastrichiens. L'Alliance radicale se décrit elle-même comme » groupe des écologistes, des fédéralistes, des autonomistes/régionalistes, des libéraux de progrès, des féministes et des radicaux ! »Nous sommes résolument pro-européens, nous sommes un groupe de gauche qui s'inscrira à gauche , simplifie Jean-François Hory.
Avant la première session plénière du 19 juillet, les grandes manoeuvres sont en cours dont le résultat déterminera la configuration des groupes, les rapports de force et les grandes tendances au sein de la nouvelle Assemblée. L'Alliance poursuit deux objectifs, étroitement liés. Pour accroître son influence, proposer » une entente technique à des partenaires politiquement compatibles , comme dit le président du MRG, M. Hory. Il pourrait s'agir des Verts, de la Gauche unie si elle reste européenne, ou encore des éléments les plus progressistes parmi les libéraux. L'idée serait ensuite d' "appeler à un rassemblement des gauches, de montrer aux socialistes qu'il ne sont pas condamnés à un partage du pouvoir, sans principes politiques, avec les démocrates-chrétiens du PPE, qu'il y a une alternative de gauche pour le Parlement européen" explique M. Hory.
L'Alliance a adopté, dès sa première réunion, une » déclaration constitutive résolument fédéraliste. » Ce n'est pas à la mode, mais c'est l'avenir , estime son porte-parole. On y lit que l'Union devrait exercer des compétences fédérales dans les quatre domaines suivants : politique économique et monnaie, politique étrangère et de défense, harmonisation sociale, protection de l'environnement.
Parmi les premières tâches du nouveau Parlement, figurera l'aval à donner au successeur de Jacques Delors, lorsque les Douze l'auront désigné. Le veto opposé par John Major à Corfou à la candidature de Jean-Luc Dehaene est sévèrement critiqué. » Apparemment, on cherche maintenant un autre candidat, a souligné Catherine Lalumière, membre de l'Alliance et ancien secrétaire général du Conseil de l'Europe. Jean-Luc Dehaene avait toutes les qualités et onze pays membres se sont prononcés en sa faveur. Le veto d'un seul me paraît surprenant et préoccupant pour l'avenir, d'autant plus que les intérêts vitaux de la Grande-Bretagne n'étaient pas en cause. C'est consternant pour le fonctionnement des institutions. Je serais favorable au maintien de la candidature Dehaene. Jaak Wandemeulebrouke, le député régionaliste flamand, qui n'est pourtant pas sur la même ligne politique que l'actuel premier ministre belge, approuve.
Philippe LEMAITRE