Le 18 juin, le peuple Irlandais s'est exprimé, avec 69,1 % de "oui", en faveur de la ratification du traité de Maastricht; ce qui a représenté une marge de plus qu'un vote sur deux, plus grande que celle prévue par les sondages et presque identique au vote sur l'Acte Unique Européen.
Le débat a mis en lumières des aspects intéressants pour les fédéralistes. Nous avons choisi ci-dessous des termes du "jargon" européen, pour le lier à l'expérience irlandaise.
Cohésion et convergence. Maastricht a montré de ne pas être une étape vers l'Union économique. Le manque d'engagements concrets dans le traité pour la cohésion est pourtant vu comme un problème majeur. L'économie irlandaise devra atteindre un taux annuel de croissance de 1.25 % plus haut que les pays européens développés dans les prochains vingt ans, pour assurer à ses citoyens un revenu moyen de 90% de la moyenne communautaire. Il y a une complète absence de fédéralisme fiscale dans les propositions actuelles et les fédéralistes doivent être plus attentifs à ces problèmes dès maintenant.
Citoyenneté. La campagne référendaire a mis en évidence l'absence du sentiment de la citoyenneté européenne parmi les électeurs. Par exemple, les appels à voter "oui" pour remettre les traité sur le rails après la débâcle danoise n'ont pas chauffé les électeurs. C'est intéressant de voir que la campagne a pratiquement ignoré la possibilité de résoudre le problème de l'Irlande du Nord à travers l'intégration européenne. Cette question a été seulement soulevée dans les régions frontalières. Tous les partis pro-Maastricht, à l'exception des libéraux, ont eu des difficultés à persuader leurs membres à s'engager dans la campagne et à expliquer l'importance du vote.
Subsidiarité. C'est un mot qui entre pour la première fois dans le vocabulaire politique irlandais. L'Irlande est un des pays de la CE le plus centralisé. L'intégration européenne lance un des plus grands défi au status quo administratif. La région Nord-Ouest est en train de discuter si elle doit chercher une reconnaissance individuelle de la Communauté en tant que région de l'objectif 2 des politiques structurelles. Le Comité des régions prévu dans le traité de Maastricht est en train de susciter un vif intérêt partout dans tout le pays. La perception de la subsidiarité et de la centralisation au Royaume Uni n'a pas provoqué la même attitude hostile en Irlande.
Le déficit démocratique. La responsabilité de la Commission et de la Banque centrale ont été en question pendant la campagne: malgré le fait qu'on n'a pas été suffisamment mis en évidence que la Banque centrale irlandaise ait plus d'autonomie que la Banque centrale européenne. C'est plus intéressant de voir que le rôle du Conseil des Ministres a été mis sur la sellette à cause du "fiasco" du protocole sur l'avortement. On a demandé à plusieurs reprises pourquoi le protocole sur l'avortement avait été inséré dans le traité. Il est clair que le parti plus fort de la coalition gouvernemental eut été sous une discrète mais précise pression par la lobby catholique conservatrice. Il faut se demander aussi pourquoi les autres Etats membres ont accepté le protocole et si ils auraient agi ainsi en sachant que l'effet aurait été de limiter le droit de libre circulation et d'information disponibles pour les femmes Irlandaises. Ceci montre que le traité n'a pas été soumis à un contrôle démocratique adéquat.
Puisque l'Irlande doit faire face à nouveau à un référendum sur l'avortement, on peut s'attendre que se problème surgisse et qu'il sera vu en connexion avec la subsidiarité, la citoyenneté européenne, les droits fondamentaux, la liberté des services...
Souveraineté. La nature de trois pilastres qui composent l'Union européenne a réellement confondu la question de la souveraineté en Irlande. Même les membres du gouvernement ont été en difficulté en essayant de définir les différentes procédures de décision qui devraient être d'application pour la coopération en matière de sécurité. L'exemple plus clair a été l'allégation que, en votant "oui", les jeunes Irlandais auraient été automatiquement obligés à servir dans l'armée européenne. Ces rumeurs ont été tellement répandues que le premier ministre a du explicitement le réfuter à la veille du référendum. Compte tenu que la version du traité disponible pour les citoyens (au prix de 10 ECUS) n'avait pas consolidé les articles encore valables du traité de Rome et n'avait même pas un index, il n'est pas surprenant que les malentendus sur ce qu'on était invité à voter surgissent.
Conclusions. La décision danoise du 2 juin a réchauffé le débat en Irlande. Il y a avait des doutes si le traité aurait été applicable et si le référendum irlandais aurait été le plus couteux sondage d'opinion de l'histoire. Même s'il était le cas, le processus d'éducation européenne des Irlandais a été très positif. On a rappelé aux autorités que le peuple n'aurait pas accepté n'importe quel texte et que l'époque de l'Europe de l'Euro-bully doit terminer. On peut s'attendre que dans l'avenir il y aura des débats plus transparents sur les problèmes européens.