Nous publions ci-dessous des textes qui permettent de juger les attitudes des uns et des autres dans le débat sur le Traité de Maastricht. Il s'agit d'un extrait du discours prononcé par Jacques Delors le 14 octobre 1992 à Strasbourg, d'une comparaison entre la résolution adoptée par le Parlement européen le même jour et la déclaration de Birmingham, d'un compte-rendu des dernières initiatives de l'Intergroupe fédéraliste.
Le triple déficit
Les difficultés liées à la ratification ne sont pas à mes yeux surprenantes. Tout d'abord, il y a eu toujours des forces politiques qui sont opposées à la construction d'une Europe unie: ces forces sont à l'ouvrage et dans nos démocraties c'est normal qu'elles s'expriment. En second lieu, l'une des difficultés tient au fait que le traité est ambigu quant à sa philosophie institutionnelle: d'un côté, il est d'inspiration fédéraliste et les adversaires du fédéralisme s'y opposent, cela lorsqu'on regarde l'aspect Union économique et monétaire; mais d'un autre côté, si l'on considère la partie consacrée à la politique extérieure, il est intergouvernemental. Enfin, troisième élément de la difficulté, aux yeux des opinions publiques, c'est un choc. Pourquoi ? Parce que la construction européenne s'est faite dans l'indifférence des peuples et aujourd'hui nous devons redresser la barre, car rien de grand ne peut être réalisé sans l'appui des peuples, sans la conscience qu'ils ont que cela va dans la direct
ion de leurs intérêts. Est-ce que l'on ne va pas trop vite ? Est-ce que l'on aurait dû se donner deux ou trois ans pour assimiler les extraordinaires progrès réalisés depuis huit ans? La réponse aurait été "oui" si le monde ne changeait pas aussi vite. Par conséquent, nous n'avions pas le choix, nous devions aller vite. Mais que cela crée une distance supplémentaire avec les peuples, c'est certain. Et il y a de ce point de vue un triple déficit. D'explications et j'en ai déjà parlé. De comportements: comment voulez-vous qu'un simple citoyen comprenne que nous sommes en train de faire une grande famille unie, alors qu'à chaque occasion où il y a un Conseil des Ministres, celui-ci donne l'image d'un champ clos où s'affrontent des vanités et des égoïsmes nationaux. Enfin, il y a un déficit démocratique: il faut bien entendu enregistrer les progrès qui sont déjà prévus dans le texte, notamment l'accroissement des pouvoirs du Parlement européen et du Comité des régions qui, s'il travaille sérieusement, a u
n grand avenir devant lui, et il faut aussi associer les Parlements nationaux.
Jacques Delors