Avec l'entrée du PDS à l'Internationale Socialiste comme membre à part entière, celle prévue pour début janvier au sein du Groupe Socialiste du PE et la création, au mois de novembre 1992, du Parti des Socialistes Européens, la gauche socialiste et social-démocrate européenne a opéré une réunification symbolique à un moment où on commence à sentir un retour du balancier politique, sur l'échiquier occidental, vers des préoccupations plus sociales et plus humaines et où le néolibéralisme à outrance démontre ses échecs. En effet, l'ère des turbulences, qui a suivi le balayage du communisme totalitaire est loin d'être terminée mais le coup de balancier vers la droite, qui avait été la marque des trois dernières années, amorce un clair retour vers les valeurs de social-démocratie, de liberté et de solidarité. A l'Ouest, plus personne n'ose se réclamer de la doctrine de Margaret Thatcher ou de Ronald Reagan. La victoire de Bill Clinton sur George Bush en est la manifestation la plus éclatante. A l'Est, les recett
es de l'Ecole de Chicago ont fait long feu et les populations commencent à s'en rendre compte et à l'exprimer par leur vote, comme on a pu le constater récemment en Lituanie. Dans ce contexte, la création du Parti des Socialistes Européens vise aussi à déclencher une nouvelle dynamique socialiste et social-démocrate en Europe. Le Groupe Socialiste du PE a largement appuyé la création de ce nouveau parti. Car, si la position centrale qu'il occupe au sein du PE lui a permis d'atteindre un niveau remarquable de cohésion sur ses principaux défis - la réforme institutionnelle, la ratification de Maastricht, la cohésion économique et sociale, la politique environnementale et le maintien d'une Communauté ouverte -, il a aussi constaté l'éloignement de certaines forces de gauche qui ont adopté une position anti-Maastricht et la difficulté croissante de la coopération avec le PPE, depuis que celui-ci a accueilli les Conservateurs britanniques et danois en son sein, se positionnant ainsi un peu plus à droite comme une
force véritablement conservatrice. C'est pourquoi, le Groupe Socialiste a cherché à se renforcer, depuis le début de cette législature, dans un processus qui atteindra son point culminant au mois de janvier 1993, avec l'accueil de 20 membres du PDS en son sein. Tout ceci, bien sûr, n'a pas été sans une forte bipolarisation de l'institution où la démocratie-chrétienne, qui s'appelle encore ainsi, ne peut plus jouer à la chauve-souris de la fable - "je suis à gauche, voyez mes ailes, je suis à la droite, vive les rats" -. C'est pourquoi, pour faire pièce à ce regroupement de la droite, la réunification de la gauche européenne a une portée historique avec l'accueil d'un parti dont la compétence et les convictions européennes seront les bienvenues. Forts de cette majorité de progrès renforcée au PE, nous sommes prêts à relever les défis qui se posent à nous d'ici la fin de la législature, tout d'abord pour ratifier Maastricht, l'appliquer, lui donner tout son sens, puis le prolonger par une initiative de croiss
ance et d'emploi avant la nouvelle réforme institutionnelle prévue pour 1996, mais aussi, sur un plan plus politique, en coordonnant efficacement le mouvement socialiste à tous les niveaux, et surtout au niveau décisionnel. Il s'agira de répondre au vide idéologique laissé à l'Est et ailleurs, où ne restent que les dégâts du libéralisme. Mais il nous faut aussi démontrer à nos citoyens l'influence quotidienne que nous avons sur la législation européenne et élaborer un programme commun à tous nos partis pour une campagne électorale de 1994 où nous démontrerons le conservatisme accru des regroupements à droite. Enfin nous répondrons aux montées racistes, xénophobes, fascistes, qui malheureusement s'étendent sur notre continent. Pour cela, nous comptons avec un nouvel espoir, un nouvel enthousiasme, une nouvelle maison pour la gauche européenne, mais aussi de nouvelles responsabilités et un nouvel engagement plus proche des citoyens qui élisent le PE.
Jean-Pierre COT