La décision d'entrer dans le Groupe Socialiste au PE, qui sera opérationnelle à partir de janvier 1993, n'a pas été vécue par les députés européens du Parti Démocratique de Gauche, comme une exécution automatique des principes statutaires de l'Internationale Socialiste et de l'Union des Partis Socialistes Européens, dont le PDS, à Berlin d'abord et à La Haye après, est devenu membre à part entière. Cette adhésion a été au contraire le fruit d'un choix soutenu et favorisé par une action politique convaincue au sein du PE. Ici, les convergences politiques du PDS avec le Groupe Socialiste sur les grands thèmes de l'intégration communautaire se sont systématiquement réalisées. La signification de cette adhésion augmente aujourd'hui d'une façon considérable. Il s'agit de donner une nouvelle dimension politique et organisationnelle aux forces de la gauche démocratique et réformatrice dans le PE, afin que le défi de la nouvelle Europe soit pleinement compris par les peuples. Nous ne pouvons pas regarder impuissants
la marche en arrière de l'histoire européenne. L'Europe risquerait d'être placée, à cause de cette inversion, dans la cave des utopies qui laissent la maison européenne dans les mains de l'égoïsme du marché et du racisme. L'Europe politique et économique vie une période de récession dure. Les gouvernements, les classes politiques, les partis traditionnels, devenus des défenseurs du statu quo, sont incapables de regarder au delà du court terme: ils vivent dans un état de résignation générale face aux faiblesses de la démocratie occidentale, à nouveau découvertes. Il y a ainsi besoin d'un projet d'innovation de la gauche européenne, celle qui agit dans l'expérience du PE et qui s'exprime dans le programme du Parti des Socialistes européens, né le 9 novembre à La Haye. Ce projet doit être celui de l'Europe de la solidarité entre les générations, démocratique, transparente, sociale. Un projet pour une Europe qui soit capable d'être protagoniste d'un nouvel ordre mondial, ouverte et clairvoyante. Un projet pour
une Europe fédérale pas seulement respectueuse mais capable de valoriser les diversités pour permettre un dessein et un langage allant au delà des incertitudes et des ambiguïtés du Traité de Maastricht. Ce projet doit cependant tenir compte de la difficile loi de la lutte politique, qui a traîné la gauche européenne dans un silence gêné pendant les attaques portés par la droite contre les conquêtes fondamentales de la gauche intervenues après la chute du communisme dans l'Europe de l'Est. Notre travail à Strasbourg peut contribuer, pendant cet hiver 92-93, à sauver l'acquis communautaire aujourd'hui en danger mais aussi - avec plus d'ambition - à défendre les raisons pour lesquelles la gauche est née et pour lesquelles la tâche politique du PDS en Italie et en Europe peut avoir encore une signification.
Luigi Colajanni