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Monti Mario, Riche André - 15 ottobre 1994
Monti sur l'UEM.

INTERVIEW DE MARIO MONTI

L'EUROPE A DEUX VITESSES: "POURQUOI PAS ?"

Propos recueillis par Béatrice Delvaux

et André Riche

SOMMAIRE: L'économiste italien Mario Monti, commissaire européen potentiel, défend le succès possible d'une Union monétaire en deux temps.

(Le Soir, 15/16-10-1994)

La réputation de Mario Monti, sommité du monde académique européen, pourrait bientôt gagner la sphère politique : son nom est en effet cité avec insistance comme futur commisaire européen italien. "No comment", répond l'intéressé. Mais cette perspective donne d'autant plus d'intérêt à l'analyse qu'il fait de la convergence imposée aux économies des pays membres de l'Union européenne, en vue de l'Union économique et monétaire. Nous vous proposons son interview, réalisée en collaboration avec "De Financieel Economische Tijd", avant sa venue à Bruxelles (1).

- Pensez-vous qu'il est nécessaire de respecter des critères de convergence économique afin de créer l'union monétaire ? Pourquoi ne pas commencer de suite avec une seule monnaie ?

- L'idée d'une mise en oeuvre non graduelle de l'union monétaire présente trois inconvénients : 1) économiquement, cela pourrait resulter dans une dégradation des conditions concurentielles pour les régions les plus faibles de l'Union; 2) psychologiquement, je doute que les citoyens des pays avec une monnaie forte soient prêts à renoncer à leur devise, pour partager une monnaie commune avec des pays qu ils estiment dévier des standards de comportement financiers qui ont rendu leur monnaie solide; 3) politiquement, le but de l'unification monétaire n'est pas seulement important en soi. Il a aussi pour objectif d'agir comme force motrice afin de réaliser des améliorations impopulaires dans chaque Politique économique domestique.

- Faut-il être très strict sur le timing du respect des critères de convergence ?

- Je pense que la rigueur devrait être réservée en particulier aux critères où un progrès rapide est possible et nécessaire (monétaire et déficit public). Par contre, une réduction importante du ratio dette publique-PNB ne peut pas prendre place très rapidement. De Plus, "le déficit excessif" d'un pays nuit davantage aux partenaires de L'UEM que sa dette excessive. En ce qui concerne le déficit dès lors, l'accent ne devrait pas seulement être mis sur "la bonne direction" mais sur le respect du ratio dans les temps. L'accent devrait aussi être placé sur le comportement vertueux du ratio dette-PNE, dans une ampleur compatible avec une politique rigoureuse de la convergence en matière de déficit.

- Un des dangers de l'union monétaire est que la Bundesbank domine la politique monétaire. Ne serait-ce pas dangereux pour les régions les moins développées ?

- C'est exact. Deux remarques cependant : 1) déjà aujourd'hui, sans union monétaire, les politiques de la Buba ont une influence dominante sur celles des autres Pays. Le système européen de banques centrales prévu dans l'union monétaire réduira au minimum l'écart actuel entre la participation aux décisions et la participation aux conséquences de ces décisions; 2) votre question souligne les effets pervers qu'une union monétaire sans convergence économique préalable aurait sur les pays ou régions plus faibles.

- Pouvez-vous nous expliquer le lien que vous faites entre les critères de convergence et les constitutions économiques des pays membres ?

- Le Traité de Maastricht établit avec à propos les critères de convergence en fonction du comportement réel de variables économiques clefs: taux de change, inflation, taux d'intérêt, déficit et dette publique. Leur comportement résulte largement de ce que nous pouvons appeler "la constitution économique" d'un pays. Par exemple, si la "constitution économique" d'un pays encourage la liberté des marchés et des politiques de concurrence, definit des règles budgétaires contraignantes permet à la banque centrale d'être indépendante mais responsable, ce pays est plus susceptible de jouir d'une stabilité monétaire et d'une discipline budgétaire. C'est prouvé.

- Ne pensez-vous pas que l'exercice de convergence a pour but sans le dire de réduire la diversité de ces "constitutions économiques" et de créer un modèle européen, d'inspiration allemande ?

- C'est vrai. Le Traité souligne la version européenne d'un modèle "d'économie de marché sociale", trouvant son origine dans l'Allemagne d'après guerre et enrichie par les éléments tirés des préférences d'autres pays (comme l'importance attachée à des taux de changes stables en France et à la liberté des marchés en Grande-Bretagne).

- Les modèles nationaux pourront-ils changer assez vite pour converger avant 1997 ou 99 ?

- Les changements dans ces modèles peuvent prendre place assez rapidement et sont déjà en cours. C'est le cas pour l'Italie par exemple qui a pris des mesures modifiant fortement la constitution économique depuis le début de années 90. Ce sont des changements fondamentaux qui assurent que la création de nouveaux déséquilibres sera sévèrement limitée. Evidemment, cela prendra du temps pour résorber les anciens déséquilibres. Dès lors la

convergence en 1997 ou 99 ne devrait pas à être trop problématique pour les taux de change, l'inflation, les taux d'intérêt et le déficit public alors que pour certains pays, la convergence en terme de dette publique sera difficile.

- Etes-vous en faveur d'une Europe "à deux vitesses" avec un noyau dur de pays réalisant d'abord l'union monétaire ?

- Une Europe à deux vitesses n'est certainement pas désirable. Mais, cela peut constituer une alternative si certains pays ne veulent ou ne peuvent pas rencontrer les exigences à temps. Je trouve important cependant que ce sujet - très sensible - ne soit pas chargé d'allusions psychologiques et politiques superflues. Ex ante, il n'est probablement pas sage de déclarer que tel ou tel pays ne pourra pas probablement en "être". Ex post, si les deux vitesses se matérialisent, il faudra se rappeler que, dans le passé, procéder à deux vitesses (lors de l'adoption de la mobilité des capitaux ou la participation au SME), n'a jamais empêché un succès global de l'intégration européenne, pas plus qu'il n'a empêché des pays individuels d'en saisir les avantages.

- Certains pays souhaiteraient transposer cette convergence à un échelon international ?

- Notre expérience européenne montre que l'exercice de convergence n'est pas aisé au niveau régional. Il est d'autant plus difficile à un niveau interrégional. Il serait plus pertinent de s'assurer que les différents processus d'intégration régionale (UE, Alena,...) se développent dans un environnement sain. La ratification rapide des accords du Gatt et la mise sur pied de l'Organisation Mondiale du Commerce seront cruciaux.

Propos recueillis par Béatrice DELVAUX et André RICHE

(1) Il sera l'orateur de la troisième conférence Suerf le 20 octobre à 17 h. Renseignements M. Doumont (ARS), O2/507.68.11.

 
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