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Scotto Marcel, Le Monde - 2 dicembre 1994
L'alliance radicale européenne.

L'ALLIANCE RADICALE VEUT ROMPRE L'ENTENTE ENTRE SOCIALISTES ET DEMOCRATES-CHRETIENS AU PARLEMENT EUROPEEN

par Marcel Scotto

SOMMAIRE: Bernard Tapie a réussi là où Jean-Marie Le Pen a échoué. Il a su agréger suffisamment d'élus d'autres pays aux treize Français qu'il a fait entrer au Parlement européen, lors de l'élection du 12 juin, pour constituer un groupe à l'Assemblée de Strasbourg. Sous la présidence de Catherine Lalumière, ce groupe a acquis une cohérence, mais il a bien du mal à trouver sa place dans un hémicycle dominé par l'alliance entre les socialistes et les démocrates-chrétiens.

(Le Monde, 2-12-1994)

Son résultat avait été un des chocs des élections européennes de juin 1994. Avec 12,03 % des suffrages exprimés, Bernard Tapie avait permis à treize membres de la liste qu'il conduisait d'entrer au Parlement européen. Mais avoir choisi des candidats aux capacités certaines l'obligeait à leur fournir les moyens de travailler à Strasbourg. Pour cela, il fallait qu'ils puissent intégrer un groupe.

Il ne pouvait être question pour le député des Bouches-du-Rhône de s'associer aux socialistes contre lesquels il avait mené campagne. Il était donc contraint de trouver des alliés parmi les » isolés des autres nationalités. Il y est parvenu. Avec deux radicaux italiens, deux régionalistes écossais, un élu espagnol des îles Canaries et un fédéraliste belge flamand, il a fondé l'Alliance radicale européenne (ARE), un petit groupe qui revendique sa cohésion et son ancrage à gauche, et dont la présidente est Catherine Lalumière, ancien secrétaire général du Conseil de l'Europe, exclue du PS pour s'être ralliée à Bernard Tapie.

Les membres de l'ARE, unanimes, ne dévient pas d'un iota pour affirmer que tout va bien dans le meilleur des mondes. Malgré les rumeurs, notamment sur les » relations exécrables entre Jean-François Hory, président de Radical, et Bernard Tapie, depuis que le député des Bouches-du-Rhône a refusé de se porter candidat à la présidentielle, chacun se déclare être à sa place dans cette formation. » Je gère un ensemble harmonieux , affirme Mme Lalumière.

Ses » administrés lui rendent bien cette belle assurance. Du » formidable de Jaak Vandemeulebrouke (Volksunie) au » si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer de Marco Pannella (radical italien), les louanges, us à l'emphase, ne lui font pas défaut. Tant de propos dithyrambiques conduisent naturellement Mme Lalumière à faire preuve de modestie : » Le gros du travail a été effectué par Jean-Français Hory, qui a su concilier de fortes personnalités pour créer une formation homogène.

» Fédéralistes avant tout

Même les » affaires qui poursuivent M. Tapie ne semblent pas perturber la sérénité affichée. » Il appartient à la justice française de se prononcer , disent en choeur les eurodéputés radicaux. Ce n'est en tout cas pas le problème de M. Pannella. Pour ce dernier, qui soutient le gouvernement de Silvio Berlusconi, ce qui compte est le choix » fédéraliste de M. Tapie : » Je ne sais s'il est un voyou ou le futur président de la République, mais je sais que je cherchais depuis longtemps en France quelqu'un qui opte sans ambiguïté pour la construction d'une Europe fédérale.

A la respectabilité de Mme Lalumière et au fédéralisme des radicaux de la péninsule, vient s'ajouter la caution d'Antoinette Fouque pour la défense des droits de la femme. La présidente de l'Alliance des femmes pour la démocratie dit n'avoir aucun

» problème idéologique à l'ARE. » Pas le moindre signe de machisme même le plus subtil qui soit , tient-elle à préciser. Christine Barthet-Mayer et Noël Mamère apportent la touche écologique au groupe.

Certes, à y regarder de plus près, des oppositions virtuelles existent mais elles n'ont pas encore entamé, apparemment, la solidité de la formation radicale. La question du nucléaire figure en bonne place dans les conflits potentiels. Il y a aussi la définition du fédéralisme que chacun, à l'ARE comme ailleurs, accommode à la sauce qui lui convient. Sans compter les divergences sur des sujets peut-être moins stratégiques mais qui jouent tout de même un rôle important comme le régionalisme des parlementaires belges et écossais, excessif selon André Sainjon, ancien responsable de la CGT.

L'objectif premier des radicaux européens est de fédérer la gauche au Parlement européen, ce qui implique de rompre l'accord entre le Parti populaire européen, qui associe les démocrates-chrétiens aux conservateurs britanniques, et le Parti socialiste européen.

M. Hory ne désespère pas de démontrer à terme qu'» une majorité de gauche, même relative, peut être constituée . Le président de Radical admet cependant que pour l'heure » rien n'indique dans l'attitude des socialistes qu'ils veulent abandonner la priorité qui est la leur, à savoir le partage des postes avec les démocrates-chrétiens .

M. Sainjon ne désespère pourtant pas. Il fait remarquer que, sans la défection des socialistes grecs, portugais et espagnols, Jacques Santer n'aurait pas obtenu l'investiture en juillet dernier, tant les autres membres du PSE, les Verts, les communistes et les radicaux s'étaient retrouvés pour s'opposer à la nomination du premier ministre luxembourgeois à la tête de la Commission. Au gré des circonstances, voire des humeurs, les quatre formations peuvent encore joindre leurs voix. Mais pour cela il faudrait un tant soit feu de concertation. Ce qui est loin d'être le cas, surtout entre socialistes et radicaux français, même si on se salue.

Marcel SCOTTO

 
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