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Kinkel Klaus, Picaper Jean-Paul, Le Figaro - 16 marzo 1995
Klaus Kinkel sur l'UE.

INTERVIEW DE KLAUS KINKEL

par Jean-Paul Picaper

SOMMAIRE: Le chef de la diplomatie allemande déclare qu'il faut dépasser les égoïmes nationaux car "les économies nationales européennes, prises isolément, ont atteint les limites de leur compétitivité". D'autre part, le ministre prône le vote à la majorité en matière de politique étrangère. (Le Figaro, 16-03-1995)

LE FIGARO ECONOMIE. - Peut-on craindre qu'à cause de la solidité du deutschemark et des bons résultats de l'économie allemande à l'exportation, les égoïsmes nationaux prennent le dessus dans votre pays ?

Klaus KINKEL. - Non. Je ne vois aucun lien entre la solidité du deutschemark et les bons résultats à l'exportation d'une part et les prétendus égoïsmes nationaux d'autre part. Au contraire ! Aucune force politique importante en Allemagne n'a jamais contesté que l'intégration européenne signifie surtout refuser sans équivoque les voies nationales particulières qui ne peuvent conduire qu'à l'isolement. D'autant que dans un monde d'associations politico-économiques régionales de grande envergure, telles qu'en Asie et dans le Pacifique, les économies nationales européennes, prises isolément, ont atteint les limites de leur compétitivité.

Dépendant plus que d'autres de ses exportations, notre pays - qui est entouré de neuf Etats voisins et se situe au milieu de l'Europe - a particulièrement besoin de frontières ouvertes, de la coopération et de l'intégration avec ses partenaires : 70 % de nos exportations vont dans l'espace économique européen. Une Europe forte et ouverte sur le monde est donc pour nous vitale.

- En Allemagne, comme en France ou d'autres pays de l'Union, les citoyens semblent être moins proches de l'Europe. Avez-vous aussi ce sentiment ?

- Nombreux sont ceux qui ont une vision » paradoxale de l'Europe: les avantages que l'Europe et le marché intérieur offrent chaque jour aux citoyens sont considérés comme allant de soi. Mais en ce qui concerne les déficits qui existent sans aucun doute dans la réalité quotidienne de l'Europe, seuls Bruxelles ou Maastricht sont rendus responsables. C'est sur ce terrain que l'on trouve les eurodétracteurs dont les slogans populistes créent une atmosphère anti-européenne. La politique doit remédier à ce phénomène. Il y a manifestement des déficits au niveau de l'information. C'est pourquoi à l'occasion de la conférence intergouvernementale de 1996 nous souhaitons parvenir à une plus grande proximité avec le citoyen, une plus grande transparence des procédures et un contrôle démocratique.

La fin des "tabous"

- L'Union européenne peut-elle également faire quelque chose pour la sécurité intérieure des citoyens ?

- Elle doit sûrement faire quelque chose. Dans une Europe aux frontières ouvertes, aucun Etat membre n'est plus capable de lutter contre la criminalité par ses propres moyens. La mise en place d'Europol ne peut donc être qu'un premier pas. Les jalousies entre les différentes autorités nationales chargées de la sécurité et l'argument hypocrite de barrières imposées par la souveraineté témoignent d'un esprit mesquin et non d'une capacité à lutter d'une manière efficace - au-delà des frontières contre -la criminalité. Face aux syndicats du crime qui se déplacent sur les autoroutes de l'information, le gendarme du village à bicyclette sera nécessairement le perdant.

- L'élargissement à de nouveaux pays va-t-il affaiblir l'Union européenne ?

- La Communauté européenne des années cinquante était conçue pour six Etats membres.

Aujourd'hui, quarante ans plus tard, nous sommes quinze à nous presser à la table du Conseil de Bruxelles. J'espère que nous serons bientôt encore plus nombreux. Mais la nappe bruxelloise est devenue beaucoup trop petite. Nous ne pouvons pas faire comme si les institutions et mécanismes actuels prévus pour six membres pouvaient également convenir au fonctionnement d'une communauté de quinze membres ou plus. La composition de la Commission, les allègements dont le Conseil a besoin pour mieux fonctionner, les droits de participation du Parlement européen - tout cela doit être mis à l'ordre du jour. Le prestige national doit céder la place à la nécessité de renforcer l'efficacité des institutions.

- Quelles sont les décisions que la conférence intergouvernementale de 1996 doit prendre ? Quel sera d'après vous le sujet essentiel ?

- Si une Union européenne élargie veut faire face à la concurrence des grands regroupements géopolitiques et géo-économiques, elle doit être prête à adapter ses institutions et ses mécanismes. Voilà ce que signifie le projet de

» conférence intergouvernementale de 1996 dont les travaux préparatoires viennent de débuter, ni plus ni moins.

La politique étrangère et de sécurité commune sera un sujet très important. L'Union européenne doit développer dans ce domaine une plus grande capacité d'action et prendre rapidement - de manière crédible - des positions claires pour être en mesure de leur donner du poids. C'est pourquoi l'adoption à la majorité de décisions de politique étrangère ne doit plus être un tabou. Celui qui revendique cette nouvelle procédure devrait, s'il est honnête, ajouter qu'il acceptera également les décisions de la majorité même lorsqu'elles iront contre son propre choix!

Le problème russe

- Vous plaidez en faveur d'une politique étrangère européenne commune. Comment pourrait-on l'envisager ? Devrait-on créer un ministère européen des Affaires étrangères ?

- Oui, il est tout à fait déterminant que l'UE améliore ses moyens d'action dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité. La seule harmonisation de quinze politiques étrangères n'est plus suffisante. Si l'Union veut vraiment contribuer à stabiliser les régions voisines, en particulier l'Europe centrale et orientale et la zone méditerranéenne, et à préserver ses intérêts globaux, elle a besoin de meilleures procédures que celles proposées jusqu'à présent par le Traité afin d'être à même d'agir plus rapidement et avec plus de souplesse.

Le développement institutionnel dans ce domaine doit cesser - je le répète - d'être un tabou. En principe, les décisions de politique étrangère, éventuellement liées à des priorités d'actions régionales, devraient être prises à la majorité par le Conseil. Il n'a pas encore été fixé comment et par qui cette politique devrait être mise en oeuvre. Ce sont là des sujets dont il faudra discuter sérieusement en 1996. De même que des moyens pour l'UE d'avoir assez d'options opérationnelles pour sauvegarder la paix. Dans ce but, on pourrait envisager par exemple la fusion de l'UEO (Union de l'Europe occidentale) avec l'Union européenne.

- L'opposition russe reproche au gouvernement allemand de ne pas réagir face à la guerre en Tchétchénie.

- Ce reproche est sans fondement. Le gouvernement allemand a été l'un des premiers à critiquer clairement et publiquement la manière dont le gouvernement russe a essayé de régler le conflit tchétchène. La semaine dernière, dans le cadre des entretiens de la troïka de l'UE à Moscou, j'ai encore souligné très nettement, de concert avec Alain Juppé et notre homologue espagnol Javier Solana, que si l'accord intérimaire entre l'UE et la Russie n'a pas été signé, c'est pour des raisons politiques et non économiques ou commerciales. Nous avons à cette occasion appelé les interlocuteurs russes à parvenir sans délai à un cessez-le-feu en Tchétchénie, à entamer des négociations politiques, à permettre à l'OSCE de réaliser une mission à long terme en Tchétchénie et à garantir aux organisations humanitaires l'accès aux populations qui ont besoin d'aide.

J'ai encore une fois fait comprendre aux interlocuteurs russes que les événements en Tchétchénie avaient un effet dévastateur sur l'image de la Russie dans le monde et que la confiance dans le gouvernement russe risquait d'être ébranlée. Je souligne que nous voulons maintenir des relations amicales et partenariales avec la Russie. Mais, justement sur cette base, il doit être possible de parler franchement et de formuler des critiques.

- Vous avez parlé l'année dernière d'une nouvelle architecture de sécurité pour l'Europe. Où en est-elle ?

- Après la disparition de l'antagonisme Est-Ouest, nous refaçonnons l'Europe. Les Etats d'Europe centrale ont conclu des accords d'association avec l'UEO.

Dans le cadre de l'initiative » Partenariat pour la paix , 25 États européens ont déjà signé des accords avec l'Otan. Le principe de l'élargissement de l'Otan est acquis. Il s'agit maintenant de convenir de la manière et de la date de cet élargissement. Ce thème est actuellement en discussion au sein de l'Otan.

Pour nous, il est important que la Russie ne soit pas exclue du processus de construction de l'Europe, qu'elle ne se sente pas isolée. Un ordre stable en Europe ne peut exister sans la Russie. La Russie souhaite et doit participer à l'élaboration de la nouvelle architecture de sécurité en Europe.

Dans ce but, l'Otan devrait proposer à la Russie des relations privilégiées et un partenariat stratégique dans le domaine de la politique de sécurité. Il est important maintenant que la Russie signe l'accord déjà négocié dans le cadre du "Partenariat pour la paix . La Russie ne peut cependant pas avoir de droit de veto, ni pour l'élargissement de l'Otan ni pour celui de l'UE et de l'UEO.

Propos recueillis par

Jean-Paul PICAPER

 
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