Monsieur le Président, nous pouvons effectivement nous réjouir de voir pour la première fois un document officiel reconnaître aux femmes un rôle central dans la procréation et proclamer l'égalité des sexes, mais devons-nous nous en féliciter, comme le disent certains? N'est-ce pas là un droit fondamental et universel qui a bien tardé à être reconnu en tant que tel, comme le droit au développement pour tous les pays, par exemple?
Malgré les progrès que certains de mes collègues ont relevés, ce n'est pas être pessimiste que de déplorer les réserves de l'Union européenne quant au regroupement familial des immigrés, qui devrait être inscrit comme un droit imprescriptible. Non, ce n'est pas être pessimiste, c'est garder intacte notre capacité à nous battre pour des droits de vie avant les morts, les morts de faim, les morts d'oubli, les morts sans nom et sans passé, dont le destin, comme l'écrivait Albert Camus, est de disparaître de l'histoire sans laisser de traces.
Quand bien même y aurait-il pour nos gouvernements ou notre Parlement l'impunité, à l'instar des sept cents organisations non gouvernementales de développement de l'Union européenne, nous ne pouvons accepter de considérer la croissance démographique comme un obstacle fondamental au développement. La croissance démographique est une conséquence, et non une cause, du non-développement des pays. Nous devons clamer haut et fort, ici, la responsabilité des politiques d'ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque mondiale et renforcées par les accords du GATT dans la réduction, précisément, des budgets sociaux: ceux de la santé - que l'on dit si importante - ceux de l'éducation et des besoins alimentaires.
Qu'en est-il de notre propre budget qui, pour 1995, verra également baisser l'aide au développement? Sommes-nous schizophrènes, inconscients, ou cyniquement complices de ces contradictions entre, d'une part, les accords du Caire, aujourd'hui, et ceux de Rio, hier, et, d'autre part, la réalité des politiques qui règlent les rapports Nord-Sud? Qu'en est-il des politiques mises en oeuvre et des crédits mis à disposition pour respecter des engagements dont nous nous félicitons? Ce n'est pas être audacieux que de demander aux États membres et à l'Union européenne des efforts intensifiés et mieux coordonnés pour procéder à l'allègement de la dette et, pour ma part - et je crois que nombreux sont les membres de mon groupe qui me suivront - j'irai même jusqu'à viser l'annulation de la dette, la dette privée en particulier.
Nous devons également combattre le modèle actuel de consommation démesurée des pays industrialisés. Ce n'est pas de l'audace, mais le prix à payer pour que tous les peuples conquièrent leur liberté et retrouvent leur dignité.