Le Parlement européen,
A. horrifié par l'assassinat de María Elena Moyano,
mère de deux enfants et adjointe au maire de
Villa El Salvador élue sur la liste de la
coalition de la gauche unie, assassinat perpétré
le 15 février 1992 dans cette localité
péruvienne par des guérilleros du Sentier
lumineux,
B. rappelant que lors des élections municipales de
1989, le Sentier lumineux avait assassiné de
nombreux maires, dont celui d'Ayacucho, dans le
cadre de la stratégie qu'il mène pour porter la
terreur dans les villes et semer la discorde
entre les couches populaires et leurs
représentants de gauche, favorisant ainsi un
affrontement direct avec l'Etat,
C. rappelant que selon les conclusions de la
commission parlementaire nationale sur "les
causes de la violence et les projets alternatifs
de pacification du Pérou", la violence politique
a coûté la vie, au cours de la dernière
décennie, à quelque 20.000 personnes,
D. considérant que María Elena Moyano, connue sous
le nom de "Mère courage" en raison de la
position qu'elle avait adoptée contre le
terrorisme, avait créé la première fédération de
femmes du Pérou et avait pris la tête du mouve-
ment lancé par les organisations populaires de
Villa El Salvador en vue d'installer des
dizaines de cuisines populaires et des comités
du Verre de lait, seul aliment pour des mil-
liers d'enfants,
E. alarmé par le fait que des femmes des
organisations de base soient devenues la cible
privilégiée d'attentats du Sentier Lumineux,
notamment Juana Lopez, directrice du programme
du Verre de Lait du district de Carmende la
Legua (Lima), assassinée en septembre 1991, et
Emma Hilario, Présidente de la Fédération
Nationale des Cuisines Populaires, gravement
blessée au cours d'un attentat à la mitraillette
en octobre 1991,
F. considérant que la situation péruvienne reflète
tous les maux du continent latino-américain,
depuis la crise économique et sociale à la
violence, en passant par le choléra, les
tremblements de terre et le trafic de drogues;
considérant que 60 % des Péruviens vivent dans
un état de pauvreté,
G. rappelant la visite que sa délégation pour les
relations avec l'Amérique du Sud a effectuée, en
juillet 1991, à Villa El Salvador, ville
autogérée qui a reçu en 1987 le Prix de la paix
et de la concorde du Prince des Asturies et dont
les 300.000 habitants ne disposent que d'une
seule clinique et d'aucune ambulance,
H. considérant que la commission des droits de
l'homme des Nations unies, réunie à Genève le
15 février 1992, a condamné cet assassinat,
1. exprime son émotion et manifeste sa solidarité
à l'égard de la famille de María Elena Moyano,
ainsi que des habitants de Villa El Salvador et
du gouvernement péruvien;
2. condamne énergiquement cet assassinat perpétré
par le Sentier lumineux dans le but d'empêcher
le succès de projets pacifiques alternatifs de
développement communautaire;
3. demande à la Commission et aux Etats membres de
renforcer les programmes de coopération au
Pérou, où la démocratie est confrontée à de
graves problèmes sociaux, et de déployer des
efforts particuliers en faveur du développement
économique et social de Villa El Salvador, seule
façon de s'opposer efficacement à la violence
prônée par le Sentier lumineux;
4. charge son Président de transmettre la présente
résolution à la Commission, au Conseil, aux
gouvernements des Etats membres, au conseil
municipal de Villa El Salvador et au
gouvernement du Pérou.