Résolution sur l'assassinat de Giovanni Falcone et la nécessité de lutter, dans la Communauté, contre la criminalité organisée
Le Parlement européen,
horrifié par l'assassinat, près de Palerme, le 23 mai 1992, de Giovanni Falcone, de sa femme et de trois policiers,
considérant le zèle manifesté par le juge Falcone dans la lutte contre la Mafia et l'activité que pendant des années il déploya dans ce sens, activité a permis des progrès considérables dans les enquêtes sur les personnages situés au sommet de cette organisation criminelle, non seulement en Italie mais aussi à l'étranger, et notamment aux Etats-Unis,
rappelant que ces nouvelles victimes viennent s'ajouter à la longue liste de tous ceux qui ont courageusement défié le pouvoir de la criminalité organisée en Italie, criminalité qui menace la démocratie et le bien-être moral et physique des citoyens, non seulement dans ce pays, mais aussi dans d'autres Etats membres,
soulignant que des agissements aussi spectaculaires violent les droits de l'homme que la Communauté et ses Etats membres se sont engagés à respecter,
considérant que la criminalité organisée opère, au niveau international, surtout par le trafic de la drogue et le blanchiment de l'argent sale et tend à jouer un rôle de premier plan dans l'activité économique et financière,
considérant que le phénomène mafieux et la criminalité organisée prennent aujourd'hui un caractère, une diffusion et une structure internationales, qui, à ce titre, appellent l'engagement et la participation de toutes les institutions communautaires et des autres Etats membres de la Communauté,
déplorant les relations, voire la complicité de certains hommes politiques et fonctionnaires avec la criminalité organisée,
considérant qu'une telle situation provoque la désagrégation de nos démocraties,
condamne ces lâches assassinats et exprime ses vives condoléances aux victimes du massacre de Palerme;
déplore la perte d'un des combattants contre la criminalité organisée les plus courageux et qui avait créé parmi les magistrats siciliens un pool de lutte contre cette criminalité;
exprime sa solidarité avec tous ceux qui, en Sicile et dans d'autres régions d'Italie, luttent contre le pouvoir de la criminalité organisée;
en appelle à la République italienne et à ses institutions démocratiques pour qu'elles mettent fin à ce pouvoir, qui constitue une flagrante violation des droits et libertés fondamentaux des citoyens italiens, et insiste pour que cette démarche soit considérée comme s'inscrivant dans la campagne menée par la Communauté et ses membres en faveur du respect des droits de l'homme;
prend acte des mesures déjà prises par le gouvernement italien à l'égard de ce phénomène;
demande aux gouvernements de tous les Etats membres de resserrer leur coopération dans la lutte contre la criminalité organisée, coopération qui nécessite une législation prévoyant une police communautaire et des mesures applicables dans tous les Etats membres, afin de mettre un terme aux activités exercées par des organisations telles que la Mafia dans, par exemple, le blanchiment d'argent;
juge essentiel de mobiliser l'opinion publique contre les criminels et se félicite donc d'apprendre que de nombreux Siciliens offrent spontanément leur aide à la police et manifestent publiquement leur aversion pour la Mafia;
invite instamment tous les partis politiques à purger leurs rangs de ceux qui, par leur passivité ou par les obstacles qu'ils sèment sur la route des autorités légales compétentes, soutiennent la criminalité organisée;
demande une formation professionnelle spécialisée adéquate des services nationaux de renseignements et d'enquêtes en vue de la lutte contre la criminalité organisée;
soutient les mesures permettant de donner aux magistrats des Etats membres les moyens matériels nécessaires d'investigation et de spécialisation ainsi que la formation indispensable dans ce domaine;
demande de garantir aux magistrats la protection de leur indépendance face à l'influence du pouvoir politique;
invite dès lors la Commission et le Conseil à procéder, en étroite collaboration avec le gouvernement italien et la magistrature engagée dans les enquêtes, et en collaboration avec le Parlement européen, selon les recommandations de sa commission d'enquête, à une intensification de la lutte contre la criminalité organisée;
invite en outre la Commission à s'employer, principalement par le contrôle destiné à mettre fin au recyclage de l'argent provenant d'activités criminelles de type mafieux, à vérifier la disponibilité réelle des autorités de la sûreté et des finances de chacun des Etats membres de la Communauté et des Etats qui souhaitent adhérer à la Communauté;
charge son Président de transmettre la présente résolution à la Commission, au Conseil et aux gouvernements des Etats membres ainsi qu'au Président de la République italienne, au président de l'Assemblée régionale de Sicile et au maire de Palerme.