de Ennio Capelcelatro et Franco RoccellaSOMMAIRE: L'action du Parti radical pour obtenir la libération du juge Giovanni D'Urso enlevé par les "Brigades Rouges" le 12 décembre 1980 et pour contraster ce groupe de pouvoir politique et journaliste qui veut sa mort pour justifier l'imposition en Italie d'un gouvernement "d'urgence" formé de "techniciens". Le 15 janvier 1981 le juge D'Urso est libéré: "le parti de la fermeté était en train d'organiser et est en train de tenter un vrai coup d'état, c'est pour cela, comme le fascisme de 1921, qu'il a besoin de cadavres; mais cette fois, au contraire de ce qui est arrivé avec Moro, il a été battu provisoirement, pour une fois les BR n'ont pas servi. La campagne de "Radio Radicale" qui réussit à rompre le black-out d'information de la presse.
("LA PEAU DE D'URSO", A qui servait-elle, qui l'a vendue, comment elle fut sauvée - par Lino Jannuzzi, Ennio Capelcelatro, Franco Roccella, Valter Vecellio - Supplément à Nouvelles Radicales n.3 - mars 1981)
Les 33 jours
de Ennio Capelcelatro et Franco Roccella
"Il nous semblait monstrueux qu'une classe politique qui détient le pouvoir, au gouvernement ou à l'opposition, en le gérant de façon à compromettre l'Etat et la société civile jusqu'au point où ils sont compromis, récupère sa force et rachète son incapacité sur la peau d'un homme. Eh bien, ne comptez pas sur nous pour ça: nous ferons tout le possible pour sauver la vie de D'Urso, pour ce que cela signifie: nous ferons tout ce qui est dû et tout ce qui est juste."
Franco Roccella
(Intervention à la Chambre du 9 janvier 1981)
Il est un petit peu plus de dix heures du soir, le 12 décembre 1980. A cette heure là, les quotidiens du matin ont fait leur plein, et la première édition est déjà en voyage vers les sièges périphériques. Il n' y a qu'aux "faits divers" qu'on continue à travailler à un rythme assez soutenu. Dans les autres secteurs, la plupart se sont esquivés; les quelques rédacteurs qui restent pour l'ajournement du rebattement, ou pour l'urgence, gaspillent souvent les temps morts avec un petit poker, indolore si possible. Puis, on ne sait jamais, le "monstre à flanquer en première page" pourrait toujours arriver, bouleversant, à l'improviste.
Au "Messaggero" (1) de Rome, comme dans les autres journaux, la journée s'est passée sans gros traumatismes. Le carnet des événements est nourri, mais substantiellement répétitif; les plats forts sont encore le scandale des fraudes pétrolières et la tragédie du tremblement de terre dans les régions méridionales, ayant pour contour des menaces d'augmentation fiscale, d'augmentation des prix des produits pétroliers et de croissance des taux d'inflation. Ce sont certes des mets inquiétants, à base d'épices terroristes, mais nous sommes à la diète de leurs protéines politiques et morales depuis des décennies. La nouveauté est représentée par la requête de condamnation à perpétuité de Valpreda (2) et Merlino pour le massacre de piazza Fontana à Milan en 1969. Nouveau d'un point de vue conjoncturel, pas structurel, puisqu'il repropose en effet une logique déjà consumée, qui ne fait qu'une avec la logique des scandales. En conclusion, peu importe là où l'on renifle, l'atmosphère de mauvaise odeur sur le panorama d'
information est partout la même.
Le climat relativement de somnolence aux faits divers du Messaggero s'interrompt péremptoirement à 22 h. 15 précises. Le central averti qu'un inconnu veut parler d'urgence avec un rédacteur. C'est le chef de service Mario Spetia qui répond. De l'autre côté du fil se trouve de toute évidence un jeune homme, on le comprend par le timbre de sa voix qui parle avec précipitation et d'un ton agité. De ses paroles, pas toujours compréhensibles, se détache avec clarté ce message: "Ici BR (3). Nous avons prélevé le magistrat Giovanni D'Urso. Nous demandons suppression prison de l'Asinara (4). Suit un communiqué".
Les balourds qui téléphonent aux journaux annonçant des nouvelles stupéfiantes ne sont pas rares. Mais Spetia sent que dans ce cas il ne doit pas s'agir du farceur habituel ou d'un mythomane. C'est surtout le nom de D'Urso, qui n'est pas récurrent dans les "chroniques" et inconnu à l'opinion publique, qui éveille ses soupçons; celui qui aurait voulu faire une blague de très mauvais goût, aurait plus probablement choisi le nom d'un personnage immédiatement reconnaissable. Il en parle ainsi au chef rédacteur Pino Geraci, et ils concordent ensemble de vérifier la crédibilité du message en téléphonant à la Digos (5) et aux carabiniers (6). Ni la première ni la seconde ne savent rien à propos d'un enlèvement accompli par des brigadistes. Connaissant Giovanni D'Urso, ils se rendent pourtant compte que la probabilité d'un enlèvement éventuel peut être fondée. A ce moment là commence un ballet convulsif de coups de téléphone. Digos et carabiniers téléphonent chez les d'Urso et ils apprennent par la fille aînée du ma
gistrat que son papa à 22 h 30 n'est pas encore rentré, malgré le fait qu'il avait prévenu qu'il ne serait pas rentré à la maison au delà de dix heures du soir. Au Ministère de la Justice, ils assurent que le magistrat a quitté son bureau pour rentrer chez lui, un petit peu avant huit heures du soir. Alors il n'y a plus aucun doute, le magistrat a été enlevé. On le confirme au "Messaggero", qui lance tout de suite la nouvelle en première page sur sept colonnes. Tous les autres journaux ne l'évaluent pas de la même façon, et certains la reléguent vers le centre ou le bas de la page.
Les soi-disant dispositifs de sécurité se déclenchent immédiatement. Le substitut procureur de la République, Domenico Sica, se précipite à la Préfecture pour la coordination des recherches. Des postes de bloc sont mis en place aussitôt que possible, le long des artères principales, surtout celles d'accès à la ville; mais à peu près trois heures plus tard, durant lesquelles les ravisseurs ont agi en tranquillité absolue, effectuant un doux prélèvement, les chances d'intercepter le commando brigadiste sont presque inexistantes. A 22 h 30, le refuge préparé pour la captivité était déjà sûrement atteint depuis un bon moment.
Giovanni D'Urso, 47 ans, originaire de Catania, à Rome depuis cinq ans, domicilié à via Ludovico Micara 34, dans le quartier Aurelio, est parmi les plus hauts fonctionnaires de la direction générale des instituts de prévention et peines du Ministère de la Justice. C'est en grande partie de lui que dépendent le mouvement et le placement des détenus dans les différentes prisons du pays, et c'est lui qui décide les transferts et les assignations de tel ou tel autre détenu aux sections spéciales de haute sécurité.
Entré dans la magistrature le 10 avril 1959, il fut nommé conseiller de Cassation en 1979, après 20 ans de carrière à peine. A favoriser sa carrière fut une loi de 1978, abrogative d'une loi précédente qui excluait le calcul à des fins de carrière des trois années passées en qualité de juge suppléant. Sans la loi de 1978, il aurait dû attendre 1982 pour être nommé conseiller de la Cour Suprême, condition indispensable pour assumer des fonctions de direction dans l'administration de la Justice, qui plus est dans un secteur qui en aurait fait le metteur en scène de la vie de prison des prisonniers brigadistes, ou présumés tels.
L'enquête à chaud n'aboutit à rien. La mobilisation tumultueuse des instruments d'enquête ritualise une intention d'efficacité qui jusqu'à présent a été désastreusement déçue; elle imite pourtant un scénario qui a déjà provoqué des crises de rejet chez les spectateurs potentiels. Conformément aux expectatives générales de faillite des positions inquisitoriales, la première nuit d'enlèvement se passe sans qu'affleure la moindre lueur sur l'identité des auteurs de l'enlèvement et surtout sur l'endroit où se trouve la soi-disant "prison du peuple". Il semble que Giovanni D'Urso, selon les premières hypothèses des organes d'enquête, ait été espionné pendant plusieurs mois, comme l'avait été Aldo Moro (7) à son époque.
Lui-même, un soir de février 1980, aurait remarqué deux voitures, une Fiat 500 et une Renault, ayant à bord des individus qui avaient éveillé ses soupçons. Sur la base de ces éléments très vagues, les chargés d'enquête tracent une première carte de la possible "colonne" responsable de l'enlèvement, constituée selon eux par les habituels imprenables Mario Moretti et Barbara Balzarani, qui, comme le Père Eternel, sont sur terre et dans le ciel et partout où se consume un massacre, un assassinat, un enlèvement ou un assaut terroriste. En plus de ces derniers, les enquêteurs supposent que Nadia Ponti, Vincenzo Guagliardi, Antonio Savasta et Emilio Libera fassent aussi partie de la "colonne".
La vérité est qu'en attendant, on avançait à tâtons dans l'obscurité. Il faut vingt quatre heures pour commencer à s'orienter dans la dynamique de l'opération. La première hypothèse prise en considération est que le magistrat ait été bloqué à via Arenula ou dans les environs, de suite après être sorti du Ministère de la Justice, à 8 h du soir. Mais elle ne tarde pas à se révéler fragile: il est impossible que les brigadistes, à cette heure de trafic intense, aient agi en toute tranquillité sans être aucunement remarqués.
Ce n'est que dans un second moment que l'on se rend compte que l'embuscade a eu lieu près de l'habitation du juge, probablement à via Pio IV, perpendiculairement à via Leone XIII, où l'on retrouve parquée la Fiat 124 avec laquelle le magistrat est rentré du bureau. A une trentaine de mètres de la voiture, on trouve en effet des débris de verres de lunettes, sur l'asphalte des traces de pneus; le magistrat a peut-être même réagi énergiquement à l'agression, mais il a dû succomber à la lutte impaire et il a été chargé sur une voiture qui s'est immédiatement éloignée à toute vitesse.
Prendre les armes ne suffit pas
L'enlèvement de D'Urso, cela apparaît de suite évident, remet en discussion toute la stratégie anti-terroriste du Gouvernement, culminante dans l'action du général Della Chiesa (8), lequel est plus l'inspirateur que l'exécuteur d'une telle stratégie, et pour cette raison il serait plus correct de parler de stratégie Dalla Chiesa plutôt que de stratégie gouvernementale. On a un contrecoup psychologique qui repropose les interrogatifs inquiétants avancés au lendemain de l'enlèvement de Moro. La désinvolture avec laquelle l'opération a été accomplie insinue le soupçon que la capacité opérationnelle des brigades rouges soit loin d'être épuisée, ainsi que les organes de presse voudraient faire croire en faisant levier sur les arrêts en chaîne, en cours depuis longtemps dans le pays.
Bien que depuis l'enlèvement de Moro le 12 décembre 1980, les organisations terroristes ne soient pas restées sans rien faire, qu'elles aient au contraire accompli des coups selon eux éclatants, comme les assassinats du journaliste Walter Tobagi, du vice-président du Conseil supérieur de la magistrature, le professeur Giovanni Bachelet, et plus récemment du docteur Giuseppe Furci, médecin de la prison romaine de Regina Coeli, le mot d'ordre était qu'elles étaient en voie de liquidation. Effacées, selon les assurances de Dalla Chiesa, "Prima Linea" (9), les "Nap" (10) et les autres organisations mineures, il ne resterait que les brigades rouges, décimées à leur tour par les arrestations, par les défections et les repentirs, et en outre déchirées par les contrastes internes entre faucons et colombes, c'est à dire entre la "colonne Walter Alasia" et le groupe originaire historique, qui en auraient diminué énormément la force de choc. Deux jours précisément avant l'enlèvement D'Urso, entres autres, deux composan
ts de la "colonne Walter Alasia", Roberto Serafini et Walter Pezzoli, ont été abattus par les carabiniers de Milan dans le quartier Certosa.
Il ne manque pas de gens pour mettre en garde contre les "optimismes faciles". Les juges de Turin avertissent que si le parti armé est en crise il faut de toute façon continuer énergiquement à le traquer parce que s'il se reconstitue, ce serait un danger mortel pour tous; mais toujours dans une logique qui donne pour bonne la liquidation, mais ne tient pas compte du terrorisme noir, qui bien qu'il ait des sorties impromptues, du genre aventureux, quand il frappe s'abat préférablement sur le tas, comme l'été dernier à la gare de Bologne (84 morts et des centaines de blessés). L'entreprise imitait une technique éprouvée depuis 1969 à Milan, et puis sur le train Italicus et à Brescia.
Si ce n'était pour le procès de Catanzaro, qui se déroule désormais comme un "flash-back", peut-être que personne ne se rappellerait du terrorisme noir. Ni le massacre récent de Bologne, malgré la terrifiante férocité d'exécution, ne semble avoir relancé les graves préoccupations ayant trait à la compromission d'appareils de l'Etat qui serpentent au début des années 70, qui se sont révélées par la suite plus que fondées, et neutralisées par des opérations de chirurgie plastique des organes les plus impliqués.
L'enlèvement D'Urso a ramené automatiquement à la mémoire l'éclatant enlèvement précédent du président de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro, même s'il n'en a pas eu le déroulement spectaculaire ni n'a exigé le massacre de cinq hommes de l'escorte, ou même d'un seul. Le conseiller D'Urso, du moins selon les affirmations de sa femme, avait renoncé volontairement aussi bien à la voiture blindée qu'à l'escorte, non pas par fatalisme ou parce qu'il ne craignait pas d'être un objet possible d'attentat, mais parce qu'il jugeait ces mesures inutiles et dangereuses: un commando décidé à tout, agit à l'improviste et de façon imprévisible, et la première chose qu'il fait, c'est d'éliminer l'escorte, sans lui donner aucunement le temps de réagir.
Pourtant la simplicité même avec laquelle l'enlèvement a été accompli, son évidence, révèle au cas où un renouvellement tactique qui amène directement à l'essentiel, affranchissant de l'obligation d'actions à larges rayons d'action qui produisent inévitablement des dévastations substantiellement superflues et peut-être politiquement à effet contraire. Il y a pourtant, entre les deux enlèvements, une différence encore plus profonde, une fracture qui, si elle ne témoigne pas d'une discontinuité idéologique, est certainement symptomatique d'une mise à jour stratégique et peut-être politique.
Il est escompté qu'avec ces deux opérations on veut mener l'attaque "au coeur de l'Etat". Mais tandis que dans le cas Moro, la stratégie pointait à une déstabilisation générale, dans le cas D'Urso, tout en maintenant l'objectif de fond, l'action est spécifiquement finalisée au démantèlement du système des prisons, qui toutefois dans l'immédiat peut-être circonscrit à la fermeture de l'Asinara et des sections de haute sécurité des autres prisons. L'objectif final est toujours l'abattement de l'Etat des multinationales, mais la stratégie institutionnelle semble abandonnée pour une stratégie ancrée avec une ponctualité plus articulée à des échéances immédiates, fondée sur une "escalation" qui passe par le démantèlement des structures de soutien de l'Etat, en commençant par celles répressives.
Cette fois, et d'ailleurs ça ne représente pas une nouveauté, elle est déjà annoncée assez clairement par les intéressés mêmes. Fidèles à la promesse faite au "Messaggero" dans les premières heures de l'après-midi du 13 décembre, les ravisseurs déposent le premier communiqué dans une poubelle en face du cinéma Ambassade à via Accademia degli Agiati, avertissant ensuite les journaux afin qu'ils aillent le retirer. Joint au communiqué se trouve une photo de l'otage dans laquelle, sur le fond d'un panneau où est inscrit "brigades rouges" à caractères cubitaux, avec au centre l'étoile à cinq pointes, ressort l'image écrite: "fermer immédiatement l'Asinara". Le scénario est le même que celui qui a servi pour le juge Mario Sossi, pour le juge Giuseppe di Gennaro et pour Aldo Moro.
Le communiqué commence par ces mots: "vendredi 12 novembre, un noyau armé des brigades rouges a capturé et enfermé dans une prison du peuple Giovanni D'Urso, magistrat de cassation, directeur du bureau III de la direction des instituts de peine du Ministère de la Justice. D'Urso est défini comme un "bourreau, geôlier de milliers de prolétaires...Le plus grand responsable pour tout ce qui concerne le traitement de tous les prolétaires prisonniers aussi bien dans les prisons normales que dans les prisons spéciales...C'est à lui que l'on doit le traitement général et particulier des prisonniers, la différenciation entre les prisons, les transferts, les pratiques de torture et anéantissement politico-psycho-physique". Maintenant, poursuit le communiqué, "il est dans une prison du peuple et sera soumis au jugement du prolétariat, que le porc croyait pouvoir massacrer impunément".
Quand au résultat possible du procès, pour l'instant les brigadistes ne se déboutonnent pas beaucoup, mais par la truculence de leur langage, ils laissent deviner qu'il n'y a rien de bon à attendre. Ils ne donnent pas d'anticipations concrètes, mais ils annoncent de toute façon une sévérité inquiétante. Notre procès, disent-ils, "n'a rien à voir avec les rites et les codes de la justice bourgeoise...Nous nous en tiendrons aux critères de la justice prolétaire, qui ne manque jamais de se manifester avec une fermeté ponctuelle et inexorable".
Toutefois, et il s'agit de la première nouveauté, le procès au magistrat représente un objectif qui est une fin en soi, ou bien le moment culminant de l'assaut aux système des prisons qui doit se conclure avec au moins la fermeture de l'Asinara, la neutralisation des prisons de haute sécurité et l'annulation du soi-disant circuit de différenciation. "Faire subir un procès à cet esclave du pouvoir, préposé à la gestion de l'instrument d'anéantissement le plus infâme utilisé par l'impérialisme - affirment les brigadistes - veut dire aujourd'hui faire subir un procès à toute la bourgeoisie impérialiste et combattre afin que les rapports de force dans les prisons se renversent à faveur des prolétaires". L'objectif se précise mieux là où l'on dit que les points les plus hauts de l'affrontement seraient la FIAT et les prisons. Mais la priorité, selon la stratégie de l'"escalation", est attribuée aux prisons, en tant que lieux habituels " de vie du prolétariat extra-légal, c'est à dire de cette couche de classe qui
subit jusqu'au fond le coût de la crise et le poids de la restructuration productive". Les prisons deviennent donc "le terrain décisif de l'affrontement entre révolution et contre-révolution", et dans une telle perspective s'insèrent "la bataille du 2 octobre à l'Asinara, la lutte de Volterra, de Fossombrone, de Florence, la destruction du camp de Nuoro et l'exécution des espions et des infiltrés". Il ne reste donc pour l'instant qu'"organiser la libération des prolétaires prisonniers, démanteler le circuit de la différenciation, construire et renforcer les comités de lutte ("à l'intérieur des prisons"), fermer immédiatement l'Asinara".
Ces affirmations font ressortir assez clairement le renouvellement stratégique du parti armé, le refus, en pratique, du recours indifférencié aux armes sans un objectif sélectionné rationnellement. Mais il y a des références encore plus directes, contenant en pratique une critique de la stratégie des faucons, c'est à dire à la "colonne Walter Alasia", accusée explicitement d'aventurisme. "Nous devons accepter la guerre et attaquer au coeur de l'Etat - affirment les brigadistes dans leur communiqué - faisant vivre les contenus de destruction et désarticulation dans une ligne de masse qui dialectise les programmes immédiats avec le programme général de transition au communisme".
Les signes particuliers de la nouvelle stratégie sont évidents, même si à partir d'ici, le discours s'emphatise en devenant ouvertement accusateur: "Celui qui aujourd'hui n'agit pas ainsi, est un opportuniste, parce qu'il ne relie pas l'action du parti aux programmes immédiats des différentes couches de classe, il ne construit pas le pouvoir prolétaire armé, mais se libère du devoir historique qui appartient aux organisations communistes combattantes. Celui qui croit que le problème soit de tirer ou d'éliminer quelque ennemi du peuple, construit dans le vide. Nous l'avons déjà dit et nous le répéterons à l'infini: prendre les armes ne suffit pas! Celui qui se limite à cela démontre n'avoir rien compris au parcours accompli jusqu'ici par la lutte armée et son avenir".
"Les durs" à l'offensive
Le 15 décembre un nouveau tract est divulgué, d'information de façon prévalante: "Le prisonnier D'Urso va bien - peut-on y lire - et l'interrogatoire auquel il est soumis se déroule avec sa pleine collaboration et est en train de mettre clairement à jour ses responsabilités directes...Le rôle qu'il a joué jusqu'à présent dans les prisons spéciales ne laisse aucun doute, tous les prolétaires prisonniers le connaissent bien: bourreau et geôlier". Le moment de la sentence est prématuré, mais l'acquisition déclarée, des preuves de "culpabilité", annoncent en fait un verdict de condamnation. Il reste à contrôler seulement comment celle-ci s'articulera, quoique, après l'affaire Moro, il n'y ait pas d'illusions à se faire sur l'entité et la qualité de la peine. Il y a certes les précédents positifs de Sossi et di Gennaro, des cas qui se sont résolus par le relâchement des prisonniers, mais les conditions historiques sont profondément changées, et les objectifs poursuivis alors étaient moins catégoriquement précisés
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Sur le front de l'enquête, on marque évidemment le pas. Il n'y a eu aucun progrès concret, et on continue à tourner à vide malgré les efforts pour donner preuve d'efficacité. On exécute de grandes rafles en différents endroits, selon un cérémonial qui n'a abouti à rien dans toutes les autres occasions. Le seul élément acquis est le portrait-robot d'un des ravisseurs tracé au crayon selon les indications de certains témoins. Il en ressort un jeune entre 25 et 30 ans ayant les caractéristiques suivantes: cheveux noirs et lisses ramenés d'une façon ordonnée vers la nuque et touffus sur les cotés, vers les favoris; nez fin, droit; visage ovale; lèvres fuyantes; yeux noirs en amande.
Ce personnage improbable, selon les témoignages qui en ont permis la reconstruction, aurait fait partie du commando qui a exécuté l'enlèvement et il aurait fait le guet. Sa participation à l'agression, et le rôle qu'il aurait joué dans l'opération, sont déduit du fait que quelqu'un de pas mieux identifié l'aurait vu rôder dans les environs de l'habitation du magistrat.
Moins que cela, en vérité, ce ne serait pas possible. Mais ceci, joint à l'indication selon laquelle serait en voie d'application, pour le repérage du repaire, un "plan détaillé", mais ultrasecret, élaboré à l'époque de l'enlèvement Moro, devrait assurer à l'opinion publique que l'enquête se poursuit avec ardeur le long d'itinéraires fructueux. A donner du crédit à l'agilité du "plan détaillé", concoure la circonstance que sa mise au point suit, et ne précède pas, l'affaire Moro, et qu'il aurait donc tenu compte des erreurs accomplies alors dans la formulation d'un projet d'opération hautement perfectionné.
C'est pourtant sur le plan politique que le problème ne tarde pas à devenir incandescent. Le premier à descendre sur le terrain, immédiatement après l'enlèvement, est le sénateur à vie Leo Valiani, désormais éditorialiste institutionnel du Corriere della Sera, partisan, depuis longtemps, du poing de fer, sans même la fiction du gant de velours, ou d'une généralisation répressive. "A l'enlèvement D'Urso - se dépêche-t-il décrire sur la feuille "rizzoliana" (11) - il est nécessaire de répondre avec la même fermeté avec laquelle on a répondu à l'enlèvement Moro". Ce qui équivaut à dire aux brigades rouges: "dépêchez-vous à nous envoyer un cadavre, et qu'on n'en parle plus". Puis Vallani exulte pour la prorogation de l'arrêt de police, exhortant pourtant "à en faire finalement un usage énergique".
Le mysticisme répressif de Valiani n'est malheureusement pas un phénomène isolé, ni n'est théorisé par vocation idéologique du seul MSI (12). Le républicain Mammì en est fortement imprégné, et en effet nous le trouvons toujours en première ligne quand il y a à promulguer des lois spéciales, arrêts de police ou quoi qu'il en soit des normes de restriction des espaces de liberté. Sur l'enlèvement D'Urso il intervient promptement avec une déclaration à l'apparence problématique, qui le placerait finalement au-dessus de ceux qui font des négociations et de ceux qui n'en font pas, mais en fait de refus aprioriste de tout acte ou geste qui pourrait concourir, de façon présomptive, à sauver la vie de l'otage.
"Il ne s'agit pas de se diviser entre faucons et colombes, affirme Mammì, mais de se demander si à l'enlèvement ne suivrait pas enlèvement, au chantage un chantage, au fléchissement un fléchissement, au cas où l'on commencerait à traiter avec un parti armé qui a un besoin désespéré de reconstruire autour de soi des bandes de solidarité, se présentant comme contre-pouvoir valable. D'une façon point différente Ugo Picchioli, responsable de la section problèmes de l'Etat du PCI (13), avait le jour précédent, quelques heures après l'enlèvement, relâché cette affirmation péremptoire publiée dans un cadre sur la première page de l'Unità (14) (un détail qui en fait ressortir le caractère officiel impliquant la responsabilité de tout le parti): "Tout fléchissement aux chantages serait inacceptable. De plus, si l'on cédait, on redonnerait espace et force au terrorisme, cela l'aiderait à dépasser la crise où il se trouve".
En fait ces déclarations équivalent à prendre des précautions. Pour l'instant, il n'y a aucun chantage terroriste et aucune requête adressée à l'Etat et au Gouvernement. Dans les tracts diffusés, on énonce les finalités et les stratégies du parti armé.
La demande de fermeture de l'Asinara est avancée comme intimation péremptoire: ou bien elle sera effectuée par qui en a le pouvoir ou conquise par la lutte; elle n'est pas envisagée comme condition possible pour la libération du prisonnier ou comme marchandise d'échange. Il n'y a pas d'offerte d'opportunité de négociation; il n'y a pas un seul pas, dans les communiqués diffusés jusqu'à présent, qui fasse allusion à la coutume compromissoire du "do ut does". C'est le libéral Bozzi qui le fait remarquer: "le discours de céder ou ne pas céder avant que les terroristes n'aient avancé des requêtes ne sert qu'à diviser plus les forces politiques".
L'indisponibilité prématurée des républicains à une négociation, d'ailleurs non demandée, se réfère à l'histoire Moro, et est en réalité un avertissement aux socialistes ainsi qu'à Forlani, une tentative de faire pression sur le Président du Conseil et le disposer à exercer toute son influence sur les autres forces de la majorité qui pourraient être tentés par des actions humanitaires. Forlani jusqu'à présent, n'a eu que des contacts informels, par téléphone, avec Piccoli (15), Craxi (16), Spadolini (17) et Longo (18), mais il attend de les convoquer autour d'une table pour décider une ligne unitaire. Craxi a déjà exprimé un point de vue qui pendant ce temps se différencie sensiblement de celui républicain, ayant comme condition nécessaire non pas la "fermeté", mais l'instance humanitaire. Pour lui, "la lutte à fond contre le terrorisme impose de défendre et de sauver les vies humaines en danger, et maintenant la vie à sauver est celle de Giovanni D'Urso"; et les sociaux-démocrates, auxquels ne servirait pa
s un contraste ouvert avec les socialistes, par la bouche de Saragat (19) et de Longo, font savoir qu'"il faut effectuer toute tentative pour sauver la vie du magistrat D'Urso, dans la conscience que cet objectif doit être poursuivi de façon telle à redonner force et crédibilité aux institutions".
Pour les radicaux le problème de traiter ou pas, est un prétexte. Si l'Etat doit affirmer sa fermeté, il ne peut le faire en négligeant les accomplissements démocratiques auxquels il est tenu, face à lui-même, par loyauté démocratique; il ne peut en d'autres termes utiliser l'alibi d'un "chantage" pour légitimer son manque de tenue démocratique. La fermeté d'une institution de la violence comme le camp de concentration de l'Asinara, à laquelle se sont déjà engagés la classe politique et le gouvernement - objecte Massimo Teodori aux fauteurs de la soi-disant "ligne dure" - serait au cas où "un signe de force de la part de l'Etat", non pas de faiblesse; ne tenant pas compte des requêtes des terroristes - ajoute Franco De Cataldo - "l'Asinara doit être fermée parce qu'elle est indigne d'une quelconque société civile".
N'existant pas de fait un "chantage" terroriste, ou une quelconque proposition déguisée de négociation, la fermeture dans une intransigeance anti-négociation est tournée vers l'arrière, non pas vers l'avant; elle ne peut être interprétée différemment que comme une torpille contre des mesures en voie d'exécution ou de toute façon dûes. Puisque l'Asinara était sur le point d'être fermée, son démantèlement avait en définitive déjà été décidé et programmé, ou plutôt qu'il était déjà en cours bien avant le communiqué numéro un des brigades rouges, une suspension de l'opération déjà commencée risquait de donner corps, de déterminer le chantage des Br et par conséquent de l'honorer, dans la mesure où pour ne pas le subir l'Etat aurait dû révoquer ses appréciations autonomes prises pour des appréciations de justice et de civilisation. Ceci est en quelque sorte confirmé par le libéral Raffaele Costa, sous-secrétaire à la Justice dans le précédent Gouvernement Cossiga (20): "La progression des temps chronologiques aur
ait aussi amené à la fermeture de l'Asinara ("après Favignana"), non pas par respect envers les chefs historiques des brigades rouges, mais à l'égard d'une décision qui était fixée d'avance et qu'il ne s'agissait plus qu'à mettre à exécution au fur et à mesure que l'on avait la possibilité de décentrer les détenus ailleurs".
Selon Costa, nous sommes très en retard en ce qui concerne notre système des prisons, il persiste une situation des prisons lourde et en voie d'aggravation qui élargit les espaces de la protestation, et qui en quelque sorte la légitimise. On attaque les prisons parce qu'elles sont la partie molle du pays; et l'intention des brigades rouges, selon Costa, "n'est certainement pas celle de les améliorer. Elles veulent au contraire qu'elles restent dans les conditions actuelles", autrement elles perdraient une des plate-forme les plus solides de leur stratégie d'éversion. Il devrait s'ensuivre, bien que Costa ne le dise pas, que hâter la fermeture des prisons comme l'Asinara, et procéder à la mise à exécution de mesures qui rendent praticable la réforme pénitentiaire, restée jusqu'à présent un livre des rêves, signifierait couper l'herbe sous les pieds du terrorisme, ce serait vraiment une preuve de cohérence et de fermeté illuminée.
En ce qui concerne au moins le démantèlement des sections de haute sécurité de la prison de l'Asinara, il y a une coalition presque unanime. La divergence est sur les temps, que les durs, commandés contingentement par les républicains, voudraient retarder pour ne pas subir le chantage des brigadistes, malgré le fait que soit en jeu la vie d'un homme. La logique qui est à la base d'un tel comportement réduit la confrontation avec le terrorisme à une lutte de gladiateurs et néglige totalement d'en considérer les implications sur la survie de D'Urso. Le Gouvernement, pour l'instant, tient prudemment ses distances attendant qu'il y ait au moins un décongestionnement parmi les forces de la majorité. Et la DC (21), ayant toujours qui lui tire à la volée dans la direction qu'elle décidera de parcourir, peut rester au couvert en affichant une équidistance neutre.
Premier débat à la Chambre
De cette viscosité qui ne promet pas pour madame D'Urso, qui pendant ce temps là se rend chez le chef de l'Etat pour invoquer le salut de son mari, l'on a une confirmation plus tangible dans le débat qui se déroule à Montecitorio (22) le matin du 16 décembre. Les nombreuses interpellations et interrogations présentées peuvent être divisées en deux groupes: celles inquiètes de façon prioritaire du sort de l'otage, et les autres qui tendent à solliciter une "poigne" qui relégue au second plan le problème de la vie du magistrat.
Au premier groupe n'appartiennent que les interpellations radicales, visant à "connaître les intentions du Gouvernement en ce qui concerne l'enlèvement du juge Giovanni D'Urso", ou bien "à savoir quelles initiatives a-t-il (le Gouvernement) pris pour obtenir la libération du magistrat"; au second les autres, des démochrétiennes à celles "missine" (23), "pour connaître les circonstances de l'enlèvement" (DC), ou pour connaître "à quel point en est l'enquête pour libérer le juge D'Urso et pour découvrir et assurer ses ravisseurs à la justice" (PCI). Qu'on ne se méprenne pas sur le fond de la question. Les communistes ne demandent pas d'initiatives politiques visant à favoriser la libération, mais une action visant à frapper les ravisseurs qui soient avant tout une démonstration de force et seulement de façon marginale, un concours à la libération du prisonnier. La requête est de surcroît velléitaire car il n'y a pas le moindre indice sur l'emplacement de la prison. L'interpellation du PSI (24) part par la tang
ente, visant comme elle le fait à comprendre "quel rapport cet épisode doit et peut avoir avec le cadre articulé du terrorisme politique italien".
Le ministre Rognoni, en répondant, reste à l'écart. En ce qui concerne le mécanisme de l'enlèvement, il ne révèle rien de plus que ce qui ait été rapporté par la presse. La même chose en ce qui concerne les recherches en cours, qui pourtant, assure-t-il, "prendraient des contours toujours plus définis", mais sur ce point il considère devoir observer une certaine discrétion qui devrait être "comprise et appréciée par le Parlement". En ce qui concerne les mesures de protection de ceux qui sont exposés à des actions terroristes il juge que celles qui sont adoptées sont adéquates (voitures blindées à disposition des magistrats), et qu'au cas où, le problème est de "faire respecter le maximum de précautions par ceux qui ne les considèrent pas nécessaires et opportunes" (comme dans le cas du magistrat enlevé).
En matière de comportements et d'initiatives du Gouvernement, Rognoni donne un coup sur la caisse et un coup sur le tambour. "Contre le terrorisme - dit-il - on ne peut en aucune façon relâcher la vigilance et la détermination la plus ferme. Le Gouvernement, tout en confirmant sa disponibilité au débat sur la politique des prisons et sur la situation actuelle des établissements pénitentiaires annoncée jeudi dernier par le Ministre garde des sceaux à la Commission justice de la Chambre, assure d'être également prêt à un débat sur les thèmes de la sûreté, dont il considère pouvoir tirer des éléments destinés à renforcer l'engagement dans la défense d'une juste et pacifique cohabitation civile".
L'intervention de Rognoni, après cette incursion acrobatique parmi les problèmes de la sûreté, se conclus pourtant avec une déclaration d'ouverture: "le Gouvernement fera tout son possible pour atteindre l'objectif, aujourd'hui primaire, de la restitution du juge D'Urso à sa famille...Dans cette perspective le Gouvernement prendra tous les chemins et ne négligera aucune occasion qui puisse amener à un résultat positif de cette histoire, qui participe objectivement des valeurs les plus profondes du "privé" et en même temps s'introduit durement dans l'histoire plus complexe et articulée de la communauté nationale. Le radical Franco De Cataldo, bien que prenant acte de la disponibilité du Gouvernement à débattre les problèmes de la sûreté, objecte au Ministre que l'action du Gouvernement est destinée à l'échec à tout point de vue, et que la dernière initiative, prise en concomitance avec l'enlèvement du magistrat, de prolonger de soixante jours l'arrêt de police, sert au cas où à "rendre plus cruelle la spirale
de la violence". N'importe quelle tentative, ajoute-t-il, "dans le respect de la loi et de la Constitution", doit être faite pour sauver la vie du magistrat D'Urso. N'importe quelle tentative. Un Etat est fort non pas parce qu'il est objectivement fort, mais parce qu'il démontre la force qu'il a en lui-même, au moment où il est aussi capable de vérifier les conditions pour lesquelles un membre, une composante de la société, ne soit pas impitoyablement, barbarement tué. Quoi qu'il en soit, mettant de côté les requêtes des BR, l'occasion est propice pour "qu'on en arrive en quelques heures à décréter la fermeture de la prison de l'Asinara...Il me semble que cela doit être fait sans retard. Et que l'on ne vienne pas nous dire que l'Etat n'agit pas sous la pression des brigades rouges; ce ne serait pas vrai, ce serait une fausse justification, parce que, s'il faut agir, il faut le faire tout de suite. Et si cela pourra servir à résoudre, même si en partie, le problème de la vie et de la liberté de D'Urso, tant
mieux: nous aurons la satisfaction d'avoir accompli deux actions d'importance éthique et sociale".
Marco Boato, radical, remonte encore plus en arrière, et accuse le Gouvernement d'omissions graves qui l'ont mis dans les conditions d'être victime d'un chantage et qui ont préparé le terrain à l'enlèvement du magistrat. "Est-ce-que vous faites votre métier tous les jours?" - demande-t-il aux représentants du Gouvernement présents dans la salle - "Aviez-vous lu dans les événements qui se sont passé dans notre pays au cours des derniers mois, que ce que nous avons en face de nous était sur le point d'arriver? Non pas évidemment, qu'ils auraient précisément séquestré D'Urso: cela personne ne le savait, j'espère. Mais aviez-vous lu les faits qui étaient en train de se passer? Aviez-vous lu les documents des brigades rouges, depuis des mois et des mois, ayant trait à un seul, obsédant, paranoïaque objectif: fermer l'Asinara, fermer l'Asinara, fermer l'Asinara! C'était la seule chose paranoïaque qui était dite. Alors comment pouviez-vous ne pas savoir qu'ils en seraient arriver à cela? La révolte de Nuoro, la rév
olte de Florence avaient cet objectif unique: fermer l'Asinara".
Boato rappelle que quelques jours auparavant, et quand D'Urso n'avait pas encore été enlevé, il avait conclus son intervention à la Commission Justice de la Chambre par ces mots: "N'en arrivez pas à devoir accepter le chantage des brigadistes sur la prison de l'Asinara". Quoi qu'il en soit, poursuit-il, "fermer l'Asinara et revoir tout le régime des prisons spéciales, des prisons de haute sécurité de notre pays, est une revendication sacrée que nous, forces politiques démocratiques, de majorité ou d'opposition, devront soutenir de façon autonome et avec force, pour des raisons de justice, de civilisation du droit, de démocratie dans notre pays".
La seule voie que l'on puisse parcourir est celle de l'action démocratique, qui passe par de tels accomplissements et tous les autres ayant trait au système des prisons, et certainement pas par les lois spéciales et l'arrêt de police, que même l'ex-ministre de la Justice Bonifacio (DC), rappelle Boato, considère "un obstacle pour revenir sur un terrain institutionnel différent de celui sur lequel le terrorisme a contraint notre pays toutes ces dernières années". Donc, conclut-il, "si nous voulons reparcourir les vieux chemins, et avec encore plus de fatigue, d'une façon plus rustre, ce sera une tragédie, non seulement, et avant tout, malheureusement, pour le juge D'Urso et sa famille, mais aussi une tragédie pour la démocratie dans notre pays. Vous résoudrez en effet - apparemment - ce cas, en ensevelissant un cadavre, et en disant "nous n'avons pas cédé", mais vous vous retrouverez face à un phénomène désormais endémique, que vous n'aurez pas su vaincre parce que vous n'aurez pas même été capable de le comp
rendre".
Les interventions des démochrétiens et des socialistes sont glissantes: Gerardo Bianco, pour la DC, s'en tire en souscrivant la promesse de Rognoni selon laquelle on fera tout le possible pour la libération de D'Urso, rappelant pourtant que les lois de cet Etat, qui est un Etat de droit, doivent être respectées de façon ponctuelle; et Labriola, pour le PSI, s'inquiète principalement de solliciter un débat sur l'état de la sûreté en Italie, en négligeant toute référence directe à des initiatives pour le salut de D'Urso. A part le "missino" Pazzaglia, qui non seulement ne voudrait pas la fermeture de l'Asinara, mais prétendrait que l'on crée une constellation de prisons très spéciales et de très haute sécurité, le communiste Fracchia est ensuite le seul qui ait au moins le don de la sincérité en ce qui concerne le comportement que le Gouvernement devrait avoir envers le terrorisme et envers l'histoire spécifique de l'enlèvement. Pour lui il n'y a aucun doute, l'attitude doit être " de décision, de fermeté, de
rigueur et de cohérence", comme elle fut à l'occasion de l'enlèvement d'Aldo Moro.
BR: "où est le plan secret?"
Avec le débat du 16 décembre à Montecitorio, l'histoire D'Urso se fait plus sourde. Il se crée un climat de suspense , qui pourrait être de réflexion, comme on le dit d'habitude, mais qui traduit plus souvent le vide d'initiative. L'enquête se poursuit, nous dit-on, à un rythme serré, mais elle n'avance pas d'un pouce: l'espoir d'obtenir quelques indices utiles est remis à la possibilité que les "repentis" fournissent quelques éléments nouveaux qui permettent de suivre une piste moins vague que celles qui ont été supposées jusqu'à présent. A la presse qui demande sans cesse des nouvelles à la magistrature, les carabiniers et la Digos se contentent d'assurer qu'ils se déplacent suivant des lignes directrices précises, mais toutefois ils n'ont aucune donnée à fournir. Dans le même temps on vérifie certaines circonstances: la première est que l'on n'a assigné aux magistrats que 330 voitures blindées sur les 1200 promises, et ceci dément amplement l'efficacité de protection vantée par Rognoni au cours de son int
ervention à la Chambre; la seconde est que le jour de l'enlèvement, D'Urso se rendit à son bureau pour remplacer un collègue qui le lui avait demandé. Si les terroristes l'ont braqué et capturé précisément ce jour-là, cela pourrait vouloir dire qu'ils auraient reçu une signalisation opportune de l'intérieur (on envisage en définitive l'hypothèse habituelle de taupes nichées dans l'administration publique).
L'incertitude sur les intentions et l'orientation du Gouvernement contribue à accentuer le climat de suspense. La rencontre au sommet tant attendue entre Forlani et les quatre secrétaires des partis de la majorité a eu lieu le jour même du débat à Montecitorio, mais il n'apparait pas clair si elle ait été décisive ou interlocutrice. A son terme, on diffuse le communiqué sec et protocolaire qui suit: "Le Président du Conseil des ministres a rencontré les secrétaires des quatre partis de la majorité de gouvernement. Les secrétaires des quatre partis ont assuré leur soutien solidaire au Gouvernement pour affronter avec détermination les problèmes d'urgence comme la lutte au terrorisme, la reconstruction des régions frappées par le tremblement de terre, les engagements de programmation économique".
Voilà tout. Sur la base de ce qui s'est détaché les jours précédents certains hasardent l'hypothèse qu'un accord quelconque a peut-être été obtenu sur la fermeture de l'Asinara; toutefois justement pendant que le sommet est en cours, Mammì tient à rappeler que le Parti républicain "est favorable aux super-prisons entendues comme lieu où détenir des criminels participant d'une criminalité organisée qui pourraient donc s'évader plus facilement s'ils étaient enfermés ailleurs". Il est très probable que cette position ait été maintenue au cours de la réunion des secrétaires avec Forlani. Certes, elle n'est pas absolument opposée, c'est pourquoi l'hypothèse d'une disposition à fermer l'Asinara reste valable, mais constitue toujours un obstacle que le Gouvernement doit de toute façon dépasser pour éviter les contrastes éclatants au sein de la majorité. D'autre part la partie n'est pas entre un Forlani neutre et un PRI intransigeant sur la soi-disant ligne de la fermeté; les comptes doivent être faits entre les qua
tre partis de la majorité et parmi eux la DC, le parti même de Forlani, qui semble ressentir le rappel des républicains. En effet, selon des indiscrétions qui ont filtré, Piccoli aurait convenu avec Spadolini de la nécessité d'une intransigeance maximale face à une quelconque requête des terroristes, sous peine de perte de "crédibilité de l'Etat", qui aurait été fatalement compromise "par le plus petit fléchissement".
De l'extérieur les communistes multiplient les initiatives pour faire prévaloir la ligne de la fermeté en l'opposant à une inexistante ligne de la négociation. Le 19 décembre, l'Unità publie un interview long et détaillé au magistrat Pietro Calogero, l'auteur du "théorème Negri" (25), dans lequel on soutient qu'aujourd'hui surtout, plus qu'à l'époque de Moro, il faut repousser toute hypothèse de négociation et de fléchissement, justement en considération de l'objectif politique mineur, et plus facile à parcourir, poursuivi avec le présent enlèvement. "En choisissant un objectif politique moins important - affirme Calogero - et demandant implicitement à l'Etat de traiter avec des modalités moins onéreuses, les Br visent, probablement, à briser ce front de la fermeté qui, en 1978, fut la cause de leur défaite. Je considère que cette fois aussi le refus de traiter soit indispensable non pas pour une raison abstraite de principe ou pour une raison d'Etat anti-historique, mais parce que seul ce refus empêche les
Br d'atteindre un objectif qui est moyen de réalisation d'une stratégie de subversion. L'enlèvement D'Urso est, à mon avis, le premier acte, revu et corrigé par rapport à celui de 1978, d'une programmation graduelle et inexorable, qui vise à disloquer l'Etat, en poussant le pays dans le tourbillon d'une guerre civile".
L'interviewé donnait pour sure l'autorité de l'Etat en la conjuguant en termes de force et bannissait de soi le souci de récupérer à l'Etat sa force en termes de tension démocratique pour en tirer une capacité authentique d'efficacité. La même obstination à placer la négociation comme une alternative obligée à la fermeté, c'est à dire à appeler négociation, avec alarme et exécration, tout effort pour déterminer les chemins à parcourir pour conserver à l'Etat sa conscience d'Etat démocratique, d'autant plus conscient de soi qu'il n'emprunte pas une prétention de force d'un massacre (la vie de D'Urso), cette obstination même était l'indice le plus exagéré d'une violence logique et morale, comme si la société politique n'avait pas de responsabilités à l'égard du phénomène terroriste, comme si elle n'était pas appelée en cause et investie de l'hypothèse de mort qui planait sur un homme, face à laquelle elle ne pouvait donner d'autre réponse que l'obstination non pas à se mesurer avec soi-même, ses propres devoir
s et ses propres valeurs, mais à projeter une image de gladiateur de sa "victoire" dans un match avec les Br. En dernière analyse, Calogero et quiconque se confiait à cette logique, trouvait tout naturel qu'un homme soit immolé sur l'autel de l'inaccomplissement et des omissions de l'Etat.
Le démantèlement de l'Asinara avait été depuis longtemps reconnu d'une façon autonome par le Gouvernement et par les forces politiques comme un acte juste et dû à la démocratie; on n'avait pas procédé en temps voulu à l'exécution conséquente et déjà délibérée; on voulait laisser désormais qu'un homme tout à fait innocent paye de sa propre vie cette sourde et coupable paresse; on trouvait naturel que l'Etat, le Gouvernement, les partis et la société politique, déchargent sur la vie de D'Urso leurs propres inaccomplissements.
Les déclarations de Calogero étaient conformes à la désinvolture alarmiste du PCI, qui, synchronisée symptomatiquement sur les énonciations apocalyptiques des communiqués terroristes, donnait pour sure l'hypothèse de complaisance de la négociation, en fait pas même avancée, qui permettait d'ignorer l'épaisseur politique que de toute façon la confrontation entre démocratie et terrorisme conservait. D'importants secteurs de la magistrature s'en rendaient compte au contraire et prenaient leur distance des thèses de Calogero.
Dans les documents des Br, selon Neppi Modona, "il y a des signes de force, mais par chance aussi beaucoup de symptômes de faiblesse et de contradictions politiques sans voie d'issue: c'est de l'analyse de ces faiblesses et de ces contradictions qu'il faut partir pour donner aux Br une réponse qui permette de sauver une vie humaine et de battre politiquement la nouvelle stratégie du terrorisme"; et cela n'est possible qu'en "dépassant le contraste stérile entre parti de la négociation et parti de la rigueur".
C'est à ce point de la polémique que les Br réapparaissent avec un troisième communiqué laissé en trois copies dans une poubelle de Via Merulana, à hauteur du cinéma Brancaccio. De son existence, le "Messaggero" en est informé le premier par un coup de téléphone effectué cette fois par une femme. Il s'agit d'un texte polycopié d'une page et dix lignes, divisé en trois chapitres numérotés.
Encore une fois les brigadistes n'avancent aucune requête, ni ne proposent de négociations. Le motif central est toujours le même: "fermer l'Asinara", mais il est énoncé comme un impératif catégorique, ou une instance à laquelle on ne peut renoncer, dont le parti armé lui-même prend la charge. La formulation et le ton sont au cas où de celui qui prétend de la contrepartie une reddition inconditionnée, sans négociations. Ce n'est pas un hasard si des polémiques des jours précédents à ce propos, et des perspectives mêmes de fermeture effective de la superprison qui sont de toute façon apparues, on parle avec ironie et mépris, en augmentant la dose d'accusations, certainement pas pour tenter une agrégation possible au chariot qui avance sur le sentier favorable.
"Après la capture de D'Urso - lit-on dans le communiqué - nous découvrons que l'Asinara n'est du goût de personne. Nous ne réussissons pas à comprendre pourquoi jusqu'au vendredi 12 décembre, ce terrain était au contraire celui qu'on préférait. Elle a toujours fonctionné à plein régime à un tel point qu'ils y ont concentré les geôliers les plus sadiques, il y ont placé en tant que directeur cette espèce de fauve qui s'appelle Massida qui s'est fait une expérience de la torture à Nuoro. Les mises en scène ridicules des démocrates de fête foraine au service du régime DC ne nous regardent pas; nous n'avons sur ce plan là qu'à répéter que le mouvement des Prolétaires Prisonniers ("les majuscules sont dans le texte, et sous-entendent un jugement de valeur opposé à celui qui pourrait être donné sur les démocrates et hommes de torture, traités en effet avec des minuscules") déclare depuis des années dans sa lutte: fermer immédiatement et définitivement l'Asinara".
Quant à D'Urso on y dit seulement qu'il est "un macabre et efficace exécuteur de la philosophie impérialiste". Ce "bon père de famille était à la tête des geôliers infâmes préposés au génocide des centaines de milliers de prolétaires condamnés par ce régime à l'unique système de vie qu'il sait offrir: la prison... Que ceux qui demandent la libération du chef des geôliers sachent que nous ne renonceront jamais à soutenir la poursuite du programme du prolétariat prisonnier".
Railleur, enfin, est le jugement sur l'enquête convulsive conduite par les différentes polices et par la magistrature pour découvrir "la prison du peuple" et les ravisseurs. L'opinion est que l'on tourne à vide, et que l'on espère seulement de venir à connaissance de nouvelles en mettant sous presse les terroristes détenus, surtout les soi-disant "repentis". "La presse propagande - écrivent les brigadistes - un plan secret, formidable, que les carabiniers seraient en train de mettre à exécution. Et il a aussi un nom: torture des prisonniers communistes. Les sbires des corps spéciaux sont en train d'organiser l'application en grand style de ce qu'ils ont expérimenté sur la peau de camarades au cours de la dernière année... Mais aux tentatives de provocation criminelle, aux tortures, nous répondrons par les représailles".
Une bombe depuis Paris
Marco Donat Cattin a été arrêté
Après ce troisième communiqué qui ne présente pas de nouveautés substantielles par rapport aux précédents, et qu'on dirait diffusé presque par un besoin de récupération sur la chute d'attention, on replonge relativement dans le silence en ce qui concerne le cas spécifique de D'Urso.
Il n'y a d'autre part aucun signe d'initiative politique, même si, paraît-il, des conciliabules très secrets se poursuivent entre le Président du Conseil et les quatre secrétaires des partis de la majorité, ni la polémique ne s'enrichit de nouvelles motivations, ni enfin l'enquête n'enregistre quelque progrès, étant restée échouée aux maigres révélations du premier jour, c'est pourquoi il ne reste plus qu'à relancer toujours la même mixture de nouvelles, en faisant semblant de la rafraîchir en renouvelant quotidiennement l'emphase de chaque détail.
Pour conjurer le danger d'un assoupissement et que de la monotonie répétitive interviennent une série de faits collatéraux impliquants toujours le phénomène du terrorisme dans son ensemble.
La bombe arrive de Paris dans la nuit du 19 décembre. A 22 heures, lit-on dans les dépêches d'agence, à la sortie d'une brasserie des Champs Elysées, a été arrêté Marco Donat Cattin, fils de l'ex-ministre Carlo, frappé de nombreux mandats d'arrêt pour cinq homicides ayant pour contour de nombreux délits mineurs. Sa contumace durait depuis près de trois ans, pendant lesquels il fut vraiment considéré imprenable. On le croyait à Londres, à Paris , sur la côte d'Azur, aux Etats-Unis et au bout du monde, bien que probablement il fut resté dans sa ville de Turin, où du reste certaines personnes l'ont rencontré à plusieurs reprises. Des agents du contre-espionnage français et des carabiniers italiens du noyau anti-terrorisme l'auraient bloqué. Le jeune leader de "Prima Linea" était en compagnie d'une jeune fille, et à peine arrêté il a exhibé un faux passeport. Mais cela ne lui aurait servi à rien puisque les carabiniers l'auraient reconnu sans le moindre doute possible. Conduit à la Sûreté, étant donné que son id
entité avait été établie, il a annoncé d'éclatantes révélations par le biais de matériel qu'il se réservait de remettre.
Même si on ne sait rien de l'endroit où D'Urso pourrait être, l'arrêt de Marco Donat Cattin est l'occasion pour récupérer une partie de la crédibilité perdue en une semaine d'enquête à vide autour de la séquestration du magistrat. Ce n'est pas un hasard si les communiqués à la presse diffusés par les organes officiels, exaltent le rôle joué par les carabiniers dans toute l'opération et accréditent surtout la circonstance selon laquelle l'action ait été la conclusion d'un programme d'enquête mis au point et exécuté par les autorités italiennes. De "Prima Linea", après les nombreux arrêts effectués précédemment, il ne restait en circulation que Donat Cattin et Maurice Bignami. Le premier avait choisi la voie de l'expatriation, tandis que le second se serait unis aux brigades rouges. Donc, le fils du notable démochrétien aurait été de fait le dernier représentant de la composante du Nord de "Prima Linea": sa capture marquerait donc la liquidation de la dangereuse formation terroriste.
Il est possible que les choses, dans leurs lignes générales, se soient déroulées comme elles ont été racontées par les enquêteurs; même si de France arrive un démenti au sujet de la participation de nos forces de police à la capture. Mais les modalités de l'arrêt, d'une simplicité exemplaire, autorise aussi le suspect que le jeune savait qu'il serait arrêté, ou qu'il ait lui-même rendu propice l'occasion de son arrestation, en choisissant Paris à cette fin surtout, pour confirmer une contumace "de fer" dont sa famille aurait toujours été à l'obscur. Parmi les forces politiques, seuls les radicaux développent une action qui en cohérence avec les objectifs qui sont partie intégrante de leurs programmes, peut probablement avoir aussi des effets positifs sur l'histoire D'Urso. Franco De Cataldo, Adelaide Aglietta et Marco Boato envoient en effet une lettre au Ministre de la Justice pour rappeler qu'il y a longtemps que des hommes politiques, des magistrats et des opérateurs du droit concordent sur la nécessité
de fermeture de la section spéciale de l'Asinara. "La circonstance douloureuse du juge D'Urso - est-il écrit dans la lettre - ne doit pas amener à des comportements qui sont contre le droit, outre que la morale, mais doit au contraire conseiller de poursuivre sur la voie de l'application correcte des lois et des règlements. Personne ne pourra jamais interpréter comme signe de fléchissement la continuation d'une oeuvre qui contribue à rendre la société plus mûre et l'Etat plus civil".
Quelques jours auparavant (15 décembre) Franco De Cataldo a écrit au socialiste Felisotti, président de la Commission Justice de la Chambre, dont le député radical fait partie, pour demander la convocation immédiate de la Commission afin d'éviter que le silence inerte du Parlement ne tombe sur l'histoire D'Urso comme ce fut le cas pour Moro. La réponse de Felisetti (19 décembre) sera négative et sans réponse restera une ultérieure requête télégraphique du même De Cataldo qui demandait au moins une réunion du bureau de présidence de la Commission. La réponse de Felisetti apparait à première vue en contradiction avec la conduite des socialistes qui poussent pour la fermeture de l'Asinara et ne sont pas indifférents au sort de D'Urso. Elle se révèle moins contradictoire à peine l'on se rend compte que l'action socialiste, comme cela se passa déjà au cours de l'histoire Moro, tend à s'épuiser dans le cadre réservé des rapports à l'intérieur de la majorité de gouvernement, tandis que l'initiative des radicaux ten
d à tout porter en terrain découvert, où chaque acte comporte une prise de responsabilité conséquente et explicite, sans exclusions ou subterfuges, totalement exposée au jugement de la conscience populaire.
Un faux communiqué
Il ne manque pas toutefois de gens, bien que leur identité soit prévisible, pour s'ingénier subrepticement à jeter le discrédit sur les initiatives radicales. En concomitance avec la lettre radicale au Garde des sceaux, on diffuse un communiqué des Br qui met en cause les radicaux mais qui se révèle aux investigateurs de la Digos comme étant absolument faux. Le message, laissé dans la poubelle habituelle à Piazza Armellini, devant l'académie de la garde de finances, est récupéré par un rédacteur du quotidien "Vita", accouru sur place en suivant les indications d'un jeune anonyme sans inflexions dialectales. Le style et le langage, outre que le matériel utilisé et les instruments employés pour la confection, se révèlent tout à fait impropres: "Organiser la libération des camarades de prison (''"le prolétariat prisonnier", définition rigoureusement obligatoire du nouveau cours brigadiste, est oublié''). Démanteler le circuit de la différenciation, construire et renforcer les comités de lutte, fermer les "lager
" d'Etat. Créer les prémisses pour des discussions concernant les prisons spéciales avec participation active et correcte d'organes du parti radical, démanteler en outre la thèse d'infamie attribuée au camarade Jannelli (le juge D'Urso collabore et participe à notre interrogatoire). Jannelli est un camarade communiste qu'il ne faut pas considérer comme collaborateur. Seront retenus responsables tous ceux qui se serviront ("sic") de concepts de légalité arbitraire. Liberté pour tous les camarades communistes tombés en combattant".
Tout en étant consciente et avertie du faux, la presse utilise le communiqué en avancant, "honnêtement", l'hypothèse de sa fausseté, mais laissant entendre que la requête de médiation radicale pourrait être naturelle de la part de l'aile plus politique, ou en voie de "déterroristisation", du brigatisme. "Mis à part le fait - commente De Cataldo, dès qu'on lui parle de ce communiqué - que nous nourrissons de sérieux doutes sur l'authenticité de ce message, notre attitude ne change pas. Nous n'avions pas besoin de cette requête pour nous intéresser aux conditions de vie dans les prisons". Une enquête aurait toutefois été opportune, outre celle conduite pour vérifier l'authenticité du communiqué, pour chercher à comprendre qui pouvait avoir intérêt à la diffusion d'un texte de ce genre, qui visait ouvertement à affaiblir l'action des radicaux et à empêcher la fermeture de l'Asinara. Il est en effet symptomatique que ce pseudo-communiqué arrive au moment où commencent à circuler des voix d'une fermeture prochai
ne de l'Asinara, à laquelle les communistes ainsi que les républicains et les droites, semblent obstinément contraires, et presque simultanément à la convocation de la part de Forlani d'une réunion, pour l'après-midi même, du Comité interministériel pour la sécurité (CIS).
Avec l'initiative radicale qui s'est concrétisée par la lettre au Garde des sceaux, il y a une longue déclaration de Bettino Craxi ayant une référence directe aussi bien à l'histoire D'Urso qu'aux racines et surtout aux possibles liaisons internationales du terrorisme, thème qui refait surface, mais toujours en termes nébuleux: "J'ai déjà rappelé d'autres fois - affirme Craxi dans un interview au "Corriere della Sera" du 21 décembre - la sentence de la Cour Suprême allemande dans le cas Schleyer, en particulier là où elle affirme que la façon particulière de se défendre contre les chantages terroristes qui menacent la vie humaine est marquée par le fait que les mesures dûes ne peuvent que correspondre à la multiplicité de chaque situation, tout en maintenant ferme le principe que la vie humaine représente un "bien suprême" et que l'Etat a une obligation complète de tutelle. Je pense que l'on doive faire tout ce qui est raisonnable pour libérer le juge D'Urso".
Se référant par la suite à l'existence de centrales étrangères qui piloteraient d'une certaine façon notre terrorisme, Craxi dit de ne pas penser "à l'existence d'un pilotage étranger dans le vrai sens du terme, mais plutôt à un ensemble de connivences, de complicités internationales et probablement aussi de protections, dont au moins une partie du terrorisme italien a pu se servir à des moments différents de sa croissance et de sa ramification d'organisation. En continuant à reconstruire l'histoire de ces années, si possible sur la base d'éléments de fait et non pas d'élucubrations fantastiques, en continuant à creuser et rechercher scrupuleusement, tous les aspects sur lesquels une ceinture d'ombre a continué à peser, viendront à la lumière".
Le suicide Buonoconto
L'impasse chargée de tensions pour l'histoire D'urso est pourtant parcourue d'événements hautement dramatiques, qui renvoient l'attention à la condition des prisons. Dans l'après-midi du 20 décembre Alberto Buonoconto, considéré comme l'un des chefs historiques des noyaux armés prolétaires, consume le dernier acte de son odyssée tragique en se pendant dans sa maison de Naples, à via Nennella Di Massimo dans le quartier du Vomero. Profitant de l'absence de ses parents âgés et de sa soeur Paola, il se noue un drap autour du cou, en attache l'extrémité au crochet d'une porte et se laisse pendre dans le vide. Le psychiatre professeur Manacorda, qui visitait périodiquement le jeune, et l'avocat Enzo Siniscalchi, qui était son défenseur, n'ont pas de doutes: "ce suicide - affirment-ils - est la conséquence de la longue incarcération spéciale à laquelle Buonoconto a été soumis. Les troubles psychiques dont il souffrait proviennent de la grave dégradation organique subie, qui l'a amené à la paralysie osseuse".
Alberto Buonoconto, qui au procès aux Nap de Naples avait été condamné à huit ans de réclusion, était déjà en conditions de santé précaires au moment de sa capture. Mais il fut quand même envoyé dans les prisons spéciales, où son état s'aggrava inexorablement. Le diagnostic rédigé par les médecins parlait de "syndrome anxio-dépressif de nature réactive dans un sujet aux nerfs faibles avec des troubles du comportement". C'est pour cela que fut prise en considération sa libération éventuelle en échange de la restitution d'Aldo Moro qui était alors prisonnier des Br. Si ce n'est que le 9 mai 1978 le corps d'Aldo Moro fut retrouvé criblé de coups. Buonoconto, qui devait tout de même être libéré étant visiblement réduit à l'état d'une larve, fut envoyé dans la prison de Poggioreale, où, selon les médecins, il s'éteignait lentement.
Aux nombreuses instances pour sa mise en liberté, on répondait par des réunions et des renvois, jusqu'à ce que les instances réitérées d'un comité constitué pour sa libération poussent le procureur général à la concéder.
Son état s'étant amélioré d'une façon éphémère, Buonoconto s'installe à Rome, où il fut arrêté deux fois: la première pour avoir été trouvé en train de dormir dans une voiture, et la seconde fois pour avoir été trouvé en train d'errer en état confusionnel, un couteau entre les mains. Envoyé à la prison de Regina Coeli, il fut placé sous contrôle neurologique, mais étant donné que son état de détérioration précipitait et menaçait de devenir irréversible, il fut libéré le 20 novembre dernier et envoyé chez lui, où malheureusement exactement un mois plus tard il aurait lui-même mis fin à ses jours.
Mais du suicide Buonoconto, qui projette une lumière sinistre sur le système des prisons, la plupart des journaux parlent tout bas, en réléguant la plupart du temps la nouvelle dans les chroniques de "bourrage"; tandis que des grands titres, de première page, sont réservés aux arrêts de présumés exposants de formations armées, qui précisément le 20 et le 22 décembre se succèdent nombreuses et ponctuelles. A Naples, des agents de la Digos déguisés en éboueurs et vendeurs ambulants, après un échange de coups de feu, capturent Marco Fagiano, considéré comme un autre chef de "Prima Linea", et Federica Meroni, tandis que quatre autres réussissent à fuir. Presque simultanément on arrête à Caserta Armando De Matteis et Maria Rosaria Frangipane et à Capua l'ouvrier Luigi Bucchierato, considérés des flanqueurs; à Rome, deux étudiantes, Rita Iacomino et Antonella Pacchiarotti, toutes deux, selon les enquêteurs, reliées de quelque façon à la colonne romaine des brigades rouges. L'arrêt le jour suivant des parents de Fa
giano pour complicité, contribue à enrichir le butin.
Le 21 décembre, un autre coup d'éclat. Dans un bar de Corso Brescia à Turin, on bloque et on arrête Vincenzo Guagliardi et Nadia Ponti, de la direction stratégique des brigades rouges. Le premier serait le lieutenant de Curcio (26), et la seconde serait responsable de sept homicides. Leur capture pourrait permettre d'arriver à la prison de D'Urso: "Nous les avons déjà interrogés - dit l'un des magistrats enquêteurs. - Evidemment notre premier souci est l'enlèvement du collègue d'Urso. Nous avons demandé leur collaboration...", mais il n'ajoute pas que celle ci a été refusée, comme il ressortira de façon plus évidente par la suite.
Chez les D'Urso, pendant ce temps là, on vit des heures d'angoisse. "Nous ne savons rien" - dit un des frères du magistrat enlevé - "nous vivons dans la douleur, nous attendons un signe d'espoir, un message, un coup de téléphone, qui puisse nous aider à comprendre. Nous sommes à l'obscur, au contraire: après cette photographie publiée dans les journaux, le silence est tombé". Les enquêtes stagnent, et au fur et à mesure que les jours passent de façon infructueuse, les magistrats accentuent leur discrétion habituelle. Dans l'après-midi du 22 décembre, Forlani rencontre Rognoni à Palazzo Chigi (27). De l'entrevue, très réservée, rien ne filtre. Une nouvelle du Viminale (28) assure qu'il ne s'est agi que d'une mise à jour de la situation.
Pannella aux Br:
"camarades assassins, libérez D'Urso"
Le quatrième communiqué arrive, et il se croise avec un message diffusé entre-temps par les deux filles du magistrat enlevé, dans l'espoir qu'il soit remis à leur père. "Cher Papa, Ce saint Noël se passe tristement sans toi, mais nous sommes quand même proches de toi avec tout notre coeur et nos pensées. Nous croyons fermement que notre amour et nos prières te donnent la force de résister. Nous sommes en train de faire tout le possible pour te sauver".
Le quatrième communiqué des brigadistes, comme les précédents, ne contient pas de requête ou de propositions de négociations; malgré les menaces, il transparait pourtant que le sort du magistrat enlevé pourrait changer, de façon positive, étant donné l'intervention de facteurs de renversement concernant les prisons de haute sécurité. "Ceux qui pensent que D'Urso pourrait être remis en liberté alors que persiste la politique d'anéantissement des prolétaires prisonniers et de censure sur leur lutte, n'ont rien compris à la justice prolétaire". Il devrait s'ensuivre que, ne persistant pas "la politique d'anéantissement", D'Urso pourrait être relâché.
Quoi qu'il en soit, cette alternative est pour l'instant une simple projection logique. Les références plus spécifiques et directes au magistrat n'autorisent pas l'optimisme. "Nous n'avons aucun doute que D'Urso soit bien là où il est: dans une prison du peuple. Mais nous sommes contraires aux prisons; aux prisons de tout genre. Nous ne prolongerons pas sa détention au delà du temps nécessaire pour évaluer ses responsabilités qui d'autre part ne sont que trop évidentes. La justice prolétaire suivra donc rapidement son cours sans hésitations". Après cela on confirme obsessivement le thème de fond: le démantèlement de l'Asinara. "Cette arme de chantage et de torture doit être effacée une fois pour toutes et sans discrimination pour personne. Les bavardages mystificateurs qui voudraient changer ces termes du problème, nous les considérons d'inutiles provocations".
Mais pour stimuler une initiative politique, pour avancer une proposition qui casse la rigueur de la "fermeté" et l'ambiguïté du "négociationnisme", arrive une lettre de Pannella aux brigades rouges par le biais du quotidien "Lotta Continua", qui la publie le matin du 24 décembre. La lettre oscille entre le réquisitoire et l'exhortation, et amène aux conséquences extrêmes la logique de la non-violence, en remplaçant la logique de la négociation par la logique du dialogue. "Dialogue, dialogue, dialogue - dit Pannella aux brigadistes, qu'il appelle "camarades assassins". - aucune négociation. Il n'y a pas de négociation possible et digne de respect de n'importe quel côté, si elle est imposée par la violence, par la peur, le chantage. On ne collabore pas avec celui qui accomplit la violence: c'est un devoir. Il n'y a pas de règles de guerre à suivre: par chance et par la volonté du peuple la guerre est bannie par la Constitution, dictée par l'anti-fascisme de la Résistance, et trahie par l'"antifascisme" et par
le "néofascisme" des partis parlementaires, de 1947 à nos jours, à la seule exception du parti radical".
Cohérent avec cette définition, Pannella demande la libération de D'Urso sans conditions. Un cadavre rendrait légitime la violence du pouvoir, offrirait sur un plat d'argent le prétexte pour perpétuer la trahison de la Constitution et des lois mêmes de l'Etat en acte depuis 1947. Au fond c'est ce qu'on attend et ne fut-ce que pour cela il faudrait le nier. "Mais êtes-vous sûrs, camarades, si vous vous reconnaissez comme tels, qu'il ne convient pas dès à présent, que vous n'ayez pas intérêt à libérer, à relâcher Giovanni D'Urso?" demande Pannella aux brigadistes en les invitant à réfléchir sur cette terrifiante vérité: "En fait ils ne le désirent pas, ils ne s'y attendent pas. Ils n'en seraient pas heureux. Ceux qui attendent, au contraire, qui en seraient heureux, au contraire, et vous le savez, ce sont "les gens", nous, vous-mêmes". Tuer D'Urso serait une erreur tragique pour cela aussi: "parce que le pouvoir désire la mort, et D'Urso lui sert martyr, pas vivant".
Il y a certes le président Moro, et ce n'est pas un hasard si le scénario en reproduit la trame et le déroulement dans les grandes lignes. "Mais avec une grande différence, que personne ne semble avoir pesé; le 16 décembre on assassina, pour capturer Aldo Moro, les hommes de son escorte, les humbles travailleurs de police qui accomplissaient leur fatigue. Libérer Moro, le puissant, l'ennemi, après avoir assassiné à Via Fani les quatre agents, représentait une difficulté politique, idéologique, "humaine" aussi, une dangereuse contradiction".
Pannella descend dans la logique du parti armé en la poussant au point de non-retour, justement pour en inverser la direction. Le long de cette logique, portée à ses extrêmes d'"humanité", il est alors possible "que la vie, et non la mort, de Giovanni D'Urso, vie qui lui appartient, vite sacrée au moins autant que celle de ceux qui le séquestrent et qui menacent de l'assassiner, se transforme en une occasion de victoire et de croissance pour tous, d'un côté et de l'autre, dans la seule direction où il peut y avoir croissance et espoir, non pas désespoir et fin. Il est possible de "convaincre, vaincre" - c'est à dire - "ensemble", toujours, et aujourd'hui. Non pas gagner contre. Il ne s'agit, pas même chez ceux qui séquestrent D'Urso, d'une fatalité, d'un esclavage, d'une nécessité".
J'espère que dans le Parlement italien - poursuit Pannella - "il y ait quelqu'un qui pense, maintenant, tout de suite, outre que les camarades radicaux, à proposer une motion, un instrument de débat pour une orientation nouvelle et féconde de réponse politique au danger dans lequel vous tenez D'Urso. Il ne s'agit pas de "vous" battre, comme ces imbéciles lugubres et violents croient ou sentent, mais de battre ce qui en vous peut faire croître et déterminer le pire, un énième cri de "viva la muerte", désespéré et toujours aussi suicide, s'il vient de celui qui considère être, ou est "camarade". Le problème est de pouvoir s'interroger publiquement, avec la télévision et les journaux qui pour une fois ne censurent pas totalement ou presque les débats parlementaires (et ceux des partis) en sorte que quelque soit la réponse quotidienne que l'on donnera, celle-ci soit donnée selon ce que demande la Constitution et par celui que la Constitution exige".
Mais ce n'est le chantage qui peut favoriser cette perspective. "Permettez-moi de vous dire que la fermeture de l'Asinara, tout en étant assez proche, est du moins beaucoup plus difficile qu'elle ne l'était avant l'enlèvement de D'Urso. Dans l'Etat dominent en effet, assez souvent, des instincts et des réflexes qui sont très semblables aux vôtres, que peut-être vous-mêmes avez hérité et partagez avec une grande partie de la classe de régime. Et ce n'est pas ce que vous voulez, j'en suis sûr. Ce n'est pas ça, ce n'est pas sur la vie de centaines de vos camarades prisonniers pour actes de terrorisme que vous voudriez édifier on ne sait trop quelle "victoire tactique", ou quelle autre "exécution" de "justiciers"". (*)
* (Le texte intégral de la lettre de Pannella est rapporté parmi les documents.)
(suite au texte n. 1769)
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N.d.T:
(1) "Il Messaggero": quotidien de Rome, parmi les plus diffusés en Italie.
(2) Valpreda: anarchiste accusé de l'attentat à la Banque de l'Agriculture de Milan.
(3) Brigades Rouges: (BR) Organisation terroriste clandestine d'extrême gauche née en Italie à partir de 1969. Responsable de nombreux enlèvements, d'avoir blessé et tué des juges, des policiers, des journalistes, des dirigeants politiques et industriels; en 1978 a enlevé et assassiné le leader démochrétien Aldo Moro.
(4) "Asinara": prison importante située sur une petite île de la Sardaigne.
(5) DIGOS: sigle de la Division informations générales opérations spéciales. Branche de la police italienne qui depuis 1974 a le devoir de réprimer et prévenir le terrorisme.
(6) Carabinieri: corps de l'armée italienne qui a des fonctions de police militaire, de sécurité publique et de police judiciaire.
(7) Aldo Moro: (1916-1978), homme politique italien. Secrétaire de la DC, la Démocratie chrétienne italienne (1959-1965), plusieurs fois ministre, fut l'auteur de la politique de centre-gauche. Ministre des Affaires étrangères (69-74), chef du gouvernement (74-76), président de la DC depuis 76, favorisa l'approche du Parti Communiste au gouvernement. Enlevé par les
Brigades Rouges le 16 mars 1978, il fut retrouvé mort le 9 mai de la même année.
(8) Carlo Alberto Dalla Chiesa: (1920-1982) Général des carabiniers. "Coordinateur" des enquêtes sur les Brigades rouges à partir de 1978; préfet de Palerme (Sicile), a été assassiné par la mafia.
(9) "Prima Linea": formation terroriste italienne d'extrême gauche.
(10) "NAP": formation terroriste italienne.
(11) "rizzoliano": de la famille Rizzoli: famille d'éditeurs propriétaires du quotidien le "Corriere della Sera".
(12) MSI: Mouvement social italien. Parti d'extrême droite, fasciste.
(13) PCI: Parti communiste.
(14) "L'Unità": quotidien du PCI.
(15) Flaminio Piccoli: (1915) Homme politique italien. Secrétaire de la DC, la Démocratie chrétienne italienne (1969; 1980-1982).
(16) Bettino Craxi: (1934) Homme politique italien, secrétaire du PSI, le Parti socialiste italien, depuis 1976.
(17) Giovanni Spadolini: (1925) Historien et homme politique italien; secrétaire du Parti républicain (1979); ministre des Biens Culturels (74-76) et de l'Instruction (79), président du Conseil (1981).
(18) Pietro Longo: (1935) Homme politique italien.
Secrétaire du Parti social démocrate depuis 1978
(19) Giuseppe Saragat: (1898-1988) Homme politique italien. Socialiste, exilé par le fascisme, ministre en 1944 et président de l'Assemblée Constituante en 46. En 47, guida la scission de l'aile droite du PSI, le Parti socialiste italien, en formant le PSLI (Parti socialiste des travailleurs italiens), puis PSDI, Parti social-démocrate. Vice-président du Conseil (47-50, 54-57); a soutenu le centre gauche; fut ministre des Affaires étrangères (63-64). Président de la République (64-71), puis président du PSDI.
(20) Francesco Cossiga: (1928) homme politique italien. Démo-chrétien, ministre de l'Intérieur (1976-78), président du Conseil (1979-80), actuel président de la République.
(21) DC: la Démocratie chrétienne italienne.
(22) Montecitorio: siège de la Chambre des députés.
(23) "missine": du MSI, le Mouvement social italien.
(24) PSI: Parti socialiste italien.
(25) Toni Negri: exposant d'un groupe d'extrême gauche, arrêté et mis en prison pendant cinq ans en espérant de subir un procès. Libéré, il fut ensuite élu député du Parti radical.
(26) Renato Curcio: fondateur et idéologue des BR.
(27) Palazzo Chigi: siège de la présidence du Conseil.
(28) Viminale: siège du ministère de l'Intérieur.