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Spadaccia Gianfranco - 1 marzo 1981
LA PEAU DE D'URSO: (3) Le Parti de la Potence
de Gianfranco Spadaccia

SOMMAIRE: L'action du Parti radical pour obtenir la libération du juge Giovanni D'Urso enlevé par les "Brigades Rouges" le 12 décembre 1980, et pour contraster ce groupe de pouvoir politique et journalistique qui veut sa mort pour justifier l'imposition en Italie d'un gouvernement "d'urgence" formé de "techniciens". Le 15 janvier 1981, le juge D'Urso est libéré: "le parti de la fermeté était en train d'organiser et est en train de tenter un vrai coup d'état, c'est pour cela, comme le fascisme de 1921, qu'il a besoin de cadavres; mais cette fois, au contraire de ce qui s'est passé avec Moro, il a été battu provisoirement; pour une fois les BR n'ont pas servi. La campagne de "Radio Radicale" qui réussit à rompre le "black-out" d'information de la presse.

("LA PEAU DE D'URSO", A qui servait-elle, qui l'a vendue, comment elle fut sauvée - par Lino Jannuzzi, Ennio Capelcelatro, Franco Roccella, Valter Vecellio - Supplément à Nouvelles Radicales n. 3 - mars 1981)

Le Parti de la Potence

de Gianfranco Spadaccia

Un mois après la libération de D'Urso, le "parti de la fermeté" ne se résigne pas. Il n'a pas eu le cadavre qu'il cherchait et sur lequel il essayait de construire des desseins pas même tellement obscurs, mais même plutôt clairement déchiffrables. Mais il essaye également de relancer sa stratégie, même s'il est obligé de modifier ses objectifs de façon draconienne: l'objectif principal n'est plus la chute du gouvernement Forlani et sa substitution avec un gouvernement Visentini (1), mais devient celui d'exercer un chantage sur le PSI (2) et de criminaliser le Parti Radical.

Plus d'un mois après la libération de D'Urso, le "Corriere della Sera" de Di Bella et du sénateur à vie Valiani déchaîne une nouvelle campagne de criminalisation. L'occasion est fournie par l'apparition dans les aubettes de journaux, du numéro 3 de la revue "Metropoli". Lundi 9 février, avec de grands titres de première page, le "Corriere" publie la nouvelle de l'ouverture d'une nouvelle enquête judiciaire sur l'"Autonomia" (3), sur la revue "Metropoli" et sur ses financements. Les "services" du "Corriere" ne contiennent rien de nouveau: il s'agit d'un "collage" de vieilles déclarations rendues par des "autonomi" (4) repentis, de vieilles nouvelles judiciaires, de morceaux d'interrogatoires recueillis par la Commission Moro (5). La logique qui unifie ce "collage" est la même que celle de l'enquête judiciaire 7 avril: "Metropoli" n'est que l'expression légale d'un parti armé qui a son bras militaire dans les "Brigades Rouges" et dans les autres formations communistes combattantes, et qui comprend pourtant tou

s les secteurs de l'"Autonomia".

Jusqu'ici rien de nouveau. En tant que radicaux, nous avons toujours exprimé la conviction que certains secteurs de l'"Autonomia" aient commis à certains moments de leur histoire complexe et bariolée, des délits spécifiques même graves, même de terrorisme. Et nous avons toujours soutenu que ces délits, comme tous les délits (ceux-ci pas moins que ceux commis par les voleurs ou par ceux qui détournent les deniers publics, ou par les brigadistes et par les "autonomes" d'Etat) devaient et doivent être poursuivis. Nous nous sommes toujours opposés au contraire à la tentative de se servir de ces délits pour construire un coup monté politique et judiciaire qui, non seulement rend plus difficile la reconnaissance et la poursuite judiciaire de ces délits et de ceux qui en sont responsables, mais rend plus difficile et obscure la compréhension du phénomène réel du terrorisme, contrariant l'efficacité de la lutte contre celui-ci.

Tous les faits, judiciaires et autres, en commençant par les révélations de Peci (6) ont confirmé l'exactitude de notre analyse et de notre appréciation. Celui qui pense pouvoir attraper les poissons du terrorisme en asséchant les eaux de l'"Autonomia" se trompe tout à fait; non seulement, mais il pousse pas mal de poissons qui nageaient dans les eaux de l'"Autonomia" à fuir dans les eaux contiguës mais distinctes des Brigades rouges. Il alimente en définitive le recrutement des terroristes des BR.

Les services du "Corriere" ne sont donc qu'un coup de queue de l'enquête "7 avril", une enquête dangereuse tout autant que fourvoyante. Mais il y a quelque chose en plus. A travers un centre d'études constitué par certains "autonomes", et à travers les amitiés personnelles de ceux-ci avec le sénateur socialiste Antonio Landolfi, on essaye d'arriver à l'ex-secrétaire du PSI, Mancini, pour le coincer comme bailleur de fonds et "partisan" et, pourquoi pas?, inspirateur ou même "grand sage" du terrorisme. Deux jours plus tôt, le "Corriere della Sera" avait publié, cette fois aussi avec grand éclat, une interview au secrétaire du PRI Giovanni Spadolini (7), dans laquelle on parle de connections objectives entre forces parlementaires et terrorisme; de politique de référendum comme anneau de liaison des radicaux avec le terrorisme; et, mis à part ces connections objectives, on émettait, dans des termes pas mêmes trop voilés, l'hypothèse de connections "aussi" subjectives entre forces parlementaires et parti armé.

Le but du parti de la fermeté et de l'empire d'édition Rizzoli, avec la bénédiction et la protection politique de Spadolini et de Leo Valiani, est donc déclaré: mener l'attaque contre Mancini et Landolfi, pour attaquer indirectement (et soumettre au chantage) le PSI, pour attaquer, même si indirectement et pour de prétendues connections objectives, le Parti Radical et la politique des référendums.

On tente à nouveau ce qui n'a pas réussi durant et après le cas D'Urso, quand le parti de la fermeté essaya de présenter les radicaux (et les socialistes aussi) comme expression parlementaire des BR et du parti de la violence et de la terreur et le gouvernement Forlani comme un gouvernement faible, expression - ce sont les mots de Leo Valiani - d'un "Etat qui capitule".

Ce chapitre plus récent nous permet de voir avec plus de détachement les comportements et la composition complexe et hétérogène du parti de la "fermeté" durant les 35 jours du "cas D'Urso". Ce parti unifiait des réactionnaires à outrance de droite, à l'intérieur de la DC (8) et expression aussi d'une opinion de droite laïque, qui est rangée depuis toujours en faveur de choix autoritaires ("Il Tempo" et "Il Giornale" en ont été l'expression parmi les organes de presse), des néo et paléo-stalinistes du PCI (9)), les républicains du PRI qui dans cette période historique représentent la continuité du parti "crispino" (10) (l'histoire italienne est pleine d'ex-républicains et ex-"garibaldini" (11) qui deviennent monarchistes et "sabaudi" (12), et d'ex-socialistes maximalistes, anarcho-syndicalistes et extrémistes de gauche qui deviennent fascistes), des orphelins de Moro qui se sentaient justement responsables du fait de l'avoir abandonné et trahi durant les 55 jours de son emprisonnement et qui ne pouvaient pas

permettre que l'on fasse pour D'Urso ce que l'on n'avait pas fait pour Moro, les amis de "Senzani" (qu'on me pardonne cette simplification qui n'est qu'apparemment approximative), c'est à dire ceux qui comme Scalfari (13) et comme le directeur de "L'Espresso" soumis à un très fort chantage, devaient se faire pardonner le fait d'avoir toujours tout publié même si personne ne le leur demandait ou ne les sollicitait, et qui précisément pour ça choisissaient de la façon la plus acritique et plus terrifiante le plus hypocrite des "black-out", et enfin l'entrelacement trouble d'intérêts qui se coagule autour de l'empire d'édition de Rizzoli, et naturellement les "missini" (14) et paléo-fascistese d'Almirante (15).

La situation sous un certain aspect, revue et relue aujourd'hui, présentait aussi certains aspects ridicules et même amusants. Nous avons vu sur les bancs du Sénat ou de la Chambre, après avoir été accusés pendant des années de radical-fascisme, les consensus réciproques des "missini" et des communistes à leurs respectives thèses concordantes; les hurlements par lesquels Trombadori (16) dans le "Transatlantique" reconnaissait aux "missini", quand ils parlaient d'état de guerre, le rôle de "défenseurs de la République"; les interruptions équivalentes par leurs expressions et leurs concepts, du "missino" Marchio et du directeur de "Paese Sera" Fiori; ceux qui nous avaient accusé à la veille des élections de 1979 d'être "montanelliani" (17), soutenir cette fois les mêmes opinions que Montanelli, "montanelliani" maintenant eux aussi? Communo-fascistes eux aussi? Certainement, si nous nous résignions - et nous ne nous résignons pas - à leurs mètres de jugement et à leurs méthodes de lutte politique.

Mais qui donc avait un rôle portant dans cette coalition vaste et hétérogène de la soi-disant fermeté et où avait-on l'intention de l'amener ou de la pousser, de l'utiliser de toute façon?

Certes, le gros des troupes de cette armée était représenté, du moins sur le plan des rapports de force parlementaires, par le PCI, par ses journaux, par ses groupes de députés et de sénateurs. Dès le premier moment le groupe dirigeant du PCI s'est lancé sur la "fermeté", avec une continuité absolue et rigoureuse par rapport au comportement tenu sur le "cas Moro". Mais le groupe Berlinguer (18) ne s'en est pas tenu à cela: il s'est servi du "cas D'Urso" pour relancer la polémique avec les socialistes et avec Craxi (19) et approfondir ainsi le fossé qui sépare le PCI du PSI; pour reprendre la politique de criminalisation à gauche du Parti Radical; pour essayer de réduire la portée et donner une propre interprétation réductrice (le réduire à une "perspective" à long terme) du soi-disant "tournant de Salerne n. 2"; pour forcer la situation politique par une crise rapide du gouvernement Forlani. Pour ces objectifs, qui s'ils étaient atteints lui servaient aussi à dépasser et à "forcer" certains débats en cours

à l'intérieur du PCI, le groupe Berlinguer à misé sur la carte républicaine.

Il y a misé, mais ce ne fut pas la force portante; ce fut plutôt une force traînée et en quelque sorte même utilisée. Hormis la droite réactionnaire qui n'en avait ni la force ni l'autorité, hormis les journaux qui avaient quelques titres de cohérence pour soutenir le "black-out" l'ayant en quelque sorte pratiqué aussi par le passé, hormis le PRI lui-même qui tout seul n'aurait qu'un rôle secondaire et de comparse, qui donc s'est acquitté de ce devoir "traînant"?

Il a été assumé par Eugenio Scalfari d'une part et de l'autre par le trio Rizzoli-Valiani-Di Bella.

Pourquoi Scalfari? C'est quelqu'un qui croit au pouvoir, et à l'influence que les organes de presse et les intérêts qu'ils représentent peuvent exercer sur le pouvoir. D'abord avec "L'Espresso" puis avec "Repubblica", son mot d'ordre a toujours été de ne pas faire "un", mais "le" "journal de la classe dirigeante". Ses frustrations viennent du fait qu'il ne s'est pas rendu compte qu'en Italie il n'existe pas une classe dirigeante homogène comme dans d'autres pays industrialisés modernes, mais que précisément il n'existe que des classes politiques unifiées seulement par la gestion et le lotissement du pouvoir et du sous-pouvoir. A force de regarder cette classe dirigeante inexistante, il a fini par en assumer tous les défauts: c'est pour ça qu'il a réussi à accumuler des fortunes professionnelles, d'édition et financières aussi, mais ses entreprises n'ont jamais eu aucune fortune politique; c'est pour ça, aussi, qu'il assume souvent un rôle louche en nageant dans les eaux sales des pouvoirs et des sous-pouvoir

s, et de leurs équilibres respectifs, de ce régime. Au début des années 60, ce démiurge, toujours déçu dans ses fausses ambitions, misa sur le PSI et sur le centre-gauche, essayant de détruire tout d'abord le Parti Radical. Dans les années 70 il a misé au contraire sur le PCI et sur le compromis historique (20), essayant de balayer le Parti Radical et jouant aussi la carte de l'écrasement du PSI. Alors comme aujourd'hui, il s'assumait de représenter les intérêts non seulement d'un journalisme moderne capable de s'autofinancer par le marché des ventes et la publicité (ce fut le cas pour "L'Espresso", dont il est un des principaux actionnaires, ce n'est pas le cas pour "Repubblica"), mais aussi d'une "bourgeoisie productive" pas mieux précisée, opposée de façon assez schématique et improbable à une "bourgeoisie parasitaire" qui vivrait sur la rente plutôt que sur le profit.

Dans l'histoire D'Urso, à tout cela s'est ajouté le fait de devoir se faire pardonner les "scoop" de "L'Espresso", les interviews aux BR, les interrogatoires de D'Urso, en un mot les "collaborations" de Senzani, flanquées tout de suite en première page par "Repubblica".

Ainsi un journal qui a toujours tout publié jusqu'à une semaine auparavant, devient le partisan le plus acharné du "black-out": un "black-out" étrange qui ne regardait pas tant les BR que ceux qui ces jours là oeuvraient pour sauver la vie de D'Urso. Face à ces choix on s'explique sa rage, suite à notre décision de divulguer à la presse le communiqué de Trani, et puis celui de Palmi, parce que cette décision met en cause la responsabilité directe de la presse et donc la sienne aussi. Une rage destinée à s'accroître après la décision de l'"Avanti", celle du "Messaggero" et du "Secolo XIX". Et sur cette rage sur laquelle se fondent les vieilles haines, personnelles aussi, anti-radicales et anti-socialistes, s'insère le dessein politique d'essayer, sur l'échec de l'initiative radicale et sur le cadavre de D'Urso, une opération visant à faire tomber le gouvernement Forlani, à chasser le PSI, à remettre dans le jeu le PCI. Et lui aussi mise tout sur le PRI, et il essaye aussi une autre carte: celle de provoquer u

n conflit ouvert entre Pertini (21) et le gouvernement Forlani. Il réussit, par un jeu bien dosé d'indiscrétions, à donner du crédit à son propre journal comme porte-parole des opinions, des prétendus dissentiments, même des humeurs du Président de la République. Et il en arrive dans les derniers jours de l'emprisonnement de D'Urso à solliciter directement, et de façon répétée, une intervention directe, un "appel" du Chef de l'Etat au Gouvernement, au Parlement et au Pays.

Mais cette fois aussi Scalfari n'a pas de chance politique. D'Urso à l'issue de ces vicissitudes dramatiques restera en vie. Scalfari n'aura pas le cadavre qu'il attend.

Plus obscur, apparemment moins déchiffrable, le rôle de l'empire Rizzoli. Le vaisseau amiral de cet empire d'édition - le fameux "Corriere della Sera" qui fut à Albertini et qui maintenant est dans les mains de l'ex-chroniqueur du "cas Valpreda" (22) (directeur Spadolini (23)) Di Bella - a choisi depuis longtemps comme porte-drapeau de la politique de la "fermeté", l'anti-fasciste Leo Valiani. Dans ses articles forcenés, à la différence de Scalfari, Leo Valiani n'en appelle pas au Chef de l'Etat. Mais ce fut Pertini qui le nomma sénateur à vie pour ses mérites de résistant et pour ses mérites culturels. N'est-il pas logique de penser qu'il l'ait fait aussi pour "des mérites de fermeté"? Valiani parle en faveur de l'arrêt de police, de "durcissement" de la façon de traiter les brigadistes dans les prisons, de dureté de l'Etat qui doit changer ses comportements gouvernementaux d'"Etat de capitulation" (l'anti-fasciste, l'ex-communiste, l'ex-GL (23), l'ex-front d'action, l'ex-front populaire, l'ex-radical, mai

ntenant républicain Leo Valiani, revient au langage "dannunziano" (24) de sa première jeunesse). N'est-il pas logique de penser que ces positions soient aussi celles de Pertini? Non ce ne l'est pas, ou du moins ce n'est pas du tout aussi automatique.

Aujourd'hui, après avoir vu Pertini lors d'une longue entrevue avec Adelaide Aglietta et avec Francesco Rutelli, qui a eu lieu pour tirer au clair nos polémiques avec le Quirinal (25) et les soupçons que nous fûmes obligés d'exprimer ces jours là sur certains collaborateurs du Président, je suis en mesure d'affirmer que beaucoup de choses attribuées par "Repubblica" au Chef de l'Etat étaient des "fantaisies" de Scalfari et que la fermeté de Pertini ne comprends pas les lois spéciales, les mesures anticonstitutionnelles et les Cours spéciales de Justice soutenues par Valiani.

Mais entre-temps au cours de ces jours là, toute la Rome politique jugeait savoir que Scalfari et Valiani étaient les hommes les plus écoutés par le Président et qu'ils avaient ces jours là libre accès au Quirinal. La thèse qui s'insinuait était que derrière les discours de Valiani et de Scalfari il y avait l'autorité du Président de la République.

Mais on sait qui est Valiani et qui est Di Bella. Mais ce sera plus difficile de dire que représente, et surtout à qui appartient l'empire d'édition de Rizzoli. Exactement comme celui de Rovelli, il s'agit d'un empire construit sur des dettes, c'est à dire sur l'exposition financière des banques, de l'IMI (26), de l'ICIPU (27) et du CREDIOP (28). Pour garder debout cette concentration branlante d'édition de quotidiens, la plus importante qui fut jamais en Italie, celui qui la contrôle et la dirige n'a d'autre voie que celle de continuer à augmenter la masse des dettes, pour la faire devenir un problème politique de dimensions telles que seul l'Etat puisse le résoudre. Cet espoir a été d'abord mis dans la loi sur l'édition et, à l'intérieur de la loi sur l'édition, dans le fameux amendement "tue-dettes" (les dettes devaient être "tuées", c'est à dire annulées, par des largesses gracieuses de l'Etat). Toutefois grâce à l'action vigilante des radicaux au Parlement, cet espoir est désormais devenu improbable.

Mais qui contrôle l'empire Rizzoli? Certainement pas Rizzoli. Il n'est même pas hasardeux de considérer qu'Angelo Rizzoli ne soit que le paravent d'autres mains qui contrôlent si ce n'est les propriétés du moins les dettes, dans le sens qu'elles ont assumé la tâche de répondre de ces dettes ou d'une partie de celles-ci. Il est plus probable qu'il n'existe pas qu'une seule main, mais plusieurs mains qui concourent à soutenir cet endettement. C'est dans ce concours, dans cet équilibre difficile et trouble, que le puissant administrateur délégué Tassan Din joue un rôle plus important que celui d'Angelo Rizzoli. Les opérations financières, et les tentatives d'opérations financières, pour tenir debout cet empire aux pieds d'argile, ne se comptent plus: il y a plusieurs années de ça, la nouvelle d'importants financements allemands, et l'attente de "pourcentages" de l'affaire ENI-Petrophin-Arabie Saoudite, que des voix dignes de foi considéraient destinées par Andreotti au financement de Rizzoli et au payement d'un

e partie de ses dettes. Pour s'en tenir aux faits, et non aux hypothèses, le fait nouveau de ces dernières années, a été l'introduction au sommet de l'empire d'Umberto Ortolani, dans le passé personnage équivoque du monde para-politique, para-financier, et de la para-édition. Au nom et représentant de qui? On a parlé de Calvi (29) et du "Banco Ambrosiano" et avec eux des secteurs du monde financier et bancaire suisse et de Lombardie (30) dont Michele Sindona (31) avec ses banques fut par le passé "magna pars". Mais ces canaux bancaires sont eux aussi des vecteurs, intermédiaires de financements. Dans le passé, avec Sindona, il s'agissait de canaux de ressources financières qui étaient en même temps vaticanes, de la mafia et franc-maçonniques. Quelles interventions passent aujourd'hui à travers ces canaux?

C'est à ce propos que l'on fait le nom de Licio Gelli (32), le chef de la loge P2 (33), qui avec Salvini a représenté une franc-maçonnerie majoritaire pendant des années, engluée dans des jeux troubles de coup d'état et dans d'obscures manoeuvres financières, tenant les fils et les rapports avec les amitiés et les "confréries" de De Lorenzo" et de Miceli, de financiers comme Giudice et Lo Prete, de procureurs généraux comme Spagnuolo. Gelli a quelque chose à voir avec l'importation et l'exportation de viande, un scandale qui, à différence de celui du pétrole, n'est pas encore, et peut-être pas fortuitement, explosé en Italie. Viandes argentines. Banques argentines. Des intérêts qui opèrent en Argentine mais qui appartiennent à des multinationales nord-américaines.

Il est certain que depuis l'arrivée d'Ortolani, l'intérêt du "Corriere" pour l'Argentine et pour les rapports italo-argentins s'accroît. Et à un certain point, apparemment assoupies les polémiques sur la loge P2, le "Corriere della Sera", de façon franchement provocatrice, publie dans sa fameuse et influente troisième page, une interview à Gelli, dans laquelle Gelli s'exprime, exprime ses "opinions" sur la situation politique italienne.

Celle-ci semble donc être une des mains qui se sont tendues sur l'empire de Rizzoli. Le trio Rizzoli-Tassan Din-Ortolani a ensuite visé pendant longtemps sur le PSI, et personnellement sur le vice-secrétaire du PSI Martelli: on en attendait une promulgation rapide de la loi sur l'édition avec l'amendement "tue-dettes", et l'heureuse solution d'autres opérations compliquées et obscures basées sur l'industrie du papier. Visiblement, ni l'une ni l'autre initiative ne semble avoir été menée à bon port. Et c'est à ce point que commencent les rapports, promoteur Valiani qui a toujours fait partie de ce monde, avec la grande finance laïque, celle des banques publiques italiennes. Des rapports qui ne sont pas nouveaux parce que sans ces banques, Rizzoli comme du reste Rovelli, Caltagirone et Sindona lui-même, n'aurait pas fait beaucoup de chemin. Mais à présent les rapports ne concernent plus la demande de nouveaux financements, la souscription de nouvelles dettes, l'augmentation de l'exposition financière déjà énor

me des banques. Maintenant est en jeu l'organisation même de la propriété de l'empire d'édition, qui a déjà depuis longtemps dépassé les limites de la banqueroute frauduleuse.

C'est la première fois que le front de la finance publique et laïque, franc-maçonnique mais qui aspire à se considérer irréprochable et "propre" avec Carli (34), se soude avec le front de la finance privée et celle de Sindona, franc-maçonnique elle-aussi mais "sale" et même associée à la mafia.

Le point de référence politique de cette soudure est offert, peut-être sans le savoir, par la proposition du sénateur Visentini, président du PRI, de la constitution d'un gouvernement de techniciens, aussi d'hommes de différents partis mais qui aient une capacité d'indépendance par rapport aux partis, qui rompent l'habitude de la subordination étroite des ministères au système de l'hégémonie des partis.

La proposition avait été faite au lendemain du tremblement de terre de l'Irpinia (35), et avait été accueillie avec un certain scepticisme et quelques réserves par le PRI lui-même, pas seulement à cause des jalousies de Spadolini à l'égard de Visentini. La proposition avait eu quelques échos dans la presse parce qu'elle semblait donner corps de façon plus précise et actuelle à la demande plus vague et plus vaniteuse faite par Berlinguer d'un "gouvernement des honnêtes". Toutefois Scalfari se jeta de suite sur elle, avec des accents enthousiastes, obsédé comme l'est depuis toujours, le directeur de "Repubblica", par le "danger" d'une présidence Craxi, et par la nécessité de trouver une autre candidature laïque à opposer à celle de Craxi. Le sénateur communiste Colajanni lui donna aussi du crédit, peut-être par ingénuité, dans un article sur "Panorama" que tous interprétèrent comme une candidature personnelle à faire partie du nouveau gouvernement Visentini.

Pendant le "cas D'Urso" on parle moins de cette proposition, mais elle devient un point de référence politique, presque une alternative actuelle et praticable immédiatement au gouvernement Forlani. Si Gelli avait émis l'hypothèse d'un gouvernement Craxi, en échange d'une présidence de la République confiée immédiatement à Fanfani (36), Di Bella - dont le "cas", au contraire de D'Urso, ne s'est pas encore conclus heureusement - dans une interview à Repubblica émet au contraire l'hypothèse de Pecchioli (37) à l'Intérieur et Pajetta (38) à la Justice: la justification? "Ce sont des hommes qui ont des couilles". Di Bella laisse évidemment Pertini au Quirinal, mais dans son scénario, outre les ministères des Affaires étrangères et de la Défense confiés aux démo-chrétiens de foi occidentale et américaine consolidée, fait une ouverture pour la présidence du Conseil aux "colombes" Craxi et Forlani, pourvu qu'ils épousent la politique de la "fermeté" et démontrent d'avoir "des couilles".

D'Urso vivant, on peut aujourd'hui sourire de ces "fantaisies", et de ce langage aussi. On sourit un peu moins si l'on pense aux pressions effectuées par Scalfari et par Di Bella ces jours là sur le PRI, même après la libération de D'Urso, pour qu'il fasse tomber le gouvernement Forlani. Le gouvernement Forlani est faible, comme est faible n'importe quel gouvernement de ce régime. Mais il fut moins faible que prévu pendant le cas D'Urso car il n'a pas cédé tout à fait au parti de la "fermeté". Essayons d'imaginer ce qu'aurait provoqué en Italie, à quoi aurait ouvert le chemin, au contraire, un gouvernement comme celui supposé par Scalfari et par Di Bella (mais Scalfari a au moins le bon sens, pas le bon goût, de faire dire ces choses par Di Bella).

En ce qui concerne Scalfari, mettons cette hâte d'aventure sur le compte de son "bovarysme" intellectuel. Mais en ce qui concerne Rizzoli, Valiani et Di Bella, la hâte s'explique par le peu de temps qu'ils ont à disposition. La terre brûle sous leurs pieds. La perspective de la banqueroute n'est pas aussi éloignée pour eux et pour leurs patrons.

Ils ont peu de temps. Le terrain est brûlant sous leurs pieds et ceci explique aussi la nouvelle campagne du "Corriere della Sera", faite en étroite harmonie avec le PRI. Quelques jours avant cette nouvelle campagne terroriste du "Corriere", Marco Pannella, répondant à la question d'un journaliste au cours de la conférence de presse de la RAI-TV (39) réservée au Parti radical, avait précisé que quand nous parlons "d'éditeur sindoniano" (40), à propos de Rizzoli, nous n'en parlons pas comme parallèle général, c'est à dire dans le sens seulement de banqueroutier, mais aussi dans le sens littéral du terme. Il avait ajouté au cours de cette conférence de presse que deux des plus hauts exposants de tête de l'empire Rizzoli sont impliqués dans "l'affaire Sindona" et que les groupes et le Parti radical se réservent de le documenter dans le lieu et au moment qu'ils considéreront opportuns. Ceci explique peut-être aussi la hâte forcenée et un peu désespérée de Rizzoli. Ceci explique peut-être aussi la nouvelle campag

ne, comme arme de rétorsion et de chantage, du "Corriere".

Entre-temps ces campagnes ont eu un certain effet. Avec la course de Martelli (41) aux USA pour le couronnement de Reagan, avec les signatures niées pour l'incrimination de Gioia, avec l'arrêt de police, avec l'aval donné à la sentence de la Cour Constitutionnelle, avec les initiatives anti-obstructionnistes prises contre les radicaux non seulement par le chef du groupe socialiste de la Chambre, avec les dépenses de réarmement de Lagorio (42), le PSI - après le cas D'Urso - semble être descendu sur le terrain pour faire concurrence au parti de la "fermeté", mais cette fois sur son propre terrain.

Le parti de la potence, de la mort et de la fermeté a été provisoirement battu par la vie de D'Urso. Mais dans les prochains mois se prépare peut-être la période la plus difficile que nous et la République ayons jamais dû affronter. L'Italie en est revenue à se diviser entre le parti de la "fermeté", c'est à dire de l'impuissance, et le parti de la "honte".

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N.d.T:

(1) Bruno Visentini: (1914) homme politique italien. Ministre des finances (74-76), élu président du PRI, le Parti républicain italien, en 1979.

(2) PSI: Parti socialiste italien.

(3) Autonomia Operaia: (Autonomie Ouvrière) Mouvement d'extrême gauche, né en Italie dans la seconde moitié des années 70. En 1979, fut accusé d'être de connivence avec le terrorisme.

(4) "autonomi": membre de l'"Autonomia".

(5) Commission Moro: Commission d'enquête sur le "cas Moro", c'est à dire sur l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro: (1916-1978), homme politique italien. Secrétaire de la DC, la Démocratie chrétienne italienne (1959-1965), plusieurs fois ministre, fut l'auteur de la politique de centre-gauche. Ministre des Affaires étrangères (69-74), chef du gouvernement (74-76), président de la DC depuis 76, favorisa l'approche du Parti Communiste au gouvernement. Enlevé par les Brigades Rouges le 16 mars 1978, il fut retrouvé mort le 9 mai de la même année.

(6) Patrizio Peci: exposant des BR, arrêté et "repenti" par la suite.

(7) PRI: Parti Républicain italien. Giovanni Spadolini: (1925) Historien et homme politique; secrétaire du Parti républicain (1979); ministre des Biens Culturels (74-76) et de l'Instruction (79), président du Conseil (1981).

(8) DC: Démocratie chrétienne italienne.

(9) PCI: Parti communiste italien.

(10) "crispino": partisan de Francesco Crispi: (1818-1901) Homme politique italien. Partisan de Mazzini, participe à la révolution sicilienne de 1848 et en 1860, fut le "cerveau" politique de la dictature de Garibaldi dans le Sud de l'Italie. Député de la gauche depuis 1861, adhère à la monarchie en 1864. Président du conseil (1877-1896), manifesta des tendances autoritaires et nationalistes, auteur de la répression contre l'irrédentisme et le parti socialiste.

(11) "garibaldino": partisan de Giuseppe Garibaldi: (1807-1882) Militaire et homme politique italien. Chef des fameuses "Chemises Rouges" (47) et des "Chasseurs des Alpes" (59), organisateur de "l'Expédition des Milles" dans le Règne des Deux Siciles", lutta contre les français, les autrichiens et les prussiens, défenseur de la III République française. Réconcilié avec Victor Emmanuel de Savoie, qu'il appelait "Roi d'Italie", il conquit Rome, dernier obstacle à son avis pour l'unité italienne. Fut député (1881) des forces démocratiques et favorisa la diffusion de la Première internationale et l'organisation du mouvement ouvrier.

(12) "sabaudi": Partisans de la Maison de Savoie, c'est à dire de la famille royale italienne.

(13) Eugenio Scalfari: (1924) Journaliste italien. Directeur de "L'Espresso" (66-68), fondateur et directeur du quotidien "La Repubblica" depuis 76.

(14) "missini": membres du MSI, le Mouvement social italien, parti d'extrême droite considéré fasciste.

(15) Giorgio Almirante: (1914-1988) Homme politique italien. Secrétaire du MSI, le Mouvement social italien, (69-87).

(16) Antonello Trombadori: exposant communiste.

(17) "montanelliani": partisans de Indro Montanelli: (1909) journaliste et écrivain italien, directeur depuis 1974 du quotidien "Il Giornale Nuovo".

(18) Enrico Berlinguer: (1922-1984) homme politique italien. Secrétaire de la Fédération de la jeunesse communiste (1949-1956), député en 1968, secrétaire général du PCI, le Parti communiste italien, de 1972 à 1984.

(19) Bettino Craxi: (1934) Homme politique italien, secrétaire du PSI, le Parti socialiste italien, depuis 1976.

(20) Compromis historique: Stratégie politique tracée en 1973 par Enrico Berlinguer, et fondée sur la collaboration entre communistes, catholiques et socialistes.

(21) Sandro Pertini: (1898-1989) homme politique italien. Socialiste, emprisonné à plusieurs reprises pendant le fascisme, membre de la Résistance (43-54). Député de la Constituante, président de la Chambre des députés (68-76), élu président de la République en 1978.

(22) Valpreda: anarchiste accusé de l'attentat à la Banque de l'Agriculture de Milan.

(23) "GL": sigle du Mouvement "Giustizia e Libertà": (Justice et Liberté) Mouvement antifasciste d'inspiration libéral-socialiste fondée en 1929 par des exilés italiens. En 1949, donna naissance au Parti d'action qui pendant la résistance appela GL ses propres brigades partisanes.

(24) Gabriele D'Annunzio: (1863-1938) Ecrivain, le plus haut exposant du mouvement littéraire décadent italien. En 1915, mène une intense propagande interventionniste, s'enrôle volontaire et organise le vol sur Vienne (1918), la marche de Ronchi et l'occupation de Fiume (1919).

(25) Quirinal: siège de la Présidence de la République.

(26) IMI: sigle de l'"Insitut Mobilier Italien". Institut de droit public fondé en 1931 pour l'exercice du crédit à long et moyen terme pour l'industrie.

(27) ICIPU: sigle de l'"Insitut de crédit pour les entreprises d'utilité publique", fondé en 1924.

(28) CREDIOP: sigle de l'"Association de crédit pour les oeuvres publiques", fondé en 1919.

(29) Roberto Calvi: Financier italien très controversé. Directeur du "Banco Ambrosiano", accusé d'appartenir à la mafia. Meurt dans des circonstances mystérieuses: on le trouve pendu sous un pont à Londres, on ne sait s'il s'agit d'un suicide ou s'il fut assassiné. Sa mort eut un grand écho dans la presse italienne.

(30) Lombardie: région riche de l'Italie du Nord.

(31) Michele Sindona: (1920-1986) Financier italien. Entre 69 et 74 constitue un empire financier qui s'écroule par la suite. Il se réfugie aux USA et est arrêté suite à un nouveau crack. Meurt en prison.

(32) Licio Gelli: (1919) "vénérable maître" de la loge franc-maçonnique "Propagande 2" ("P2"); impliqué dans un scandale (1981), se réfugie à l'étranger. Fut arrêté en 1982.

(33) P2: loge franc-maçonnique conduite par Licio Gelli. Fut protagoniste, dans les années 70, de nombreux scandales financiers et d'obscurs manoeuvres politiques. Dissoute en 1981 par initiative du gouvernement.

(34) Guido Carli: (1914) Economiste italien, directeur de la Banque d'Italie (1960-1975) et président de la "Confindustria" (76-80), l'organisation syndicale des industriels italiens. Actuel ministre du Budget.

(35) "Irpinia": région de l'Italie méridionale qui a subi un grave tremblement de terre en 1980.

(36) Amintore Fanfani: (19O8) homme politique italien. Professeur d'histoire économique, secrétaire de la DC, la Démocratie chrétienne italienne (1954-59, 73-75), président du Conseil (58-59, 6O-62, 62-63, 82-83), ministre des Affaires étrangères (64-65, 65-68),

président du Sénat (68-73, 76-82).

(37) Ugo Pecchioli: exposant du PCI, le Parti communiste italien.

(38) Giancarlo Pajetta: (1911) Homme politique italien. Exposant de premier plan du PCI, le Parti communiste italien, fut l'un des principaux dirigeants de la résistance.

(39) RAI-TV: Radio-Télévision italienne.

(40) "sindoniano": partisan de Sindona (cf note 31).

(41) Claudio Martelli: Homme politique italien. Vice secrétaire du PSI, le Parti socialiste italien. Ministre de la Justice (1991).

(42) Lelio Lagorio: Homme politique italien. Exposant

socialiste, député du Groupe parlementaire socialiste, a été ministre de la Défense de 1980 à 1983, ministre du Tourisme et du Spectacle de 1983 à 1986.

 
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