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Pannella Marco - 1 marzo 1981
LA PEAU DE D'URSO: (14) La lettre de Marco Pannella aux BR (24 décembre).

SOMMAIRE: L'action du Parti radical pour obtenir la libération du juge Giovanni D'Urso enlevé par les "Brigades Rouges" le 12 décembre 1980, et pour contraster ce groupe de pouvoir politique et journalistique qui veut sa mort pour justifier l'imposition en Italie d'un gouvernement "d'urgence" formé de "techniciens". Le 15 janvier 1981, le juge D'Urso est libéré: "le parti de la fermeté était en train d'organiser et est en train de tenter un vrai coup d'Etat, c'est pour cela, comme le fascisme de 1921, qu'il a besoin de cadavres; mais cette fois, au contraire de ce qui s'est passé avec Moro, il a été battu provisoirement; pour une fois les BR n'ont pas servi. La campagne de "Radio Radicale" qui réussit à rompre le "black-out" d'information de la presse.

("LA PEAU DE D'URSO", A qui servait-elle, qui l'a vendue, comment elle fut sauvée - par Lino Jannuzzi, Ennio Capelcelatro, Franco Roccella, Valter Vecellio - Supplément à Nouvelles Radicales n. 3 - mars 1981)

La lettre de Marco Pannella aux BR (24 décembre)

Ce communiqué des BR (1) était donc un apocryphe. Mais qu'il soit également le bienvenu. Il nous a induit à réfléchir, en tant que radicaux, encore plus sur ce qui peut être tenté, sur ce qui peut être imaginé, par conséquent sur ce qui est juste et possible.

Pour le dialogue contre la négociation.

Notre position sur le cas Moro (2) fut très claire, tout autant que censurée et aujourd'hui encore pratiquement méconnue. Nous étions sans réserves, et indépendamment du jugement sur la volonté ou les intérêts des BR, "pour le dialogue et contre la négociation".

Et nous étions engagés jusqu'au fond, jour après jour, à exiger que chaque initiative et chaque ligne politique fut parcourue en suivant les cours prévus et obligés constitutionnellement. Il était de la responsabilité du Gouvernement d'opérer selon les indications reçues, ou mieux, à recevoir du Parlement, et sous sa vigilance. L'affaire exigeait, par son immense caractère dramatique et extraordinaire d'être confiée à ce que la Constitution et les règles institutionnelles prévoient, exigent.

Quand les BR niaient comme hypocrisie ou simulation de violence le droit et les lois, nous demandions qu'on répondit dans le plein respect des lois et du droit. Un grand débat, continu et constant, jusqu'à ce que Moro fut libéré. Une prise de responsabilité à travers un "procès contradictoire" et public pour la formation de la volonté et des choix, ainsi que le prévoit la Constitution aussi bien pour le Parlement que pour la Justice. Au contraire le Parlement fut exclu. Même le statut de la DC (3) fut violé par une procédure aberrante et ignoble, empêchant le Conseil National et la Direction de se réunir et de délibérer, pour réserver tout pouvoir à une "délégation" auto-nommée et abusive. De même dans les autres partis.

Clandestinité du Palais (4)

A la clandestinité naturelle des BR s'ajouta la réduction violente à la clandestinité, aux jeux et conseils de Palais et de corridor, de l'Etat et de la politique démocratique, opérée par les directions politiques et par les institutions elles-mêmes.

Même l'initiative socialiste fut menée avec les mêmes méthodes, et fut conduite et gardée délibérément à l'écart et contre les règles de la prudence juridique, constitutionnelle et institutionnelle.

On refusa - justement - de concéder aux BR une reconnaissance de force combattante et ennemie - qu'ils demandaient en voie préjudicielle pour traiter la libération de Moro. Mais cette reconnaissance ne fut accordée que par les plus hautes autorités de l'Etat lorsqu'on proclama officiellement que le Pays était "en état de guerre" et que les BR étaient "l'ennemi"...

Nous fûmes bâillonnés et censurés

Comme nous avertissions - mais bâillonnés, censurés, avec le Pays qui maintenant encore n'a pas eu la possibilité de juger et de connaître la ligne tenue par les radicaux pour défendre avec la vie de Moro celle du droit et des lois - tout cela ne pouvait pas ne pas amener à la catastrophe, comme ce fut le cas. Pour tout le monde: même les BR et les terroristes de tout groupe et de toute couleur qui dès lors virent nécessairement leurs files s'accroître non pas de ceux qu'ils auraient pu entraîner avec une solution "politique" et "généreuse" dans cette aventure, mais ceux qui par désespoir social, de génération, culturel et existentiel ou par fanatisme de justiciers ou de militaires ressentent le charme de la mort et de la violence. Pour tout le monde: en commençant par les lois de l'Etat, mois après mois, massacrées au nom d'une pseudo-efficience répressive que les terroristes et les violents souhaitaient justement provoquer: pour démontrer que le droit n'est qu'expression et couverture du pouvoir, respecté

jusqu'au moment et quand il sert à la violence de ses intérêts. Aldo Moro fut le premier.

Grande différence entre D'Urso et Moro

Après tant d'autres, c'est maintenant au tour de Giovanni D'Urso, dans un scénario qui n'est pas tout à fait différent de celui du 16 mars. Mais avec une grande différence, que personne ne semblait avoir pris en considération: le 16 mars, pour capturer Aldo Moro, on assassina les hommes de son escorte, les humbles travailleurs de la police qui faisaient leur travail. Libérer Moro, le puissant, l'ennemi, après avoir assassiné les quatre agents à Via Fani représentait une difficulté politique, idéologique, "humaine" même, une contradiction dangereuse.

Aujourd'hui, par bonheur pour eux et pour nous, ceux qui ont séquestré D'Urso n'ont pas commis, pour l'instant, d'autre délit que ce lui d'enlèvement.

Pour un résultat de vie

Il est nécessaire, cette fois, que le Parti radical et le mouvement démocrate de classe, le mouvement non-violent, que ceux qui croient à l'humanisme juridique et à l'Etat de droit, que ceux qui n'ont pas l'intention de sacrifier à un projet d'homme ou de société l'homme et sa vie, que les révolutionnaires non révolutionaristes et les réformateurs non réformistes réussissent à approfondir à un tel point leurs convictions et à les renforcer de façon telle de permettre pour cette histoire un résultat de vie, d'humanité, de croissance du droit et de dépérissement et échec de la violence.

Il est possible que la vie, et pas la mort, de Giovanni D'Urso, la vie qui lui appartient, une vie sacrée tout autant que celle de ceux qui le séquestrent et menacent de l'assassiner, se transforme en une occasion de victoire et de croissance pour tous, d'une part et de l'autre, dans la seule direction où il peut y avoir croissance et espoir, non pas désespoir et fin. "Il est possible de convaincre, de vaincre" - c'est à dire - "ensemble", toujours, et aujourd'hui. Non pas vaincre contre. Pas même pour ceux qui séquestrent D'Urso il ne s'agit d'une fatalité, d'un esclavage, d'une nécessité.

Dialogue, Dialogue, Dialogue. Aucune négociation. Il n'y a pas de négociation possible et digne de respect si imposée par la violence, par la peur, par le chantage. Que l'on désobéisse aux ordres injustes: c'est un devoir. On ne collabore pas avec ceux qui accomplissent la violence: c'est un devoir. Il n'y a pas de règles de guerre à suivre: par bonheur et par volonté du peuple la guerre est bannie de la Constitution dictée par l'antifascisme de la Résistance, et trahie par l'"antifascisme" et par le"néofascisme" des partis parlementaires, de 1947 à nos jours, avec la seule exception du Parti radical. Dialogue, et dialogue loyal, et sans conditions.

Camarades assassins

Si les brigadistes rouges se considèrent vraiment "rouges", je répéterai à ces camarades assassins, qui ont choisi l'assassinat, le terrorisme, la violence, le sacrifice pas seulement des autres mais aussi le leur, qu'ils se trompent, qu'il se trompent terriblement. Et que c'est un horrible, terrible travail de Sisyphe que de "lutter pour libérer" quelques camarades détenus, alors que les détenus pour terrorisme vrai ou présumé sont désormais plus de mille et des milliers d'autres risquent de l'être, qu'ils vivent déjà souvent comme s'ils l'étaient, ils assassinent et ils meurent, ils voient autour d'eux grandir la douleur, le supplice, le désespoir; et si l'on continuait à choisir des formes de lutte qui amènent à multiplier les camarades emprisonnés.

Alors que d'autres se suicident "directement", et d'autres se damnent à dénoncer les autres, peut-être même pour les sauver ou pour se sauver, ou dans l'illusion de le faire ou payant ce juste prix pour sauver la rigueur de leurs convictions.

De toute façon, il ne s'agit pas de nous convaincre mutuellement, de tout. D'un coup. Nous révolutionnaires par amour, non-violents. Vous, révolutionnaires par haine, violents.

Il s'agit - aujourd'hui - de dialoguer pour tirer le maximum de profit, de force, de la vie - sacrée au moins tout autant que la vôtre - de Giovanni D'Urso. Pour "tirer" tous de cette immonde situation le caractère extraordinaire d'un résultat exemplaire et positif.

Je ne sais pas ce que vous pouvez faire et comment. Mais vous êtes malheureusement les seuls responsables de ce que vous ferez ou ne ferez pas, de ce que vous saurez inventer et créer. Il est difficile de bien choisir, sans beaucoup pouvoir, étant nombreux, tous différents et opposés, de discuter et de chercher ce qui est le mieux et qui convient le plus. Vous êtes, en effet, "militaires" et pas civils, vous "clandestins" et nous vivants au milieu des gens (ou au milieu des morts), vous avez à inventer chaque jour la juste façon de parler et d'agir, tandis que nous avons les règles de la Constitution et les procédures qu'elle prescrit, et celles de notre Parti, ou de la démocratie.

Nous devons respecter nos règles

Il de notre devoir, au contraire, de respecter nos règles, celles pour lesquelles et au nom desquelles nous sommes légitimés (si nous les respectons) à vous condamner comme nous nous condamnerions nous-mêmes si nous agissions comme vous.

Nous avons la charge bien plus grave d'exiger que le Parlement, les partis, la "politique", se respectent eux-mêmes, ainsi que leurs prérogatives et leurs normes, pour essayer de libérer D'Urso, de lui sauver la vie, pour vous aider et vous permettre, dans le respect absolu des lois, de nous le rendre sauf. Et c'est dans un tel sens que vont les décisions et les propositions du groupe radical rendues publiques hier. Mais vous ne pouvez commettre l'erreur d'exiger ce que votre adversaire ne croit pas ou croit que ce soit mal. Quand nous non-violents arrivons aux jeûnes les plus dramatiques, à ceux de la soif ou à l'extrême de ceux de la faim, nous ne demandons jamais qu'on nous donne ce que nous croyons juste et ce que nous voudrions obtenir. Nous jeûnons afin que le pouvoir respecte sa légalité même, ses propres engagements ponctuels, pour qu'il "s'éloigne de la violence" d'agir contre ce qui est et doit être loi pour lui aussi, lui qui l'a imposé et qui en exige le respect des autres.

Le pouvoir désire la mort

Ni commettre l'erreur (et je m'exprime de façon exhortative, qui est celle qu'on utilise quand on parle "entre nous" pas "avec l'adversaire") de marchander la vie, une vie quelconque et en n'importe quel sens, la vôtre, ou celle de vos camarades, ou de D'Urso ou de quiconque. Ce serait nuisible, plus qu'inutile. Parce que le pouvoir désire la mort, et D'Urso lui sert martyr, pas vivant.

Certes, cela exige d'étudier, de se documenter à fond, de peser et de connaître les contradictions qui existent chez les adversaires, gagner "le temps" (plutôt que le perdre, le laisser se consumer) et donc "l'espace", l'espace physique et "l'espace" dans la conscience populaire et dans chacun, et mettre à nu et essayer de vaincre non pas: "La Violence", mais "cette" et ensuite "cette autre" et encore "cette autre violence", pour laquelle le pouvoir est lui, lui-même en premier, lui-même, "hors-la-loi".

Il existe mille termes "ordinateurs" dans la vie de nos institutions, qui dans la conscience populaire et celle de nous tous peuvent exiger et doivent exiger qu'ils deviennent péremptoires.

Il n'y aura, camarades qui êtes tentés par l'assassinat, ou qui avez pratiqué ou choisi l'assassinat, amnistie et libération que lorsque la conscience des gens, la conscience populaire aura été sollicitée, secondée à en comprendre la nécessité, l'utilité: en relation avec le principe, souverain, de civilisation et de civilisation juridique, de la peine comme tutelle de la communauté et de chacun de la continuation du caractère dangereux d'un de ses composants, avec le principe de la peine non pas comme punition, ni comme instrument autarcique de réintégration sociale.

Imbéciles lugubres et violents

Je souhaite qu'au Parlement italien il y ait quelqu'un qui pense, maintenant, tout de suite, outre les camarades radicaux, à proposer une motion, un instrument de débat pour une nouvelle adresse féconde de réponse politique au danger où vous tenez D'Urso. Il ne s'agit pas de "vous" vaincre, comme ces imbéciles lugubres et violents croient ou sentent, mais de vaincre ce qui en vous peut faire grandir et déterminer le pire, un énième cri de "viva la muerte", désespéré et toujours aussi suicide, s'il vient de celui qui se considère ou est "camarade".

Il s'agit de s'interroger publiquement, avec la télévision et les journaux qui pour une fois ne censurent pas totalement ou presque les débats parlementaires (et ceux des partis) si bien que quelle que soit la réponse quotidienne que l'on donnera, celle-ci soit donnée selon ce que veut la Constitution et par qui exige la Constitution. Permettez moi de vous dire qu'aujourd'hui la fermeture de l'Asinara (5), même si assez proche est au moins plus difficile qu'elle ne l'était avant l'enlèvement de D'Urso. Dans l'Etat dominent en effet assez souvent, des instincts et des réflexes qui sont très semblables aux vôtres, que vous-mêmes avez peut-être hérité et partagé avec une grande partie de la classe politique.

Ce n'est pas sur la vie des reclus que vous voudrez construire la "victoire"

Et ce n'est pas ça que vous voulez, j'en suis sûr. Ce n'est pas ça, ce n'est pas sur la vie des centaines de vos camarades en prison pour terrorisme que vous voudrez construire on ne sait quelle "victoire tactique", ou quelle autre "exécution" en tant que "justiciers". Il est nécessaire que l'Etat, et les partis, les forces politiques, les gens, nous-mêmes fassions tout le possible pour gagner des occasions et des lieux de dialogue urgent avec vous, quels qu'ils soient. Il est nécessaire, je pense, que vous en fassiez autant. En ce qui vous concerne, je ne sais pas comment; vous le savez, si vous le voulez.

Vous libérez D'Urso, camarades?

Considérez moi à votre disposition. Vous me comprenez. Pas pour collaborer - pour n'importe quelle raison ou circonstance - à une quelconque forme de violence ou d'ordre injuste qui me soit donnés. Mais pour dialoguer, loyalement, alors oui; sans pour autant fournir en aucun cas, pas même par omission, complicité ou connivences. Ni de nous à vous ou de vous à nous. Mais êtes-vous sûrs, camarades, si vous vous reconnaissez comme tels, que vous n'ayez pas intérêt à libérer, à relâcher D'Urso? En réalité ils ne le désirent pas, ils ne s'y attendent pas. Ils n'en seraient pas heureux. Mais les gens eux (nous-mêmes, vous-mêmes..), au contraire, s'y attendent, en seraient heureux, et vous le savez.

Vous libérez D'Urso, camarades?

"Marco Pannella"

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N.D.T:

(1) BR: Brigades Rouges: (BR) Organisation terroriste clandestine d'extrême gauche née en Italie à partir de 1969. Responsable de nombreux enlèvements, d'avoir blessé et tué des juges, des policiers, des journalistes, des dirigeants politiques et industriels, en 1978 a enlevé et assassiné le leader démochrétien Aldo Moro.

(2) Aldo Moro: (1916-1978), homme politique italien. Secrétaire de la DC, la Démocratie chrétienne italienne (1959-1965), plusieurs fois ministre, fut l'auteur de la politique de centre-gauche. Ministre des Affaires étrangères (69-74), chef du gouvernement (74-76), président de la DC depuis 76, favorisa l'approche du Parti Communiste au gouvernement. Enlevé par les Brigades Rouges le 16 mars 1978, il fut retrouvé mort le 9 mai de la même année.

(3) DC: Démocratie chrétienne italienne.

(4) "Palais": on entend par là le "Palais" du pouvoir.

(5) Asinara: prison de haute sécurité dont les BR demandaient la fermeture en échange de la vie du juge D'Urso.

 
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