(3) DES "DROITS CIVILS" A LA "FAIM DANS LE MONDE": Mais qui veut donc un commando de choc?
Réplique prononcée le 7 Juin 1981, dernier jour du Congrès
INDEX
- Note introductive, par Angiolo Bandinelli (3799)
- "Pannella le politique", par Michelangelo Notarianni (1057)
- "Une histoire pour le présent", relation prononcée le 5 juin
1981, première journée du 25ème Congrès extraordinaire du PR
(3800)
- "Mais qui veut donc un commando de choc?", réplique prononcée le 7 juin, dernière journée du Congrès (3801)
SOMMAIRE: La relation introductive et la réplique prononcées par Marco Pannella au 25ème Congrès (extraordinaire) du Parti radical, convoqué à Rome les 5, 6 et 7 juin 1981.
"... abolir la misère: c'était la grande idée radicale d'Ernesto Rossi. Alors nous devons abolir la misère qui conduit à l'extermination, la politique de misère à laquelle assistent, inertes - en termes d'initiative politique - toutes les autres forces politiques qui rendent hommage à une »juste politique internationaliste sur les problèmes de la faim dans le monde (...) Pourrons-nous être radicaux? Pourrons-nous être crédibles avec notre volonté de gouverner la paix, la liberté, le droit positif - Etat de droit - le droit à la vie, le droit à la nourriture?"
("DES DROITS CIVILS" A LA "FAIM DANS LE MONDE" Par Marco Pannella, présenté par Angiolo Bandinelli - Préface de Michelangelo Notarianni - Editions Quaderni Radicali / 6)
"Mais qui veut donc un commando de choc?"
réplique prononcée le 7 juin, dernière journée du Congrès (3801)
La réplique
Chers camarades, je crois qu'en dehors de la praxis, et même de la praxis des congrès extraordinaires, les rapporteurs, après avoir écouté les interventions sur leurs relations, ont le devoir, le droit-devoir à la réplique. J'entends personnellement exercer ce droit-devoir, le plus brièvement possible, surtout pour répondre aux requêtes explicites qui ont été faites, à moi-même et au Parti.
Je voudrais répondre en particulier au camarade D'Ambrosio, qui a formulé des questions intéressantes, en tant que neophyte mais aussi en tant que vieux militant de gauche, socialiste, puis radical, bien que faisant encore parti du Psi et non du Parti radical.
Pour le moment, nous dit-il, je fait parti du Psi et du Parti radicalm mais il s'agit d'une situation transitoire. Il faudra bien nous décider à être un parti dans le sens le plus complet, et à un moment donné, demander aux socialistes comme nous tous, aux socialistes comme moi, D'Ambrosio, et aux autres, de faire un choix et créer le Parti socialiste, non pas de l'alternative, mais des socialistes de l'alternative, contre et en concurrence avec le Parti socialiste des socialistes non-alternatifs, ou même des communistes non-alternatifs et ainsi de suite.
Je ne sais pas si le camarade D'Ambrosio est parmi nous, mais je me devais de répondre à ses questions. Il me semble que le camarade D'Ambrosio risque de proposer des structures et des méthodes non-appropriées.
Le camarade D'Ambrosio pense, sans s'en rendre compte probablement, que l'on peut avoir un Parti socialiste de l'alternative, un Parti socialiste nouveau, à condition que ce parti devienne comme les autres; en contestant aux autres, avec les mêmes moyens et les mêmes structures, la diverse position politique en termes de contenus.
Les faux choix des administratives
Notre position est exactement à l'opposé: si un parti veut proposer l'alternative, celle-ci doit-être déjà représentée dans sa structure et dans sa façon de vivre; il doit refuser avant tout d'être un parti à système fermé, un parti à structure de représentation déléguée, un parti à prétention d'intervention d'extraction globale.
Nous pensons qu'un parti, s'il est socialiste ou libertaire, doit solliciter la croissance, pour chaque citoyen et chaque membre alternatif de la classe, de contradictions et comportements socialistes et libertaires. Et je souligne "contradictions": ce camarade doit avoir plusieurs fidélités: dans le temps, non pas seulement dans la succession chronologique, mais aussi dans la logique.
Ce camarade doit pouvoir donner corps à ses contradictions. Dans une situation dans laquelle il penserait, par exemple, que la présence aux élections administratives est aujourd'hui une présence importante, déterminante et nécessaire, il faudrait qu'il puisse participer simultanément à la vie du Parti radical et à celle du Parti socialiste ou communiste ou de n'importe quel autre organisme auquel il pense s'adresser avec confiance pour ce qui concerne un point précis: les programmes de gestion de la Région ou de la Municipalité. Et ce sont des choses sûrement très sérieuses, si bien que l'année dernière nous avons soutenu l'abstension pour provoquer une politique nationale, une mise en garde des partis nationaux afin que ces derniers aient une conception d'eux-mêmes, de l'Etat et de l'Administration, non-Jacobine, non-centralisée, mais d'auto-gouvernement et d'autogestion.
Chacun sait que 1% en plus, deux sièges en plus au Psi ou au Pci ne changent pas la réalité du gouvernement d'une ville, mais que la préoccupation d'une vague d'abstentionnisme, motivée et puritaine, constitue le titre des journaux au lendemain des élections et que c'est l'unique nouvelle capable d'imposer le débat au sein des partis.
C'était la ligne de notre comportement. S'il y avait eu à Turin, à Milan, deux conseillers communaux de plus d'un côté ou de l'autre, rien n'aurait changé. Et j'insiste, camarade D'Ambrosio, si aujourd'hui, nous acceptions cette idiote et sale politique de la gauche qui se fonde sur la peur (votez pour nous sinon la DC l'emporte), nous finirions par accepter le fait que le débat politique se fasse avec ceux qui ont peur du communisme; ceux qui ont peur de l'homosexualité déferlante proposée par les radicaux: la peur des apocalypses qui viennent de part et d'autre.
On vote aujourd'hui non pas des listes municipales, créées avec logique municipale; il n'y a pas à Rome, ni en Sicile, ni à Bari, ni à Gênes - par choix politique des camarades communistes ou des camarades socialistes - il n'y a aucune liste pour l'alternative , mais il y a des partis qui viennent nous demander, le 21 juin, des voix pour les utiliser et dire: "j'ai eu un conseiller en plus" et aussi: "voyez, la ligne frontiste du Pci est récompensée, vous devez donc faire ce gouvernement et pas tel autre; la ligne craxienne est récompensée et vous devez faire telle ou telle autre chose". Le caractère politique de l'élection municipale ou régionale est inscrite dans les listes qui se présentent. C'est la politique des partis, c'est la stratégie du compromis historique...
Le camarade Ferrara l'a dit ici-même: notre stratégie reste celle d'une unité nationale dont nous ne voulons pas être les esclaves: les voix du 21 juin sont des voix demandées loyalement, avec leurs emblèmes, par des partis qui les ont demandées non pas à cause du sentiment de responsabilité de proposer des programmes de gouvernement alternatifs de la ville, et en fonction de ces programmes, former les listes de ceux qui sont d'accord avec le programme alternatif. Avec l'alibi "sauvons Rome", on demande en réalité les voix pour Craxi, pour Berlinguer et pour le feuilleton national qui revient.
Que faire pour l'altenative
Je voulais rappeler au camarade D'Ambrosio, que lorsque je pense à la refondation du Parti radical - on dit "lorsqu'une équipe est gagnante, il ne faut pas y toucher", mais lorsque 1500-1800-2000 personnes organisées arrivent à produire ce que 300.000 ou 500.000 personnes n'arrivent pas à produire! - il est évident que je pense que celle-ci doit reposer sur la diversité radicale par rapport à tout autre forme d'organisation; sur ses caractéristiques libertaires, fédéralistes et fédérales contre ceux qui, lorsqu'ils parlent de parti parlent des confusions; lorsqu'ils parlent d'autonomie dans le parti, ils parlent d'un processus de centralisation du parti qui devrait, par son efficience centralisée, inventer l'autonomie du parti de Lombardie, de Sicile et de Naples... "Il faut donner de l'argent... il faut..." C'est-là leur véritable conception.
Chers camarades, nous avons dans notre statut, le parti fédéral et fédératif central: selon le vieux statut, en font partie les inscrits à titre individuels et les organisations fédérées et fédératives: mais il est écrit dans ce statut "Les syndicats" sont inscrits! Ce qui constitue le parti de l'alternative démocratique de classe c'est la revendication de la structure anglo-saxonne, dans une certaine mesure scandinave, de l'organisation démocratique de classe; entendue, politiquement, comme une structure qui a deux jambes politiques: celle du syndicat démocratique de classe et celle du parti démocratique de classe, fédérées ensemble, contre les conceptions de l'unité syndicale qui conduisent à celle de l'unité des partis d'abord et à celle de l'unité patronale ensuite: le vieux schéma idéologique "gentilien", "rocchien", corporativiste, en Italie. Evidemment, nous ne pouvions pas penser à un statut qui organise le groupe syndical, le groupe des partis, au nom de l'unité de classe. Dans la vieille histo
ire socialiste on sait très bien que, chaque fois qu'il y a une scission communiste sectaire, surtout si cette organisation est quantativement minimum, on l'appelle parti "vraiment communiste", parti de l'"unité communiste", parti de l'"unité socialiste", parti de l'"unité prolétaire"; sur la base de ce vieux concept, cette vieille conception religieuse, l'hérétique dispute à l'Eglise-mère la vraie représentation mystique du corps mystique de la vérité communiste, des vérités socialistes et des autres vérités. Notre problème, chers camarades...
Il y a des malentendus dans notre Parti!
Je continuerai grâce aux spéculations auxquelles sont contraints certains - non pas la minorité mais certains qui vivent ici-même - et c'est normal - à travers l'opposition, peu importe si de droite ou de gauche, du centre ou d'ailleurs, peu importe si en évoquant le spectre du "PR2", de la Loge des peu nombreux mais riches, en disant: "brûlons cet argent", en jouant sur toutes les cordes de la politique mais en permettant à tous les journaux de dire: "Attention, dans le microcosme radical il y a des antagonistes!"; qui parlent ici avant tout pour donner les communiqués à la presse, tandis que trente autres couillons ont pris la parole ici pour parler au Parti, venu de loin parce que la lutte contre le parti est l'unique occasion pour son identité publique et politique....
(interruption)
... je disais qu'il y a des personnes qui luttent, même délibérément contre le parti (sauf que dans notre parti tout le monde peut rester); et je pense que si par exemple il y avait un camarade qui ne s'inscrit au Parti que pour passer la nouvelle selon laquelle il s'est inscrit, pour le quitter chaque année, et passer cette nouvelle, et qui, au moment des élections, invite ponctuellement à voter contre le parti parce que le Parti a trahi, si vous le permettez, ce n'est pas-là un type d'apport...
(interruption)
Cela te rappelle l'histoire de Giulio Ercolessi! Je raconte l'histoire d'un éventuel camarade... après quoi c'est ton problème, ou plutôt "son" problème pour t'accuser en diffamation, toi, pas moi.
Vers un nouveau statut
Je disais donc, chers camarades, quel est le problème? J'éprouve le besoin, face à notre crise, de réfléchir sur les problèmes du Statut: "Camarades, ce n'est pas juste; si nous ne voulons pas être nous aussi comme ceux de la Constitution péremptoire donnons-nous le travail officiel et commun du congrès de refondation statutaire... Dans deux ans, pour y arriver...". Jusque-là personne ne l'avait proposé, et au moment où moi je le propose, voilà que l'on dit: "C'est bien la preuve que le Statut est violé!". Après quoi j'essaie de travailler, je viens à un congrès et je dis, et il y a l'enregistrement de ce que j'ai dit: "Camarades, ce n'est qu'à la fin de notre travail que nous saurons quelles sont les idées de Statut que nous pouvons avoir, celles qui me viendront à l'esprit après avoir écouté Untel ou Untel; mais il y a une réflexion que je dois faire "méthodologiquement", selon laquelle ceux qui pensent résoudre la situation du Parti en disant: "dix-mille inscrits" ou "cent-mille inscrits", doivent di
re aussi: "cinq-cents inscrits": c'est un fait méthodologique".
Le problème c'est que si nous voulons concevoir, nous devons le faire avec de la rigueur dans la recherche, pour comprendre de quoi il s'agit, et c'est ce que j'ai dit, en répétant cependant - et je le dis au camarade D'Ambrosio - que ma certitude, et les évènements de ces dernières années la justifient, c'est que nous essayons d'avoir un statut toujours plus libertaire, fédéraliste, fédérateur et fédératif, toujours moins faussement démocratique et moins identique à celui des autres partis. C'est-là ma conviction. Et si cette conviction fait peur à d'aucuns, je n'y peut rien mais je continue de réfléchir.
Je lis dans les journaux que l'on m'accuse ici d'avoir dit que je veux le parti des "cinq-cents commandos de choc" pour mieux vous exclure vous, qui ne faites pas partie de ce commando de choc". J'aimerais que le discours sur nos adversaires politiques fût aussi ponctuel! J'aimerais qu'il le fût par rapport à notre ennemi de classe, politique et culturel! Je voudrais ne pas avoir été seul avec les autres commando de choc à risquer le tir croisé de toute la presse nationale, à nous exposer à son inimitié, à sa censure, au lieu de lui servir d'autres arguments contre le Parti! Je voudrais que nous fussions unanimes en cela, à payer le prix des censures annuelles et de la déformation, s'il est juste de faire non pas un procès d'intention mais un procès des réalités!
Le débat m'a servi et je continue de réfléchir. Et je vous dis qu'en continuant de réfléchir, il me paraît évident que nous devons toujours plus éviter une situation dans laquelle on reproche au seul parti fédéral "central" ce que l'on devrait reprocher à nous-mêmes, incapables d'avoir de grandes luttes régionales constitutives des autres sujets politiques nationaux, dans le sens radical du terme.
Une dimension libertaire, si nous ne voulons pas aller vers des risques "webériens" des partis qui misent sur les charismes, est un parti, un sujet politique qui doit comporter en son sein une quantité de personnes de dimensions humaines; dans lequel il y ait la circulation des idées; et c'est pour cela que je dis, nous devons probablement comprendre que nous ne devons pas avoir, avec le nouveau statut, un parti de cent-mille inscrits, dix-mille délégués et deux-cents bureaucrates qui administrent les idées, les délégués et les autres choses; mais que nous devons réaliser dix, vingt, trente sujets politiques radicaux de cinq-cents, mille, mille-cinq-cents personnes - deux-cent ou deux-mille - qui donnent une réalité libertaire, fédérative, fédérée de cent ou dix millions, s'il y a le dessein de l'alternative, dont a parlé ce matin le camarade (je ne me souviens pas de son nom, je m'en excuse) qui dit qu'il y a contradiction, nous ne pouvons pas dire au Parti communiste qu'il fait une politique de blocag
e modéré pour être ensuite pour une alternative de gauche. Mais cela fait trente ans que je refuse le chantage des libéraux qui me disent que je ne peux pas être libéral si j'attaque "notre politique libérale"; et cela fait trente ans que je dis que ce n'est pas une politique communiste que la politique qui, depuis 1948, maintient et utilise les codes fascistes, et propose le blocage modéré, le blocage sur certains instruments juridiques et pénaux! Si je renonçais à dire cela, je renoncerai à l'espoir d'avoir un symbole de gauche qui puisse rassembler l'alternative de gauche, et même l'espoir que le communisme soit considéré, par les historiens de demain, comme le phénomène des camarades assassins ou exterminateurs comme Togliatti et les autres, ou comme celui des camarades assassins tels que Curcio, terroristes ou nihilistes, ou comme celui des Doriot et des Mussolini. Il n'y a pas donc de contradiction. Ce matin vous n'y étiez pas encore, il y avait un camarade qui disait "mais quelle contradiction que cel
le de dire que le Parti communiste, avec sa politique, est devenu le centre de...".
(interruption)
... Ce camarade dit maintenant que la contradiction était ailleurs: exclure la politique d'unité! Non! Toute mon intervention de quatre heures était d'"unité, alternative, renouveau de la gauche", en excluant de la faire, cher camarade, par cynisme et réalpolitik, sur la Loi Reale, sur les révisions du Concordat et autres choses...
... Dans l'article de Notarianni dans "Il Manifesto" d'aujourd'hui, il y a cette indication d'un Parti communiste qui, pour s'affirmer comme Parti de pouvoir, accepte jusqu'à sa candidature à une politique modérément reaganienne, modérément fasciste et modérément "pecchiolienne" ou "rocchienne", en termes de politique nationale.
Je disais, chers camarades, nous pouvons avoir un statut dans lequel nous pouvons continuer d'indiquer des millions d'adhérents; mais à condition que l'on ne veuille pas au contraire réaliser subrepticement, au nom des autonomies de chaque parti, le superparti paternaliste romain qui doit se charger d'aller dans cette région dans laquelle il y a un camarade que personne ne connaît et qui dit brusquement"Nous tuerons la mafia".
Mais nous, avant de proposer des présentations à Rome, pendant quinze ans nous avons envoyé en prison des maires; nous avons été constamment présents, nous étions l'alternative, nous étions l'antagoniste dans cette ville, mais nous ne nous présentions pas. Lorsque nous nous sommes présentés une fois avec le Psiup, c'était pour pouvoir raconter durant la campagne électorale ces choses-là. Mais lorsque maintenant, viennent ceux qui ici-même font l'opposition, de droite, de gauche et du centre, ceux qui pratiquent la démagogie pour empêcher que le parti soit uni, dans l'élan de l'intelligence d'une perspective, car l'élan, l'unité, la certitude les exclut, exclut leur façon d'être, et qui viennent parler en défense du "pauvre camarade sicilien ou vénitien qui a le droit d'utiliser le symbole du Parti!...".
Je dis, chers camarades, que le statut doit prévoir l'"obligation"pour chaque association radicale d'avoir son symbole; chaque parti régional doit avoir son symbole; dans chaque région, et ne pas penser pouvoir être le parasite des camarades de toute l'Italie, dans l'espoir d'obtenir dans leur région où ils n'ont pas obtenu cinq ou sept ou dix pour cent dû au travail de vingt années des radicaux de toute l'Italie, mais au moins ces deux pour cents qui les fassent être, eux qui n'ont rien fait, les élus qui devraient changer l'assemblée sicilienne, calabraise ou autre.
La démagogie, le jeu est constant, d'imposer ici le succès fatigué de notre sens commun contre celui de notre bon sens: "De Rome, on essaie d'enlever aux pauvres camarades qui se crèvent le sang et collectent des signatures...". Chers camarades, ce que je sais c'est que certains d'entre-nous ont péché dans cette direction, lorsque par exemple nous nous sommes présentés à Ancone et à Sienne pour faire élire d'autres camarades: là, nous allons voir les inscrits au Parti, nous allons voir les "grandes batailles" qui se font, nous allons voir les signatures collectées, nous allons voir le comportement de ces camarades, et je dois dire que je n'en sais rien, non pas parce que Radio Radicale fait la censure sur l'oeuvre de ces conseils communaux, je vais dans ces villes pour d'autres motifs... je ne sens pas qu'il y a là l'alternative, ce pourquoi nous nous étions engagés en 76: "Je ne sais pas ce que nous ferons, mais ce que je sais c'est que si l'un de nous allait au Parlement national, il saurait changer p
our un milliardième le Parlement national et ne pas changer lui-même". Cela nous savions que nous pouvions le faire. Parce que nous représentions soixante pour cent du Pays "sur certaines batailles" et non pas la frustration; et non pas dire que, étant donné que je n'ai jamais réussi en Sicile à créer une alternative radicale à la mafia, au pouvoir sicilien etc..., j'essaie de la créer en me faisant élire conseiller régional; comme si, ayant eu les gallons de conseiller régional, l'on pouvait réussir à faire ce que sans les gallons on n'avait pas réussi à faire...
Le Parti avait le devoir face aux milliers de camarades qui collectaient les signatures dans les rues pour le referendum, d'empêcher la télévision nationale de dire, le 22 juin, que "les radicaux sont descendus en Sicile..." ou encore, que "les radicaux sont en déclin, ils sont battus, condamnés par les gens". Car cela n'est pas vrai, car dans les batailles radicales pour le referendum, les trois mille camarades de la collecte de signatures dans les rues ont été honorés, non pas par le consensus d'un million huit cent mille personnes, mais de quatre millions au moins.
C'est cela que représentent les radicaux qui ont donné force au Parti et non pas aux discours sur l'éthique radicale qui devrait conduire à bien administrer la petite fontaine. Bien sûr il y a aussi ce problème. Le Parti radical n'a pas livré ces batailles - je parle du Parti radical régional - ou alors il ne les a pas livré de la bonne manière; mais sûrement, par exemple, pour une réforme statutaire nécessaire est que tout sujet radical ait son propre symbole et fasse son chemin; c'est un service rendu à la croissance des autonomies des gouvernements et des auto-gouvernements de notre organisation.
Après quoi, laissons nager dans les soupçons ceux qui le veulent: "Ils veulent rester peu nombreux mais riches, cinq cents peut-être, et se partager les milliards du financement public...". La presse a recueilli tout cela, elle a bien fait: journalistiquement ce sont des sujets intéressants. Mais je veux dire aussi que si l'on pense se trouver dans un parti dans lequel les dirigeants vont vers le PR2 ou vers d'autres comportements, eh bien ici ce n'est pas une Eglise; ou bien l'on jette dehors ces dirigeants, ou bien l'on va fonder ailleurs la vraie Eglise radicale, le vrai Parti: on ne peut pas vivre pendant des années tous ensemble en s'insultant et en ne faisant pas partie des "commandos de choc", mais toujours prêts à taper dessus; prêts s'il y a les deux tiers ou les trois tiers, ou s'il y a la presse qui peut passer quelque chose... vivre dans une organisation, je ne dis pas de terroristes, mais de Passeurs... de brigands de montagne qui attendent que l'autocar arrive pour l'attaquer...
Je crois donc que le problème du Statut est un problème duquel nous devons continuer de discuter. Mais ceux qui croient que l'alternative réside entre le fait que certains ont le sale dessein de se réduire à un petit nombre pour avoir davantage de butin politique et financier, et d'autres qui au contraire, disent "démocratiquement" que nous devons aller vers le grand parti des vingt ou trente mille adhérents, ceux qui n'ont rien compris au parti, même s'ils arrivent à se comprendre eux-mêmes.
Autre question, posée par le camarade D'Ambrosio: aucun problème, aucune fermeture de notre Parti! Nous devons par contre insister sur les doubles cartes, les triples cartes, les quadruples; ce qui ne nous a jamais enlevé la capacité d'être efficaces et ponctuels: le parti de l'alternative est celui qui est constamment ouvert à la possibilité d'organiser tous les autres communistes, tous les autres socialistes; et je dis bien non pas tous les communistes et socialistes mais tous les autres communistes, socialistes et démocrates dans la structure radicale, au moment où, dans cette structure on est en train de livrer une bataille qui les exprime, contre le chantage de l'unité de la gauche faite sous des symboles modérés.
La faim dans le monde: un alibi?
Enfin, étant donné que l'on a fait quelques allusions sur les problèmes de la faim, et bien que personnellement je n'en ai pas beaucoup parlé, je dois dire que je suis parfaitement d'accord avec l'esprit et l'intelligence qui animent notre camarade Radiconcini qui est, me semble-t-il, une autre façon de proposer - la même façon de proposer - la question et l'explication base que Giovanni Negri a exposées lors de son intervention.
La distance entre la notion que chacun de nous a de lui-même - qu'il mange, boit, fait ses besoins, fait d'autres choses - et le fait d'être des centaines ou des milliers de personnes à vouloir sauver des millions et des millions de personnes de la mort et créer un ordre mondial nouveau: c'est-là le motif de crise constante pour bon nombre d'entre nous, car au moment-même où nous mangeons, buvons, aimons, vivons notre singularité, notre individualité et notre étroitesse d'esprit, nos difficultés existentielles - difficultés concrètes - nous paraissent infiniment plus réelles; mais ces difficultés existentielles sont de croire vraiment que si un soir nous vivons deux heures d'une façon plutôt que d'une autre, il y aura peut-être cent mille personnes en plus ou en moins qui seront sauvées.
C'est le mystère non-mystère de la politique et de la politique démocratique; c'est la multiplication esponentielle, à travers les rencontres de cinq cent, mille, ou dix millions de personnes, d'une idée qui existe déjà - matériellement - dans les circuits prédisposés de l'existence de la grande majorité des gens: il s'agit de faire excercer la liberté, dans le sens du choix entre les différents conditionnements génétiques - les différents codes - que nous avons en nous, c'est cela la liberté.
Alors, lorsque Giovanni disait hier que le problème réside dans la distance, non seulement entre notre existence, mais entre notre conscience, et - non plus l'"aspiration" ou l'intuition - mais l'"idée d'un projet" qui est la "moralité" nécessaire de la politique, le choix d'un objectif, et donc le fait de dire "Moi, je bats l'Eglise en Italie" ou "Moi je fais, je réalise ce qui était le rêve de Trotzky ou d'autres, de la révolution permanente ou de ses conséquences", "Moi qui n'arrive pas à faire un geste ou dire un mot..." C'est alors que vient la tentation, non pas du cinéma en tant que culture mais cinéma, télévision de consommation: peut-être même d'une vie de consommation, dans la vie personnelle, individuelle, non pas d'amour et d'activités communes.
C'est un fait politique. Et ces faits politiques, évidemment, partent en fumée... car il est évident que cette concentration d'esérance n'a rien à voir avec ceux qui ont l'habileté et la prétention, par exemple, de soumettre quatorze heures durant un congrès de parti, notre 23ème congrès, à voter apparemment contre le Concordat, contre l'antimilitarisme! Certains d'entre vous se souviennent certainement de la scène apparemment monstrueuse de notre 20ème congrès qui votait le Préambule et qui, dix heures durant, votait avec des majorités contre la proposition Ramadori sur le Concordat, sur l'antimilitarisme, sur les handicapés, sur les retraités, sur les jeunes, sur les marginaux, sur les émigrés, sur les lanceurs de merde, sur le radical de base; et le parti votait contre, au nom de toutes ces choses, comme l'on démontré ces douze derniers mois.
C'est cette linéarité que nous devons atteindre. Et alors, chers camarades, sur la faim dans le monde je ne puis que me souvenir de ce que Jean Fabre vous a déjà dit: nous nous sommes engagés, à travers notre Statut et la motion de novembre, à multiplier les sujets radicaux, et à approfondir également les méthodes politiques. Comment l'avons-nous fait? Avec un petit, tout petit pas en avant: qui nous fait peur.
Personnellement - personne ne le croit et Giovanni non plus - depuis six mois, j'ai peur, et depuis le mois de mars je dois remercier - Jean et moi devons remercier - Giovanni qui nous a obligés à ne pas répéter l'erreur commise à plusieurs reprises - lui-même a fait son autocritique à propos, par exemple, du jeûne sur les postes, les facteurs et autres - de jeûner surtout contre lui-même, pour exiger de lui-même et contre ses propre camarades, pour leur rappeler le caractère concret d'une action; en nous faisant sauter cette étape et en nous obligeant à ne pas commencer notre jeûne le 15 avril, comme Jean et moi le croyions nécessaire, sous plusieurs aspects, Jean me disant en décembre: "Cette fois-ci on ne peut pas avoir de progression intérieure et extérieure non-linéaire". Jean qui, au cours de ces dernières semaines a réussi à apporter ponctuellement, chaque jour, une pierre dans la construction de cet édifice solide de la vie et pour la vie.
Nous avons fait un petit pas en avant. Et comme tout le Parti était tombé d'accord sur cinq mille milliards à demander au gouvernement pour la lutte contre la faim, nous avons provoqué une crise... Entre autre, on nous a accusés de passer du côté des Fanfani, des Craxi, des Forlani - vous vous souvenez? - parce que nous avions dit que tout gouvernement, quel qu'il fût, qui aurait destiné cinq mille milliards au salut de millions de personnes, aurait, pour un jour, bénéficié de la reconnaissance de notre Parti, car ce geste était communiste, chrétien et radical. Pour recommencer, le lendemain, nos véritables oppositions, revendiquer à la politique, sa moralité de gouvernement de la vie et de la mort, et reconnaître qu'il est possible de...
Mais comment croyez-vous que Staline, Hitler, Mussolini, De Gaulle puissent gouverner dans l'Histoire sinon parce que l'on dit que le sage pèche sept fois par jour et que le fou a raison sept fois par jour? Je crois que l'on peut, pendant trente ou quarante ans - comme le fascisme, le nazisme, le stalinisme - unir des populations entières, sans proposer des choses qui ont une base positive, ou sans que ces choses correspondent parfaitement au sens commun (pas au bon sens) des gens... Bien sûr, je n'aurais jamais appellé un Mussolini archange de la Paix - comme tout l'Occident le fit à Munich en 1938, décrétant que celui-ci avait sauvé - dixit Chamberlain, Daladier, la presse américaine, la Société des Nations - avait sauvé l'Europe, la paix en Europe - mais j'aurais peut-être reconnu que pour des motifs tactiques ou par incertitude, typique d'un vil dictateur, Mussolini avait servit peut-être, à ce moment-là, à empêcher que la guerre n'éclate, irrémédiablement, et j'aurais dû dire merci pour cela.
Alors, camarades, nous avons fait un pas en avant: "cinq mille milliards"; en expliquant que nous voulions cinq mille milliards confiés non pas à la structure italienne mais à une Organisation internationale opérationnelle. Et je me disais alors: "j'avais raison de dire en 1979, qu'il fallait sauver des millions de personnes; l'argent, les céréales, le changement de politique doit servir à cela, il faut assurer leur bon cheminement". Puis nous quantifierons l'argent, nous trouverons les "comment" sur lesquels, je l'avoue, nous sommes accablés par le fait de savoir (je crois que nous savons tout ce que savent les Organisations internationales sur les gaspillages, les risques des aides alimentaires et tutti quanti) qui paralyse la conscience, et nous relègue au dessein parfait de la mort, de l'inertie. Eh bien, nous nous sommes donnés cet objectif, plus limité par rapport aux quarante millions de personnes. Chers Camarades, c'est une question de méthode, non pas quarante millions, mais, disons, quatre mil
lions.
Nous l'avons fait pour nous. Quelques camarades pourraient dire que l'objectif est "quatre millions"; mais cela voudrait dire qu'ils ne croient pas au caractère concret de notre projet de faire une "grande bataille" pour sauver les gens de la faim"; car il est normal de penser que si nous demandons cinq mille milliards... puisque la Commission Carter - et les parlementaires radicaux le savent, parce qu'ils sont tous intervenus, ils ont tous souffert intensément - la Commission Carter disait - comme l'ont dit Spadaccia, Stanzani et bien d'autres à la Chambre et au Sénat - qu'il suffisait de douze milliards de dollars pour acheter les céréales nécessaires pour sauver les gens de la faim... Evidemment ça n'est pas notre version et c'est pourquoi nous sommes arrivés à proposer un point de raccordement...
J'en parle maintenant contre ceux qui ont cru pouvoir dire que "nous faisons un pas en avant", ou ceux qui disent que "nous devons parler de faim dans le monde car, contrairement à eux, en politique intérieure, nous ne savons que dire des bêtises". En effet, nous devons le reconnaître, il y a des dizaines de millions d'italiens qui ne votent pas pour nous, et un, deux ou trois millions d'italiens qui votent pour nous, qui sont d'accord avec les choses que nous disons - lorsqu'on leur permet de nous entendre - mais ces derniers sont probablement des imbéciles, qui votent pour nos stupidités, étant donné que le stalinisme du parti ne nous permet pas de nous présenter aux élections avec les paroles élues et corrigées des Ercolessi et des Ramadori qui élèveraient probablement à dix millions notre électorat.
Mais nous devons reconnaître que ces nombres de un, deux ou trois millions d'électeurs (avec notre prestige ou notre scandale) sont certainement dûs à nos stupidités quotidiennes, et je crois que l'histoire des quatre-vingt-dix-neuf pour cent des personnes qui se trouvent ici est l'histoire de ceux qui se reconnaissent dans les paroles stupides de la politique radicale et non pas dans les paroles intelligentes qu'ils ne connaissaient pas...
Sur la faim dans le monde, chers camarades, la seule chose qui doit-être claire est la suivante: le jeu de passe-passe n'a pas droit de cité, le "centre", la "périphérie", les "autonomies"; "hic est Rhodus..."; pour la faim dans le monde, on travaille à Milan, on travaille à Rome, à Bruxelles et ailleurs; il y a le groupe parlementaire; il y a un groupe, pas encore fédéré, comme le nôtre, on le fédérera peut-être.
Encore une fois, vous voyez qu'il est difficile d'insister, mais c'est vous qui êtes les héritiers de "Il Mondo". Ces camarades dont l'élégance excessive enlève parfois la moralité... Vous vous souvenez de "Il Manifesto": presque une épine dans le flanc... et maintenant l'article d'aujourd'hui de Michelangelo Notarianni, de ce camarade (que nous remercions, non pas parce qu'il nous est favorable, mais pour l'intelligence et donc de l'amour dont il se montre capable, intelligence critique) qui dit que la philosophie radicale... qui n'existe peut-être pas, ne nous permet pas d'espérer; ce qui nous permet d'espérer c'est cette initiative sur la faim, mais en tant que fait politique "pour tous"; et que ce n'est pas le problème de l'insigne de l'association FUORI avec lequelle nous devons nous parer... Ce groupe radical qui laisse tomber les handicapés, les homosexuels et tout le reste "notre épuisement...". Le problème est tout simplement de se rappeler qu'il faut être "anormaux" mais qu'il ne faut pas voul
oir constituer de petites loges corporatives, qui servent la normalité de tel ou tel autre petit groupe de normaux dans l'anormalité: cela est tout au plus notre problème.
Je crois, chers camarades, que sur le Statut, sur la stratégie, sur la politique, dans l'humilité nécessaire en démocratie - à cause de laquelle nous sommes en crise, en crise d'abandon: "Mais il vaut mieux tirer un coup, boire un coup, se faire un joint, je n'en peux plus, ça suffit", et ainsi ne pas faire l'amour... attention, le délit n'est pas de ne pas faire de politique, mais à ce moment-là on gaspille l'amour, la croissance, les données personnelles et politiques, la culture, le cinéma, le tabac...
Vaincre avant tout au dedans de nous-mêmes
Nous devons alors avoir un statut dans lequel nous devons avant tout vaincre au dedans de chacun de nous, et ensuite au sein de notre organisation, tout le mal, tout ce qui est différent, tout ce qui est pareil et qui viendra après, de l'extérieur. Je suis convaincu de cela; que lorsque, chers camarades, nous avons raison de nos scepticismes et de nos misères, lorsque nous nous réunissons tous ensemble, alors l'histoire du Parti radical qui vainc et convainc, ne peut pas continuer, parce que l'ennemi est en nous-mêmes, et grâce à notre statut libertaire, il est avant tout dans nos comportements et parmi nous, et non pas en tel ou tel autre: "il est en nous, parmi nous".
Il y a ensuite ceux qui peuvent choisir de s'investir d'un certain rôle, par commodité et par intérêt; ceux-là aussi font légitimement parti de notre groupe; mais justement, de ce point de vue-là nous sommes tous pareils, les démons sont au-dedans de chacun - les démons qui nous sont catapultés par le temps, par la société, par le monde, par la culture, par l'histoire que nous vivons et par les histoires que nous vivons - et par conséquent, si nous parvenons à poursuivre dans notre élan, malgré les embuscades, les tentations d'embuscades...
Chers camarades, voilà pourquoi au terme de cette réplique - et aussi de ce Congrès - j'ai le devoir de ne plus intervenir. Je faciliterai peut-être ainsi les tentations d'embuscades...
(interruption)
En annonçant cela, je souhaite que quelqu'un d'autre - Giovanni Negri, le Secrétaire du Parti, ou l'un d'entre-vous, exprime d'autres idées; en ce qui me concerne, je pense avoir donné ma contribution. Et, dans la perspective des luttes qui nous attendent, belles mais dramatiques - j'espère ne pas avoir à lutter contre quelqu'un "dans le parti". Je refuse de le faire. Demain je continuerai de faire mon métier de radical.