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Luther King Martin - 1 maggio 1988
REVOLUTION NON-VIOLENTE
de Martin Luther King

(in "Révolution non-violente" - traduction de Odile Pidoux - Payot

Paris - 1966)

SOMMAIRE: L'auteur explique pourquoi la tension crée par des initiatives non-violentes est une tension constructive qui porte au dialogue. Il parle du racisme en général, ainsi qu'en termes plus précises, c'est-à-dire des problèmes des Noirs aux Etats-Unis. En plus il attaque les Blancs libéraux, qui préfèrent l'ordre à la justice et il dit qu'il faut comprendre que le rôle de la loi et de l'ordre est de faire régner la justice. Les actions menées par les Noirs Américains sont la manifestation de leurs frustrations, mais aussi d'une prise de conscience du fait qu'il faut obliger l'adversaire à négocier.

(Nouvelles Radicales N.2 - mai 1988)

"Mais", direz-vous, "pourquoi l'action directe ? Pourquoi les occupations de comptoirs, pourquoi les marches, etc...? N'aurait-il pas mieux valu s'en tenir à la méthode des négociations?" Vous avez raison, et la négociation est le but même de l'action directe. Nous cherchons à créer un état de crise en entretenant une tension suffisante pour obliger à négocier un groupe qui s'y est toujours refusé. Nous portons le problème à un degré tellement dramatique qu'on ne peut plus faire semblant de l'ignorer. En disant qu'une part du travail du résistant non-violent consiste à créer un état de tension, il se peut que je vous choque. Mais je dois avouer que le mot "tension" ne me fait pas peur. Je suis un farouche adversaire de toute tension née de la violence, mais il existe une sorte de tension non-violente constructive et qui doit s'accroître. Socrate disait qu'il fallait créer une tension de l'esprit afin que les individus dégagés de l'entrave des mythes et des semi-vérités parviennent enfin au libre royaume de l

'analyse créatrice et de l'appréciation objective. Nous aussi nous devons, par des moyens non-violents, créer dans la société la tension qui aidera les hommes à sortir des profondes ténèbres du préjugé racial, pour atteindre les cimes augustes de la compréhension fraternelle.

Notre programme d'action directe veut créer un état de crise dans le seul but d'ouvrir la porte aux négociations. C'est pourquoi je suis d'accord avec vous quand vous les réclamez. Il y a trop longtemps que notre Sud bien-aimé s'est embourbé tragiquement en choisissant le monologue au lieu du dialogue(...)

Notre douloureuse expérience nous a montré que l'oppresseur n'offre jamais de son propre chef la liberté à ceux qu'il opprime. Les opprimés sont obligés de la réclamer. Franchement,

fallait-il que ma campagne d'action directe parût "opportune" à ceux qui n'ont jamais souffert à l'excès de la ségrégation ? Depuis des années j'entends dire "Attendez!" et ce mot a pris pour une oreille noire une familiarité lancinante. Ce fameux "Attendez" a presque toujours été synonyme de "Jamais". Et nous en arrivons, comme le dit l'un de nos distingués juristes, à la conclusion que "trop tarder à rendre la justice, c'est la refuser".

Il y a plus de trois cent quarante ans que nous attendons de pouvoir jouir de nos droits constitutionnels et des simples droits humains que Dieu nous a donnés. L'Afrique et l'Asie acquièrent à une vitesse vertigineuse leur indépendance politique, tandis que nous en sommes encore - pauvres tortues - à gagner le droit de prendre une tasse de café au comptoir d'un snack. Pour ceux qui n'ont jamais ressenti les traits cinglants de la ségrégation, il est peut-être aisé de dire: "Attendez!" Mais si vous voyiez la populace haineuse lyncher vos père et mère et noyer vos frères et soeurs au gré de sa fantaisie; si vous voyiez d'affreux policiers, l'injure à la bouche, rouer de coups et parfois même tuer vos semblables; si vous voyiez l'immense majorité de vos vingt millions de frères noirs écrasés de misère au coeur d'une société opulente; si soudain les mots vous manquaient et que vous vous mettiez à bégayer en essayant d'expliquer à votre petite fille de six ans pourquoi elle ne peut pas aller au nouveau parc d'att

ractions sur lequel la télévision vient de faire un reportage; et si vous voyiez ses yeux se remplir de larmes quand vous lui expliquez que Funtown (Parc d'attraction réservé aux enfants ndlt) est interdit aux petits enfants de couleur, si vous voyiez les inquiétants symptômes du complexe d'infériorité envahir son esprit enfantin et sa petite personnalité s'altérer sous l'effet d'une rancoeur inconsciente à l'égard des blancs; s'il vous fallait trouver une réponse à la question de votre petit garçon de cinq ans qui vous demande : "Papa, pourquoi les blancs sont-ils si méchants avec les gens de couleur?"; s'il vous fallait, en voyage, dormir nuit après nuit sur les sièges inconfortables de votre voiture parce que vous savez qu'aucun motel ne vous acceptera; si vous deviez subir jour et nuit, la vue pénible des écriteaux où s'inscrivent les mot: "Blancs" ou "Gens de couleur"; si, quels que soient vos noms, prénoms ou âge, on ne vous appelait jamais que "nègre", "mon vieux", ou "John" et si on ne faisait jamais

précéder le nom de votre femme ou de votre mère de l'appellation courtoise de "Madame ..."; si vous étiez harcelé toute la journée et hanté toute la nuit par le fait que vous êtes un Noir, constamment sur le qui-vive et incertain de ce qui l'attend; si la peur et la rancune vous habitaient et s'il vous fallait soutenir un incessant combat contre un sentiment dégradant de "nullitude"; alors, oui, alors vous comprendriez pourquoi nous ne pouvons plus attendre. Il vient un moment où la coupe déborde et où l'homme refuse de se laisser noyer dans les abysses du désespoir. J'espère, Messieurs, que vous comprendrez ce qu'il y a de légitime et d'inévitable dans notre impatience.

Vous paraissez particulièrement inquiets de notre volonté d'enfreindre les lois. Votre souci est parfaitement légitime. Que nous, défenseurs si vigilants de l'application de la Loi de la Cour Suprême de 1954 interdisant la ségrégation dans les écoles publiques, nous ayons maintenant la volonté consciente d'enfreindre les lois, cela peut paraître à première vue assez paradoxal. On nous dit: "Comment pouvez-vous concilier l'infraction à certaines lois et l'obéissance à d'autres?" A cela je répondrai qu'il y a deux sortes de lois: les justes et les injustes. Je suis le premier à préconiser l'obéissance aux lois justes. C'est une responsabilité morale aussi bien que légale. Or, cette même responsabilité morale nous commande inversement de désobéir aux lois injustes. Et, comme Saint Augustin, je pense "qu'une loi injuste n'est pas la loi". (...)

Il arrive parfois qu'une même loi, selon la façon dont elle est appliquée, soit à la fois juste et injuste. Ainsi, j'ai été arrêté sous l'inculpation de "manifestation non-autorisée". Or il n'y a rien d'anormal à exiger une autorisation légale pour toute manifestation. Mais cette même loi devient injuste si on l'invoque dans le but de maintenir la ségrégation et de refuser aux citoyens américains le droit de réunion et de protestation que leur reconnaît le Premier Amendement.

J'espère que vous comprenez la distinction que j'essaie d'établir ici. Je n'encourage personne à tourner la loi ou à la mépriser, à l'exemple de ce que font les ségrégationnistes enragés. Quiconque enfreint une loi injuste en son âme et conscience et qui se soumet de plein gré à la peine de prison afin d'en démontrer l'injustice à ses concitoyens, exprime en agissant ainsi son très grand respect pour la loi. (...)

Frères chrétiens et juifs, je vous dois deux honnêtes confessions. Tout d'abord, je dois confesser qu'au cours de ces dernières années, j'ai été gravement déçu par les Blancs de tendance libérale. J'en arrive presque à la regrettable conclusion que le plus rude obstacle à la liberté des Noirs n'est pas le White Citizen Counciler, ni le membre du Ku Klux Klan, mais bien le Blanc libéral, qui préfère l'ordre à la justice, une paix négative - parce qu'il n'y a pas de tension - à une paix positive où règne la justice; qui ne cesse de répéter: "Je comprends votre but, mais je ne peux pas admettre vos méthodes d'action directe"; qui, avec une bienveillance paternaliste, se croit capable d'établir l'horaire de l'accession à la liberté des autres; qui croit au mythe du temps et ne cesse de conseiller aux Noirs d'attendre un "moment plus favorable". La compréhension superficielle des gens de bonne volonté est plus décevante que la totale incompréhension des adversaires. L'acceptation tiède est plus déconcertante que

le refus absolu.

J'espérais des libéraux blancs qu'ils comprendraient que le rôle de la loi et de l'ordre est de faire régner la justice, faute de quoi ils se transforment en un dangereux barrage, bien fait pour obstruer le flot du progrès social. J'espérais que les libéraux sauraient voir dans la tension actuelle du Sud une phase nécessaire du passage de l'illusoire ordre public où le Noir subissait passivement son injuste condition, à l'ordre public véritable où tous reconnaîtraient la dignité et la valeur de la personne humaine. En fait, cet état de tension n'est pas né de notre révolution non-violente. Nous n'avons fait que rendre perceptible un état latent depuis longtemps. Cette tension autrefois cachée est maintenant, grâce à nous, sensible à tous et chacun s'en préoccupe. Pour soigner un abcès: pour y remédier, il faut l'exposer à la lumière de la conscience humaine et à l'air de l'opinion nationale, sans craindre la tension qui en résulte.

Vous affirmez que nos actes sont condamnables parce que, si pacifiques soient-ils, ils provoquent la violence. Est-ce logique? Condamneriez-vous un homme volé pour la simple raison qu'en possédant de l'argent il attirait les voleurs? Auriez-vous condamné Socrate parce que son amour de la vérité et ses recherches philosophiques furent cause qu'une populace ignare le condamna à boire la ciguë? Faudrait-il condamner Jésus parce que, Fils de Dieu et totalement soumis à Sa volonté, il a par là-même incité les Juifs à le crucifier? Les tribunaux fédéraux l'ont constamment affirmé: on n'a pas le droit de contraindre un individu à renoncer à obtenir ses droits fondamentaux, sous prétexte que ses démarches pourraient entraîner la violence. Le rôle de la Société est de protéger celui qui est volé et de punir les voleurs.

J'espérais aussi que les libéraux blancs renonceraient à cette idée quasi mythique que toute chose vient en son temps, même quand il s'agit de la liberté. Je viens de recevoir une lettre d'un frère blanc du Texas. Voici ce qu'il écrit : "Tous les chrétiens savent qu'en définitive les gens de couleur obtiendront l'égalité des droits, mais peut-être votre ferveur religieuse vous entraîne-t-elle à trop d'impatience. Le Christianisme a mis presque deux mille ans à mener à bien sa tâche. Les enseignements du Christ mettent du temps à porter leur fruit". Cette attitude provient d'un tragique malentendu à propos du temps: je veux parler de cette notion assez étrange et irrationnelle selon laquelle le temps qui passe guérit à coup sûr tous les maux. En réalité, le temps est neutre: il peut détruire ou construire selon l'usage qu'on en fait. (...)

Les opprimés ne peuvent le rester éternellement. Le désir de liberté se manifeste un jour, c'est ce qui arrive au Noir américain. En lui s'est réveillée la conscience de son droit naturel à la liberté; et il a vu qu'on pouvait l'obtenir. Consciemment ou non, il a subi l'influence de l'"Esprit du Siècle" et, à la suite de ses frères noirs d'Afrique et de ses frères d'Asie, d'Amérique du Sud et des Caraïbes, le Noir américain a compris qu'il devait, d'urgence, se mettre en marche vers la Terre Promise de la justice raciale. Si on prend conscience de cette impulsion vitale de la communauté noire, on comprend du même coup le pourquoi des démonstrations publiques. Les Noirs doivent se libérer des ressentiments si longtemps contenus et de leur sentiment latent de frustration. Ainsi donc, laissez-les entreprendre des marches, des rassemblements de prière devant les hôtels de ville, de grandes manifestations pour la liberté, et tâchez de comprendre pourquoi il faut qu'ils agissent de la sorte. S'ils ne peuvent se li

bérer par des moyens non-violents, de toutes les émotions qu'ils ont refoulées, ils essayeront la violence comme moyen d'expression. Ce n'est pas là une menace, c'est un fait historique. C'est pourquoi je n'ai pas dit à mon peuple: "Soulagez vos rancoeurs!" J'ai essayé de lui faire comprendre que son grief, parfaitement normal et sain, pouvait être canalisé grâce à la non-violence, et devenir ainsi une force constructive. Et voici qu'on qualifie d'extrémiste cette démarche!

Ainsi, malgré ma déception première d'avoir été catalogué comme extrémiste, j'ai fini, en y réfléchissant, par en être flatté. Ces paroles de Jésus ne sont-elles pas d'un extrémiste de l'amour: "Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous outragent et qui vous persécutent".

(...) On néglige souvent un certain aspect de la lutte en faveur des droits civiques, je veux parler de sa contribution à l'ensemble de la société. En gagnant ses droits, le Noir procure de substantiels bénéfices à la nation. Comparable à un chirurgien qui réopère une plaie où s'est logée l'infection, la révolution en faveur des droits humains incise dans la vie américaine des abcès où la guérison pourra intervenir. Le mouvement en faveur des droits civiques aura même fait plus pour la nation que de déraciner l'injustice raciale. Il aura élargi le concept de fraternité pour en faire une réalité authentique dans le domaine des relations humaines. Alors l'affirmation du Chanoine John Donne: "Aucun homme n'est une île", trouvera sa véritable application sur le sol des Etats-Unis.

Si l'on mesure tout ce qu'implique cette révolution en faveur des droits civiques, on en arrivera peut-être à la constatation que le domaine où il a eu le plus d'influence est le domaine de la paix mondiale. Le concept de la non-violence s'est répandu sur une grande échelle aux Etats-Unis, comme un instrument de progrès dans le domaine des relations raciales. Or, seul un nombre réduit de ceux qui ont mis en pratique l'action directe non-violente s'est converti à sa philosophie. La masse l'a utilisée de façon pragmatique, en tant qu'arme tactique, sans être prête encore à la vivre vraiment.

Pourtant, de plus en plus de gens considèrent maintenant cette éthique comme un mode de vie nécessaire dans un monde où la puissance nucléaire prend des proportions terriblement inquiétantes et donne naissance à des armes capables d'anéantir l'humanité tout entière. Les accords politiques n'offrent plus assez de sécurité contre un péril de cette envergure. Nous avons aussi besoin d'une philosophie accessible au peuple et plus forte que la simple résignation devant une mort certaine et soudaine.

Les idéalistes et les anxieux ne sont plus les seuls à se préoccuper de trouver une force capable de faire échec aux puissances destructives. Beaucoup cherchent. Tôt ou tard, les peuples du monde entier devront trouver un moyen de vivre en paix les uns avec les autres, quels que soit leur régime politique.

L'homme a d'abord vécu dans la barbarie, considérant comme une condition de vie normale de tuer son semblable. Puis il a acquis une conscience et maintenant il arrive au temps où il doit considérer la violence envers un autre être humain comme aussi horrible que le cannibalisme.

La non-violence, après avoir été la réponse au besoin des Noirs, peut devenir la réponse aux besoins des désespérés de l'humanité tout entière.

 
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