Radicali.it - sito ufficiale di Radicali Italiani
Notizie Radicali, il giornale telematico di Radicali Italiani
cerca [dal 1999]


i testi dal 1955 al 1998

  RSS
lun 31 mar. 2025
[ cerca in archivio ] ARCHIVIO STORICO RADICALE
Archivio Partito radicale
Dalai Lama - 25 marzo 1989
Tibet: C'est le temps de l'interdépendance
Dalaï-lama

SOMMAIRE: Fin 1988, à Strasbourg, le Dalaï-lama adressait cette intervention au Parlement européen que nous publions intégralement.

(Nouvelles Radicales n· 66 du 25 mars 1989)

Nous vivons aujourd'hui dans un monde totalement interdépendant. Une nation ne peut plus résoudre ses problèmes toute seule. Sans un sens de responsabilité générale, c'est notre survie même qui est en danger. C'est pourquoi j'ai toujours cru à la nécessité d'une meilleure compréhension, d'une plus étroite coopération et d'un plus grand respect entre les diverses nations du monde. Le Parlement européen est un exemple inspirant. Le chaos de la guerre terminé, ceux qui autrefois étaient ennemis ont appris, le temps d'une seule génération, à coexister et à coopérer. Je suis donc particulièrement content de m'adresser à vous qui êtes réunis ici au Parlement européen.

Comme vous le savez, mon pays, le Tibet, est en train de vivre un moment très difficile. Les Tibétains, en particulier ceux qui vivent sous l'occupation chinoise, désirent la liberté, la justice et l'autodétermination pour l'avenir, de façon à pouvoir préserver totalement leur identité particulière et vivre en paix avec leurs voisins.

Pendant plus de mille ans, nous autres Tibétains nous nous sommes inspirés à des valeurs spirituelles et environnementales pour défendre l'équilibre écologique délicat sur la terre où nous vivons. Inspirés par le message bouddhiste de la nonviolence et de la compassion, et protégés par nos montagnes, nous avons décidé de respecter toute forme de vie et de ne pas recourir à la guerre comme instrument de politique nationale.

Notre histoire, vieille de plus de deux mille ans, a toujours été une histoire d'indépendance. Depuis que nous fondâmes notre nation en 127 avant J.C. jamais nous n'avons renoncé à notre indépendance en faveur d'une puissance étrangère. Comme tout autre pays, le Tibet a connu aussi des moments où ses voisins - Mongols, Mandchous, Chinois, Britanniques et Ghorkas du Népal - ont essayé d'exercer leur influence. Mais il s'est agi de courtes périodes que le peuple tibétain n'a jamais accepté, car elles représentaient une perte de la souveraineté nationale. Du reste il a eu aussi des occasions où les Tibétains conquirent de vastes zones de la Chine et d'autres pays limitrophes. Cela ne signifie pas toutefois que nous Tibétains avons le droit de réclamer ces territoires.

En 1949 la République Populaire de Chine envahit le Tibet par la force. Dès ce moment-là le Tibet a vécu la période la plus sombre de son histoire. Plus d'un million de personnes sont mortes à cause de l'occupation. Des milliers de monastères ont été détruits. Une génération a grandi sans éducation, sans possibilités économiques et sans le sens de son identité nationale. Même si actuellement les autorités chinoises ont introduit certaines réformes, elles ont aussi réalisé un transfert massif de population dans le haut-plateau tibétain. Cette politique a désormais réduit les six millions de Tibétains à une minorité. Parlant au nom de tous mes compatriotes, j'ai la douleur de devoir vous informer que notre tragédie continue.

J'ai toujours exhorté mon peuple à ne pas recourir à la violence dans son effort pour sortir de la souffrance. Je crois que chaque peuple a le droit moral de protester pacifiquement contre l'injustice. Malheureusement, au Tibet les manifestations ont été violemment réprimées par la police et par l'armée chinoise. Je continuerai à conseiller la non-violence, mais si la Chine ne cesse pas d'avoir recours aux méthodes brutales utilisées jusqu'ici, les Tibétains ne pourront être considérés comme responsables de la détérioration ultérieure de la situation.

Chaque Tibétain espère et prie pour une restauration complète de notre indépendance nationale. Des milliers de mes compatriotes ont sacrifié leur vie et la nation toute entière a souffert dans cette lutte. Ces derniers mois aussi les Tibétains se sont battus valeureusement pour atteindre cet objectif précieux. Mais les chinois refusent de reconnaître les aspirations du peuple tibétain et continuent à mener une politique de répression brutale. J'ai longtemps réfléchi à une solution réaliste du drame de mon pays. Mon gouvernement et moi-même avons sollicité les avis de beaucoup d'amis et de personnes intéressées. Le résultat fut que le 21 septembre 1987, j'ai présenté à la Commission des Droits de l'Homme du Sénat américain à Washington un "Plan de Paix en 5 Points" pour le Tibet. On y demandait la transformation du Tibet en une zone de paix, un sanctuaire où les hommes et la nature pourraient coexister en harmonie. Je demandai aussi le respect des droits de l'homme et des idéaux démocratiques, la protection d

e l'environnement et la cessation des transferts de population chinoise au Tibet. Le cinquième point du Plan de Paix demandait des pourparlers immédiats entre les Tibétains et les Chinois. Nous avons par conséquent pris l'initiative de formuler certaines propositions qui, nous l'espérons, pourront servir de base pour résoudre les questions du Tibet. Je voudrais profiter de cette occasion pour illustrer à cette Assemblée les points principaux de mes idées à ce propos.

Tout le territoire du Tibet connu comme Cholks-Sum (U-Tsang, Kham et Amdo) devrait devenir une entité politique démocratique s'auto-gouvernant (a self-governing democratic political entity), basée sur le droit en vertu du consensus du peuple (founded on law by agreement of the people) pour le bien commun et la protection de soi-même et de son environnement, en association avec la République Populaire de Chine.

Le gouvernement de la République Populaire de Chine pourrait rester responsable de la politique étrangère du Tibet. Le gouvernement tibétain pourrait toutefois établir et maintenir des relations internationales en ce qui concerne la religion, le commerce, l'éducation, la culture, le tourisme, la science, le sport et d'autres activités non-politiques, grâce à un propre Bureau pour les affaires étrangères. Le Tibet s'associerait à des organisations internationales qui s'occupent de telles activités.

Le gouvernement du Tibet devrait être basé sur une Constitution ou loi fondamentale. La loi fondamentale devrait garantir un système de gouvernement démocratique engagé dans la tentative d'assurer l'égalité économique, la justice sociale et la défense de l'environnement. Cela signifie que le Gouvernement du Tibet aura le droit de décider sur toutes les questions qui concernent le Tibet et les Tibétains.

Puisque la liberté individuelle est la source idéale et le potentiel de développement de toute société, le Gouvernement du Tibet s'engagerait à assurer ces libertés par une adhésion totale à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, y compris ceux de parole, de réunion et de religion. Du moment que la religion est à l'origine de l'identité nationale tibétaine et que ses valeurs constituent l'essence de la riche culture du Tibet, le gouvernement du Tibet aurait tout spécialement comme devoir de préserver et de développer sa pratique.

Le gouvernement devrait être formé d'un Chef de l'Exécutif, élu par le peuple, d'un système législatif bicaméral et d'un système judiciaire indépendant. Son siège devrait être à Lhasa.

Le système social et économique du Tibet refléterait et tiendrait compte notamment de la nécessité de l'élévation du niveau de vie de toute la population. Le gouvernement du Tibet devrait promulguer des lois sévères pour sauvegarder la flore et la faune. L'exploitation des ressources naturelles serait attentivement réglée. La construction, l'expérimentation et le stockage des armes nucléaires et d'autres armements seraient interdits, de même que l'utilisation de l'énergie nucléaire et d'autres technologies qui provoquent des dévastations effrayantes. L'objectif du Gouvernement du Tibet devrait être de transformer le pays en une des plus grandes réserves naturelles de la planète.

Une conférence régionale de paix devrait être convoquée pour garantir que le Tibet devienne un authentique sanctuaire de paix grâce à une démilitarisation totale. Tant que cette conférence ne sera pas réunie et que la démilitarisation ne sera pas atteinte, la Chine pourrait avoir le droit de garder un nombre limité d'installations militaires au Tibet. Cependant celles-ci devraient avoir uniquement des finalités défensives.

Afin de créer ce climat de confiance qui puisse amener des résultats effectifs, le Gouvernement Chinois devrait cesser de violer les droits de l'homme au Tibet et renoncer à la politique de transfert de population chinoise.

Telles sont les intentions que nous avons à l'esprit. Je suis conscient que certains Tibétains les considéreront trop modérées. Il y aura surement dans les mois à venir des discussions au sein de notre communauté, aussi bien au Tibet qu'en exil. Cela représente toutefois une partie essentielle et importante de tout processus de changement. Je considère que ces propositions représentent la façon la plus réaliste pour rétablir l'identité ethnico-culturelle particulière du Tibet et des droits fondamentaux de son peuple, compte tenu aussi des intérêts de la Chine. Je voudrais de toute façon souligner que, quelle que puisse être la réussite des négociations avec la Chine, la dernière décision définitive à ce propos appartiendra au peuple tibétain. Par conséquent, chaque proposition devra prévoir un plan de procédure à même de vérifier la volonté du peuple tibétain grâce à un référendum national.

Je voudrais profiter de cette occasion pour affirmer que je ne désire pas avoir aucune partie active dans le Gouvernement du Tibet. Néanmoins je continuerai à travailler le mieux possible pour le bien-être et le bonheur du peuple tibétain tant que ce sera nécessaire. Nous sommes prêts à présenter au Gouvernement de la République Populaire de Chine une proposition basée sur les considérations que je vous ai illustrées. Dans ce but une délégation de négociateurs a déjà été sélectionnée pour représenter le Gouvernement Tibétain. Nous sommes prêts à rencontrer les Chinois pour discuter les détails de chaque proposition qui permette d'atteindre une solution équitable. Nous sommes encouragés par le vif intérêt qu'un nombre croissant de Gouvernements et de personnalités politiques, y compris l'ancien Président des Etats-Unis Jimmy Carter, ont manifesté pour notre condition. Nous sommes aussi encouragés par les récents changements qui ont eu lieu en Chine, et qui ont exprimé un nouveau groupe dirigeant plus pragmati

que et libéral.

Nous demandons au Gouvernement Chinois et à ses autorités de prendre sérieusement en considération les propositions que j'ai exprimé. Seuls le dialogue et la volonté de considérer honnêtement et clairement la réalité du Tibet peuvent amener à une solution possible. Nous voulons entamer des pourparlers avec le Gouvernement chinois, en tenant compte des intérêts de l'humanité toute entière. Nos propositions seront faites par conséquent dans un esprit de conciliation et espérons que les Chinois répondront en conséquence. L'histoire particulière de mon pays et son profond héritage spirituel le rendent idéalement apte à jouer le rôle de sanctuaire de paix au coeur de l'Asie. Sa fonction historique d'Etat tampon peut être rétablie. La paix et la sécurité de l'Asie et du monde entier peuvent être rétablies. Dans l'avenir, le Tibet ne devra plus être un territoire occupé, opprimé par la force, improductif et anéanti par la souffrance. Il peut devenir par contre un pays libre où les hommes puissent vivre en harmonie

et en équilibre avec la nature, un exemple créatif pour le relâchement des tensions qui affligent beaucoup de régions du monde. Les autorités chinoises doivent se convaincre qu'une domination de type colonial dans les territoires occupés est aujourd'hui anachronique. Une union sincère ou une association peut naître uniquement d'une volonté commune en présence de bénéfices réciproques qui peuvent satisfaire toutes les parties intéressées. A ce propos la communauté européenne est un exemple très clair. En revanche un pays en particulier ou une communauté peuvent se diviser en deux parties lorsque manque la confiance, lorsque les avantages ne sont pas répartis équitablement et lorsqu'on utilise la force comme principal moyen de gouvernement. Je voudrais terminer en adressant un appel aux députés du Parlement européen et, à travers eux, à leurs électeurs pour qu'ils soutiennent nos efforts. Une solution du problème tibétain dans le cadre que nous proposons ne sera pas uniquement dans l'intérêt réciproque des peu

ples tibétains et chinois, mais pourra contribuer aussi à la paix et à la stabilité de l'Asie et du monde.

Je vous remercie de m'avoir offert l'occasion d'exprimer ma pensée.

 
Argomenti correlati:
stampa questo documento invia questa pagina per mail