Paolo VigevanoSOMMAIRE: La glasnost est proclamée en U.R.S.S.. La démocratie doit être une maison de verre, soutient la culture politique libérale. Pour le Parti radical, la transparence, avant tout financière, n'est pas un espoir pour le futur, mais un engagement constant, la condition même de son existence. Il n'aurait jamais été possible, en effet, de concevoir et de pratiquer la diversité radicale avec les conditionnements financiers de telle ou telle lobby économique ou politique. L'autofinancement rigoureux des activités radicales de la part des inscrits est donc une nécessité politique, avant que d'être un impératif moral. La carte d'inscription radicale est chère, très chère parce que la politique radicale vaut et vaut cher. Mais cela ne suffit pas. Le projet transnational semble avoir des coûts prohibitifs: seulement pour parler, écrire, communiquer en huit langues, des ressources qu'aujourd'hui nous n'avons pas sont nécessaires. Nous devons nous mesurer avec une alternative précise qui ne permet pas de raccourci
s: trouver des milliers d'inscrits-actionnaires nécessaires pour financer l'entreprise radicale ou nous résigner à devenir impuissants.
("Numéro unique" pour le 35· Congres du Parti Radical - Budapest 22-26 avril 1989 - édition en anglais, en hongrois et en serbo-croate)
Au mois d'août 1986, sur les plages d'Italie, sous les parasols, dans les campings, on n'entendait pas les habituelles chansonnettes relaxantes de vacances débitées par les radios des vacanciers; il en débordait, au contraire, un fleuve violent d'insultes, de déclarations d'amour et de haine, de poésie et de jurons.
Une radio privée transmettait, sans interruption et en direct les pensées et le plus souvent les débordements d'obscénités de milliers de personnes à qui avait été offerte la possibilité de parler avec la plus absolue liberté. Vingt quatre heures sur vingt quatre, cet incroyable spectacle a bouleversé les jours et les nuits de millions d'italiens qui retrouvaient, dans ce torrent de paroles un visage de l'Italie qu'ils auraient voulu repousser, mais dont ils étaient fascinés car il révélait le niveau réel de violence de notre société, dont nous faisons tous partie.
C'était Radio Radicale, la radio du Parti radical, la radio la plus austère, une radio pour spécialistes et écoutée par les opérateurs de la politique et par le monde du journalisme. C'était la radio qui transmet en direct et en version intégrale les séances du Parlement italien, les congrès de tous les partis politiques, les plus grands procès... A cause des difficultés économiques où elle se trouve, avant d'être obligée à une fermeture irrévocable, elle avait, en effet, suspendu les programmes et invité les auditeurs à intervenir sur le sujet de sa crise financière.
Avec le même critère d'intégralité de l'information qu'elle avait jusqu'ici appliqué à la vie politique italienne, elle recueillait et transmettait, sans coupures, ni censures les voix des personnes qui appellaient à ses numéros de téléphone. En un crescendo imprévu, des milliers d'inconnus saisirent l'occasion pour se libérer de leurs propres phantasmes et pour donner libre cours à leurs propres frustrations.
La police interrompit l'émission, mais Radio Radicale fut sauvée. Les plus grandes personnalités de la culture et de la politique se mobilisèrent, en effet, pour empêcher que soit fermée une radio capable de mettre en lumière de la façon la plus impressionnante et inquiétante les frustrations profondes d'une société. Une radio qui, au bout du compte, faisait de la véritable information, qui ne manipulait pas la réalité.
Cet événement qui remplit les premières pages des journaux italiens et dont se sont occupés les principaux systèmes d'information européens et extra-européens est un des épisodes de la réalité quotidienne du Parti radical qui, à la différence de tous les autres partis, n'a jamais voulu que son existence, ses choix fussent conditionnés par les financements publics et par les revenus dérivant de positions de pouvoir ou de sous-gouvernement. Il a, au contraire, toujours parié sur l'intelligence et la générosité des petites gens, il a toujours trouvé la conviction nécessaire pour demander, même au retraité le plus pauvre, de se priver du nécessaire, et non du superflu.
Un parti qui a su défendre sa pauvreté et sa mendicité; qui dans le cours de son existence n'a jamais été mêlé à cette pratique de la corruption et à ce marché de tangentes qui corrompt la vie politique dans le monde entier. C'est ce qui a été un élément de force et de liberté qui a permis au Parti radical de dénoncer les scandales les plus graves de la vie politique. Dans les moments les plus difficiles de son existence, il n'a pas pris de raccourcis, n'a pas accepté de compromis mais a mis publiquement en jeu sa propre existence: le choisir ou le dissoudre.
C'est avec cette dramatique alternative qu'il s'est adressé à l'opinion publique en 1987 confiant aux gens la responsabilité de décider de la fermeture ou du relancement des espoirs du Parti radical. Avec trois mille inscrits seulement, en majorité italiens, il ne pouvait se faire d'illusions, ni donner l'illusion d'engager les grands défis de notre temps: la guerre à l'extermination par la faim, aux totalitarismes politiques, au trafic clandestin de la drogue. Doublant la censure des moyens d'information de masse, il a réussi à le communiquer à beaucoup de monde et une fois encore, le miracle s'est produit: en cinq mois, la récolte fut de dix mille inscriptions.
Il ne s'est pas seulement agi d'une lutte pour sa propre survie mais d'une action de moralisation et une proposition qui était adressée à toutes les forces politiques. Lorsqu'en 1974, le Parlement italien décida, en peu d'heures, dans la clandestinité la plus totale et avec le silence et la complicité des média de faire cadeau aux partis de centaines de milliards appartenant aux contribuables, il lança une campagne très dure de dénonciation qui, quatre ans plus tard, avec le referendum abrogatif de la loi sur le financement public des partis eut son point culminant. Tout en étant l'unique partisan de l'abrogation contre la totalité des autres partis, il recueillit 45% des votes.
Même si la loi ne fut pas abrogée, ce résultat, imprévu et éclatant, qui révéla l'existence d'une Italie qui ne tolérait pas l'arrogance des partis, produisit un grand soulèvement contre l'impunité, toujours assurée aux sommets corrompus de l'Etat.
Un premier effet fut le torpillage du président de la République Giovanni Leone, gravement impliqué dans le scandale des avions militaires Lockheed et l'élection à la fonction suprême de l'honnête Sandro Pertini.
Mais le Parti radical a dû, lui aussi, faire les comptes avec la "tentation du pouvoir" lorsqu'il entra, pour la première fois, dans les institutions du Parlement en 1976. Il a donc dû affronter le problème d'accepter ou non le financement de l'Etat contre lequel il s'était battu.
La mince structure du parti, qui ne dépasssait pas vingt personnes, basée uniquement sur le volontariat, en aurait été bouleversée. Ce qui aurait surtout été bouleversé, c'est cette capacité caractéristique des organisations volontaires de réunir dans chaque campagne politique, des centaines de citoyens. Cette caractéristique du Parti radical avait rendu possible la récolte des signatures nécessaires pour réaliser les referendum populaires que la loi italienne, par des mesures particulièrement sévères, voulait réserver aux seules grandes organisations de masse: 500.000 signatures apposées et authentifiées en présence d'un notaire ou d'un huissier qui doivent être recueillies et consignées avec les certificats électoraux de chaque signataire dans un délai de trois mois.
Grâce au travail des militants et de celui, gratuit, de dizaines de milliers de personnes, le Pr a lancé, depuis 1975, vingt-cinq referendum populaires. Le fait d'accepter le financement de la part de l'état aurait, en outre, changé la caractéristique du Parti radical: d'un parti qui sert à l'exercice de la démocratie directe de la part des citoyens qui s'asssocient librement pour poursuivre des objectifs politiques et qui financent leurs propres activités à un parti de fonctionnaires qui, inévitablement, tend à conserver son propre pouvoir et son propre emploi. Le choix fut donc de ne pas utiliser l'argent de l'état et seulement après les résultats du referendum, pour éviter que cet argent ne fut redistribué entre les partis adversaires, le Congrès décida de ne pas l'employer pour le financement du parti, mais seulement pour des destinations alternatives d'intérêt public. Ainsi naquit la Radio Radicale, conçue comme un instrument de remplacement par rapport à la désinformation des émetteurs de radio et de t
élévision nationales contrôlés par les partis au pouvoir. Une radio de service pour toutes les forces politiques et pour tous les mouvements, qui n'opérerait aucune discrimination et qui à travers l'emploi de la transmission intégrale et directe des travaux des organismes représentatifs permette aux citoyens de contrôler le comportement des élus.
Ce fut une manière pour restituer, au moins en partie, à tous les citoyens, à travers le bien précieux de l'information cet argent public qui leur avait été injustement soustrait.
Aujourd'hui, un défi encore plus difficile attend le Parti radical: sa transformation en sujet politique transnational.
Nous avons déjà parlé, dans ce journal, des raisons idéales de cette décision et des difficultés pour la réaliser. La question financière n'arrive pas au dernier rang. Il suffit de penser au coût de la traduction et de l'impression en quatre et parfois en douze langues; de la traduction simultanée durant les Congrès. Les notes de téléphone subissent des augmentations vertigineuses. Mais nous devons affronter ce défi.
Les choses importantes coûtent cher. Et la Parti radical ne peut se permettre de rester les bras croisés, se contenter d'administrer ce qu'il a obtenu: "Oubliez tout de suite les grands succès, nous disait le grand écrivain Pier Paolo Pasolini, et continuez imperturbables, obstinés, éternellement d'avis contraire, à prétendre, à vouloir, à vous identifier avec celui qui est différent de vous, à scandaliser, à jurer".
Nous sommes, une fois encore, "condamnés" par notre histoire et par notre moralité politique à rester fidèles aux choix qui ont assuré le succès du Parti radical, celui surtout de confier aux citoyens et à leurs décisions de contribuer à ses luttes avec leur contribution en travail et en argent.
Comme toujours, nous devons nous mesurer avec une alternative précise qui ne permet pas de raccourcis: trouver les milliers d'"actionnaires" nécessaires pour financer l'entreprise radicale transnationale ou fermer les battants.
A ce journal, publié en douze langues, nous confions l'espoir de rencontrer les actionnaires de cette nouvelle aventure radicale, les pionniers qui réalisent l'urgence de passer les vieilles frontières nationales pour fonder de nouvelles frontières de liberté et de droit.