EMANUELE GAZZO.Directeur de l'Agence Europe
SOMMAIRE: Document sur l'Union européenne et le fédéralisme préparé pour le 36 ème Congrès du Parti radical (Rome, Hôtel Ergife, 30 avril - 3 mai)
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Un fracas c'est toujours un fracas, même si à un moment donné on s'aperçoit que son impact total sa "globalité" comme on dit a des aspects positifs. La difficulté consiste à les sélectionner et à les "purifier" des aspects négatifs. Un résultat peut être le fruit d'une "politique", dans sa signification de recherche d'une organisation d'équilibres nouveaux. En admettant que le chaos soit l'état idéal de la nature, l'essence même de la vie, la recherche d'un certain degré d'organisation ne va pas nécessairement en sens opposé: cela contribue plutôt à faire en sorte que le changement demeure changement en évitant ainsi que le chaos perpetuel ne devienne une forme inédite de l'immobilisme.
Le monde a eu la chance, pendant ces dernières années, d'entrer "en ébullition", sans toutefois exploser, ce qui prouve l'existence d'un système de soupapes qui a plus ou moins bien fonctionné. La poussière soulevée par l'effondrement du Mur de Berlin a empêché pendant quelques temps de voir certaines choses, mais cela a donné des idées. Cela a suggéré à certains, qui gardaient des distances, d'avancer un peu plus loin sur le chemin précisément d'une "globalisation". On a vu ainsi naître (ou résurgir ?) et se dévélopper suite aussi à des événements qui se ne se sont pas nécessairement produit sur les traces des premiers l'idée selon laquelle il fallait profiter de l'occasion pour instituer éfianalement" (où la racine "final" est significative) un (nouveau) ordre mondial, dont il est implicite qu'il est unidirectionnel.
Les Européens nous donnons à ce mot la signification conventionnelle qui convient à ceux qui se sont donné une organisation en lui attribuant des compétences et des pouvoirs se sont rendus compte rapidement du fait que probablement le premier coup de pioche au mur de Berlin avait été donné par Willy Brandt en 1970 avec sa "Ostpolitik" (traité germanosoviétique signé à Berlin le 12 août et traité germanopolonais signé à Varsovie le 7 décembre). Si l'on regarde en perspective, on est frappé de constater que ces événements se produisaient au moment même où, après la chute de de Gaulle, l'Europe de Jean Monnet décidait d'ouvrir ses portes aux Britanniques et aux "nordiques", et de lancer...'l"union économique et monétaire, mais aussi et il est opportun de le rappeler d'instituer une "Coopération politique" dont le but ultime était de mettre en oeuvre une "politique étrangère commune". L'inoubliable ambassadeur Roberto Ducci, qui représentait l'Italie dans ce qui s'appela le Comité Davignon, ne réussit c
ependant pas à faire inscrire dans le texte ces trois mots. On y est parvenu (presque) par le traité signé à Maastricht en février.
La "Ostpolitik" fût regardée à l'époque avec soupçon par les partenaires de l'Allemagne, qui imaginaient un retour redouté de l'esprit de Rapallo (certains ont agité ce même spectre ces derniers temps, 70 ans après). Dans la Communauté mais, comme d'habitude, surtout en France on s'est demandé si l'ancien démon de l'hégémonie ne revenait troubler l'esprit des Allemands: on pût même lire à l'époque que "la Communauté était en train de devenir un costume trop étroit pour l'Allemagne". C'était en 1971 et pas en 1992. Brejnev trouvait dans la Ostpolitik la confirmation objective de doctrine et prouvait face au monde entier que le chemin de la "détenteé ne passait ni par Prague ni par Bucarest (une capitale qui était à la mode), mais uniquement par Moscou.
Quoi qu'il en soit, la Ostpolitik n'apporta guère de chance à Brandt qui devait achever tristement son Chancelleriat sous l'accusation d'avoir nourri dans son sein l'espion Guillaume. En revanche, ces événements furent à l'origine du processus dit d'Helsinki, la capitale où en juillet 1973 devait s'ouvrir la "Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe", dont les initiales CSCE ont pris la signification de l'existence d'un nouveau climat dans les relations EstOuest. Et qui consacra en même temps la présence matérielle dans le Continent Européen, d'une part de l'Union Soviétique y compris son territoire asiatique et d'autre part de l'Amérique du Nord.
Pendant les années qui suivirent, la Communauté ne joua pas l'inertie dans ses relations avec les pays de l'Est, ou du Comecon. Avec cohérence et ténacité elle insista pour garder ouverte la "double option", en admettant l'établissement de relations ayant un contenu d'"information réciproque entre deux organisations profondément différentes, la voie étant ouverte aux relations bilatérales entre d'une part les différents pays du Comecon et d'autre part la Communauté en tant qu'entité unique. L'acceptation par Moscou de ce principe constitua un succès "politique" remarquable, mais le domaine d'application demeurait celui des compétences communautaires reconnues: essentiellement les relations commerciales eten ligne subordonnée, économiques.
Lorsqu'ensuite la terre se mit à trembler, beaucoup de monde dans la Communauté réalisa que le temps de la "politique" arrivait: mais tous fûrent surpris de la rapidité des ce qui se pasdsait. Mitterrand, à l'époque président du Conseil Européen, convoqua surlechamp un dînersommet à l'Elysée le 18 novembre de 89, mais on ne peut pas dire qu'il fût apparu avec clarté que le problème de la réunification de l'Allemagne aurait du se dérouler sous "le contrôle" de la Communauté. Il s'agissait d'un événement que chacun devait "subir", et cela pèse encore aujourd'hui sur certains esprits. Certes, la Communauté ne fût pas inerte, mais elle apparût surprise et effrayée du rôle qu'elle devait avoir désormais de "point de référence" auquel regardaient les pays d'Europe Centrale et Orientale. Le Conseil Européen de décembre 1989 approuva une série de déclarations et de décisions qui "suivaient" le mouvement, sans essayer de le précéder et orienter. On s'associa surtout à des initiatives "intercontinentales". Cela
était peutêtre inéluctable. Mais il fallut pratiquement toute une année pour assister à une véritable prise de position "politique", même si elle était formulée dans le cadre d'action qui ne dépassaient pas le domaine de la compétence communautaire "strictu sensu". Il est toutefois remarquable qu'au Conseil Européen de décembre 1990, et surtout suite à la pression exercée par la Commission, les Douze aient adopté des mesures d'aide économique mais avec le but explicite d'appuyer la politique de Gorbatchev dans la mesure où les adversaires politiques de ce dernier (les "conservateurs") voulaient la faire échouer en organisant la pénurie surtout dans les grandes villes.
On s'est demandé ensuite si l'appui donné à Gorbatchev a été une erreur d'évaluation de la situation réelle existant dans l'"Union soviétique" de l'époque. Mais les Douze furent unanimes pour reconnaître qu'il n'y avait rien d'autre à faire que suivre une demarche minimaliste, car il était impossible de prévoir si le tremblement de terre aurait eu des suites, où et de quelle intensité. Les événements n'ont donné ni tort ni raison à personne. Lech Walesa s'est dit profondement décu de la lenteur avec laquelle l'Europe a agi et continue à agir. Selon lui, l'Occident ne comprend pas ce qu'est une révolution et raisonne slon des chémas classiques: c'est pourquoi il a appuyé Gorbatchev lorsque celuici était déjà condamné. Mais Walesa luimême déplore que les Polonais aient agi avec trop de hâte afin d'"aller à la rencontre de l'Occident", et d'adopter les formes les plus avancée du capitalisme. Le résultat est qu'ils se trouvent maintenant dans le pétrin, obligés à faire marche arrière.
Il va de soi par ailleurs que la Communauté ne peut agir que dans un cadre global en essayant de privilégier ses propres initiatives qui lui semblent les plus utiles pour les pays du Centre et de l'Est, mais aussi plus cohérentes avec son propre développement. C'est ainsi que tout cela doit être jugé dans le contexte d'une architecture future de l'Europe et de ses protagonistes, en somme des locataires de la future "Maison Europe". Pour le moment on aperçoit une multiplication d'organisme, économicofinanciers, politiques, politicopolycentriques, militaires, administratifs. Cette prolifération va de pair avec le gonflement des contenus et des compétences des organisations existentes, à l'intérieur desquelles on crée des comités, souscomités et groupes qui se disputent les priorités. Tout cela est peuêtre inévitable, mais aussi très lamentable. D'autant plus que si cela ne constitue qu'une gène entre d'autres en temps normal, mais on ne sait pas ce qui pourrait se passer en cas de crise véritable. Le fai
t est que l'on cherche à organiser la "transition", mais on ne sait pas très bien vers quoi.
La Commission a certaines idées en la matière et cela est normal, car elle sait qu'une des hypothèses chères à ceux qui souhaitent la fin de la Communauté est de la voir s'étendre de Vancouver à Vladivostock. La Commission étudie différentes hypothèses qui doivent encore se préciser. L'une de cellesci prévoit que l'on fasse une "pause" pour consolider ce qui a été décidé à Maastricht et qui va dans le sens du renforcement. La Communauté pourrait encourager, si réalisables sur une base volontariste, des regroupements "naturels" ou qui répondent à des choix qui ont subi déjà un certain degré d'application. Ces regroupements pourraient se faire sur des bases analogues sinon identiques à celles que la Communauté avait choisi pour ellemême. Elle deviendrait ainsi non seulement un exemple, mais un "modèle". Il serait possible d'évoluer jusqu'à des formules du type "union personnelle", en organisant la présence d'observateurs mutuellement dans les organismes décisionnels. Cela aboutirait à une sorte d'"osmose
" naturelle qui permettrait le changement "douce" et rendrait presqu'automatique, à un moment donné la "globalisation", qui ne serait pas nécessairement la fusion dans une "mégacommunauté", mais la Communauté de Communauté" qui obéirait aux exigences de cohérence et de différenciation inéluctables entre les grandes composantes de l'identité européenne.
La Commission ne s'est pas limitée à refléchir sur le moyent et le long terme. Elle a agi dès le début en esssayant de passer outre les limites de ses compétences pour stimuler, mobiliser, coordonner, en privilégiant nécessairement ce qui constitue l'"aide d'urgence" dans les domaines alimentaire, technologique, du management. Elle a évité, sagement de s'ériger en "pédagogue" de démocratie, en préférant d'offrir la leçon des faits. Ce qui l'a parfois obligée, comme l'a avoué le viceprésident
Andriessen, a "recommencer tout dès le début". Mais elle a réussi à fair passer le p. 3
le message là où il pouvait être entendu.
Tant il est vrai qu'actuellement les trois pays avec lesquels elle a conclus des accords d'association qui comportent également des consultations politiques, à savoir la Pologne, la Tchecolovaquie et la Hongrie, ayant appris la leçon ont conclu entre eux un accord triangulaire de libre échange qui va évoluer jusqu'à se transformer à la fin de la décennie en un véritable "marché commun". Ce qui implique automatiquement une "pause" dans la course effrenée à l'adhésion, génératrice de malentendus.
En ce qui concerne les républiques de la CEI, on se trouve face à un préalable politique. On doit toujours comprendre si la CEI prétend d'évoluer et évoluera véritablement vers un organisme chargé de gèrer le partage des rôles et des ressources, à savoir un "liquidateur", ou si par contre il sera l'embryon destiné à donner une nouvelle vitalité on ne sait pas sous quelles formes à une entité de dimensions analogues à celle de l'exURSS. Ce n'est que lorsqu'elle connaîtra la réponse que la Communauté et avec elle l'ensemble de l'Occident pourra décider si aider les différentes républiques, en rendant ainsi définitive la division, ou encourager les efforts d'unification (par analogie à ce qui s'était passé avec le Plan Marshall et ses instruments ou retombées qu'ont été l'OECE et la Communauté).
Cela ne veut pas dire que la Communauté renonce, dans ses relations avec les pays d'Europe Centrale et Orientale a "définir et mettre en oeuvre une politique étrangère et de sécurité commune" (comme c'est inscrit dans l'art. Jl du traité de Maastricht c'estàdire en pratique à se doter aussi d'une Ostpolitik. Mais soyons réalistes: pour le moment la Communauté n'en est, en matière de politique étrangère, qu'aux "balbutiements". La preuve en est que les ministres qui vont se réunir en conclave au Portugal devront commencer par essayer de comprendre ce que veut dire avoir "des importants intérêts communs" et comment imaginer des hypothétiques "actions communes". Nous en sommes au stade de la méthodologie d'une approche graduel à une "éventuelle" politique extérieure commune. Rappelonsle ici: c'était déjà le point de départ des propositions de relance de l'Union politique par lesquelles M. Saragt tenta de rompre la glace après l'échec du Plan Fouchet que de Gaulle voulait imposer à l,Europe des Six. Mais c
eci se passait en octobre 1964.
Emanuele Gazzo