Par: Hans Erasmus, Michael Cwik, Elisa Kehlet, Grégoire Maertens, Giovanni Martinetto, Edward Symoens.Sous les auspices de: Eùropa Esperanto-Unio (Union Européenne pour l'Espéranto) - B-Bruxelles (EEU); Internacia Ligo de Esperantistaj Instruistoj (Ligue Internationale des Enseignants Espérantistes) (ILEI); Universala Esperanto-Asocio (Association Espérantiste Universelle), NL-Rotterdam (UEA).
COMITE DE PATRONAGE
Prof. Dr. J. TINBERGEN, Prix Nobel d'économie, Pays-Bas; Prof. Dr. H. BRUGMANS, ancien recteur du Collège européen de Bruges, Belgique; Prof. T. DE MAURO, linguiste, Université "La Sapienza", Rome, Italie.
SOMMAIRE: Document sur l'espéranto préparé pour le 36 ème
Congrès du Parti radical (Rome, Hôtel Ergife, 30 avril - 3 mai)
----------------
Introduction
La future Union européenne - qui pourra compter jusqu'à 20 ou 25 Etats membres - communiquera-t-elle au moyen de 9 langues officielles, mises à part les langues minoritaires, comme aujourd'hui dans la Communauté européenne? L'utilisation d'autant de langues, et plus encore si l'on ajoute d'autres langues officielles, nécessite une somme d'argent colossale. Cette état de fait place la CEE dans une position de faiblesse par rapport aux autres grandes puissances économiques. La promotion d'une des langues nationales de la CEE (par ex. l'anglais, le français, l'allemand ou l'espagnol) au rang de première ou de seconde langue n'est pas réalisable politiquement. Cela signifierait en effet une énorme menace pour les autres langues officielles, pour les langues minoritaires et pour la diversité culturelle.
Dans cet opuscule, les auteurs propose que ce thème soit discuté au plus haut niveau politique et qu'il y ait un échange d'idées à ce sujet dans toutes les couches de la société. Dans un plan d'action en 10 points, il est proposé l'organisation, à l'intérieur du Conseil de l'Europe et du Parlement européen, de débats sur ce thème. Des discussions au sein du Parlement devraient donner lieu à une demande auprès de la Commission afin que l'on mène une enquête visant à déterminer le meilleur système de communication. Cela pourrait aboutir à la proposition d'introduire une ou deux langues nationales comme seules langues officielles ou bien comme langues secondes en même temps que la langue maternelle de chacun; ou bien éventuellement on pourrait proposer de promouvoir une langue artificielle comme langue seconde, c'est-à-dire envisager d'autres possibilités. Une enquête spécifique prendrait pour base la proposition d'introduire l'espéranto, présentée par les auteurs de la présente publication.
En vue de la conférence intergouvernementale de la Communauté européenne sur l'économie, sur l'union monétaire et sur l'union politique, le Ministre des Affaires étrangères danois a exprimé son point de vue sur l'Europe, publié dans le NRC Handelsblad du 15.4.1991, dans The Irish times et dans le Financial Times du 15.4.1991. Il dit: »L'Europe se trouve actuellement face à l'un des défits majeurs de cette génération. Il s'agit, entre autre, de l'effort de l'Union soviétique pour trouver de nouvelles voies, de la révolution en Europe orientale et centrale, de l'instabilité au Proche-Orient. En outre, le rôle des Etats-Unis d'Amérique dans la politique et l'économie mondiale est encore considérable. Même la position du Japon peut être remise en cause, face aux prévisions économique dévaforables concernant les Pays en voie de développement. Il s'agit d'événements qui sont en train de se dérouler et qui exigent une prise de position européenne. Non pas dans quelques années, mais maintenant, en 1991. A cela s'ajo
utent les changements qui adviennent dans notre propre société, avec le passage d'une société industrielle à une société d'information et de communication, de la production industrielle à une société scientifique et complexe . C'est à cause de ces transformations que le Ministre espère des initiatives sur une grande échelle: »Le moment est mûr, mais il ne faut pas perdre l'occasion; si cela devait arriver, on court le risque que cela ne se reproduise jamais plus. Le destin est incertain pour celui qui n'a pas le courage d'agir au moment opportun .
Le présent document traite plus en détail le concept de la nouvelle société de l'information et de la communication. La thèse est que la Communauté européenne, à la différence des grandes puissances comme les USA, le Japon et, par certains aspects, également l'ex-Union soviétique, est embarrassée par une structure de communication compliquée et coûteuse. Aux USA, l'anglais est la langue qui est normalement utilisée, même si, dans certaines zones spécifiques, l'espagnol est de plus en plus la langue quotidienne. Le Japon utilise uniquement le japonais. La CEE au contraire s'exprime au moyen de 9 langues officielles pour 340 millions d'habitants, alors que 50 millions d'entre eux parlent une langue qui ne fait pas partie des 9 langues officielles.
Le présent projet propose de mener une enquête suivant une procédure spécifique, semblable à celle utilisée pour résoudre les problèmes d'environnement. Appliquée au problème des langues, cette procédure se présente de la manière suivante:
Un groupe de travail de 40 à 50 personnes, représentants toutes les couches et tous les niveaux de la société, sous la direction d'un modérateur neutre, traitera systématiquement en 5 phases le problème de la communication et le problème des langues. L'enquête dans son ensemble doit se dérouler au maximum sur deux ou trois ans et en cinq phases:
PREMIERE PHASE: Structuration et document.
La première phase comprend l'élaboration d'un programme de travail, avec un accord sur la méthode à suivre pour l'évolution ultérieure; elle comprend également la formation d'un groupe de travail et l'élaboration d'un document d'information, qui décrive la problématique relative aux langues. Il doit s'agir d'un document qui contienne non seulement des faits et des chiffres, mais qui mette également en lumière les multiples facettes du problème des langues, comme les aspects économiques, sociaux et culturels. Dans la définition des tâches de l'enquête, on devra également fixer une certaine limite dans le temps, par exemple prévoir un plan réalisable avant l'an 2000, ou bien même le plus vite possible.
SECONDE PHASE: Analyses.
La seconde phase comprend une analyse du problème de la communication et des langues. Etant donné l'évolution des événements dont il a été question au début de cette introduction, le groupe de travail du projet devra réfléchir sur les perspectives de notre société européenne et internationale. Quelles seront les conséquences de la poursuite de la politique actuelle en matière de langue et de culture? Quelles possibilités peut-on envisager et avec quels avantages ou inconvénients?
TROISIEME PHASE: Définition du but à atteindre.
Le groupe de travail devra formuler des solutions possibles sur la base des analyses faites et des tâches qui ont été assignées. C'est la troisième phase.
QUATRIEME PHASE: Solution et stratégie.
Pendant la quatrième phase, il faudra choisir une des options possibles et fixer la stratégie correspondante.
CINQUIEME PHASE: Réalisation.
Dans la cinquième et dernière phase, on définira la procédure à mettre en oeuvre pour la réalisation. Ensuite, l'ensemble des propositions et des résultats du travail devront être transmis, après approbation de la part de la Commission de la CEE, au Conseil des Ministres, au Parlement européen et au Comité économique et social, pour la décision finale.
Chaque phase se termine par la rédaction d'un document, au moins dans les neuf langues officielles, mais aussi éventuellement dans d'autres langues, comme par exemple le catalan. Il s'agit d'un document officiel, qui devra être distribué sur une grande échelle et publié dans le Journal officiel de la Communauté. Il faudra constituer un réseau de plusieurs centaines de collaborateurs afin de soutenir le groupe de travail du projet.
Dans l'hypothèse où le Parlement européen demanderait à brève échéance, dans une résolution adressée à la Commission européenne, de mettre en marche cette enquête, le groupe de travail du projet pourrait être constitué. Le travail, suivant le plan exposé, pourrait alors commencer dès 1992.
Le présent opuscule examine le problème des langues et indique déjà une possibilité de solution. Les auteurs de l'opuscule sont toutefois convaincus du fait que la solution proposée ici, mais aussi toute autre solution, ne pourront réussir que si l'on suit, pour parvenir à la solution définitive, une démarche acceptée par tous. Une démarche trop rapide, sans le soutien de toutes les couches de la vie sociale européenne, ne saurait pas aboutir à un résultat convenable, quel que soit l'intérêt de la proposition présentée.
INDEX
LA COMMUNICATION DANS LA COMMUNAUTE EUROPEENNE
1. Une Communauté sans frontières intérieures
2. Instruction, éducation et jeunesse dans la CEE
3. Le problème des langues
4. Les coûts de la communication aujourd'hui
5. Pourquoi pas l'anglais comme langue de l'Europe et du monde?
6. Quelles solutions reste-t-il?
7. Conclusion
PLAN
8. Origine du plan initial
9. Cadre du projet et financement
10. Le plan
ANNEXE 1
Un groupe de travail provisoire
ANNEXE 2
Une délégation en vue des auditions
ANNEXE 3
Programmes de la CEE
ANNEXE 4
Qu'est-ce que l'espéranto?
ANNEXE 5
Esquisse d'une nouvelle politique des langues pour la Communauté européenne.
A. Introduction
B. La valeur propédeutique de la langue internationale espéranto; Commentaires: bases de la proposition, nécessité des expériences linguistiques, champs des expériences linguistiques dans la Communauté européenne, annotations finales
ANNEXE 6
Coûts du multilinguisme
1. Introduction
2. Les coûts de l'enseignement des langues
3. Coûts de traduction et d'interprétation dans le commerce et l'industrie
4. Coûts pour le tourisme et dans les télécommunications (radio, télévision, téléfax, télégraphe, téléphone)
5. Rencontres internationales
6. Coûts de traduction et d'interprétation dans les institutions de la Communauté européenne
7-12 Les différents types de coûts relatifs aux traductions, dans les principales institutions de la CEE
13. Dépenses totales pour les institutions considérées
14. Conclusions finales à propos des coûts de traduction et d'interprétation; autres solutions
ANNEXE 7
bibliographie succinte
LA COMMUNICATION DANS LA COMMUNAUTE EUROPENNE
1. Une Communauté sans frontières intérieures
Les 12 Etats membres de la Communauté européenne (CEE) se proposent de réaliser en 1993 une communauté sans frontières intérieures, une communauté qui compterait plus de 340 millions d'habitants.
Cet effort pour parvenir à une communauté sans frontières intérieures a donné lieu à une intense activité, d'abord au sein des institutions communautaires, comme la Commission européenne, le Conseil des Ministres européen et le Parlement européen. Mais les Etats membres de la CEE, l'industrie, les associations qui gèrent les services, les consommateurs, les universités et autres institutions scolaires, se sont également engagés, chacun à sa manière, dans ce vaste processus.
Il faut résoudre au départ deux points d'une grande importance: il doit y avoir un rééquilibrage des conditions de concurrence et, là où c'est nécessaire, une harmonisation des lois. Le Livre blanc européen indique en conséquence les moyens à mettre en oeuvre dans chaque cas pour parvenir à cette harmonisation.
Les motivations de ce processus progressif d'intégration sont surtout d'ordre économique. Bien que la politique de l'environnement soit devenue autonome par le Traité de la CEE modifié en 1987, toute politique de l'environnement divergente et arriérée est considérée comme un frein à l'économie. Or il en va de même pour la communication. La méconnaissance des langues est essentiellement considérée comme un facteur d'entrave à l'économie, comme le démontre le programme LINGUA, dont nous parlerons dans la suite.
Cependant, si l'on met l'accent uniquement sur le facteur économique, on néglige l'évolution actuelle de la situation.
Considérant le rôle fondamental de l'enseignement et de l'éducation dans le développement économique, social et culturel des Etats membres de la Communauté, le Conseil des Ministres en date du 6 octobre 1989 a fixé cinq domaines comme base de la future collaboration.
Une Europe pluriculturelle basée sur les points suivants:
renforcer dans la jeunesse le sentiment d'appartenance à la Communauté européenne;
parvenir, lentement mais sûrement, à un véritable plurilinguisme;
être attentifs à la diversité des prédispositions culturelles;
rapprocher les diverses institutions scolaires.
Mobilité des citoyens européens garantie par:
libre circulation des personnes et des idées;
soutien aux organisations d'échanges de jeunes; possibilité pour les enseignants d'aller travailler pendant une certaine période dans les autres Etats membres;
Une Europe de l'éducation pout tous, garantie par:
une offre d'enseignement hautement qualifié pour les jeunes;
le développement d'un enseignement adapté pour les enfants en situation de retard;
égalité du droit d'accès à l'enseignement supérieur.
Une Europe riche en qualifications, garantie par:
une amélioration continuelle de la qualité de l'instruction de base;
une meilleure préparation des jeunes aux processus de production;
le développement de tous les secteurs de l'enseignement essentiels pour le futur de l'Europe;
une adaptation du contenu et des méthodes de l'enseignement aux développements technologique;
une amélioration de la préparation de base et de la formation permanente des enseignants.
Une Europe ouverte au monde et visant à:
intensifier la collaboration avec les organisations internationales dans le secteur de l'enseignement et de l'éducation;
établir des liens plus étroits avec les autres pays et développer de nouvelles formes d'aide réciproque avec les pays en voie de développement.
2. Instruction, éducation et jeunesse dans la CEE.
Dans le cadre de la réalisation du marché intérieur, il s'affirme de plus en plus l'idée que l'enseignement et l'éducation doivent jouer un rôle central dans le processus général de développement de la Commnunauté.
C'est pourquoi la Commission de la CEE a mis l'enseignement et l'éducation aux premières places de ses priorités, mettant ainsi l'accent sur l'importance que toute la Communauté attribue à l'investissement dans les ressources humaines, dans les capacités, dans l'initiative et dans la diversité des talents. Cet investissement consitute un lien essentiel entre la politique économique et la politique sociale, mais c'est aussi un élément important pour le progrès de la libre circulation des idées. Il en découle immédiatement un renouveau d'intérêt pour le dialogue social. Les programmes de la CEE sur l'enseignement, l'éducation et la jeunesse ont reçu une nouvelle impulsion.
Certains de ces programmes sont détaillés dans l'annexe 3.
Parmi ceux-ci, on trouve le programme LINGUA, qui est un programme commun d'action pour faire progresser la connaissance des langues étrangères dans la CEE. Il a été approuvé par une résolution du Conseil des Ministres du 28 juillet 1989.
Ce programme vise à améliorer quantitativement et qualitativement la connaissance des langues étrangères parmi les habitants de la Communauté. Le programme permet de soutenir et de compléter l'activité générale et les actions spécifiques des Etats membres dans ce secteur à travers des actions communes telles que:
- la promotion de la formation continue des enseignants et des professeurs de langues étrangères;
- la promotion de l'étude des langues étrangères dans les universités afin d'améliorer la formation de base des enseignants de langues étrangères;
- la promotion de la connaissance des langues étrangère pour leur utilisation dans les relations commerciales et dans la vie économique;
- la promotion de l'échange de jeunes qui suivent des cours de formation professionnelle, technique ou d'apprentissage;
- des initiatives complémentaires consistant en un soutien aux structures visant à la coordination et à la réalisation du programme, une aide aux associations qui s'occupent au niveau européen de la promotion de l'utilisation des langues étrangères dans la communication, un soutien à l'information sur le programme LINGUA, son lancement et l'évaluation des résultats.
De quelles langues s'agit-il?
Les langues concernées par le programme sont: le danois, le hollandais (néerlandais), l'anglais, le français, l'allemand, le grec, l'irlandais, l'italien, le luxembourgeois, le portugais et l'espagnol. Il y a donc deux langues en plus par rapport aux 9 langues dites officielles de la CEE.
Arguments en faveur du programme LINGUA:
Bien que le programme LINGUA ne se propose pas de résoudre le problème des langues dans la CEE, l'impression qui ressort cependant est que l'étude de plusieurs langues nationales puisse être une solution au problème des langues. Le principe de l'apprentissage d'au moins deux langues étrangères, en dehors de la langue maternelle, a déjà été approuvé par le Conseil européen des Ministres de l'Education nationale dans une assemblée consacrée à ce thème du 14 juin 1986. En cette occasion, le Conseil a précisé qu'il était en faveur d'une amélioration de la connaissance des langues étrangères à l'intérieur de la CEE.
Le but doit être, selon le Conseil, de permettre à de nombreux jeunes de la CEE d'acquérir une connaissance pratique d'au moins deux autres langues ( au sens de "langues officielles"), en dehors de leur langue maternelle. Il faut pour cela, toujours selon le Conseil, un effort spécial dans différents secteurs, comme par exemple:
a. instruction de base et formation des enseignants;
b. échanges d'enseignants et d'élèves;
c. harmonisation des programmes scolaires et des méthodes d'enseignement;
d. échange d'informations au sein du Conseil européen au niveau de la CEE.
Une communication de la Commission de la CEE au Conseil européen en date du 18 avril 1988 découle directement de cette prise de position1.
La Commission européenne attire l'attention sur l'objectif de la CEE de parvenir au libre échange des personnes, des marchandises, des capitaux et des services et à la réalisation du marché intérieur en 1993.
Cet objectif sera atteint plus facilement si, dans les prochaines années, on réussira à améliorer l'enseignement des langues étrangères.
La Commission CEE constate que le droit de tout citoyen de pouvoir travailler partout dans la Communauté restera une utopie tant qu'un nombre aussi important de citoyens ne connaitront pas de langues étrangères.
Malgré le succès de programmes comme Erasmus, Yes et Comett, le nombre des étudiants qui complètent leur cursus ou qui font un séjour d'études dans un autre pays reste encore très faible.
Les institutions scolaires et les parents d'élèves doivent comprendre, selon la Commission de la CEE dans sa communication, que l'étude effective d'une ou plusieurs langues étrangères renforce considérablement les possibilités des élèves, surtout pour ceux qui proviennent de groupes sociaux moins privilégiés ou désavantagés. Selon la Commission de la CEE, l'absence ou presque de l'étude des langues étrangères - comme c'est souvent le cas dans les écoles techniques et professionelles - s'accorde mal avec le principe de l'égalité des chances.
3. Le problème des langues
Au sein des institutions de la Communauté européenne, neuf langues ont une position égale. Ces langues sont: le danois, l'allemand, l'anglais, le français, le grec, l'italien, le hollandais, le portugais et l'espagnol. Elles sont indiquées comme "langues officielles", bien que le concept de "langue officielle de la Communauté européenne" ne soit mentionné ni dans l'art. 190, ni dans l'art. 217 du Traité pour la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Dans ces articles, il y a seulement la mention que "les dispositions sur l'usage des langues de la part des institutions de la Communauté - exception faite des règles concernant la Cour - sont fixées par le Conseil à l'unanimité des voix". Conformément à ces définitions, le Conseil a émis un décret2 le 15 avril 1958, qui a été ensuite adapté après chaque adhésion d'un nouvel Etat membre et récemment dans l'acte relatif à l'adhésion de l'Espagne et du Portugal. Les clauses exécutives contiennent la disposition suivant laquelle les 9 langues citées ci-dess
us remplissent le rôle de langues officielles et de travail dans les institutions de la Communauté.
En dehors de ces neufs langues, il en existe d'autres sur le territoire de la CEE: le breton, le catalan3, l'irlandais, le gallois, le frison et autres. Le catalan est même plus utilisé que le danois, qui est une des langues officielles. Plus de 50 millions d'habitants de la CEE parlent, dans leur vie quotidienne, une langue qui ne fait pas partie de ces neuf langues officielles.
Au début des Communautés européennes, qui se sont élargies pour devenir une Communauté de 12 Etats membres, il n'y avait que quatre langues à égalité: l'allemand, le français, l'italien et le hollandais. Avec 9 langues, les coûts de traduction de toute sorte ont grossi de manière gigantesque: 9 langues signifient 72 directions de traduction.
Malgré tout, à l'intérieur des institutions de la CEE, l'anglais et le français occupent parmi les 9 langues une position prédominante. Dans de nombreux congrès, il n'est pas toujours possible d'avoir une traduction dans l'ensemble des 9 langues. Souvent également certains documents ne sont publiés que dans un nombre limité de langues.
Les neuf langues sont toutes égales, mais "certaines sont plus égales que d'autres" est une phrase qui s'entend fréquemment dans les couloirs. Si les 9 langues ont les mêmes droits, ceux qui parlent ces langues n'ont, eux, de fait pas les mêmes droits. Ainsi commence la discrimination. Il y a donc des langues de première catégorie et des langues de seconde catégorie. Les langues régionales ou minoritaires sont des langues de seconde catégorie par rapport aux 9 langues officielles, mais de troisième catégorie par rapport aux langues dominantes de la CEE4.
Le sentiment d'appartenir à un certain endroit par la langue, l'origine, l'éducation, le fonds culturel, la manière d'entrer en contact avec les autres déterminent l'identité de chacun. Le sentiment d'identité est difficile à décrire, parce que les émotions entrent pour beaucoup en ligne de compte. Un sentiment d'identité juste et normal ne s'oppose pas à une collaboration avec d'autres individus dont l'identité est différente. L'actuelle collaboration dans la CEE en est la démonstration. Cependant, une plus intense collaboration sans en même temps une amélioration de la communication peut causer des problèmes. Ces problèmes peuvent, dans le cas le plus grave, libérer des forces intenses de nationalisme et d'intolérance.
Au niveau culturel, on peut également imaginer que la prédominance d'une langue dans l'expression des manifestations culturelles puisse à la fin repousser vers les marges les autres langues nationales et régionales existantes, provoquant ainsi des tensions sociales. Sans parler de la perte éventuelle des richesse culturelles qui s'expriment au moyen de ces langues.
Cette évolution pourrait à son tour avoir des conséquences au niveau politique. Il est donc important d'analyser ce système complexe de communication réciproque et de trouver des solutions qui limitent les risques mentionnés.
Il s'agit là d'un terrain délicat, où existent de nombreux préjugés. Il est indispensable d'instaurer un dialogue adapté, un dialogue réel, dans lequel on prêtera attention aux arguments exposés et à l'échange d'idées, sans vouloir imposer son propre point de vue. En même temps, il faut prendre conscience du fait que la vie, dans sa réalité, ne correspond pas toujours forcément avec l'image que l'on en donne.
4. Les coûts de la communication actuelle
Il est également indispensable de considérer les coûts comme un chapitre du problème des langues. En premier lieu, il y a les coûts de traduction à l'intérieur des institutions de la CEE, mais aussi à l'extérieur, dans les centaines de congrès, séminaires, symposiums etc.. qui se tiennent chaque jour. Il n'y a pas seulement les coûts pour l'interprétation simultanée, mais aussi les coûts de traduction de la documentation et des relations. En second lieu, il y a les coûts indirects de l'enseignement des langues, scolaire ou extra-scolaire. En troisième lieu, les coûts de traduction pour les services dans le commerce, l'industrie, le tourisme, etc... Tout ceci a des conséquences ultérieures au niveau économique, ainsi que des effets sur la concurrence et sur la protection de l'environnement (utilisation de grandes quantités de papier pour les feuillets explicatives en différentes langues). La perte de profit, quantifiée en argent, provenant de l'incompréhension à cause des langues, de l'incapacité de s'exprime
r, des équivoques linguistiques, etc... est calculée dans ce chapitre.
Pour ce qui concerne les coûts directs et indirects pour la traduction et l'interprétation au sein de la CEE, ils sont de l'ordre de 1,2 milliards d'ECU par an. Dans les Etats membres, les coûts de la pluralité des langues pour l'enseignement, pour le tourisme, les moyens de communication, les rencontres internationales et pour le commerce et l'industrie atteignent 100 milliards d'ECU par an. Le calcul qui conduit à ces chiffres se trouve dans l'annexe 6.
La Commission de la CEE est consciente de ce problème: des programmes comme Lingua, Eurotra et Systran (ces deux derniers ont trait à la traduction automatique) sont là pour le souligner.
5. Pourquoi pas l'anglais comme langue européenne ou mondiale?
Bien qu'au sein des institutions européennes, le français et l'anglais soient les langues dominantes, au dehors, l'anglais est la langue la plus forte. Cette prédominance de l'anglais n'implique cependant pas que ce soit une langue universelle, valable partout, dans la CEE et ailleurs, comme instrument de communication. C'est faux, et chacun peut s'en rendre compte à partir de son expérience personnelle.
Cette position de l'anglais n'est d'ailleurs pas toujours incontestable. C'est au moins la conclusion à laquelle on peut arriver sur la base d'informations qui sont publiées ça et là dans la presse. Les journaux nous ont ainsi fait savoir le 6 février 1990 que dans l'état de l'Arizona (USA) l'anglais n'est plus la seule "langue officielle", puisqu'à présent, l'espagnol y est aussi reconnu comme "langue officielle".
Le 28 mars 1990, la presse a mentionné le décret émis dans l'Utar Pradesh (Inde) interdisant à partir de cette date l'usage de l'anglais dans l'administration.
Malgré tout, s'agissant d'une langue largement utilisée dans la science, pour le trafic aérien, etc., et étant donné qu'elle est connue par de nombreuses personnes de langue maternelle différente, l'importance de l'anglais dépasse celle du nombre de ceux qui le parle depuis leur naissance.
On parle généralement de l'utilisation de la langue anglaise, comme s'il s'agissait d'une langue prononcée partout de la même manière. Or tout le monde sait, par sa propre expérience, qu'il en est autrement. Non seulement la prononciation de l'anglais est extraordinairement difficile, mais on peut aussi se demander quelle est en fait LA vrai prononciation. Il ne fait aucun doute que parler anglais ne signifie pas sic et simpliciter que les interlocuteurs comprennent toujours tout, pour autant qu'ils maîtrisent eux-mêmes, plus ou moins parfaitement, cette langue. On parle ainsi de l'américain, de l'anglais australien, de l'anglais africain, etc...
L'introduction de l'anglais comme langue officielle dans la CEE, tout comme le développement de l'utilisation de l'anglais ou bien l'acceptation pratique de cette langue comme unique moyen de communication pourrait conduire à une domination de la part des anglophones et de leur culture, ainsi qu'à une domination sur le plan économique.
Nous avons déjà mentionné quelles pourraient être les conséquences d'une telle évolution.
6. Quelles solutions reste-t-il?
Une langue internationale acceptable par tous ne doit pas pouvoir être identifiée à une quelconque idéologie, à un peuple, à un groupe de peuples ou d'Etats. L'introduction du russe dans de nombreux pays de l'Europe orientale a été un échec pour cette raison.
Il est de très loin préférable de recourir à une solution neutre. En outre, cet instrument de communication internationale doit être plus simple que les langues existantes et doit être utilisé comme langue seconde, aux côtés de la langue maternelle.
La solution choisie ne doit pas constituer une menace pour les langues nationales ou officielles, ni pour les langues régionales ou minoritaires. Il faut aboutir à une solution moins coûteuse. Une langue qui soit adaptée aux échanges économiques, sociaux mais également culturels.
Pourquoi aucune langue nationale ou ethnique ne peut-elle assumer cette fonction de moyen de communication comme instrument de transfert de la culture à l'intérieur d'une communauté de peuples ayant des droits égaux? Trois grandes raisons s'imposent:
- un motif politique (la domination)
- un motif économique (coûts et concurrence)
- un motif culturel (protection des diversités linguistiques et culturelles).
6.1. Le motif politique
Si l'on adopte la langue d'un certain peuple ou d'un certain Etat membre à l'intérieur d'une Union d'Etats ou d'une Fédération, comme instrument officiel de communication et comme porteur de culture pour tous, on en accepte en même temps la domination politique et l'influence culturelle unidirectionnelle vers tous les autres pays (et langues) appartenant à cette Union ou Fédération. En cela, on met en péril la cohésion politique et culturelle d'une communauté multinationale et variée.
Si les langues et les cultures ne sont pas protégées, sauvegardées, ou même si on ne les fait pas progresser à travers une politique linguistique responsable au niveau des institutions de l'Union, le péril subsiste alors qu'elles puissent finir, au sein de cette même Union ou Fédération, par se désintégrer; malgré tous les motifs économiques qui militent en faveur de solutions communes.
L'aspiration à l'indépendance de certaines des républiques soviétiques peut déjà être pris comme un avertissement dans ce sens pour la future Union européenne avec 20 ou 25 états membres et un nombre identique de langues.
6.2. Le motif économique
Les avantages économiques et professionels pour le groupe linguistique qui peut utiliser sa langue, penser dans sa langue, discuter dans sa langue, et, par l'intermédiaire de la radio et de la télévision, s'exprimer sur une grande échelle, pourraient constituer le germe de jalousies et d'envies au sein des différents groupes linguistiques. Sur une telle base, enfin, il n'est pas possible de collaborer de manière efficace et fructueuse.
Les conflits linguistiques dans tous les pays avec plus d'une langue officielle ou non-officielle ont pour origine essentiellement des différences dans la situation économique de départ; ils drainent sans cesse les énergies et l'activité économique vers des disputes continues et stériles entre groupes ethniques, alors que ceux-ci, à cause de la situation géographique ou de leur interdépendance économique, doivent pourtant nécessairement collaborer sur le plan politique.
6.3 Le motif culturel
Quiconque considère que la variété des cultures et des langues est une nécessité du point de vue politique et une chose souhaitable du point de vue moral, doit également comprendre qu'il faut un système d'amortissement entre les différentes langues et cultures. L'adoption de la langue nationale de l'un des membres de l'Union (ou Fédération)conduit directement à un flux de culture dans une seule direction; les influences de culture et d'idée qui en résultent, de cette langue nationale vers les autres langues nationales, sont inévitables et l'on pourra en voir clairement les signes. La fécondité réciproque deviendra impossible, et le développement de la variété culturelle nul.
Il existe des exemples de l'influence culturelle exercée par une langue dominante sur des langues dites mineures en Europe depuis la seconde guerre mondiale: l'adoption et de l'imitation d'un certain genre de musique ne s'expliquerait pas si l'on oublie que l'enseignement scolaire en Europe occidentale place l'anglais en premier. Le russe disposait également d'avantages similaires il y a peu de temps encore en Europe orientale.
Des savants comme DESCARTES, LEIBNITZ et COMENIUS avaient déjà affirmé, il y a des siècles, la nécessité d'une nouvelle langue neutre.
6.4. Conclusions
Le Volapük, l'interlingua, l'ido, l'universal ne sont que quelques unes des 300 tentatives, au cours des derniers siècles, d'introduire une langue commune de culture.
Parmi ces langues planifiées, la Internacia Lingvo (ILO), plus connue sous le nom d'espéranto, est celle qui a eu le plus grand succès pour ce qui concerne le nombre des adhérents et pour sa capacité de se transmettre aux nouvelles générations. S'il se présentait cependant une solution plus pratique et plus souple, il serait bien sûr nécessaire d'effectuer des expériences scientifiques pour faire une confrontation.
Etant donné que pour l'instant, face à la nécessité d'une solution neutre, seuls les résultats de la Internacia Lingvo, c'est-à-dire de l'espéranto, sont mesurables, notre choix s'est porté sur celui-ci. Il existe des personnes qui parlent l'espéranto dans plus de cent pays et la langue a démontré qu'elle était capable de fonctionner au cours de ses cent ans d'existence.
Certains partisans de la langue anglaise non-espérantistes estiment que cette existence centenaire est au contraire la preuve, vu le succès limité obtenu jusqu'ici, des carences intrinsèques de l'espéranto. Il oublient cependant que la langue anglaise existe depuis de nombreux siècles et qu'elle bénéficie d'un vent favorable. Les liens étroits de la langue anglaise avec les grandes puissances mondiales, le bien-être, la haute technologie, etc... n'ont pas conduit à une augmentation considérable du pourcentage de la population mondiale qui parle anglais. Insistons sur ce pourcentage, qui est inférieur à 10%, alors que l'importance de l'anglais est bien supérieur à cause des liens susmentionnés. Dans de nombreux pays, l'espéranto a été persécuté pendant des années, comme en Union soviétique, en Espagne et au Portugal, et, pendant la seconde guerre mondiale, sur tous le territoire occupé par l'armée allemande, sans compter des pays comme la Chine, l'Iran et l'Iraq.
A ce sujet, l'écrivain polonais Andrzej Szezypiorski déclarait dans une interview du 14.11.1990 pour l'hebdomadaire De Groene Amsterdammer (Pays-Bas): »Le pouvoir communiste a été chassé et nous construisons à présent un état démocratique constitutionnel. On s'est débarrassé des structures totalitaires de l'état, mais en est-il de même des structures totalitaires de la société? Et des opinions totalitaires des personnes? Il faut du temps; le dépassement de ces résidus de totalitarisme demandera plus de temps que les réformes politiques et économiques 5.
7. Conclusion
Les paragraphes précédents démontrent qu'il existe des raisons plus que suffisantes pour demander aux gouvernements, aux hommes politiques, à l'industrie aux consommateurs et à de nombreuses autres institutions sociales, de porter leur attention sur le problème de la communication et tout spécialement sur le problème des langues dans la Communauté européenne.
C'est justement en vue de la prochaine décennie, qui verra très certainement à l'ordre du jour l'élargissement de la Communauté, qu'il est nécessaire de penser au problème de la communication et de l'analyser à fond. Un problème aussi ample et aussi complexe doit être discuté au niveau de la Communauté européenne. Le problème des langues concerne tout le monde. Cela signifie qu'il faut, pour mettre au point le mécanisme pouvant résoudre ce problème, d'abord éveiller un large intérêt. La procédure doit se caractériser par une acceptation unanime des principes qui la fondent et par l'absence de toute imposition. Cela n'empêche pas que - lorsque l'on sera parvenu à un accord - l'espéranto puisse être introduit comme matière fondamentale dans l'enseignement scolaire de base.
En outre, il s'agit d'un problème qui ne regarde pas simplement les langues "officielles", mais aussi de la même façon les autres langues, comme les langues régionales et minoritaires. A ce sujet, il faut noter qu'il ne s'agit pas seulement de langues minoritaires comme par exemple le frison aux Pays-Bas ou le breton en France. Il s'agit aussi de l'allemand, langue officielle de la CEE, mais langue minoritaire ou régionale en Belgique.
Enfin, il faut souligner qu'il s'agit d'un problème dont la solution demandera du temps. Le plan qui suit couvre en effet une période de dix ans.
NOTES
1) Communication de la Commission, COM (88) 203, Bruxelles 18 04 1988.
2) Décret n. 1, PB n. 17 du 6.10.1958, p. 385.
3) Il est probable que le catalan sera d'ici peu reconnu comme langue de la CEE; le Parlement européen a fait des propositions dans ce sens.
4) L'article 15, deuxième paragraphe, du Réglement du Parlement européen consent la traduction simultanée vers d'autres langues, y compris les langues minoritaires, pour les assemblées et pour les réunions des Commissions parlementaires.
5) On consultera avec intérêt le livre de Cl. Piron, édité par Flandra Esperanto Ligo (Ligue espérantiste flamande), intitulé Esperanto, je vraagt maar, dans lequel sont réfutés, d'une manière instructive, différents jugements injustifiés sur l'espéranto. L'original a été publié en français (Réponses à certaines questions sur l'espéranto). Du même auteur, chez le même éditeur, signalons également Psychologische reacties op het Esperanto, également paru en version originale en français.
En italien, voir, du même auteur, le chapitre Esperanto, l'immagine e la realtà dans le livre La comunicazione internazionale tra politica e glottodidattica, contenant différents textes réunis par Andrea Chiti-Batelli, Marzorati editore, 1987.
LE PLAN
8. Origines du plan initial
Pendant le Congrès mondial d'espéranto de Rotterdam (Pays-Bas) en 1988, il fut lancé l'idée d'un projet pour une approche complètement nouvelle du problème de la communication linguistique en Europe et dans le Monde. A la suite de cela, au début de 1989, le projet fut mis au point et présenté à un grand nombre de personnes et d'institutions du mouvement espérantiste dans la CEE. Le but final de cette présentation était d'examiner s'il était possible de trouver l'appui suffisant à un plan basé sur les principes précédemment mentionnés.
Cet appui fut obtenu à l'occasion des deux autres assemblées qui se sont tenus dans le cadre du Congrès mondial d'espéranto de Brighton (Grande Bretagne) pendant l'été 1989.
C'est à partir des échanges d'idées qui ont eu lieu lors de ces assemblées et des remarques écrites qui nous sont parvenues par la suite que le présent document et ses annexes ont été élaborés.
9. Cadre du projet et financement.
Jusqu'à présent, le projet a été lancé sous l'égide de l'Universala Esperanto-Asocio et des associations espérantistes nationales des 12 Etats de la CEE, à travers leur association de liaison, la Eùropa Esperanto-Unio.
Il est clair qu'un tel projet doit être soutenu et financé par un plus grand nombre d'institutions et d'organisations.
10. Le plan.
En premier lieu, le plan se propose d'expliquer d'abord ce qu'est l'espéranto, dans quelles circonstances il peut être utilisé, et enfin éliminer les préjugés et l'ignorance qui entourent cette langue.
Dans l'annexe 5, on illustrera la signification de l'enseignement de l'espéranto aux jeunes et son utilité pour l'étude d'autres langues. L'espéranto, dans ce cas, peut être un instrument important pour la réalisation du programme LINGUA de la CEE et pour les autres programmes de la CEE susmentionnés. L'espéranto peut en général contribuer à la réalisation des finalités définies dans le décret du Conseil de la CEE, cité ci-dessus, du 06.10.1989.
ACTION 1
Une des premières activités que le groupe de travail se propose de mener est l'organisation d'auditions tant au Parlement européen qu'à la Commission de la CEE et au Conseil de l'Europe, pour souligner la nécessité de discuter du problème des langues et d'échanger des idées autour d'une possible contribution de l'espéranto pour arriver à une solution. Une délégation d'experts éminents en matière d'espéranto a déjà été constituée à cet effet (voir l'Annexe 2).
ACTION 2
Il sera fait la demande à la Commission européenne d'appuyer une expérience destinée à montrer - encore une fois - que l'espéranto constitue une excellente base pour l'étude d'autres langues et qu'il peut donc contribuer à la réalisation du programme LINGUA et des autres programmes de la CEE cités plus haut, et en général donner une contribution au processus d'intégration et à la réalisation du marché intérieur dans la CEE. A un stade ultérieur, on passera à la description du projet d'une telle expérience. En outre, la Commission européenne doit constituer un groupe de travail pour étudier le problème des langues suivant la manière décrite dans l'introduction.
ACTION 2A: Commission de contrôle.
En liaison avec cette expérience, on constituera une commission de contrôle, formée d'experts en espéranto, d'experts en enseignement et de linguistes des 12 états membres de la CEE.
ACTION 3
un nouveau programme de la CEE pour une nouvelle politique des langues.
Si l'on constate, au bout d'un certain temps, que l'expérience se déroule avec succès, il faudra préparer un nouveau programme de la CEE, afin de parvenir à l'introduction de l'espéranto dans l'enseignement de base, et, d'autre part, pour faire progresser la connaissance de l'espéranto.
ACTION 4: Diffusion télévisée.
Dans les 12 Etats membres, il devra y avoir en même temps des émissions de télévision traitant des problèmes de la communication et des langues de la CEE. Ces émissions montreront les possibilités de l'espéranto; des élèves et des étudiants de tous les états membres, parmi ceux qui auront étudié l'espéranto pendant plusieurs années, feront part de leurs propres expériences.
ACTION 6: Cours à la télévision.
Après l'émission télévisée, il faudra mettre en place un cours d'espéranto à la télévision dans tous les états membres de la CEE. Les cours d'espéranto devront se poursuivre jusqu'en l'an 2000. Alors, il sera possible de se rendre compte si l'espéranto est en mesure de jouer un rôle comme instrument de communication pour tous.
ACTION 7: Centres d'information.
Dans chaque Etat membre, il sera constitué une organisation spéciale, si elle n'existe pas déjà, pour donner des informations sur l'espéranto; il est préférable de commencer par un réseau centralisé d'informations.
ACTION 8: Chaires à l'université.
Dans chaque Etat membre, il sera créé au moins une chaire à l'université pour l'enseignement de l'espéranto.
ACTION 9: Congrès nationaux et internationaux.
Pour augmenter les possibilités de succès de ce plan ou projet, il faudra organiser dans les années à venir, dans chaque Etat membre, des congrès, séminaires, symposiums etc..., nationaux et internationaux. Les thèmes prinicipaux de ces réunions devront être le problème des langues dans la Communauté euroéenne et la signification de l'étude de l'espéranto très tôt, en vue d'une étude ultérieure des langues, y compris de la langue maternelle de chacun. Devront y participer différents secteurs, comme l'université, les écoles de traduction et d'interprétariat, les écoles de tout ordre et de tout niveau, même les écoles par correspondance.
On menera une action de sensibilisation en direction des experts en didactique sur le rôle possible de l'espéranto comme "langue-pont". Une langue qui, apprise très tôt, fonctionne comme un catalyseur chimique.
Au cours de ces réunions, il conviendra de souligner que l'introduction de l'espéranto peut être utile pour la conservation et l'étude des langues régionales et minoritaires, ainsi que pour la création d'une solidarité internationale.
Avant tout, il faudra souligner que l'introduction de l'espéranto comme langue seconde et neutre, avec sa valeur propédeutique, diminuera en fin de compte les coûts directs et indirects de la communication dans la CEE de dizaines de milliards d'ECU, ce qui libérera des sommes d'argent pour d'autres problèmes internationaux ou mondiaux ou pour les pays en voie de développement.
Il faudra aussi expliquer que l'introduction d'un instrument de communication internationale - qui conduirait à une application moins rigoureuse du principe du multilinguisme - renforcerait la position économique de la CEE et surtout sa position face à la concurrence internationale.
Il faudra enfin éviter d'affirmer qu'il y aurait une économie réelle totale de 100 milliards d'ECU - somme citée dans l'Annexe 6 - sur les coûts annuels du multilinguisme. Même dans le futur, on aura encore besoin en effet de traduire des documents de toutes sortes. Pour cela, il faudra toujours une certaine structure. On devrait pourtant pouvoir arriver au bout d'un certain temps à une économie de quelques dizaines de milliards d'ECU par ans .
ACTION 10: Jumelages.
Pour augmenter les possibilités d'utilisation de cette langue commune, il faudra prendre des initiatives afin de réaliser des "jumelages" ou des relations particulières entre villes, villages, associations, organisations professionnelles, etc...
ACTION 11: Comité de Patronage.
Il conviendra de constituer un comité de patronage au niveau européen, formé d'éminentes personnalités appuyant ce projet.
Le professeur J. Timbergen, des Pays-Bas, Prix Nobel d'économie, et le professeur H. Brugmans, ancien recteur du Collège européen de Bruges, Belgique, ont déjà accepté d'être les premiers à faire partie de ce Comité de patronage.
ACTION 12: Structures.
Il faudra constituer des structures d'organisation efficaces pour la réalisation de ce plan.
ANNEXE 1
GROUPE DE TRAVAIL PROVISOIRE
Hans ERASMUS, ancien avocat à Anvers, Pays-Bas; puis fonctionnaire à la section juridique du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche; puis à la Commission de la CEE; pendant 15 ans au Ministère pour la Protection de l'environnement des Pays-Bas; actuellement directeur de programme à la Commission CEE, Direction générale pour l'environnement, Bruxelles - tél. 02-2992259; domicile:
Laan van Oostenburg 48, NL-2271 AP Voorburg, Pays-Bas, tél. 070-3863529.
Michael CWIK, économiste, diplomé du Collège européen de Bruges, Belgique; licencié en économie; expert, notamment, d'économie et de problèmes macroéconomiques auprès de la Commission de la CEE, Direction générale pour l'économie générale et la finance; membre du Comité fédéral du Mouvement européen; domicile:
Tervurenlaan 175, B-1150 Bruxelles, tél. 02-7364437.
Elisa KEHLET, interprète au Parlement européen; domicile:
Hertogenlaan 18, B-1970 Wezembeek-Oppem, Belgique; tél. 02-7313456;
Grégoire MAERTENS, ancien haut fonctionnaire au Ministère des Finances belge, actuellement en retraite; professeur à l'Ecole supérieure des sciences physiques de Bruxelles; ancien président et à présent membre du comité directeur de l'Universala Esperanto-Asocio (Association espérantiste mondiale), directeur de l'Eùropa Esperanto-Centro (Centre européen pour l'espéranto); domicile:
Prins Leopoldstraat 51, B-8310 Bruges, Belgique, tél. 050-354935.
Giovanni MARTINETTO, licencié ès lettres, juriste, titulaire d'un diplôme postuniversitaire d'études européennes de l'Université de Bruxelles; pendant 20 ans traducteur au Conseil des Ministres européen; domicile:
rue des Bataves 33, B-1040 Bruxelles, Belgique, tél. 02-2346840.
Edward SYMOENS, licencié en philologie germanique, ancien directeur des écoles belges à Kinshasa, Zaïre, et à Kigali, Rouanda, actuellement en retraite; ancien président de l'Internacia Ligo de Esperantistaj Instruistoj (Ligue internationale des enseignants espérantistes); domicile:
Pustesteenweg 151, B-2920 Kalmthout (Heide), Belgique, tél. 03-6666266.
ANNEXE 2
DELEGATION POUR LES AUDIENCES
Les composants du groupe de travail - Michael CWICK, Elisa KEHLET, Hans ERASMUS, Grégoire MAERTENS, Eward SYMOENS, Giovanni MARTINETTO - déjà cités dans l'"Annexe 1" seront secondés lors des audiences par une délégation d'experts en espéranto:
Dr. U. BROCCATELLI, Via Brodolini 10, I-00139 Rome, Italie.
Dr. A. CHITI BATELLI, Via B. Intieri 10, I-00191 Rome, Italie.
Prof. M. DUC GONINAZ, Val Saint-Georges 25, Chemin de l'Echelle, F-13100 Aix-en-Provence, France.
Prof. Dr. H. FRANK, Kleinenbergerweg 16A, D-W-4790 Paderborn, Allemagne.
Prof. I. KOUTNY, Université Eötvös, Chaire de linguistique - Section espéranto, P.f. 107, H-1364 Budapest, Hongrie.
Dr. U. LINS, Gemarkenstr. 150, D-W-5000 Köln, Allemagne.
Prof. A. A. NUÑEZ, Carreras Candi 34-36, E-08028 Barcelona, Espagne.
Prof. Cl. PIRON, Chemin des Rameaux, CH-1296 Coppet, Suisse.
Prof. Dr. H. TONKIN, Office of the President, University of Hartford, West-Hartford CT 06117-0395, USA.
Section Espéranto, P.f. 107, H-1364 Budapest, Hongrie.
Prof. J. C. WELLS, 5 Popler Road, Merton Park, London SW 19 3 JR, Grande Bretagne.
ANNEXE 3
NOTES SUR QUELQUES PROGRAMMES DE LA CEE CONCERNANT L'ENSEIGNEMENT, L'EDUCATION ET LA JEUNESSE
1. ERASMUS
C'est un programme d'action commune en faveur de la mobilité des étudiants. L'objectif essentiel de ce programme depuis 1987 est d'augmenter la mobilité des étudiants et la collaboration dans le secteur de l'enseignement supérieur.
2. COMETT
C'est un programme commun concernant l'éducation et l'enseignement dans le domaine de la technologie.
3. JEUNESSE POUR L'EUROPE est un programme d'échange pour les jeunes qui entrent dans le monde du travail.
Selon la Commission de la CEE, il ne faut pas minimiser l'importance des échanges. Ceux-ci contribuent non seulement à faciliter les libres rapports entre les habitants de la Communauté, mais ils favorisent également l'idée de l'"Europe des citoyens". Pour cette raison, la CEE a développé deux programmes afin de rendre possibles ces échanges de jeunes: le programme d'échange des jeunes qui entrent dans le monde du travail et le programme "Jeunesse pour l'Europe".
4. EURYDICE et ARION
Eurydice est le programme concernant le réseau d'information pour l'éducation dans la CEE.
En outre, des accords ont été pris pour diffuser la connaissance réciproque des systèmes scolaires à travers l'organisation de visites d'étude, en particulier pour les spécialistes en didactique: c'est le programme Arion.
5. PETRA
Petra est le programme d'action de la CEE pour l'apprentissage des jeunes et leur préparation au travail et à la vie adulte.
6. EUROTECNET
Ce programme d'action concernant les nouvelles technologies informatiques a pour but de développer la préparation au travail avec les nouvelles technologies.
7. IRIS
Concerne un réseau euopéen pour la préparation au travail destiné essentiellement aux femmes.
8. LINGUA
Ce programme a été approuvé par une résolution du Conseil en date du 28 juillet 1989.
Le programme "Lingua" a pour but d'améliorer quantitativement et qualitativement la connaissance des langues étrangères parmi les habitants de la CEE.
Le programme permet de soutenir et de compléter les activités des Etats membres dans ce domaine à travers des actions communes.
Il est examiné plus en détail dans le paragraphe "La communication dans la Communauté européenne", au point 2.
ANNEXE 4
QU'EST-CE QUE L'ESPERANTO?
Cette langue a été constituée sur des bases provenant des langues indo-européennes, asiatiques et africaines. Ludovic Zamenhof, qui publia le premier livre sur cette langue en 1887 à Varsovie (en Pologne, alors partie de l'empire russe), comme projet, n'a jamais eu l'intention de l'introduire pour la substituer aux langues nationales ou régionales. Tous ceux qui utilisent aujourd'hui l'espéranto sont de cet avis.
L'esperanto s'apprend plus facilement que les autres langues. Il se prononce comme il s'écrit. Les règles de prononciation sont fixes. La grammaire se fonde sur 16 règles.
Afin de mettre en évidence la facilité de l'espéranto, nous présentons dans le tableau ci-dessous certains mots désignant des personnes liés par des relations familiales, en français avec la traduction en espéranto. On peut voir que l'espéranto n'utilise qu'un seul article. Les substantifs ont une finale en -o; le sexe féminin s'exprime à l'aide du suffixe -in-; les adjectifs ont une finale en -a. On a en français au contraire plusieurs terminaisons différentes pour le substantif. Pour indiquer le genre en français, il faut trois articles définis pour le singulier et trois autres pour le pluriel, sans compter les articles indéfinis; de plus la forme de l'adjectif dépend du genre.
le père la patro
la mère la patrino
l'oncle la onklo
les pères la patroj
les mères la patrinoj
les oncles la onkloj
un frère frato
une soeur fratino
mon cher oncle mia kara onklo
ma chère tante mia kara onklino
En ajoutant une quarantaine de préfixes et de suffixes aux racines, on peut créer suffisemment de mots pour pouvoir tout exprimer. Ce système se retrouve dans les langues asiatiques et africaines. Par sa structure, l'espéranto n'est pas une langue européenne, même si ses raicnes proviennent des langues indo-européennes1.
Dans le tabeau suivant, on trouve le mot malsana (malade) formé sur la base du mot sana (sain) en ajoutant le préfixe mal- (qui indique le contraire). A l'aide du suffixe -ul-, on indique que la personne est malade, tandis que le lieu où se trouve les personnes malades (hôpital) est indiqueé avec le suffixe -ej-:
sana sain (adjectif)
malsana malade (adjectif)
malsanulo un malade
malsanulejo hôpital
Cette langue est particulièrement adaptée à l'enseignement d'orientation linguistique. La connaissance de l'espéranto, surtout lorsqu'on est jeune, facilite l'apprentissage d'autres langues. Cela aide en outre à penser logiquement. L'étude de l'espéranto pendant une année fournit une "connaissance passive" qui rend accessible n'importe quel texte dans cette langue, tant littéraire que scientifique2.
Nombreux sont ceux qui croient que l'espéranto a moins de qualités par rapport à une langue plus naturelle ou bien existant depuis plus de temps. il s'agit là d'une équivoque bien enracinée, car on oublie le fait que de nombreuses langues se sont formées d'une manière relativement artificielle, consciemment ou non, au cours de leur existence. Des exemples de langues construites de manière consciente sont l'indonésien, la langue officielle de la Norvège, et l'hébreu moderne, la langue d'Israël. Mais même des langues comme l'allemand littéraire, l'italien, le swahili, mais aussi le français et l'anglais, se sont formées de manière artificielle à un certain moment de leur histoire.
Du reste, l'espéranto a évolué et continuera d'évoluer de la même manière que les langues naturelles. Est-il possible d'exprimer en espéranto les subtilités délicates des émotions, écrire des poésies ou bien discuter à un haut niveau intellectuel? Cette question s'appuie en fait sur trois suppositions:
a. Les langues ethniques sont naturelles, alors que l'espéranto est seulement une langue artificielle.
b. Seuls les langues naturelles peuvent exprimer des émotions.
c. La communication à un haut niveau intellectuel est possible seulement à travers les langues naturelles.
A propos du point a., on peut faire les observations suivantes:
Une langue est un phénomène social. Il existe un effet réciproque entre deux forces: une force interne (avec un aspect psychologique) et une force externe (avec une influence de la part du groupe, du milieu familial et social). Si un enfant apprend le mot aller, il tend à dire j'alle. Une force externe le corrige en je vais.
C'est donc le groupe qui oblige l'enfant à modifier la diffusion naturelle d'un usage linguistique. La langue hollandaise actuelle (néerlandais) est née de l'influence réciproque de différents dialectes (aspect naturel) et d'une intervention consciente (règles orthographiques, style des auteurs, enseignement). On a d'autres exemples avec l'influence de Dante sur l'italien ou de Lutter sur l'allemand littéraire. Le norvégien moderne est né de manière artificielle au début de ce siècle sur la base d'un dialecte norvégien, de certains autres dialectes et du vieux norvégien. La langue indonésienne ou Bahas Indonesia fut construite après 1945 de manière artificielle sur la base de la langue malaise.
A propos du point b.:
On a publié des milliers de poésies ou de poèmes écrits en original en espéranto. Parmi la centaine de revues et journaux qui sont publiés, il en est à caractère littéraire qui publient régulièrement de nouveaux textes littéraires et poétiques. Au fil des ans, un nombre considérable de romans ont vu le jour écrits en original en espéranto.
Les espérantistes participent depuis plusieurs années au Festival de Poésie de Rotterdam.
Il y a quelques années, le Secrétaire permanent de l'Académie française, Maurice Genevoix, fit la déclaration suivante:
»L'espéranto est apte à exprimer les plus subtiles des idées et des émotions; en conséquence l'espéranto est en mesure d'exprimer des idées suivant les meilleurs canons littéraires et esthétiques. La langue peut aussi satisfaire l'esprit le plus suspicieux et obstiné .
Sur le point c.:
On a publié en espéranto des ouvrages sur les sciences les plus diverses: politique, problèmes sociaux, médecine, philosophie, etc... Il existe également des associations d'espérantophones pour différentes disciplines, qui se réunissent régulièrement, essentiellement en congrès.
Les expériences ont montré que l'on peut s'exprimer plus facilement sans ambiguité en espéranto que dans d'autres langues.
Des essais de traduction ont montré que l'espéranto comme langue-pont a donné de meilleurs résultats par rapport aux langues nationales utilisées à cet effet. On comprend donc que le Bureau pour le développement des systèmes (BSO) à Utrecht (Pays-Bas), soutenu à l'époque financièrement par la Communauté européenne et le Ministère de l'Economie des Pays-Bas, ait choisi l'espéranto comme langue-pont pour un projet relatif à la traduction automatique.
Au niveau international, la valeur de l'espéranto a été reconnue dans le cadre de la Ligue des Nations. En 1922, un rapport a souligné la signification de l'espéranto comme langue internationale véhiculaire et s'est exprimé favorablement. En particulier, une enquête auprès des enseignants d'espéranto a démontré l'utilité de cette langue pour les étudiants qui se consacrent ensuite à l'étude d'autres langues, et bien d'autres avantages.
Mais les efforts pour introduire la langue dans l'enseignement scolaire ont échoué à cause de la réaction des représentants du Gouvernement français.
La première reconnaissance officielle de l'espéranto a été obtenue quelques années plus tard, lorsque son utilisation fut admise pour les télégrammes.
En 1954, l'Assemblée plénière de l'UNESCO à Montevideo a approuvé une résolution qui soulignait la signification de l'espéranto pour le rapprochement des peuples. D'après cette résolution, les résultats obtenus ua moyen de l'espéranto sont parfaitement conformes aux finalités et aux idéaux de l'UNESCO.
En 1985, l'Assemblée plénière del'UNESCO à Sofia a confirmé à nouveau la signification de l'espéranto et souligné l'important progrès obtenu dans le domaine de la compréhension réciproque des peuples et des cultures de pays différents. Dans la résolution, il a été proposé de suivre le développement de l'espéranto et demandé aux Etats membres de promouvoir l'étude des problèmes relatifs aux langues, ainsi que de l'introduction de l'espéranto dans les écoles et dans les instituts supérieurs.
Citons enfin l'article 2, premier paragraphe, de la Déclaration universelle des droits de l'homme, approuvé par l'Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948: »Tous les droits et les libertés définies dans cette déclaration sont valables de la même manière pour tous les hommes, sans aucune différence de race, de couleur de la peau, de sexe, de LANGUE3, de religion, d'opinion politique ou de tout autre genre, d'origine nationale ou sociale, de propriété, de naissance ou d'autre condition .
DIX AVANTAGES DE L'ESPERANTO
Les avantages de la diffusion de l'espéranto comme seconde langue dans la CEE peuvent se résumer en dix points. Certains éléments ont déjà été évoqués précédemment.
1. L'espéranto est l'instrument pour la communication réciproque le plus facile, le plus neutre et le plus expérimenté. "Neutre" au sens où un Espagnol, par exemple, parlant anglais avec un Britannique se trouve presque toujours dans une position d'infériorité, alors que l'utilisation de l'espéranto exclut la domination de l'un ou l'autre.
2. La connaissance de l'espéranto facilite l'étude des langues étrangères. L'enseignement de l'espéranto aux jeunes de 10 à 15 ans a une grande valeur propédeutique pour l'étude d'autres langues. Dans la deuxième partie de ce document, on trouvera un exposé spécifique sur ce thème4.
3. Même la compréhension de la structure de la langue maternelle s'en trouve renforcée, du fait que l'espéranto est une langue systématique. Il est probablement plus facile de s'exprimer en espéranto qu'avec n'importe quelle langue non-maternelle.
4. Ce système aide également à penser logiquement. Il a une influence favorable sur l'étude d'autres matières, notamment les mathématiques.
5. Comme on l'a déjà dit, on parvient rapidement à une "connaissance passive" de cette langue internationale, si bien que très vite on peut avoir accès à tous les genres de littérature qui ont été ou qui seront traduites en espéranto, de même qu'à la littérature originale en espéranto (prose, poésie, dissertations scientifiques).
6. il n'y a aucune remise en cause, pas même de la part des espérantistes, de l'étude des langues étrangères. Toutefois le problème est de savoir si l'étude des langues étrangères, telle qu'elle est menée actuellement, a des résultats proportionnels aux ressources qui lui sont consacrées en hommes et en argent. En disposant d'un instrument de communication plus simple, qui donne en même temps à l'apprenant la possibilité de maîtriser d'autres langues à la fois plus rapidement et mieux, on réduit, d'un côté, la nécessité de connaître des langues étrangères et, d'un autre, on allège le poids de l'apprentissage pour tous ceux qui auront besoin de toute façon d'apprendre des langues étrangères, sans avoir d'aptitude particulière pour cela. Ainsi, les énergies de ces élèves pourraient être utilisées dans d'autres secteurs, avec de plus grandes chances de profit.
Les responsables des décisions sur l'enseignement des langues ne doivent pas partir de leur connaissance personnelle des langues. Ils doivent au contraire prendre en considération la situation d'un enfant qui commence l'étude des langues, et c'est précisément pour cet enfant que doit être lancé un plan à long terme sur la base du projet présenté.
7. L'étude de l'espéranto relativement tôt pendant au moins deux ans amène à une connaissance de cette langue comparable à celle obtenue après 5 ans d'étude intensive d'une langue comme l'allemand, l'anglais, le français, l'italien, l'espagnol ou tout autre langue de la CEE. L'étude relativement tôt de l'espéranto peut libérer des énergie dans d'autres directions, comme par exemple:
meilleure étude d'une autre langue, y compris de la langue maternelle;
étude d'une seconde langue au choix; par exemple d'une langue régionale ou minoritaire;
plus de temps à disposition pour les aspects culturels de la langue étrangère étudiée et pour les autres matières. De fait, les habitants de la Grande Bretagne et de l'Irlande bénéficient déjà de ces avantages.
8. L'introduction de l'espéranto dans la CEE serait une contribution importante au processus d'intégration économique et sociale. En outre, cela ferait progresser chez les citoyens européens un mode de penser et d'agir européen ou international, voire mondial.
9. Une meilleure communication dans tous les secteurs de l'intégration européenne conduirait déjà à d'énormes économies. Ces économies apparaîtront certainement d'une manière concrète et visible au niveau des coûts directs et indirects déjà cités et qui seront traités dans le détail à l'ANNEXE 6.
Afin d'éviter d'éventuelles équivoques, soulignons à nouveau que cette langue internationale ne vise qu'à la communication internationale. Ainsi, pour de nombreux documents, lois, dispositions, etc.., il faudra continuer à utiliser les 9 langues officielles, et même éventuellement d'autres langues.
Les économies ainsi faites libéreraient des ressources qui pourraient être destinées à une politique de l'environnement ou aux Pays en voie de développement.
10. Les règles de prononciation sont fixes; l'espéranto est pour ainsi dire une langue phonétique.
NOTES
1) Voir l'opuscule de Cl. PIRON, "L'esperanto: lingua europea o asiatica?", publié en italien dans le n. 7-8, 1978, (cahier K, n. 5) de la revue "l'esperanto", organe de la Fédération espérantiste italienne, via Villoresi 38, Milan.
2) Voir aussi: »La richesse, la précision et la flexibilité de la formation des mots conduisent à une traduction plus précise en espéranto que dans les langues naturelles; les expériences de rétro-traduction l'ont clairement démontré. Précis d'interlinguistique par M. MONNEROT-DUMAINE, Librairie Maloine, Paris 1960, p. 98.
3) Les majuscules sont dues aux auteurs.
4) D'un autre côté, d'après de récentes publications aux Pays-Bas, l'anglais comme matière obligatoire à l'école de base, dans le but de faciliter l'étude de cette même langue dans les classes suivantes, a donné des résultats mauvais ou nuls. En Flandres, cela a conduit à l'interdiction d'étudier toute langue étrangère avant la cinquième année de l'école, car cela peut avoir, à ce stade, une influence négative sur la langue maternelle elle-même.
ANNEXE 5
ESQUISSE D'UNE NOUVELLE POLITIQUE DES LANGUES POUR LA COMMUNAUTE EUROPEENNE
A. Introduction.
1. Selon le témoignage de nombreux observateurs impartiaux, dans toutes les couches de la société et dans tous les pays, il semble se confirmer que la connaissance et la maîtrise des langues, y compris la langue maternelle, sont insuffisantes et tendent à régresser pour différentes raisons.
1.1. De nombreuses personnes, par manque de talent naturel ou d'intérêt, ne sont pas capables d'apprendre les langues étrangères, et même souvent correctement leur propre langue.
1.2. L'apprentissage des langues étrangères a lieu le plus souvent dans l'enseignement secondaire, sans aucune préparation préliminaire, comme c'est le cas au contraire pour les mathématiques, les sciences, la géographie, l'histoire, etc...
1.3. L'école étant obligatoire, ce qui est socialement tout à fait justifié, trop d'élèves manquent de motivation pour poursuivre des études, surtout en langues.
1.4. Généralement, il manque chez les élèves la plus élémentaire des notions à propos du phénomène "langue", il leur manque la connaissance des concepts de base, qui sont universels, à propos de la langue. Ils ne saisissent pas la logique des schémas de la déclinaison ou de la conjugaison, car ils ne peuvent pas faire de comparaison avec une langue qui possèderait toutes les caractéristiques fondamentales des systèmes linguistiques. Un tel schéma transparent, illustrant les déclinaisons, les conjugaisons et les autres fonctions grammaticales aurait pourtant une valeur propédeutique, c'est-à-dire préparatoire et de soutien.
2.1. Ceux qui sont favorables à l'enseignement du latin se fondent surtout sur l'argument selon lequel cet enseignement constituerait une introduction à l'étude des autres langues et qu'il améliorerait la raisonnement rationnel, ainsi que la discipline mentale et la maturité des élèves.
2.2. Ceux qui, en plus, proposent l'utilisation du latin comme instrument de communication interethnique, éventuellement sous une forme simplifiée, mettent en avant le fait qu'il s'agit d'une langue neutre, qui n'avantage aucune nation en particulier.
2.3. Jusqu'à il y a environ deux siècles, et dans l'Eglise catholique il y a encore peu de temps, le latin a été l'instrument de communication internationale des plus hautes couches de la société.
Cela n'est plus vrai aujourd'hui, ni même plus possible, à cause de la démocratisation de la société, qui exige, au moins en théorie, une égalité de droits pour tous les citoyens.
2.4. La langue latine, par sa difficulté et parce qu'elle ne s'est pas adaptée à la société moderne, a peu de chances de pouvoir redevenir un moyen de communication internationale.
2.5. Toutefois, aujourd'hui comme jamais auparavant, l'humanité a besoin d'un instrument de communication qui soit neutre, mais beaucoup plus facile que le latin; et ce sera d'autant mieux, si cet instrument de communication possède en plus les qualités propédeutiques que le latin a démontré posséder pendant des siècles.
3.1. Cet instrument de communication existe: c'est l'espéranto, cette langue planifiée qui fonctionne parfaitement à l'échelle du monde entier, qui n'appartient à aucune ethnie, à aucune nation, mais à toute l'humanité; et qui, avec sa structure transparente et son corps grammatical et lexical, possède les caractéristiques nécessaires pour pouvoir prépararer les jeunes enfants à mieux comprendre le phénomène "langue", à condition qu'on le leur enseigne avant les autres langues étrangères.
3.2. L'espéranto dispose d'un nombre limité de morphèmes et d'éléments grammaticaux, par ailleurs très simplifiés, qui sont nécessaires à son fonctionnement; il est dépourvu de tous les éléments superflus qui se retrouvent dans les langues ethniques, ce qui facilite énormément son apprentissage.
A cause de sa structure, grâce à sa clarté et à sa régularité, l'espéranto pourrait être considéré comme un modèle formalisé/systématisé de langue: il contient ce qui est commun à toutes les langues, c'est-à-dire les ingrédients fondamentaux de chaque grammaire. Il permet de comprendre la structure des autres langues, de les comparer entre elles, de comprendre les mécanismes grammaticaux, par ex. ceux qui ont trait à la formation des mots ou des notions grammaticales comme les catégories de mots. Le fait d'être familiarisé à ces problèmes facilite l'étude d'autres langues.
Grâce au caractère international des éléments lexicaux et de la grammaire de l'espéranto, ceux qui parlent cette langue connaissent en même temps (de différentes manières) les éléments structuraux de nombreuses langues. Ce facteur permet à l'apprenant de dédier une plus grande attention aux points qui présentent plus de difficulté.1
4. Conclusions.
4.1. Il a été démontré, à la suite d'expériences dans plusieurs pays, que l'espéranto comme langue internationale pouvait jouer le rôle de "latin moderne", mais, à la différence du latin, il ne concerne pas un milieu restreint, une petite élite intellectuelle, mais constitue, pour toutes les couches de la société, pour tous les citoyens, un instrument de communication complet et valable.
4.2. L'espéranto, comme auparavant le latin, grâce à ses caractéristiques spécifiques, facilite l'étude des autres langues.
4.3. Grâce à ces deux avantages, l'espéranto pourrait être à la base d'une nouvelle conception du plurilinguisme dans la CEE, et consentirait l'élaboration d'une nouvelle politique des langues plus réaliste. A condition que les responsables politiques aient la volonté politique de prendre en considération et d'examiner les avantages et les possibilités qui viennent d'être présenté ici. Sans cette volonté politique et sans une approche du problème sans préjugés, aucune solution n'est possible.
B. La valeur propédeutique de la langue internationale espéranto.
Bases pour une nouvelle politique des langues:
1. contribuer à la sauvegarde de la diversité linguistique et culturelle de l'Europe;
2. permettre des relations transnationales, culturelles et commerciales, dans une langue commune sans discrimination;
3. faciliter l'enseignement et l'étude des langues nationales étrangères;
4. éviter la domination d'une ou de deux langues majeures dans l'enseignement des langues étrangères; la proposition qui suit est seulement une esquisse, qui demande naturellement une étude et une élaboration plus détaillée. Elle vise seulement à placer l'enseignement des langues étrangères dans une perspective qui lui assurerait une plus grande efficacité.
L'ENSEIGNEMENT DES LANGUES DANS LES ECOLES:
1. Tous les jeunes enfants apprennent leur propre langue régionale et leur propre langue nationale, en famille et/ou à l'école, suivant la préférence des parents.
2. Au bout de 5 ou 6 ans d'école obligatoire, tous les enfants choisissent en plus d'étudier au moins une langue étrangère de leur choix.
3. L'enseignement et l'apprentissage de la (ou des) langue(s) étrangère(s) choisie(s) sont facilités à travers l'étude préparatoire, pendant une période limitée, d'une langue neutre planifiée comme la langue internationale espéranto, grâce à la valeur propédeutique de cette langue. Il y a deux possibilités:
3.1 Dans certains pays (Allemagne et Suède), on étudie de manière expérimentale l'anglais à partir de la 3ème et de la 4ème classe de l'école de base à raison de deux heures par semaine, afin de rendre possible une étude plus intensive par la suite; des expériences ont montré cependant que le même résultat peut être atteint, et même amélioré, si l'enseignement de l'anglais au cours de la 3ème et de la 4ème classe est substitué par un cours d'orientation linguistique dans une langue planifiée logique, comme la langue internationale espéranto.
3.2. D'autres expériences, dans des pays où l'enseignement d'une langue étrangère commnence au cours de la 5ème année de l'école de base, ont montré qu'un tel cours d'orientation linguistique peut être conduit à travers un enseignement d'espéranto pendant 100 heures (de 20 à 25 semaines), avant que ne commence le cours de langue étrangère.
4. Selon les possibilités des différents pays, tous les élèves doivent avoir l'occasion d'étudier autant de langues qu'ils peuvent en assimiler.
5. Au cours des études ultérieures, les élèves peuvent se spécialiser dans les différents secteurs concernant la (ou les) langue(s) qu'ils auront choisie(s): enseignement, tourisme, commerce et industrie, secrétariat, traduction, interprétariat, etc...
COMMENTAIRES:
1. BASES DE LA PROPOSITION:
La proposition d'enseigner, à partir de la 5ème année de l'enseignement élémentaire, la langue internationale espéranto se base sur les considérations suivantes:
a) par sa valeur propédeutique (comme pour le latin!), l'espéranto constitue une introduction et une préparation à l'étude d'autres langues, y compris de la langue maternelle;
b) pour cette raison, il aide aussi à révèler les capacités des élèves à apprendre et à assimiler d'autres langues, ce qui facilitera les choix dans l'enseignement secondaire. Même les enfants qui ne poursuivront pas l'étude d'autres langues disposerons en attendant d'un instrument de communication tout à fait valable et utilisable.
c) Le fait que les élèves soient capables, après quelques heures d'études, de communiquer avec des élèves d'autres pays sur une base d'égalité linguistique, créé un esprit européen d'égalité dans la diversité et oeuvre pour une cémentation de tous les citoyens communautaires.
d) Selon le système actuel, tous les élèves, capables ou non, motivés ou non, sont obligés d'étudier une ou plusieurs langues étrangères, ce qui explique en grande partie les résultats insuffisants déplorés par tous les observateurs impartiaux.
2. NECESSITE D'EXPERIENCES LINGUISTIQUES
Il faut évidemment que des décisions politiques soient prises pour que la nouvelle politique des langues soit appliquée tant dans le domaine de l'enseignement que dans celui de l'utilisation. Les décisions dépendent de la majorité. Dans la situation actuelle, on peut déjà noter les signes en Europe d'un problème croissant de discrimination dans la communication, même avec 9 langues officielles. L'élargissement de la Communauté à 20 Etats membres avec des langues à parité de droit ne ferait qu'empirer la situation.
Les hommes politiques hésitent à accepter une solution qui, d'après l'opinion publique, n'a aucune chance de succès. En conséquence, non seulement les hommes politiques, mais aussi le public en général doivent reconnaître les difficultés de la situation actuelle et les avantages de la nouvelle politique des langues, qui non seulement favorise le plurilinguisme, mais en même temps protège la langue et la culture de chacun.
3. CONNAISSANCE DES LANGUES PARMI LE PERSONNEL DES INSTITUTIONS EUROPEENNES
L'accord officiel entre les Etats membres sur l'égalité de principe de toutes les langues officielles dans la Communauté européenne doit être respecté, de même que l'exigence que tout employé connaisse au moins une langue officielle autre que la sienne.
Dans la proposition, on pourrait prévoir un accord supplémentaire exigeant la connaissance d'une langue neutre planifiée comme l'espéranto pour tous les employés (ou au moins pour les nouveaux).
4. CHAMPS DES EXPERIENCES LINGUISTIQUES DANS LA CEE
Dans les écoles:
Au moins dans deux écoles de l'enseignement obligatoire dans chaque pays de la Communauté européenne, on réalisera parallèlement l'enseignement normal des langues étrangères et l'enseignement expérimental du cours d'orientation linguistique pendant le cycle scolaire d'une langue étrangère. Ces expériences peuvent avoir lieu dans le cadre du programme LINGUA.
Dans les organisations européennes:
Des expériences avec des employés de différentes langues maternelles, pour vérifier s'il est possible de communiquer dans la vie professionnelle quotidienne à l'aide d'une langue planifiée ccomme la langue internationale espéranto.
Institutions européennes et administrations et services publics nationaux:
Des expériences entre le personnel des institutions européennes et le personnel des institutions et des administrations publiques de différents niveaux (national, régional, local) dans les Etats membres.
Université:
Expériences parmi les chercheurs et/ou étudiants dans le cadre du programme ERASMUS.
5. ANNOTATIONS FINALES
5.1. Au cours des 70 dernières années se sont déroulées dans différents pays de nombreuses expériences au cours desquelles la valeur propédeutique a été étudiée et confirmée. Cependant, il pourrait être utile de répéter des expériences similaires au sein de la Communauté européenne.
5.2. Dans un document plus ample2, nous faisons référence dans le détail aux aspects théoriques et pratiques de la valeur propédeutique de l'espéranto et à l'engagement favorable dans ce sens de la Ligue des Nations dans les années 20 sur la base d'un rapport selon lequel l'étude de l'espéranto facilite l'étude d'autres langues étrangères.
Ce document comprend une ample bibliographie sur le sujet.
NOTES
1) M. MAJERCZAK, Propédeutique du français et de l'espéranto (thèse de diplôme universitaire, 1982).
2) Edité en italien sous le forme d'un Numero speciale 1990 de la revue l'esperanto (8/), 1990), organe de la Fédération espérantiste italienne, via Villoresi 38, Milan.
ANNEXE 6
LES COUTS DE LA MULTIPLICITE DES LANGUES
1. Introduction
Le présent document se propose d'attirer l'attention sur les coûts dus à la pluralité des langues dans les 12 Etats membres de la Communauté européenne, ainsi que sur les coûts de traduction et d'interprétation dans la CEE.
2. Coûts de l'enseignement des langues
2.1. Dans les paragraphes suivants, on évaluera les coûts relatifs à l'enseignement des langues. Lorsque les données sont insuffisantes ou trop fragmentaires, on indiquera sur quelles bases se fera l'évaluation; il s'agit de définir au moins un ordre de grandeur.
2.2. Les statistiques relatives à la Belgique, fournies par le Ministère belge de l'Education nationale, mentionnent pour 1989 une somme moyenne de 3943 ECU pour l'instruction d'un élève normal pendant un an dans l'enseignement secondaire. D'après Le Quotidien de Paris, du 5 avril 1990, ces coûts sont pour la France de l'ordre de 2957 ECU.
Il faut ajouter à cela les coûts qui sont directement à la charge de l'étudiant, par exemple lorsque le matériel didactique est à ses frais, etc... Ces données, ainsi que d'autres, comme les heures destinées à l'enseignement des langues, ne sont pas reportées ici. Les différences entre les différents systèmes scolaires nationaux sont telles qu'une confrontation pourrait conduire à des conclusions erronées.
Ces différences sont clairement soulignées dans la statistique de l'OESO (Organisation pour la collaboration économique et le développement) de 1987. Ces dépenses correspondent en Belgique à 6% du produit national brut; au Danemark à 7,6%, en Grèce à 2,6%, en Espagne à 2,5%.
2.3. Les coûts directs de l'enseignement des langues étrangères.
Nous savons déjà qu'en Belgique les coûts pour un élève de l'enseignement secondaire sont de l'ordre de 3943 ECU. Confrontons ce chiffre avec tous les pourcentages des coûts scolaires par rapport au produit national brut de 1987 (pour 1989, il peut y avoir une petite différence), dont la valeur moyenne pour la Communauté européenne est de 5,3. Pour la Belgique, ce pourcentage est de 6%. Ainsi, nous pouvons trouver les dépenses pour chaque élève par an dans la Communauté:
3943x5,3/6 = 3500 (valeur arrondie). Nous ne disposons pas de statistiques sur le nombre des élèves dans l'enseignement secondaire dans la Communauté, c'est pourquoi nous devons continuer le calcul sur la base de la population. Les élèves en Belgique dans l'enseignement secondaire, d'après les données du budget (FORUM, NKSO nr. 11/12, juin 1990), sont de l'ordre de 442.000 (année scolaire 1988/89), donc les dépenses pour la Belgique, si l'on prend le pourcentage moyen pour la Communauté, sont de l'ordre de 1.547 millions d'ECU.
Le produit avec le rapport entre la population de la Communauté toute entière et celle de la Belgique (340 millions / 10 millions) nous donne un résultat de 50 milliards d'ECU (dépense pour l'enseignement secondaire dans l'ensemble de la Communauté). La dépense pour l'enseignement des langues étrangères n'est qu'une partie de cette dépense et elle doit être calculée sur la base des horaires scolaires. Les différents systèmes dans les pays de la Communauté et les différences, à l'intérieur de chaque pays, entre tous les programmes possibles ne permettent pas de trouver une base acceptable. On peut aller de 50% à 10%.
3. Coûts de traduction et d'interprétation dans le commerce et dans l'industrie.
Il ne faut pas minimiser les coûts dus à la multiplicité des langues pour l'industrie et pour le commerce dans la Communauté. Pour de nombreux appareils, il faut préparer un manuel d'instruction en différentes langues. Dans les emballages de médicaments et d'insecticides pour l'agriculture, par exemple, il faut inclure des modes d'emploi dans plusieurs langues.
Dans le rapport japonais JEIDA (Japan Electronic Industry Development Association) datant de 1989, fondé sur le rapport américain APALC (Automatic Language Processing Advisory Committee), on trouve un chiffre sur le nombre de pages traduites pour le commerce et l'industrie japonaise: il s'agit de 240 millions par an. Si l'on veut transposer cette donnée en l'adaptant à la Communauté européenne, il convient de l'apprécier avec une très grande prudence, car:
les densités industrielles et commerciales dans la Communauté dépassent celles du Japon;
la traduction pour le marché intérieur est plus indispensable pour la Communauté (avec neuf langues) que pour le Japon.
Le calcul est simple:
240 millions de pages pour le Japon, multiplié par 340 millions d'habitants dans la Communauté et divisé par la population du Japon de 123 millions donne 660 millions de pages. En calculant 60 ECU pour la traduction, la dactylographie, la photocopie ou l'impression, le stockage, l'archivage, etc..., les dépenses pour la Communauté européenne sont de l'ordre de 40 milliards d'ECU par an.
4. Les coûts pour le secteur touristique et pour les télécomunications.
Le rapport japonais mentionné ci-dessus comprend également les traductions à usage touristique. D'un autre côté, il y a aussi les coûts des excursions, des visites, de l'hébergement, des restaurants, etc...
De nombreuses associations de tourisme dans les villes, les régions et les Etats publient des dépliants dans différentes langues. Souvent, les informations sont plus abondantes pour certaines langues.
Le résultat est que le touriste, s'il appartient à un groupe linguistique pour lequel l'information disponible est limitée, s'efforce de trouver des informations dans son propre pays, donc avec une base informative plus limitée. Du point de vue macro-économique, les coûts vont augmenter.
La demande des services de traduction et d'interprétation dans le secteur des mass media radio-télévisés augmente sans cesse à cause de l'augmentation de l'écoute des émissions au delà des frontières du pays émetteur. Par exemple, le système de réception d'émissions par satellite ou bien la transmission par cable rendent possible dans chaque pays de la Communauté européenne le choix entre 10, voire 20 programmes. La majeure partie en langues étrangères.
Les différentes stations doivent nécessairement toucher le public le plus vaste possible. C'est surtout vrai pour les émetteurs à partir d'un territoire linguistique réduit, afin d'économiser sur les coûts. Souvent, il faut choisir entre des programmes originaux et des programmes en langue étrangère avec ou sans sous-titres. Les sous-titres sont cependant nécessaires, si l'on ne veut pas perdre son propre public. Pour des raisons de coûts, on limite le doublage, aux dépends de la fluidité visuelle.
Cela rend plus difficile la concurrence entre les stations des petits pays, avec un groupe linguistique faible, et celles des grands territoires linguistiques. Les programmes dans la langue d'un grand groupe linguistique peuvent être produits à un coût moindre, car les possibilités de distribution sont plus importantes.
Systématiquement, les pays avec un groupe linguistique faible, bon gré ou mal gré, louent des programmes en langue anglaise.
Pour cette raison, les producteurs de cinéma de langue hollandaise ont décidé de ne plus lancer de films dans leur langue, sauf cas exceptionnel. Pour des raisons de coûts, on préfère utiliser l'anglais. Cette évolution ne peut que nuire à la culture de langue hollandaise.
6. Rencontres internationales.
La demande de contacts internationaux dans le domaine de la science et de la technique, dans la vie sociale et dans les différents secteurs économiques, dans la culture, l'éducation, etc..., ne fait qu'augmenter le nombre des rencontres en dehors des frontières des Etats. Ces rencontres ont lieu non seulement dans les pays de la Communauté, mais aussi dans différents pays du monde. L'ONU organise de nombreux congrès internationaux. Dans le rapport de la JIU (Joint Inspection Unit, doc. JIU/REP/80/7), on a calculé les coûts et le temps nécessaire pour traduire 25 pages de l'anglais dans les autres langues de travail. Il faut 100 jours et les coûts sont de l'ordre de:
2683 ECU pour l'arabe,
3733 ECU pour le chinois,
1867 ECU pour le français,
4433 ECU pour l'allemand,
1867 ECU pour l'espagnol,
2030 ECU pour le russe,
c'est-à-dire un total de 16.613 ECU; ce qui fait que chaque page traduite en six langues revient à 664,5 ECU. Une page traduite dans une seule langue coûte déjà en moyenne 100 ECU. Rappelons qu'à la rubrique "Industrie et Commerce" le chiffre estimé était seulement de 60 ECU.
Il serait hasardeux de fournir un chiffre pour les coûts de traduction et d'interprétation d'une réunion internationale. Ces services sont organisés de manière très variable, souvent suivant les circonstances, et fréquemment, de plus, avec seulement deux ou trois langues de travail.
6. Coûts de traduction et d'interprétation dans les institutions de la Communauté européenne.
6.1. Généralités.
La Communauté européenne dispose des institutions suivantes: le Conseil des Ministres européen, la Commission européenne (souvent appelée "administration ordinaire"), la Cour européenne de justice et le Parlement européen. En outre, il faut mentionner le Comité économique et social, organisme consultatif formé de représentants des groupes d'intérêts, la Cour des Comptes, la Banque européenne des investissements, le Bureau des statistiques et différents autres organismes, notamment dans le secteur de la recherche.
Dans le Journal officiel de la CEE nr. L 24 du 29.1.1990, qui traite des prévisions de budget pour 1990 dans la Communauté, on trouve les rubriques suivantes dans le second chapitre:
le Parlement - le Conseil avec le Comité économique et social - la Commission - la Cour de justice - la Cour des comptes.
Chacune de ces institutions emploie des traducteurs et des correcteurs de textes, mais il existe un Service commun d'interprétation pour les conférences auprès de la Commission, qui met des traducteurs et des interprètes à la disposition des différents organes de la Commission et des autres institutions. Pour chaque groupe, on peut trouver les sorties relatives dans le document de 1100 pages nr. L24 dèjà cité, mais les coûts réels ne se limitent évidemment pas aux rétributions. Les traducteurs et les interprètes ont en plus besoin d'ordinateurs, de papier, etc... Ils ont besoin de locaux, de services de bibliothèque, de services médicaux, de cantine et de transport. Comment évaluer tous ces services, qui sont des fractions d'autres chapitres de dépense beaucoup plus vastes?
Dans l'intéressant rapport Patterson PE 64.563/def du 18.7.1980, à la suite de la résolution du parlementaire européen Coppieters du 25.9.1979, le rapporteur affirme que les coûts pour 1979, relatifs à la traduction et à l'interpétation, représentent 40% des coûts de gestion de toutes les institutions, à savoir 331,4 millions d'ECU.
Ne voulant pas accepter aveuglément ce pourcentage, nous avons choisi le chemin le plus difficile, afin d'arriver à une évaluation de la situation actuelle et à des valeurs moyennes.
6.2. Dans les prévisions de budget pour 1990, les salaires des traducteurs et des interprètes se trouvent, dans le chapitre du personnel, dans un paragraphe à part. Il est donc possible, sans grande fatigue, de calculer en proportion les coûts correspondant aux salaires et aux autres chapitres, comme la retraite, les assurances, etc... Le rapport est simplement o/p, si o est égal au nombre de traducteurs ou d'interprètes et p au total des fonctionnaires et employés.
6.3. Outre le fait qu'il convient d'ajouter les coûts pour le matériel utilisé et pour l'occupation des locaux, c'est-à-dire une partie des coûts de gestion, les traducteurs et interprètes ont également besoin d'un service de secrétariat. Ceux-ci sont très difficiles à évaluer, si l'on ne peut pas mesurer sur place en termes de temps la nécessité d'un tel service. L'existence au sein de la Commission d'un service commun d'interprétation pour les conférences peut nous aider à trouver une solution.
Dans le bilan de ce service, tous les collaborateurs qui y travaillent directement sont mentionnés. On voit ainsi qu'il dispose de 556 personnes, dont 116 sont des employés et n'ont pas le tire d'interprète. La proportion du personnel administratif et auxiliaire est donc de 26% par rapport au personnel spécialisé. Mais il existe aussi une collaboration indirecte, déjà mentionnée, à savoir les services annexes. Les cantines ont besoin de plus de personnel pour cuisiner, etc...
Pour ces 556 personnes, les services sanitaires augmentent, le nettoyage a besoin de plus de personnel, l'administration a plus de travail, etc.. On peut constater immédiatement que pour 440 interprètes, il faut un personnel auxiliaire supérieur en nombre de 26% par rapport aux collaborateurs directs. Une évaluation prudente nous amène à 35%.
6.4. Si c'est là une évaluation réaliste pour les services d'interprétation, pour les services de traduction, il faut au contraire un nombre beaucoup plus élevé d'employés administratifs, pour le travail d'organisation, pour la dactylographie, l'impression, le magasinage, la distribution; même les services annexes augmentent de manière considérable, par exemple à cause de l'assistance médicale, de la cantine, des transports, du nettoyage. Un sondage auprès de ces institutions donne un pourcentage d'augmentation de l'ordre de 100%.
Pour chacune de ces institutions, nous calculerons donc une augmentation de 35% par rapport au nombre des interprètes, afin de tenir compte du personnel auxiliaire dont on a besoin pour couvrir les coûts des autres services figurant dans le bilan; et de 100% pour le nombre de traducteurs, pour les mêmes raisons.
6.5. Le rapport o/p déjà mentionné peut à présent fournir des résultats. Si dans une institution, on trouve parmi les fonctionnaires et les employés par exemple 500 traducteurs, il faut ajouter 500 autres personnes pour les services annexes directs ou indirects. C'est ainsi que j'ai déterminé o, et, si le personnel dans son ensemble, fonctionnaires, employés et auxiliaires, est de l'ordre de 10.000 personnes, alors o/p est 1.000/10.000, c'est-à-dire un dixième. Supposons que toutes les dépenses pour les salaires, charges diverses, papier, mobilier et services divers, c'est-à-dire les services de gestion, soient environ un milliard d'ECU, on peut alors dire qu'un dixième de cette somme, à savoir 100.000 ECU, correspond aux coûts des services de traduction à l'intérieur des dépenses de gestion de l'institution en question.
On procède au même calcul pour les interprètes, mais avec un pourcentage de 35% pour déterminer o. Si nous trouvons donc 100 interprètes parmi les 1500 employés d'une institution, nous avons alors le rapport:
o/p = 135/1500
Nous allons procéder de cette manière pour chacune des institutions de la Commnunauté.
7. Parlement européen.
L'organigramme des fonctionnaires et des employés indique le chiffre le 3482 personnes pour 1990, dont 664 sont interprètes ou traducteurs, ou bien collaborent à ce service. Il s'agit de 485 traducteurs et 179 interprètes. Il y a en outre des traducteurs et des interprètes indépendants, dont les services sont considérés à part dans le cadre du bilan.
En appliquant les pourcentages indiqués ci-dessus, nous arrivons à:
485x2 = 970 personnes pour les services de traduction et à
179x1,35 = 242 personnes, donc en tout à
970 + 242 = 1.212.
Le budget du Parlement est de l'ordre de 417.446.000 ECU nets. On pourrait à présent trouver la part à attribuer aux services de traduction et d'interprétation avec la fraction 1212/3482. Toutefois, dans la somme totale des coûts prévus dans le budget, on trouve des chapitres qui ne doivent pas être pris en compte dans cette fraction, parce qu'ils se réfèrent directement aux coûts de traduction et d'interprétation.
Nous ôterons donc 17.246.000 ECU; le reste pour l'application de la fraction ci-dessus devient donc:
(417.446.000 - 17.246.000)x1.212/3.480 = 139.300.000
Il faut à présent rajouter les coûts directs de traduction et d'interprétation qui avaient été d'abord soustraits, mais, en réalité, la somme soustraite (17.246.000 ECU) ne doit pas être rajoutée dans son intégralité. Il se peut en effet qu'un chapitre contienne, par exemple, en dehors des coûts pour la dactylographie des textes effectuée par des collaborateurs externes, également les coûts correspondant à d'autres services qui ne concernent ni la traduction ni l'interprétation. Par exemple, au chapitre 22, paragraphe 2251, on trouve les coûts d'abonnement à différentes revues. On peut admettre que ces coûts sont liés en partie à la multiplicité des langues (et même dans une mesure plus importante que celle exprimée dans la fraction 1212/3482), mais pas complètement. En conséquence, alors que ce chapitre fait partie en entier de la somme soustraite de 17.246.000 ECU, elle n'est reprise ensuite qu'à moitié. Ces procédures d'ajustement diminuent la somme à obtenir relative aux coûts directs, donc, au lieu d'aj
outer aux coûts (139.000) la somme soustraite auparavant dans son entier (17.246.000), on ajoute un chiffre inférieur (15.922.000), et on obtient ainsi le reste de 155.222.5000 ECU. Toutes les dépenses du Parlement sont de 417.446.000 ECU et, en conséquence, le pourcentage des coûts directs et indirects pour la traduction et l'interprétation est de 37%.
Dans le Rapport Patterson déjà cité, le rapporteur arrive pour 1979 à 60%, mais la somme absolue était alors la moitié de la somme actuelle.
Conclusion: les dépenses du Parlement européen pour toutes les sortes de traductions sont de l'ordre de 37% du budget 1990 = 155.222.000 ECU.
8. La Commission européenne
La Commission est la plus importante institution de la Communauté; elle fournit du travail à 12.887 personnes, dont 1190 traducteurs et 440 interprètes. La fraction o/p avec les accroissements de 100% et de 35% donnent les valeurs suivantes: (1190x2 + 440x1,35)/12887 = 2974/12887
Un coup d'oeil superficiel vers les institutions communautaires peut amener à la conclusion que la Commission serait l'instance exécutive de la Communauté; en fait, elle représente beaucoup plus que le pouvoir exécutif de la Communauté, car elle exprime la priorié communautaire auprès du Conseil, protège les traités et les décrets et constitue pratiquement le moteur de la politique communautaire.
La Commission, donc, ne fait pas qu'administrer, elle investit également, subventionnne, fait des recherches et des enquêtes, guide et soutient certaines structures communes comme l'EURATOM, les services d'information, les organes de recherche, le Bureau des publications et autres.
Le projet de budget reflète ces fonctions diversifiées. C'est pourquoi nous avons examiné en détail tous les chapitres des 837 pages du document afin de pouvoir calculer les dépenses de gestion générale et les coûts spécifiques de la traduction et de l'interprétation.
Dépenses nettes budget 1990 1.275.000.000
Coûts divers relatifs à la traduction
et l'interprétation -183.000.000
______________
Total 1.092.000.000
Quote part: 1.092.000.000x2974/12887= 252.007.000
A ajouter, coûts directs pour
traduction et interprétation 117.000.000
______________
Total 369.007.000
Cette somme correspond à 29% des sommes figurant au budget de la Commission.
Le rapport Patterson mentionne 33%, mais seulement 191.800.000 ECU. Les dépenses ont pratiquement doublé.
9. Le Conseil des Ministres européen
Afin d'établir les coûts d'interprétation et de traduction pour le Conseil des Ministres, nous allons suivre le même type de calcul que précédemment pour le Parlement et pour la Commission.
Le calcul du rapport est simple, car il n'existe pas d'interprètes propres au Conseil. Celui-ci dispose du Service commun d'interprétation pour les conférences, qui appartient en fait à la Commission. Le Conseil compte 456 traducteurs, ce qui fait que, le nombre total de fonctionnaires et d'employés de la Commission étant de 2184, le rapport est (456x2)/2184 = 912/2184.
Dépenses nettes au budget 214.147.000
Chapitres du budget à soustraire -30.840.000
____________
183.307.000
183.307.000x912/2184= 76.546.000
Coûts à ajouter 29.054.000
____________
105.600.000
Le total est de 105.600.000 ECU, c'est-à-dire 49% du budget du Conseil.
Le rapport Patterson arrive à 60% pour 1979, mais à nouveau avec une somme considérablement inférieure; (Le montant total des dépenses pour l'interprétation et la traduction était alors seulement de l'ordre de 61.700.000 ECU).
Conclusion: les dépenses du Conseil des Ministres européen pour tous les genres de traductions atteignent 49% du budget, à savoir 105.600.000 ECU.
10. La Cour de justice.
La cour de justice dispose de 752 fonctionnaires, dont 209 traducteurs, ce qui fait que le rapport est de 418/752.
Dépenses nettes au budget 58.424.000
Coûts directs à soustraire -4.150.000
___________
54.274.000
Quote part: 54.274.000x418/752= 30.168.000
Somme à ajouter pour les
coûts directs +3.383.000
____________
34.001.000
Le total, qui est de 34.001.000 ECU, correspond à 58% du budget de la Cour.
Le Rapport Patterson mentionne 50%, mais avec seulement 9.800.000 ECU.
Conclusion: les dépenses pour tous les genres de traductions à la Cour européenne de justice correspondent à 58% du budget, à savoir à 34.001.00 ECU.
11. Le Comité économique et social.
Le Comité économique et social réunit des représentants des entrepreneurs, des travailleurs et d'autres groupes d'intérêt (agriculteurs, professions libérales, consommateurs, etc... ).
Le Comité donne son avis sur les propositions de décret que la Commission présente au Conseil. Il est formé de 189 membres.
Son budget fait partie du budget du Conseil, mais, pour plus de clarté, il est traité à part. Parmi les fonctionnaires du Comité, on trouve 119 traducteurs, ce qui représente, selon le rapport déjà examiné, 238 personnes sur un total de 501.
économique et social
Dépenses nettes au budget 40.725.000
Partie à soustraire -3.513.000
___________
37.212.000
Quote part: 37.212.000x238/501=17.678.000. Il faut ajouter à ce chiffre celui correspondant aux coûts directs pour l'interprétation et la traduction, qui sont de l'ordre de 3.477.000. On obtient ainsi un total de 21.155.000 ECU, correspondant à 52%.
Le Rapport Patterson n'examine pas à part le Comité économique et social.
Conclusion: les dépenses pour tous les genres de traduction du Comité économique et social correspondent à 52% du budget de l'année 1990, c'est-à-dire à 21.550.000 ECU.
12. La Cour des comptes européenne.
La Cour des comptes fut fondée seulement en 1975. Elle contrôle non seulement les sorties, mais elle examine aussi les dépenses effectuées par les Etats membres pour le compte de la Communauté ou en faveur de la Communauté. Elle dispose de 379 fonctionnaires et employés, dont 46 traducteurs; la fraction est donc 92/379.
Dépenses nettes 49.967.000
Coûts directs à soustraire -1.113.000
___________
48.854.000
Quote part: 48.854.000x92/379=11.859.000
Sommes à ajouter 972.000
___________
12.831.000
Le total est de 12.831.000 ECU, correspondant à 26% du budget de la Cour des comptes.
Le Rapport Patterson ne mentionne pas la Cour des comptes.
Conclusion: les dépenses pour la Cour des comptes européenne pour tous les genres de traductions correspondent à 26% du budget 1990 = 12.831.000 ECU.
13. Total des dépenses pour toutes les institutions considérées.
Les dépenses de traduction, au sens le plus large, des plus importantes institutions de la CEE (budget 1990) sont de l'ordre de:
Parlement européen 37% 155.222.000
Commission européenne 29% 369.007.000
Conseil des Ministres européen 49% 105.600.000
Cour européenne de justice 58% 34.001.000
Comité économique et social 52% 21.155.000
Cour des comptes européenne 26% 12.831.000
____________
697.816.000
En tout, 34% du budget disponible est utilisé pour tous les genres de traductions. Il s'agit d'une somme de 697.816.000 ECU.
14. Conclusion finale sur les coûts de traduction et d'interprétation.
En réalité, les dépenses dues à la pluralité des langues dans les institutions de la CEE sont beaucoup plus importantes. Nous allons traiter à présent quelques points. Pour certains, le calcul est simple, pour d'autres, il n'est possible que de fournir des chiffres approximatifs.
Il y a différents programmes d'aide et de développement, pour lesquels l'information interne exige l'utilisation de la langue des Etats membres également pour les réunions, etc... Les thèmes de ces programmes sont l'énergie, l'industrie et la technologie, la recherche, le contrôle nucléaire, le marché des informations et autres.
Le projet appelé LINGUA, qui vise à l'accroissement du plurilinguisme, se trouve au paragraphe 6, chapitre 63 et dispose de 6 millions d'ECU. Sur un ensemble de plus de 40 points, on obtient en tout la somme de 400 millions d'ECU.
Nous avons déjà pris en considération certaines institutions dont les coûts font partie du budget de la Communauté euopéenne. Il y a aussi d'autres institutions qui n'ont pas été mentionnées, comme la Banque européenne des investissements, de même que de nombreuses organisations européennes comme par exemples le Fonds européen pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, le Conseil des communes des régions d'Europe, etc...
Comme on l'a expliqué dans la partie principale, les 9 langues officielles sont à égalité, mais certaines langues, comme le français et l'anglais sont en pratique les langues dominantes. Toutefois, les fonctionnaires et les autres employés, tout comme les experts, proviennent des 12 Etats membres sur une base de proportionnalité. Cela signifie que la majeure partie des fonctionnaires s'exprime chaque jour dans des langues différentes de la leur. Cela complique grandement la communication et réduit l'efficacité du travail. En proportion, l'efficacité est inférieure à ce qu'elle serait si l'on utilisait un seul moyen de communication.
Une petite enquête réalisée auprès des fonctionnaires communautaires a donné une idée de la perte de temps, évaluée environ à 20%. On ne peut pas en déduire que la perte d'argent serait du même ordre, mais il est sûr que bien des choses prennent du retard, que des documents arrivent à destination en retard ou bien sont préparés plus tard.
Si l'on considère que la perte réelle de temps est la moitié du pourcentage indiqué ci-dessus, c'est-à-dire 10%, les coûts relatifs sont de l'ordre de 100 millions d'ECU; avec 400.000.000 ECU en plus pour d'autres motifs, nous arrivons à 100 millions d'ECU pour perte de temps.
Si l'on estime ainsi tous les coûts, de tout genre, pour les tradcutions, découlant de la pluralité des langues, le total pour les institutions de la CEE est de 1,2 milliards d'ECU. Dans le cadre des Etats membres, nous avons déjà calculé que la pluralité des langues exige en général plus de 100 milliards d'ECU.
Solutions de rechange.
Les dépenses des institutions communautaires pour traduction et interprétation ne pourront pas être réduites de beaucoup, même si l'on adoptait une langue neutre comme l'espéranto, pour les raisons suivantes:
un parlementaire a toujours le droit de parler dans sa propre langue (même si en principe seulement 9 langues sont reconnues);
tous les décrets et les directives doivent être publiées dans les 9 langues, à cause du respect légalement dû à la langue utilisée dans chaque Parlement national;
les membres de Comité économique et social ont également le droit d'utiliser une des 9 langues de la CEE.
Le travail précieux des interprètes et des traducteurs est donc indispensable à la Communauté. Malgré tout, ceux-ci pourraient faire plus facilement leur travail, si l'espéranto était inséré, par exemple, dans l'interprétation, comme langue-pont. Si les fonctionnaires connaissaient l'espéranto, ils pourraient traiter les dossier dans leur propre langue, et seules les relations et les pièces devraient être traduites en espéranto, et non pas dans toutes les langues de travail, comme cela est le cas, avec une discrimination pour les langues mineures. La CEE non seulement économiserait du temps et éviterait des erreurs de traduction, mais elle économiserait aussi des forêts en utilisant moins de papier.
ANNEXE 7
BIBLIOGRAPHIE SUCCINTE
Cette bibliographie ne représente qu'une faible partie de tous les livres et articles traitant les thèmes suivants:
valeur propédeutique de l'espéranto
l'espéranto comme instrument de communication internationale;
politique internationale des langues.
A la fin du document mentionné dans l'annexe 5, on trouve une bibliographie relativement complète sur le premier thème (152 titres). Nous ne mentionnons ici que quelques livres et articles sur ces trois thèmes publiés dans différents pays, montrant par là également qu'on s'est intéressé à ces problèmes dans de nombreux endroits, avant tout dans les 12 pays de la CEE.
ALLEMAGNE: Detlev BLANKE, Plansprache und Nationalsprache, ein Beitrag zur Erforschung ihrer spezifischen Kenntisleitungen, Humboldt Universität, Berlin, 1976, 244 p.
T. DAHLENBURG, Pädagogischer Wert des Esperanto-Unterrichts, in "Esperanto und Wissenschaft" par Detlev BLANKE, 1986, p. 38-411, Berlin, 1986.
Helmar FRANK, Valeur propédeutique de la langue internationale, Journée d'Etude sur l'Espéranto, Univ. Paris-Vincennes, nov. 1983, p. 121-136.
Helmar FRANK, Europäische Sprachpolitik. Aufgabe, Lösungsangebote und Schwierigkeiten, Aus "Politik und Zeitgeschichte", Beilage zur Wochenzeitung "Das Parlament", B. 11/83, März 1983, p. 26-38.
G. LOBIN, Das propedeutische Wert von Plansprachen für den Fremdsprachenunterricht, Univ. Paderborn, Institut für Kybernetyk, Paderborn, 1985.
BELGIQUE:
Paul KEMPENEERS, Esperanto voor Moderne Mensen, Leuven, Academische S. V. Co, 1983.
E. ROSSEEL et Edward SYMOENS, L'intérêt d'une langue intermédiaire commune (avec la collaboration de la Commission de la CEE); AIMAV, Bruxelles, 1988, 96 p.
Edward SYMOENS, De Socio-politieke, pedagogische en culturele waarde van Esperanto, Flandra Esperanto-Asocio, Antwerpen, 1988 (4-e uitgave), 45 p.
ESPAGNE: Pierre JANTON, El Esperanto, trad. du français par Damia de Bas, Oikos-Tau, 1976, 143 p.
PAPERA, RIBES, ALBERIC, (en catalan), El que s'ha de saber de poroblema linguistic, Sabadell, 1979, 28 p.
GRANDE BRETAGNE: Alexandra FISHER, Modern Languages by way of Esperanto, Modern Languages, vol. 2, 1921, nn. 5/6: 179-182.
D. B. GREGOR, The Cultural Value of Esperanto, Modern Languages, 1965, p. 146-150.
J. H. HALORAN, A four year experiment in Esperanto as an introduction to French, British Journal of Educational Psichology, vol. 22, n. 3, nov. 1959, p. 200-204.
G. LEON-SMITH, The Role of Esperanto in the teaching of modern languages, ed. Esperanto-Asocio de Britio, Reg. Charity nr. 27676, 1987, 7 p.
R. MARKARIAN, The educational Value of Esperanto Teaching in the schools, ed. Centro pri Esploro kaj Dokumentado (CED), London, 1964.
E. NUTTON ALLAN, Language Awareness and the Place of Esperanto, London, Esperanto-centre, 1984, 4 p.
DANNEMARK: Bagger PREBEN, Sprog or sprog imellem, Forlaget Kommunikation og Kultur, 1986, 142 p.
FRANCE: F. LO JACOMO, Plurilinguisme et communication, Selaf, Paris, 1986, 330 p.
Pierre JANTON, L'espéranto, Presse Universitaires de France, série "Que sais-je?".
Pierre JANTON, L'espéranto, Presse Universitaires de France, Paris, 1977, 128 p.
IRLANDE: Lian O'CUIRE, An cas do Esperanto, Esperanto-Asocio de Irlando, Dublin, 1984, 5p.
ITALIE: Carlo MINNAJA, Il valore educativo dell'insegnamento dell'esperanto nelle scuole, ed. Istituto Italiano di Esperanto e Federazione Esperantista Italiana, 1970.
Andrea CHITI-BATELLI, La politica d'insegnamento delle lingue nella Comunità Europea, Armando Editore, Roma, 1988.
PAYS-BAS: G. F. MAKKINK, Esperanto 100 jaar. Wan doen we ermee?, Stichting IVIO, Lelystad, Pays-Bas.
Claude PIRON, Esperanto: European or Asiatic Language?, UEA, Rotterdam, 1981, 31 p.
Universala Esperanto-Asocio, Obstacles linguistiques face au nouvel ordre mondial de l'information et de la communication, Rotterdam, 1983, 10 p.
H. TONKIN, A. M. MBOW, R. HARRY, A. ISAKSON, L. SUSSMAN, Langue et droit à la communication, UEA, Rotterdam, 1979, 48 p.
LIGUE DES NATIONS: NITOBE I. and Edmond PRIVAT, League of Nations; Esperanto as an International auxiliary Language. Report to the General Secretariat of the League of Nations, adopted by the Third Assembly, 1922, Paris, 27 p.
AUTRICHE: Différents auteurs, Warum Esperanto, Aùstria Esperanto-Instituto, 1981, 64 p.
BRESIL: Sylla CHAVES, Überlegungen zur Lernerleichterun im Fremdsprachenunterricht durch Voranstellung der Internacia Lingvo, in GRKG/Humankybernetik, Paderborn, Bd 20, H. 4.
CHILI: Hector CAMPOS-GREZ, El problema lingüistico en las relaciones internacionales, Ponteficia Universidad Católica de Chili, 1987, 135 p.
CHINE: HOU ZHIPING, Esperanto-Modavo en ^Cinio, ^Cina Esperanto-eldonejo, Pékin, 1985, 300 p.
H. G. FRANK, Propédeutique de la didactique prospective, traduit en chinois, de l'espéranto, par An Wenzhu, ^Cina Esperanto-Eldonejo, 1986, 127 p.
FINLANDE: OPETUSMINSTERIO, Opetusminsterion Esperantotyoryhman muisto, Helsinki, 1984, 57 p.
HONGRIE: BALOGH Judit, Az eszperanto hidnyelvi szerepe idegen nyelnek oktatasaban (Rôle de l'espéranto comme langue-pont dans l'enseignement des langues étrangères), Université Eötvös Lorand, Budapest, 1976, 144 p.
FELLEGI Teresa, Hogyan konnyitenmé meg az eszperanto as orosz nyelv tanulásat (Comment l'espéranto facilite l'étude du russe), Ecole supérieure de pédagogie "Ho-Chi-Min", Eger, 1978, 28 p.
JAPON: LUDOVIKITO, Kun gradj pa^soj eksterlanden, Kioto, Ed. Ludovikito, 1979, 284 p.
LUDOVIKITO, La inkunabloj de Esperanto, Kioto, Ed. Ludovikito, 1979, 284 p.
Ex-YOUGOSLAVIE: Jezik ZIVI, Eseji o Komunikacijama i Planskim Jezicima, Gradina, 1980, 301 p.
COREE: SAM-SU KIM, Historio de la Esperanto-Movado en Koreujo, Université féminie Sukmjong, 1976, 473 p.
LITHUANIE: Skùpas LAURYNAS, Esperanto tarptautiné kalba, Mokslas, Vilnius, 1987, 112 p.
POLOGNE: Maria MAJERCZAK, Propédeutique du français et de l'espéranto, Universita Jagellona, Krakow, 1982.
Elzbieta MICHALAK, Rola Esperanta w wychowaniu internacjonalistycznym mlodzezy szkol wyszych (en polonais: le rôle de l'espéranto dans l'éducation internationale de la jeunesse des écoles supérieures), Université Eötvös Lorand, Budapest, 1981.
USA: Helen S. EATON, An Experiment in Language Learning, High Points in the Works of the High School of New York City, oct. 1934 and may 1935, annual report 1934-1935.
IALA, A Preliminary Investigation of the Teaching of Auxiliary Languages in Schools, Previsional Committee, an Auxiliary Language Survey, New-York, IALA, 1927, 24 p.
Jane EDWARDS, H. TONKIN, Language Behavior in International Organizations Report, Center for Research and Documentation on World Language Problems, New York, 1984.