Le symbole des batailles féministes à l'attaque: l'homme n'est pas maître de la vieSOMMAIRE: Adele Faccio est interviewée sur la proposition du président du Conseil Giuliano Amato de remettre en discussion la législation sur l'avortement et elle repousse toute tentative de faire marche arrière. "La tentative des hommes de rétablir leur pouvoir sur les femmes, représenté par le pouvoir de les mettre enceintes" se répand, et pas uniquement en Italie mais également en France et aux E.-U.".
"Accoucher est l'acte d'amour le plus gigantesque qui soit et toutes les femmes ne sont pas dans des conditions physiques, psychologiques et familiales pour l'accomplir".
(IL GIORNALE, 29 décembre 1992)
"Nous les femmes nous sommes toutes prêtes à redescendre dans la rue pour défendre le droit-devoir à l'avortement". Adele Faccio (1), symbole de toutes les batailles les plus radicales pour l'avortement, a redécouvert après les déclarations d'Amato (2) sa poigne d'autrefois. Presque un "feu sacré", qui lui fait dire: "J'ai même été en prison, volontairement, pour cette loi. La loi 194 n'est pas précisément celle que nous voulions, surtout parce qu'elle n'a pas réussi à diffuser la contraception. Mais il n'est absolument pas question de revenir en arrière. Les femmes ne sont plus disposées à faire des enfants comme des brebis".
Q. - Etes-vous inquiète de cette vague révisionniste?
R. - Oui, beaucoup. Ce n'est pas une chose qui concerne uniquement l'Italie. Je suis revenue de France récemment et là aussi j'ai entendu dire les mêmes choses. Aux Etats-Unis c'est pareil. Je suis terrorisée par ce qui est train de se passer. Il existe derrière tout cela une volonté des hommes de rétablir leur pouvoir sur les femmes, qui est représenté par le pouvoir de les mettre enceintes. Depuis des millénaires les hommes sont habitués à être maîtres de la vie, inconsciemment peut-être. Et ils ne se rendent pas devant les conquêtes féminines".
Q. - Mais cette loi, même d'après Pannella, ne fonctionne pas pour beaucoup d'aspects. Ne vaudrait-il pas mieux la changer?
R. - La loi n'a rien à voir. Personne ne devrait fourrer son nez dans un question exclusivement féminine. Bien sûr, si le couple est en harmonie, le père aussi doit donner son avis. Mais si ce n'est pas le cas, seule la mère a le droit de choisir si donner la vie ou pas. Accoucher est l'acte d'amour le plus gigantesque qui soit et toutes les femmes ne sont pas dans les conditions physiques, psychologiques et familiales pour l'accomplir".
Q. - Mais en disant cela on n'ôte pas à cet acte tout son naturel? Est-ce qu'on ne le rend pas plus difficile à accepter?
R. - C'est justement là l'erreur culturelle qui a emprisonné la femme pendant des siècles: faire en enfant est dans l'ordre des choses. D'accord. Mais aujourd'hui, avec les problèmes qui affligent l'humanité, on peut avoir peur d'accepter une grossesse".
Q. - Et la peur est-elle suffisante pour refuser un enfant? On ne peut pas la vaincre?
R. - Si une femme a peur ça veut déjà dire qu'elle n'est pas en mesure de faire un enfant. Est-ce que ça vaut la peine de se dominer? Combien de très mauvaises mères y a-t-il pour cette erreur? Certaines, comme moi, ont eu le luxe de pouvoir se permettre un enfant. D'autres n'ont pas cette possibilité".
Q. - C'est un luxe de devenir mère?
R. - Bien sûr. L'avortement est à éviter au maximum avec une contraception répandue et sûre. Mais la femme doit avoir cette possibilité que la culture, la société, l'Eglise, la prétendue "morale" veulent encore lui refuser".
a.m.g.
-----
N.d.T
1 - FACCIO ADELE. Protagoniste des batailles pour le divorce et l'avortement; pour l'affirmation de ce dernier droit, elle a même été en prison. Président du Parti Radical en 1975/76. Elle a été élue députée dans les listes radicales pendant trois législatures. Elle se bat pour les droits des animaux et pour l'environnement, elle a été parmi les promoteurs de la Liste "Verts Arc-en-ciel", dans laquelle elle a été candidate aux dernières élections européennes.
2 - AMATO GIULIANO. (Turin 1938). Homme politique, expert de droit constitutionnel. Extraparlementaire de formation, socialiste par la suite. Député durant plusieurs législatures, sous-secrétaire à la Présidence du Conseil dans les deux gouvernements Craxi. Vice-président du Conseil et Ministre du trésor dans le premier gouvernement Goria. Président du Conseil en 1992-1993.