Une interview d'Adriano Sofri (*) à Marco PannellaSOMMAIRE: Le congrès radical se déroule dans les jours de Sarajevo et de la Somalie, de la fin du régime politique italien de l'après-guerre. Quels titres les radicaux ont-ils pour se mesurer avec cette situation? Et quels moyens? Ex-Yougoslavie - Nous avons proposé trois choses à Amato (1): la reconnaissance de la Macédoine, une délégation du Kosovo à Rome, un tribunal international pour les crimes de guerre. Pacifisme - La lecture du pacifisme est univoque: dans les catastrophes, dans les monstruosités du siècle il a pesé tragiquement à l'avantage des dictateurs et aux dépends des opprimés. Procès au "palais" - En août 1974 je demandai un "procès criminel et non moral" contre le pouvoir. Pasolini en fut enthousiaste et revendiqua à son tour le procès contre le "Palais".
Nous avons surtout été un parti de grands-mères. Pourquoi ne pas penser à l'innocence comme de la sagesse, comme quelque chose que l'on conquiert au cours d'une existence plutôt que comme une qualité originelle?
(LE PARTI NOUVEAU, numéro 1 du 20 janvier 1993)
SARAJEVO
SOFRI - Toi et le Parti Radical vous vous êtes engagés très vite sur la Yougoslavie, vous avez vu précocement l'effondrement de l'unité, vous avez essayé de proportionner votre action sur l'échelle de ce bouleversement, vous avez averti l'Europe de jouer son rôle tant qu'il en était temps. Nous sommes en train de parler alors que Sarajevo est assiégée et affamée, et nous espérons que son maire vienne inaugurer le congrès radical à Rome le 4 février.
PANNELLA - Il y a trois chose que j'ai proposé à Amato de faire, sous sa propre responsabilité, et en informant d'abord Scalfaro (2), s'il le croit, et personne d'autre. La première est la reconnaissance de la Macédoine. Lorsqu'il existe un agresseur et un agressé, on peut secourir l'agressé, l'aider, l'armer; surtout, on peut et on doit attaquer et désarmer l'agresseur. La Grèce protestera, il y aura des grands mots, mais on accomplira un geste définitif et stabilisant. Et l'Italie pourra à son tour interposer ses bons offices pour un dialogue entre grecs et macédoniens. Et puis sur la Macédoine on arriverait de toute façon en retard, s'il est vrai que le Conseil de Sécurité de l'Onu lui-même a voté, fut-ce même avec une étroite majorité; et il semble qu'il n'y aura pas de veto. La seconde proposition est de reconnaître, au même titre que la délégation de l'OLP, un représentant à Rome des délégués élus et destitués du Kosovo, brisant le tabou de la "province de la Serbie". La troisième est que le gouverneme
nt italien se réserve de présenter d'ici une vingtaine de jours, d'ici un mois, à l'Onu, à la Cee et au Conseil d'Europe, l'étude et le projet de certains de ses juristes pour fonder des procès pour crimes de guerre dans l'ex-Yougoslavie. Ce serait la première sortie formelle de la politique du pacte de Munich des années 30, l'affirmation la plus forte d'appartenance européenne, et une contribution concrète pour outiller la réforme de l'Onu.
DESARMER L'AGRESSEUR
SOFRI - A la conférence organisée à Sanremo entre pacifistes de l'ex-Yougoslavie et européistes, ce sont les militants mêmes du centre anti-guerre de Belgrade qui ont souhaité la formation d'une Cour internationale sous la couverture de l'Onu et de la Csce. Un tel organisme pourrait devenir, au contraire de ce qui eut lieu à Nuremberg, un tribunal permanent contre les crimes de guerre. Et en attendant un seul pays, comme l'Italie, pourrait même décider d'en préparer et d'en anticiper les actes en ouvrant un registre des plaintes et des témoignages. La guerre dans l'ex-Yougoslavie a accentué une cassure avec des associations pacifistes, bien que parmi ces dernières des positions plus malléables et décidées à se confronter avec les situations concrètes se soient frayées un chemin. Dommage, non?
PANNELLA - Nous sommes à la fin d'un siècle, et à l'heure des bilans. Quelqu'un qui a l'âge du siècle c'est Karl Popper, dont l'ouvrage principal, "La société ouverte et ses ennemis" resta pour cause inédit en Italie pendant presque un demi siècle, jusqu'en 1974, lorsqu'il sortit chez Armando (3). Il y a cinq ans j'avais lu son apologie de l'uninominale anglo-saxonne à un tour. J'ai découvert récemment, grâce au libre-interview du vice-directeur de l'Unità (4), Giancarlo Bosetti, que cet ultra-libéral est aussi un spécialiste passionné de la non-violence et de Gandhi. Mais je me souviens du trouble que j'éprouvai lorsque Dahrendorf me communiqua candidement de n'avoir jamais pensé qu'il existât une distinction entre non-violence et pacifisme. La lecture du pacifisme est univoque, et qu'on en tire les conséquences: dans les catastrophes, dans les monstruosités du siècle, il a pesé tragiquement à l'avantage des dictateurs et aux dépens des opprimés; à l'avantage des états totalitaires militaristes et contre le
s démocraties à réarmer; ce fut un facteur psychologique influent de la politique de Munich, et de l'aversion contre l'Occident. Il a été porteur d'attitudes messianiques et iréniques, Gandhi était autre chose. J'ai trouvé dans un texte de ton frère l'affirmation gandhienne que la violence pour une juste cause est plus louable qu'une lâche adhésion à l'injustice.
Sur le Golfe certains d'entre nous dirent, seulement après le début de l'opération, qu'ils ne considéraient pas négatif que l'Italie participât. Ça, et rien d'autre.
Il me semble que la Yougoslavie et le Moyen-Orient prouvent que les pires ennuis arrivent à cause de l'inadéquation de l'instrument militaire, dont la sophistication technologique ne le rend pas moins grossièrement unilatéral, et que toutefois on continue à considérer comme le seul possible. D'autant plus lorsqu'on doit mettre ensemble le schématisme d'un plan militaire avec les montagnes de Bosnie ou du Monténégro, plutôt qu'avec les déserts de Somalie. Comme Bruno Zevi (5) ne se lasse jamais de répéter, notre société a dépassé la linéarité pour la complexité. Les options militaires restent au contraire toujours un excès de zèle de la linéarité. La force des armes, leur "intelligence" présumée, sont un chat d'aiguille trop étroit pour y faire passer les problèmes du monde. Si les armes devaient l'emporter sur la vérité - l'information, l'instruction, la culture - à la fin du siècle les pauvres fantômes d'aujourd'hui seraient des antagonistes irréductibles.
Le droit à l'ingérence, dont on commence à parler, est depuis des années, un pivot de notre action. Dans l'appel des prix Nobel de 1981 le devoir d'ingérence était déjà théorisé.
PACIFISME ET NON-VIOLENCE
SOFRI - J'ai lu aussi le Gandhi cité par mon frère, qui déplorait une non-violence qui fut le fruit de la lâcheté. Toutefois, tout recours univoque à Gandhi est impossible. Certains pacifistes lui demandèrent des explications sur les circonstances où il accepta l'entrée en guerre - dans la guerre anti-boer, ou contre les zoulous, ou l'intervention indienne contre l'armée britannique en 1914-1915.
D'après ses meilleurs biographes, son vrai choix pour un pacifisme intransigeant, absolu - pour lui le pacifisme était l'extension aux rapports internationaux de la non-violence - n'eut pas lieu avant 1935-36. Il serait impossible d'utiliser directement le Gandhi, si ce n'est celui de Munich - l'Europe a vendu, dît-il, son âme pour un tiers de pain - de la réponse au nazisme et de la seconde guerre mondiale. Il me semble que la distinction entre pacifisme et non-violence arrive plus tard et ait à voir avec le pacifisme en tant que mouvement idéologique, ou en tant qu'appendice de coalitions politiques. Sur la Bosnie, aujourd'hui, s'il existe des positions de principes qui excluent toute intervention militaire - comme celle des "Bienheureux constructeurs de paix", auteurs récents d'un admirable pèlerinage à Sarajevo - il existe une disponibilité plus répandue, même si plus ou moins déclarée, d'affronter le problème des conditions concrètes pour un recours à la force, de la part de qui, avec quelles fins et qu
els risques et ainsi de suite.
L'éventualité d'une intervention internationale pour ouvrir les corridors d'accès, et de sortie, de Sarajevo; ou pour frapper des aéroports, des emplacements d'armes lourdes, des lignes de ravitaillement et de communication d'où partent les attaques et les bombardements contre les civils; tout cela n'est pas du tout refusé par la plupart des "pacifistes" européens. Il faudrait peut-être viser à une confrontation plus large et qui produise des initiatives concrètes. Vous avez été parmi les premiers, si ce n'est les premiers, à aller en Yougoslavie, et vous comptez aujourd'hui sur une confiance importante aussi de la part de représentants musulmans. J'ai même vu que dans l'ensemble parmi les inscrits étrangers au Parti Radical on compte vingt pour cent de musulmans, une proportion importante en soi, et encore plus importante pour une formation qui n'accepte pas de compromis sur la confusion de l'anti-sionisme.
PANNELLA - Chaque année, depuis 1979, nous sommes allés en Yougoslavie; je rencontrais les slovènes, les croates. Le Parti Radical a été le premier parti auquel il était possible de s'inscrire en Yougoslavie à l'époque du monopole de fait de la Ligue des Communistes: et 500-600 personnes s'inscrivirent. Quand apparut la volonté slovène et croate, d'indépendance non plus en une fédération, mais dans une Confédération associée à la Cee, et qu'un non absolu, plus absolu qu'à Belgrade, vînt de De Michelis (6), de la Cee, nous avons dit qu'il fallait accepter, et qu'en attendant il fallait accueillir à plein titre les républiques qui auraient garanti les droits civils et les droits de l'homme. Ils interdirent notre congrès à Zagreb - ce fut en partie une chance, nous sommes allés à Budapest. En 1988, les jeunes socialistes de Slovénie accueillirent notre Conseil Fédéral dans leurs structures publiques, en rébellion ouverte avec l'interdiction de Belgrade. Je fus le seul homme politique étranger dans Lubjana menac
ée par les bombardements. A Zagreb, le président du Conseil Greguric et le vice-président Tomac s'inscrivirent publiquement au parti, et avec eux 4 ministres, et 40 députés. Tout ça a compté lorsqu'il s'est agi de faire choisir le président Tudjman contre les ustascia et l'extrême droite. Nous avions jeûné pour eux, nous avions été les seuls amis sur lesquels ils pouvaient compter en Europe: et il y eut des moments où les plus conscients parmi eux purent faire peser contre les choix les plus brutaux l'avertissement que cela aurait coûté une rupture avec nous. Ainsi, au moment très délicat où se jouait l'accord avec la Serbie pour un partage de toute la Yougoslavie. Maintenant nos amis ont été vaincus, mais heureusement trop tard pour revenir en arrière. Sur l'uniforme croate que j'ai revêtu il y avait mon nom, et c'est la femme du commandant des Forces armés croates qui l'avait brodé pour moi.
Il y avait déjà quelqu'un qui, après avoir passé une vie à Belgrade, nous disait: ce sera pire qu'en 44-46, ils se massacreront.
SOFRI - Il y a toutefois le risque que la conférence de Genève finisse de la pire façon, et pas trop différemment qu'à Munich en 1938, avec une autorisation internationale pour une punition des Bosniaques qui ne s'habituent pas à la répartition ethnique. Et il y a le risque que l'accord entre la Croatie et la Serbie réapparaisse aux dépens de la Bosnie.
PANNELLA - Genève ça va, on dialogue aussi, et même surtout avec les assassins, mais qu'il sachent que le procès qui poursuivra ce qu'ils ont fait et ce qu'ils feront est déjà fondé. Mais le plan même élaboré par Owen et Vance à Genève, celui des 10 provinces, est extrêmement grave. Il vise en somme à ramener à 40-45%, 70% du territoire occupé par les serbes. Dans ces territoires la cohabitation ethnique survivait il y a quelques temps encore.
Nous avons insisté depuis longtemps sur la nécessité d'une recension sérieuse des réfugiés, avec l'endroit d'où ils proviennent et les minorités auxquelles ils appartiennent, pour que l'on reconstruise le registre de l'état civil détruit, pour le jour du retour.
LE PROCES AU PALAIS (7)
SOFRI - L'obstination avec laquelle tu restais en ville au mois d'août est proverbiale, parce que dans la vacance universelle il était plus facile de se gagner une place dans les médias. Ainsi, à la mi-août 1974, tu as même réussi à faire accepter à la rédaction somnolente du Corriere della Sera (8), quand bien même dans un minuscule corps 7, un article qui proposait un "procès criminel et non moral" contre la classe politique. Quelques jours plus tard, Pier Paolo Pasolini (9), excité par cette idée, la reprit, et la relança sous le relief de la première page: le procès au Palais. Il y a presque vingt ans de cela, et le procès criminel contre le Palais est arrivé: en quoi est-il semblable et en quoi est-il différent de la prophétie d'alors?
PANNELLA - Je ne me souvenais plus, d'avoir proposé une chose aussi essentielle: à ce point la mémoire devient intermittente. La censure et le refoulement d'autrui font en sorte que pour toi aussi ton image s'éloigne de ta vraie identité, et c'est terrible.
Le procès criminel est en cours, ou plutôt il n'est qu'à ses débuts, si l'on considère, d'abord et plus que le vol d'argent, le vol de légalité. Il y a non-respect des règles qui est instinctif, qui est le fruit d'une habitude, d'une mentalité, d'une culture, qui assimilent largement à la classe politique les hommes du troisième et quatrième pouvoir, les juges et les acteurs de l'information. A cette culture et à ses sous-espèces l'état de droit est étranger plus que blasphémé, les principes libéraux ignorés plus que délibérément offensés. Ils les rencontrent d'une part comme une notion abstraite et inutile, de l'autre comme un empêchement pratique et une gêne: ils les appellent garantisme, et ils ont hâte de s'en débarrasser.
Il est bon que l'on poursuive les vols et leurs dextérités majeures ou mineures, mais il est décisif que l'on restaure, ou que l'on instaure, la règle de ne pas voler, et de créer, d'ajouter, plutôt que voler. Pour cela aussi la première imputation devrait être l'appartenance à bande de malfaiteurs. Beaucoup de juges, et de nombreux journalistes, ne sont attentifs qu'aux malhonnêtetés privées: l'omission du délit de bande de malfaiteurs réduit à leur somme des décisions politiques (et de vie) qui induisent à des malhonnêtetés infinies même chez les plus honnêtes. C'est un choix de politique judiciaire, qui tend à l'omission: elle soumet les hommes contre lesquels elle se bat, ou le pouvoir auquel ils appartiennent, avec des mécanismes de destruction-substitution de l'adversaire. Je sens flotter autour de certains hauts magistrats la destination imminente à gouverner, en anciens juges désormais, la chose publique. C'est un paradoxe: mais il peut se produire chez nous sous cette forme un phénomène semblable au
rôle populiste et justicialiste des militaires en Amérique du Sud ou en général dans le Tiers Monde, qui fait passer ces régimes du guêpier de la démocratie fictive et corrompue au nid de vipères de la junte de santé publique.
Au "procès" que je demandai en 1974, et que Pasolini demanda par la suite d'une façon magistrale, était étrangère toute impulsion de justice sommaire et de rue. Ce procès nous avons travaillé pour le fonder, avec des actes concrets et rituels, année après année. Ça aussi on risque de l'oublier. Comme lorsque après la campagne électorale de 1983 - nous disions "ne nous votez pas, parce que les dés sont truqués, parce que sans connaître on ne peut pas délibérer; nous participons uniquement pour le dénoncer - nous fumes absents le jour de l'inauguration de la législature, parce que nous étions dans tous les parquets généraux italiens en train de porter plainte formellement pour attentat contre la Constitution et séquestration de légalité de la part du pouvoir de fait.
Et les questions soumises à la Cour Constitutionnelle, réduite trop souvent à un tribunal spécial de défense du régime et non de la loi, n'avaient rien à voir avec le "procès", avec son fondement? Mais dans le sillage des procès provoqués, la Cour arriva, sous Branca, et encore avec Bonifacio, à la démolition des codes fascistes. Mais elle avalisa ensuite tout ce qu'il y a de plus régulièrement des intérêts politiques, à partir des urgences jusqu'à la "vague référendaire", ou jusqu'aux pensions, pour lesquelles une "incompatibilité économique" peut-être même plausible (l'équivalent du substantialisme des urgences criminelles, etc) supplantait la loi, au lieu de la modifier, ou de la respecter? Ainsi, jusqu'au référendum sur le Sénat refusé il y a trois ans: on aurait déjà voté avec le système mixte, des deux tiers avec l'uninominale à l'anglaise, un tiers avec la proportionnelle - désormais inadéquat aujourd'hui, mais qui à l'époque était encore capable de servir de dernier acte au trépas sans traumatisme du
régime; refusé à l'époque sur la base de motivations improvisées à chaque fois, et accueilli aujourd'hui. Sans le vote déterminant de Conso, même le référendum sur la préférence unique ne serait pas passé.
UNE LONGUE HISTOIRE ET L'INTELLIGENCE QUI EN DERIVE FACE A UN POUVOIR QUI FINIT
SOFRI - Donc, tu revendiques l'intuition précoce du "procès", son "fondement" méthodique au fil des années, le primat de la légalité. A présent, le vrai procès est arrivé si tard, et au-dessus d'une telle inondation de "substance", de vols et d'autre chose encore, qui fait qu'on écrase ou qu'on néglige les règles. Ta position risque d'apparaître, malgré les précédents, suspecte d'une solidarité posthume avec l'ancien régime. A toi, et à tes mains toutes propres, l'ancien régime pourrait être tenté d'offrir une sorte de secrétariat honoraire global, à dépenser, si ce n'est pour sa conservation, du moins pour en limiter les dégâts. D'autre part, si les nouvelles formations politiques vont droit au but avec leurs idées et leurs mots, n'est-ce pas toi, forgeur de formules extrêmes - l'hégémonie des partis, le ramassis, le "sfascismo" (10) - et de mots draconiens, qui leur a préparé le chemin?
PANNELLA - En attendant je suis moins persuadé que toi de la solidité et de la croissance ultérieure des formations politiques qui ont cristallisé la psychologie de la révolte. Quelques mois d'information sérieuse en feraient dégonfler la nouveauté, par inadéquation: elles remplissent un vide de dialogue, de lutte. Elles se constituent un domaine qui a horreur des vraies discussions, des répliques - les attaques oui, et les plus virulentes: mais jamais de débats. Ils ont besoin d'être seuls. Ils tirent une consolation de l'anathème et courage de l'isolement. Que nous soyons à cheval entre deux coalitions, que nous finissons tirés d'un côté ou de l'autre, je n'ai vraiment pas l'impression que ce soit un risque. Souviens toi pour commencer que cette sensation n'est pas nouvelle, ni un effet des années qui passent. Elle nous fut reprochée aussi en 68-69, lorsque quelqu'un eut l'impression que nous nous tenions à l'écart, condamnés à des rôles de défenseurs ou de mouches du coche ou de belles âmes qu'on pouvait
exploiter, jusqu'à ce qu'il ressortît comment nous avions gardé et préparé la voie principale: il en fut ainsi dans la parabole qui amena du vote parlementaire sur le divorce, en 1978, à sa confirmation dans le référendum, en 1974. Comment étions-nous arrivés, à 68? Notre contre-inauguration de l'année judiciaire - "2 grammes de haschisch, 2 ans de prison" - date de juin 1965. Pendant des années, chaque semaine nous rapportions au siège notre gibecière pleine d'une dizaine de plaintes reçues pour avoir affirmé les droits, de manifester, de circuler. Et les procès arrivaient, et chacun marquait un objectif: on peut marcher à trente en file indienne; pour manifester publiquement il faut le notifier, et sans demander de permis; et ainsi de suite. C'était notre bruyante provocation légaliste. Sur l'Enel (11), la justice, Cefis (12), Mattei (13), avec des chiffres: et considère qu'ils étaient plus gros, après réévaluation, des chiffres actuels de Tangentopoli (14). En 1963, nous étions beaucoup moins nombreux qu
e les monarchistes, lorsque nous manifestions pour leur droit de manifester devant Montecitorio (15). Ou lorsque le Parti républicain expulsa Pacciardi (16) "fasciste", et que nous proposâmes de jeûner pour son droit de parole, et que nous portâmes plainte contre la conjuration du silence qui se resserra autour de lui: et Dieu sait si nous étions ses adversaires. En 64, lorsque le Parlement supprima en catimini l'arrestation obligatoire pour le péculat de détournement, et que nous protestâmes contre la "République fondée sur le péculat". Lorsque, en compagnie uniquement d'Umberto Terracini (17), le seul à voter contre la réintroduction de la loi sur l'Ordre des journalistes et la responsabilité des directeurs inscrits au Tableau de l'Association, nous lançâmes une campagne systématique de désobéissance civile, Spadaccia (18), les Rendi (19), et moi. Nous fûmes responsables des encarts et des feuillets les plus variés, de l'Umanità Nova du grand Armando Borghi, du trotskiste Bandiera rossa de Maitan, du Premi
er Faucille et marteau polycopié de Brandirali, jusqu'à la direction de Lotta Continua (20), avec Pasolini et tant d'autres. Nous n'étions pas "sérieux", nous ne nous occupions pas assez des ouvriers et des paysans, d'économie... Il y avait autour de nous une pullulation d'entreprises et de signatures, de Bordiga à l'underground des objecteurs de conscience. Mon premier article sur l'avortement date de janvier 1968, mais sur l'avortement j'avais présenté une motion de minorité au congrès radical de 1961!
Eh bien, dans tout ce long et patient itinéraire nous étions, pour la plupart des gens, "à cheval" précisément, hybrides sans autonomie: pour certains, représentants des contradictions bourgeoises, donc, potentiellement, "les pires"; pour les autres, complices des communistes. Nous continuâmes, nous récupérâmes à la politique le nom glorieux des Ligues - qui n'est survécu qu'avec fatigue dans la Ligue des Coopératives - nous passâmes pour des drogués, pour des bizarres, des pédés, deux ou trois cent personnes - peu nombreux, mais assez pour rendre impropre parler schématiquement de la "génération" de 68: et de nous en 68 et 69 les textes scolaires continuent à ne pas dire un mot - hors du Parlement nous construisîmes le processus parlementaire qui devait amener au divorce, avec un journal comme ABC nous entraînâmes les masses, nos masses faites aussi de gens avec des veines variqueuses. Ingrao (21), encore lui, incrédule dans tout ce que nous déplacions comme "superstructure", hostile à ce que le Parlement
accueille ces thèmes, lorsqu'ensuite un jour il vit la Chambre voter, et d'un côté toute la Dc (22) et le Msi (23) d'Almirante (24), sans absents, et de l'autre nous tous, et notre victoire pour six voix, admît de s'être ému. C'était en 1967, les "missini" (25) et les démocrates-chrétiens avaient soulevé la question préjudicielle d'inconstitutionnalité pour empêcher que l'on donne lieu à la loi Baslini-Fortuna. Des années avant de gagner le référendum nous, les extraparlementaires, les référendaires, avions obtenu la majorité dans ce Parlement.
Ce n'est par prolixité, ou par vanité héraldique, que je reviens à cette histoire avec tant d'intensité propre à la manie: c'est à l'intérieur de nous que cette histoire continue à agir. C'est comme si un mélange de ce qui a été pré-vu, de ce qui a été souhaité et de ce qui a été combattu - outre que le destin - nous dotât d'une intelligence de ce qui se passe et de ce qui peut ou ne peut pas être fait. Cette intelligence - je le dis pour rendre plus claire sa modestie effective - appartient à notre vie comme la "malhonnêteté" appartient à la classe dirigeante qui tombe. L'intelligence des choses, involontaire mais surtout malhonnêteté chez cette dernière, imméritée chez nous, se traduit dans l'encouragement et la possibilité de gouverner ce qui se passe. Ceci a un rapport avec la mesure, la modération que tu évoquais comme une évolution actuelle de notre part, de même qu'avec la responsabilité que j'aurais eu dans le jeu à la hausse des anathèmes verbaux. J'écoutais l'autre jour à la Chambre un jeune député
de la Rete (26) de Syracuse, je l'écoutais crier "VOLEURS de justice" et ainsi de suite. Et je repensais au scandale de la première fois où nous avions prononcé à la télé le mot: avortement. Je me souvenais de l'exorde d'Emma Bonino et le mien aussi, en 1974: "Nous les partisans de l'avortement, les drogués, les homosexuels, traîtres de la patrie", et à chacun de ces mots correspondait une infamie, un procès, une indignité subie. Autant à l'époque ces mots avaient fait mal et avaient scandalisé, nous et les autres, autant les invectives du jeune député de la Rete sonnaient à présent comme la petite fredaine d'un brave garçon.
Le problème est celui d'un pouvoir qui finit. Mêmes les régimes totalitaires et féroces tombent lorsqu'ils se libéralisent, ils se font des illusion sur une évolution, et la place plébéienne qui se déchaîne couvre en une soirée le sol avec les punaises que le matin encore elle portait à la boutonnière. Sans la responsabilité des citoyens communs ce mécanisme est toujours prêt. Voilà pourquoi je disais aux places mobilisées des derniers mois: c'est sur vous-mêmes que vous devez lancer des boulons, avant de les jeter sur vos chefs, que vous avez élu et qui grâce à vous sont restés. Il existe une partie, qu'elle soit soumise ou qu'elle appartienne au régime, qui tend à devenir son héritière en le finissant, comme à piazzale Loreto (27). J'ai parlé pendant des années d'un antifascisme de l'après-guerre qui n'était pas héritier de l'antifascisme, mais plutôt du fascisme.
LES SEMAINES QUI NOUS ATTENDENT
PANNELLA - Tangentopoli passera d'une dizaine à une vingtaine de Parquets. Des arrestations de première page passeront en neuvième page pour raisons d'espace. Tout s'écroule. Il y aura des suicides. Dans ce bouleversement d'ici le mois de mars des conflits sociaux très durs exploseront, vécus avec une grande authenticité de souffrance et d'alarme, mais avec des interprétations subalternes et inadéquates. Avec cette culture de tout le monde, qui il y a quelque temps encore présentait comme grande conquête sociale les pensions à 40 ans, à 45 ans. Il faudrait un sens du drame, et c'est ce qui nous manque le plus, pour éviter que cette tension amène à un cycle de répression et d'attaques et à une ultérieure méchanceté. Le journal télévisé de la troisième chaîne et son audience, mi peuple mi cour des miracles, opposée à l'inadéquation de conscience de toutes les autorités, et à la portée du déficit. Celui qui doit recoller les morceaux chaque jour ne peut pas y arriver, et d'autre part un monde politique dominé p
ar la peur ne peut pas y arriver. Orlando (28) le dit, qu'il a peur, d'être tué, de la mort. Mais, sans le dire et sans la regarder en face, le Parlement tout entier est effrayé. Il existe en gros trois sortes d'hommes politiques émergents. Le premier est Segni (29), homme d'une seule discipline, respectable, sans autre expérience, autre passion, autre formation. Le second ce sont les techniciens du gouvernement, des Unités sanitaires locales aux ministères, qui sont, pour la plupart, gérants du pouvoir et des répressions. Le troisième ce sont les monodisciplinaires de la dénonciation, de la révolte, de l'anathème et de la prise de la Bastille, peut-être même vide. Je pense qu'à ce point ce qui ressort c'est notre expérience de fomentateurs de droit, notre attention pour le gouvernement institutionnel et juridique, l'expérience du moment référendaire unie à la conscience qu'à lui seul il est nul; que le triptyque du droit et de la non-violence est déterminant; du référendum; et des institutions, du parlement
. Deux cent personnes, plus ou moins, qui ont gouverné peu d'argent pour de grandes aspirations, qui ont appris à faire fructifier les communications, et qui ont accumulé aussi des capacités en grand, certains en allant ailleurs, d'autres en restant chez nous. Je m'entends répéter, dans les derniers temps, un refrain qui tout amusant qu'il soit, devient même embarrassant: tu devrais devenir secrétaire de la Dc, du Psi, ministre de telle ou telle autre chose. S'ils acceptaient plutôt de prendre en considération Emma Bonino (30) et Marco Taradash (31), Roberto Cicciomessere (32) et Adelaide Aglietta (33), Gianfranco Spadaccia et Giovanni Negri (34)... Je ne parle pas du premier secrétaire radical, Sergio Stanzani (35), le premier, avec Franco Roccella, que je rencontrai lorsque j'avais seize ans: j'étais étudiant, et il était président de l'Unuri. Et tous les autres qui jouent leur rôle ailleurs, comme Rutelli (36) ou Corleone (37) chez les Verts. Parmi les dirigeants d'aujourd'hui, le groupe "historique" ne r
eprésente que 6-7%: un indice provisoire mais significatif d'une réussite.
L'EXTREMISME SENILE, LES JEUNES TACITURNES, ET LE TROISIEME AGE RADICAL
SOFRI - Je viens d'années trop préjugées pour avoir envie de me prononcer sur la vie publique italienne. Mais j'ai été de plus en plus frappé par l'apparition irréfrénable d'un sentiment, d'un ressentiment, que j'appellerais, sans le goût d'une formule facile, extrémisme sénile. De l'extrémisme il a le caractère draconien, la simplification, l'envie de faire place nette - une extension contagieuse d'un esprit de chauffeur de taxi âgé: il faudrait une belle bombe sous Montecitorio... A l'opposé de l'extrémisme juvénile auquel j'ai appartenu, surtout de sa phase initiale, celui-ci est fermé, découragé, souvent vindicatif et rendu méchant, plus attaché au petit plaisir de "la leur faire payer" (naturellement ils ont été se la chercher) qu'à la confiance cordiale de changer le monde et de changer eux-mêmes. Ce sentiment avare s'est cristallisé en formations politiques nouvelles et sous d'autres aspects très différentes, mais il a aussi imprégné des formations et des milieux traditionnels. L'exagération recherché
e et à la fois sortie de son langage est devenue le ton dominant des moyens de communication, même les plus compassés: elle a uni un président de la république à ses plus vaillants adversaires, des doyens du journalisme jusqu'à des spécialistes restés à l'écart jusque là. Cet extrémisme sénile peut avoir des physionomies et des gestes ignobles ou nobles, le professeur Miglio (38) ou le juge Caponnetto, mais c'est le symptôme d'une condition commune profonde et pleine de conséquences. Certes, c'est une réaction et une manifestation du trépas du régime. C'est aussi, à mon avis, une cause de ce manque de visibilité des jeunes, d'un manque de prise de parole de leur part, que l'on attribue sottement à l'adhésion à des valeurs d'ordre et de confort - comme si les sondages primitifs à la veille de 68 ne présentaient pas toute une génération d'étudiants école-église. L'anxiété publicitaire de proposer de nouveau aux générations successives de jeunes un impossible (j'espère) "nouveau 68" a joué elle aussi un rôle d
ans la mise à la marge des jeunes - et dans le choix réciproque de tant de jeunes capables de rester en-dehors, comme ça a eu lieu dans le volontariat rapproché qui a été la qualité la plus précieuse des autres années 80. Mais l'extrémisme sénile est envahissant, il écrase et contrefait le droit des jeunes à une interprétation fraîche et radicale du monde, et à une distance de ce que les adultes en ont fait. Je ne pense ni à des règles biologiques ni sociologiques. Je pense que les jeunes ont devant eux une génération d'adultes qui a été joyeusement bouleversée par l'idée de s'enrichir et de s'en vanter devant la première caméra de télévision, et péniblement bouleversée, une demi heure plus tard, par un avis de garantie et par la perte de réputation, de la face, qui dans le village global est redevenue la valeur principale, éclipsant la confrontation avec sa propre conscience sur laquelle pendant un millier et demi d'années ont avait construit la morale et le sentiment de culpabilité. Des adultes qui se tuen
t parce qu'ils ne réussissent plus à se regarder dans le miroir de l'écran de télévision ou des voisins de palier; ou bien ils ne se tuent pas, ils dénoncent leurs amis collègues et parents et repartent à zéro en dirigeant une émission à la télévision. Contre cette classe d'hommes adultes et mûrs fulminent avec un vrai mépris et une rhétorique démagogique des hommes âgés et très âgés, inflexibles et prêts à décrire le monde comme le plus obscur des complots, la plus frauduleuse des escroqueries, la plus escamotable des vulgarités. Les jeunes accourent nombreux ou peu nombreux, ils votent pour les uns ou pour les autres, ils remplissent les salles où le monde leur est expliqué, ils prennent des notes - et ils se taisent. Ils font pression sur un point ou sur un autre, mais sans casser la coquille. Naturellement rien n'est casuel, et aucun moralisme ne compense les raisons profondes qui font exploser un mouvement nourri, plutôt que de solidarités lointaines et de sympathies aventureuses, d'une haine fiscale et
d'une intolérance dégoûtée pour les étrangers de toute sorte. Des mots d'ordre secs comme des slogans de stade, et une promesse plus ou moins imminente de les autoriser à se battre; c'est une des offres les plus consistantes du marché civil actuel aux jeunes. A présent, dans cet extrémisme sénile varié mais transversal je vois l'atténuation, si ce n'est le refoulement, du conflit entre générations qui, excès ou pas, alimente la vivacité d'une société; et, au cas où, la subordination des jeunes à un conflit intérieur des générations plus âgées. Et j'y vois un reflet alarmé de la plus forte différence entre nos années et la fin des années 60, entre l'arrivée alors à l'âge de la rébellion des enfants du boom démographique, et la longévité combinée sur l'écroulement de la natalité de nos jours. L'Italie qui est arrivée tard à cette tendance mûre, s'est rattrapée comme d'habitude avec des intérêts, et enregistre des records de longévité et de raréfaction juvénile, et des manifestations psychologiques agitées de
cette inversion. A nos personnes âgées, qu'elles aient un pouvoir ou qu'elles l'applaudissent ou le sifflent - ou qu'elles lui tirent des pierres, pour ça aussi la limite d'âge s'est fort élevée - nos jeunes n'apparaissent ni comme des interlocuteurs intéressants ni comme une menace équivoque. Les jeunes auxquels beaucoup d'entre eux pensent, ou qu'ils entrevoient comme des fantômes nocturnes, ont des visages albanais et extra-européens, asiatiques et africains: ils appartiennent au monde où la majorité des gens ont moins de quinze ans. Fermée, ou suspendue, la partie italienne, ou européenne, entre vieux et jeunes, se joue subtilement et brutalement entre nos vieilles sociétés et leurs jeunes. Vraiment bouleversé, ici, le 68 juvénile amoureux du sud, du soleil et du Tiers monde, est devenu un premier monde effrayé, mesquin, distant pour l'instant et prêt au pire d'ici peu.
PANNELLA - Je ne doute pas qu'il existe une caractéristique de la condition juvénile, et ta façon de la voir est raisonnable. J'ai toujours pensé, j'ai toujours senti d'un façon différente. Il m'a toujours semblé que l'unité entre pères et fils, entre pères et fils électifs, moraux, fut plus intéressante que celle entre personnes du même âge; moins sociologiquement, plus culturellement configurée. Une unité constituée sur les urgences, plus durables que la reconnaissance et l'affirmation de chaque nouvelle génération. Lorsqu'en 1976 nous fûmes votés par 400 mille personnes, 400 mille "extravagants" imprévus, une de mes interview à Lietta Tornabuoni sur La Stampa avait ce titre: "Nous sommes surtout un parti de grands-mères". De femmes, catholiques, du troisième âge. C'est devenu toujours plus exact, outre que vrai. Dans tant de familles la première à voter radical était la grand-mère. Nous nous sommes toujours passé d'une évocation directe des jeunes, de la condition juvénile. Nous nous apercevions ensuite q
ue chez les jeunes qui s'approchaient du parti la confiance ressentie chez les grands-parents avait eu un grand poids. Même le monde contemporain tire une force à sa manière des Pénates. Je me sens proche du Vieux Testament, de l'Olympe de Zeus, du ciel de la Renaissance. Le juvénilisme, la rhétorique de l'enfant, la confusion entre virginité et innocence, le putto décoratif combien insignifiant: je me méfie de tout cela. Pourquoi ne pas penser à l'innocence comme à une sagesse, comme à une force, comme à quelque chose que l'on conquière au cours d'une existence, plutôt que comme à une qualité originelle, à un visage sans histoire, à des figures de nouveaux-nés bonnes pour toutes les affiches du Tiers Monde? J'ai proposé que l'on discute de la pension féminine sept ans après la pension masculine. Nous sommes tous d'accord en abstrait sur le droit et la promesse du non-travail. Mais en attendant il est plus sérieux de faire trésor du gisement du troisième âge, considéré officiellement à l'instar des décharges
introuvables. Lorsque qu'un gisement de sagesse, de décennies de vies accumulées, vit dans l'angoisse d'un destin d'abandon, il est naturel qu'il devienne méchant, qu'on ne le reconnaisse pas. A eux aussi leur revient une image extérieure épouvantablement différente de l'identité qu'il portent à l'intérieur d'eux-mêmes. Nous avons remplacé le droit d'habiter par le droit au logement. Un bon vieux devrait souhaiter déménager en vitesse pour laisser la place aux jeunes fiancés. Je viens de rencontrer à Strasbourg le Président de l'organisation mondiale des Rom, il vit à Berlin, il a fuit la Serbie, c'est un inscrit radical, il m'a parlé du droit au logement et du droit d'habiter d'après leur expérience, du nomadisme et de l'exil.
En 68 je disais que les cortèges agiles et coureurs empêchaient les lents et les personnes âgées de faire partie du cortège. Pense à tes jeunes, laisse que ce soit moi qui pense au troisième âge. Ce sont souvent les plus pauvres qui sont nos contribuables les plus forts. Je voudrais que tu connaisse Ubaldo Gardi, un des derniers rémouleurs italiens, un octogénaire qui peut se permettre de manger peu, et de nous envoyer sa pension.
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n.d.t.
(*) SOFRI ADRIANO. (1942). Leader du mouvement extraparlementaire italien "Lotta Continua". Journaliste, écrivain. Jugé et condamné à vingt ans comme co-responsable présumé de l'assassinat du commissaire de police Calabresi. Mémorialiste lucide et désabusé.
1 - AMATO GIULIANO. (Turin 1938). Homme politique, spécialiste en droit constitutionnel. Extraparlementaire de formation, socialiste par la suite. Député dans plusieurs législatures, sous-secrétaire à la Présidence du Conseil dans les deux gouvernements Craxi. Vice-président du Conseil et Ministre du trésor dans le premier gouvernement Goria. Actuel Président du Conseil.
2 - SCALFARO OSCAR LUIGI. (Novara 1918). Président de la République Italienne. Démocrate-chrétien. Avocat, plusieurs fois député, ministre des transports, ministre des biens culturels et de l'intérieur. Homme d'une grande intégrité, il jouit de l'estime générale, même auprès des laïques.
3 - ARMANDO CURCIO - Maison d'édition.
4 - UNITA' - Organe de l'ancien Parti Communiste Italien, actuellement PDS (Parti Démocratique de la Gauche).
5 - ZEVI BRUNO - Né en 1918, il vit à Rome. Président d'Honneur du Parti Radical. Ancien Député à la Chambre élu dans les listes du Parti Radical.
Historien de l'architecture de renommée mondiale, licencié à l'Université de Harvard, auteur de nombreux essais. Il est professeur titulaire dans les universités de Venise et de Rome. Depuis 1955 il tient une rubrique sur l'hebdomadaire "L'Espresso". Membre actif de la communauté israélite italienne. Il a participé à la lutte anti-fasciste dans le Parti d'Action, dans le groupe "Justice et Liberté". Directeur depuis 1955 du mensuel L'architecture, chroniques et histoire.
6 - DE MICHELIS GIANNI. (Venise 1940). Homme politique italien. Socialiste, anciennement dans le courant de gauche, ensuite au gouvernement entre autre comme Ministre des Affaires étrangères. Il jouit d'une grande influence à Venise, sa ville natale, qu'il a sponsorisé comme siège d'une grande "Expo" internationale. Promoteur de la conception des biens culturels comme "minière" à valoriser fortement sur le plan économique.
7 - PALAIS - Les "Palais" du pouvoir: à Rome les sièges principaux des institutions se trouvent dans des anciens Palais.
8 - CORRIERE DELLA SERA (LE). Quotidien fondé à Milan en 1876. Considéré pendant longtemps le journal influent par excellence. A tendance modérée.
9 - PASOLINI PIERPAOLO. (Bologne 1922 - Rome 1975). Ecrivain et metteur en scène, italien. Romans ("Ragazzi di vita", 1955; "Una vita violenta", 1959), poésie ("Les cendres de Gramsci", 1957, etc), théâtre, cinéma ("Accattone", 1961, "Il Vangelo secondo Matteo", 1964, etc), mais surtout formidable polémiste et moraliste, il dénonça les méfaits de la "bourgeoisie", et critiqua âprement la gauche italienne pour ses incapacités. Sympathisant du Parti radical, sur lequel il a écrit de très belles pages, le jour de sa mort il aurait dû aller à Florence, pour une intervention au Congrès de ce parti.
10 - SFASCISMO - Mot forgé par Marco Pannella - On y trouve le mot "fascismo" (fascisme) et "sfascio" (effondrement, débâcle).
11 - ENEL: Société italienne pour l'énergie électrique, fondée en 1962 suite à la nationalisation de l'industrie électrique italienne. L'ENEL, sauf quelques rares exceptions, détient le monopole de l'énergie électrique et dépend du ministère de l'industrie.
12 - CEFIS EUGENIO. (Cividale del Friuli 1921). De 1967 à 1971 Président de l'ENI, l'Organisme national pour les hydrocarbures, et de la Montedison (1971-1977). Protagoniste de la reconstruction économique italienne, favorisée par sa politique pétrolière et du méthane, il se servit de systèmes de pouvoirs et de corruption sans scrupules pour arriver à ses fins.
13 - MATTEI ENRICO. (Acqualagna 1906 - Bascapé 1962). Président de l'ENI (Organisme pétrolier italien d'Etat) depuis 1953, il en élargit les activités jusqu'à mettre en discussion les pouvoirs des soi-disant "sept soeurs", les sept compagnies pétrolières mondiales les plus importantes, essayant d'établir des contacts directs avec les pays producteurs, en particulier l'Iran. Il mourut dans un accident d'avion dont les causes sont restées mystérieuses. Il était arrivé au pouvoir en commandant pendant la Résistance les formations partisanes catholiques, dont il se servit par la suite comme masse de manoeuvre sur le plan politique. De ces groupes partisans eurent origine les premiers noyaux de "Gladio".
14 - TANGENTOPOLI - Mot forgé: on entend par là la ville de Milan qui est actuellement le centre des enquêtes sur les pots-de-vin payés à des hommes politiques de plusieurs parti par des industriels et des chefs d'entreprise.
15 - MONTECITORIO. Place romaine où se trouve le palais de la Chambre des Députés. Par extension, le nom indique la Chambre elle-même.
16 - PACCIARDI RANDOLFO. (Giuncarico 1899 - Rome 1991). Homme politique, italien. Adhérent au Parti républicain dès sa jeunesse, antifasciste, parmi les chefs les plus prestigieux des volontaires italiens sur le front républicain pendant la guerre civile espagnole. Rentré en Italie, il assuma le secrétariat du parti de 1946 à 1948. Ministre de la Défense de 1948 à 1953, en 1964, délogé de la tête du parti par Ugo La Malfa, il fonda le "Mouvement pour la Nouvelle République", visant à l'institution en Italie aussi d'une république présidentielle.
17 - TERRACINI UMBERTO. (Gênes 1895 - Rome 1983). Homme politique italien. Il fut parmi les fondateurs du Parti Communiste Italien (PCI). Emprisonné sous le fascisme entre 1926 et 1943, il fit partie de l'aile non stalinienne et pour cette raison il fut longtemps considéré comme suspect par ses camarades. Dans l'après-guerre il fut l'expression des meilleures tendances libérales du parti, et gagna l'estime générale comme Président de l'Assemblée Constituante (1947-48).
18 - SPADACCIA GIANFRANCO - Journaliste. Parmi les fondateurs du Parti radical, il en a été Secrétaire en 1968, en 1975 et en 1976; il a été Président du Conseil Fédéral à plusieurs reprises. En 1975, étant Secrétaire, il organisa avec le CISA (Centre d'Information Stérilisation et Avortement) la désobéissance civile contre le délit d'avortement. Il fut arrêté et incriminé pour bande de malfaiteurs et avortement provoqué. Elu à plusieurs reprises à la Chambre et au Sénat, il a été président du Groupe Fédéraliste Européen Ecologiste.
19 - RENDI ALOISIO. (1927 - 1979). Professeur d'université, écrivain, traducteur, il fut parmi les fondateurs du Parti radical, collaborateur de l'"Agence Radicale", antimilitariste.
20 - LOTTA CONTINUA. Un des mouvements politiques de l'extrême gauche italienne les plus importants et les répandus, fondé à Turin en 1969. En 1971, il créa le journal du même nom, qui eut tout de suite une ample diffusion. Il sépara la gauche extraparlementaire de la préjudicielle ouvrière, pénétrant dans le monde de la jeunesse et des étudiants, parmi les appelés au contingent, dans les prisons, etc. Parmi ses leaders, le journaliste et écrivain Adriano Sofri se distingua.
21 - INGRAO PIETRO. (Lenola 1915). Pendant de longues années exposant de premier plan du Parti Communiste Italien. Provenant des organisations universitaires fascistes, leader de la "gauche" du parti ouverte au soi-disant "dialogue avec les catholiques" et à une conception mouvementiste de la politique, vue comme lutte des "masses" contre l'exploitation capitaliste au niveau mondial. Président de la Chambre des Députés de 1976 à 1979, c'est à dire à l'époque du "compromis historique" et de l'"unité nationale".
22 - DEMOCRATIE CHRETIENNE (DC). Parti italien d'inspiration chrétienne/catholique. Constitué sous ce nom dans l'après-guerre recueillant l'héritage du Parti Populaire, né dans le premier après-guerre par l'oeuvre d'un prêtre sicilien, don Luigi Sturzo. Après les élections de 1948, dans le climat de la guerre froide, il devint le parti de majorité, s'approchant certaines fois de la majorité absolue. Composant central de tout gouvernement, il détient le pouvoir sans interruptions depuis un demi siècle conditionnant fortement en sens modéré le développement de la société italienne. Aux élections de 1992, pour la première fois, il descend sous la barre des 30% des suffrages.
23 - MOUVEMENT SOCIAL ITALIEN. Parti fondé en 1946 par quelques ex-fascistes, actifs surtout durant la République Sociale Italienne, qui s'opposa aux forces alliées et au gouvernement légitime en collaborant avec les allemands (1943-45). En 1972 il absorba le Parti d'Union Monarchiste (PDIUM) et changea son nom en MSI-Droite Nationale. Secrétaires: Giorgio Almirante (1946-50 et ensuite à partir de 1969), A. De Marsanich (1950-1954), A. Michelini (1954-1969), Pino Rauti et, actuellement, Gianfranco Fini.
24 - ALMIRANTE GIORGIO. (Salsomaggiore 1914 - Rome 1988). Secrétaire du MSI, Mouvement Social Italien (le parti de droite qui se considère héritier du fascisme) de 1969 à 1987.
25 - MISSINI - partisans du MSI.
26 - RETE - voir note 28.
27 - PIAZZALE LORETO. Place de Milan où, après la libération de la ville, les corps de Benito Mussolini et de son amante Claretta Petacci fusillés à Giulino di Mezzegra, sur le lac de Côme, par les maquisards, furent amenés et pendus par les pieds.
28 - ORLANDO LEOLUCA. Homme politique, italien. Devenu maire de Palerme sous la poussée de la révolte populaire contre la mafia. Assez populaire dans le chef-lieu sicilien, il a fondé le mouvement "La Rete" qui vise à régénérer la vie politique italienne. Le mouvement est entré au parlement lors des élections du mois d'avril 1992 avec 2% des suffrages.
29 - SEGNI - Homme politique italien. Démocrate-chrétien. Promoteur de différents référendums, dont celui sur la réforme électorale admis par la Cour Constitutionnelle et qui devraient être organisés en 1993.
30 - BONINO EMMA. Née en 1948. Présidente du Parti Radical. Député élu à la Chambre, Liste Pannella.
Licenciée en langues et littérature étrangère. Parmi les organisatrices du CISA (Centre Information Stérilisation et Avortement), elle a été protagoniste de la bataille contre l'avortement clandestin. Député à plusieurs reprises aussi bien au Parlement italien qu'au Parlement européen. Ella a été parmi les premières dans le Parti Radical à se consacrer à la sensibilisation de l'opinion publique internationale sur le problème de l'extermination par la faim. Comme membre fondateur de Food and Disarmament International, en mai 1981, elle a été parmi les promoteurs du Manifeste des Prix Nobel contre la faim et pour le développement. Elle est Présidente du Parti Radical depuis 1989. Elle est actuellement Secrétaire de Présidence et membre de la Commission affaires sociales.
31 - TARADASH MARCO - Né en 1950. Membre du Parlement européen, Groupe Vert, élu dans la Liste Anti-prohibitionniste. Député élu à la Chambre, Liste Pannella. Il a été Président du Conseil Fédéral en 1986 et 1988. Journaliste, il a dirigé pendant dix ans, sur Radio Radicale, le magazine Presse et régime. Il est parmi les fondateurs de la Cora (Coordination Radicale Anti-prohibitionniste) dont il a été Secrétaire jusqu'en 1992. En 1989 il a été parmi les organisateurs du Congrès de fondation de la Lia (Ligue Internationale Anti-prohibitionniste), dont il est Secrétaire exécutif.
32 - CICCIOMESSERE ROBERTO - Né en 1946. Député élu à la Chambre, Liste Pannella. Inscrit au Parti Radical depuis 1967. Objecteur de conscience, il a été en prison pour l'affirmation de ce droit. Suite à cette initiative, en Italie le droit à l'objection de conscience au service militaire a été reconnu en 1972. En 1973 il fonda la Ligue pour l'objection de conscience - loc - dont il reste Secrétaire national pendant trois ans. Trésorier du PR en 1970. Secrétaire en 1971 et en 1984. En 1969 il a été secrétaire d'organisation de la LID (Ligue Italienne pour le Divorce). Il a été parlementaire européen. Il a lancé et préparé le système de communication télématique multilingue Agorà télématique. Vice-président du Groupe parlementaire Fédéraliste Européen.
33 - AGLIETTA ADELAIDE. Née en 1940. Député au Parlement européen. Président du Groupe Vert au PE.
Elle est actuellement membre des Commissions affaires étrangères et affaires institutionnelles du PE, et elle est membre de la Délégation pour les Rapports avec la Yougoslavie. Député à plusieurs reprises au Parlement italien. Secrétaire du Pr en 1977 et en 1978, l'année où elle fut tirée au sort pour faire partie du jury populaire dans le procès de Turin contre les Brigades Rouges. Organisatrice du CISA (Centre Italien Stérilisation et Avortement) de Turin, elle a été parmi les protagonistes de la bataille pour la dépénalisation de l'avortement. De 1986 à 1987 elle a été parmi les auteurs de la campagne référendaire pour une justice équitable.
34 - NEGRI GIOVANNI. Né en 1957. Ancien Député au Parlement italien et au Parlement européen élu dans les listes du Parti Radical. Secrétaire du Pr de 1985 à 1987. En 1986 avec le slogan "Ou tu le choisis, ou tu le dissous" il a conduit la campagne extraordinaire pour les 10.000 inscrits. En 1992 il a été candidat dans la liste référendaire. Protagoniste des batailles sur l'information et contre l'extermination par la faim dans le monde, il a fait aussi une très longue grève de la faim. Promoteur de la campagne "Vive le Tibet" contre la violence de la Chine. Il a été secrétaire "pro tempore" de l'Arcod (Association Radicale pour la Costituante Démocratique).
35 - STANZANI SERGIO. Né en 1923. Secrétaire du Parti Radical. Ingénieur diplômé. Directeur Central de la Finmeccanica (Groupe IRI) en 1979, lorsqu'il fut élu au Sénat de la République. Il a été parmi les fondateurs du Parti Radical. Il fait partie dès 1946 du groupe dirigeant de l'Union Goliardique Italienne (UGI), l'organisation des étudiants universitaires laïques qui s'est constituée à la fin de la seconde guerre mondiale et qui a donné naissance, avec les organisations des étudiants catholiques et d'autres organisations minoritaires, aux délégations des étudiants universitaires au niveau local et national: l'UNURI dont il assume la présidence en 1952 et 1953. Inscrit au Parti Libéral Italien, il en sort avec la gauche pour constituer le Parti Radical. Avec la gauche radicale il participe à la refondation du Pr, coordonnant l'élaboration et la rédaction du nouveau statut. Elu au Sénat en 1979, Stanzani est réélu à la Chambre des Députés en 1983 et confirmé lors des élections de juin 1987 et il a été memb
re, pendant près d'un an, du Bureau de Présidence de la Chambre. Dans les législatures précédentes il avait fait partie, entre autre, d'abord de la Commission d'Enquête et ensuite de la Commission de Surveillance des services de la Radio-télévision. Il a été élu Premier Secrétaire du Parti Radical en janvier 1988, à Bologne, par le XXXIV Congrès, et confirmé à son poste par le XXXV Congrès de Budapest en avril 1989.
36 - RUTELLI FRANCESCO. Né en 1954. Député élu à la Chambre dans les listes des Verts. Journaliste publiciste. Secrétaire du Parti Radical en 1981 et Trésorier en 1984. Anti-militariste et objecteur de conscience, il est co-promoteur de l'Institut de Recherches sur le Désarmement, le Développement et la Paix. Député italien dans les listes radicales depuis 1983, il a été chef de groupe à la Chambre. Aux dernières élections européennes il a été parmi les promoteurs de la liste des "Verts Arc-En-Ciel". Membre du Groupe de Coordination de la Fédération des Verts. Conseiller municipal à Rome dans le groupe Vert, il est parmi les fondateurs de l'Association environnementaliste Centre pour un Futur Supportable. Ancien Président du Comité des droits de l'homme dans la Commission affaires étrangères.
37 - CORLEONE FRANCO. Né en 1946. Ancien Sénateur élu dans les listes du Parti Radical. Ancien Président du groupe Fédéraliste Européen Ecologiste au Sénat. Inscrit au Parti radical depuis 1972, il a été secrétaire du Parti radical de Lombardie et, en 1982, Président du Conseil Fédéral. Parmi les organisateurs de la liste "Verts Arc-En-Ciel", il a été Député au Parlement européen. Avec Domenico Modugno, et en collaboration avec Radio Radicale et l'Espresso, il a dénoncé les conditions incroyables dans lesquelles étaient contraints de vivre les malades de l'hôpital psychiatrique d'Agrigente.
38 - MIGLIO GIANFRANCO - Idéologue de la "Ligue Nord".