par Angiolo BandinelliSOMMAIRE: Fiche biographique de Marco Pannella préparée par Angiolo Bandinelli (*) pour le 23· volume de l'ouvrage »LE PARLEMENT ITALIEN, Histoire parlementaire et politique de l'Italie , Nuova CEI Informatica, Milan, reproduite dans les ARCHIVES PARTI RADICAL d'Agorà télématique par aimable concession de l'Editeur. Prière d'en citer, dans tous les cas, la source.
1) Biographie
2) Chronologie
3) Bibliographie essentielle
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1) BIOGRAPHIE
Le 5 juillet 1976 on inaugurait, dans la solennité du cérémonial habituel, la septième législature. Le président provisoire de la séance d'ouverture, le député Leonilde Jotti (1), venait d'accomplir les préliminaires habituels lorsque le nouveau député Marco Pannella, élu dans les listes du Parti radical, se levait d'une des chaises à haut dossier pour demander la parole sur l'ordre des travaux. Ainsi commençait, avec un incident de procédure qui put apparaître aux plus bienveillants, ou malveillants, comme dicté par un pur désir de publicité, même télévisée, la saison institutionnelle des radicaux, arrivés au Parlement après deux ou trois lustres d'initiatives militantes réalisées hors des salles législatives, "dans les rues et dans les prisons" comme ils répétaient non sans orgueil. Ils étaient quatre à franchir la porte de Montecitorio (2).
La réponse électorale ne récompensait que partiellement les campagnes radicales pour les droits civils auxquelles on attribuait pourtant le mérite d'avoir changé et modernisé le pays: en 1970 le Parlement avait approuvé la loi Fortuna-Baslini (3) sur le divorce, en 1974 avait lieu le référendum voulu par les associations catholiques et par des secteurs de la DC (4) pour l'abolir. Celui-ci était bien sûr gagné par le "front laïque" longtemps souhaité par Pannella, mais surtout par les millions de citoyens qui y exprimaient un vote d'opinion qui n'était pas conditionné par les partis mais qui s'était formé librement dans le vif d'un grand débat, passionné et civil. Sur cette lancée, les radicaux rassemblaient en 1975 les signatures pour un référendum encore plus explosif, celui sur l'avortement. Des intellectuels comme Pasolini (5) considéraient avec sympathie le leader des droits civils et essayaient la traduction marxiste de son langage libertaire. Le pays, on le sentit, était beaucoup plus avancé que ses cl
asses dirigeantes, prises au dépourvu et déconcertées: tout de suite après le vote sur le divorce, le député Enrico Berlinguer (6) avait souhaité la prompte reprise du dialogue entre les masses marxistes et catholiques, pour cicatriser la lacération référendaire et rendre possible le compromis historique (7) qu'il souhaitait ardemment.
Des élections anticipées, celles de 1976, convoquées pour retarder - du moins - l'affrontement redouté sur l'avortement. La même chose s'était passée quatre ans auparavant, pour le divorce (mais contre cette pratique du renvoi, qui réduisait le jeu électoral- écrivaient-ils - à "une imposture et une escroquerie", en 1972 les radicaux avaient annoncé et publicisé l'abstention du vote). La DC et le PCI y menèrent une campagne habile de forte opposition, réussissant à concentrer l'ensemble de leurs consensus respectifs, le PSI atteignait au contraire le minimum historique et s'engageait dans un renouvellement dramatique de son groupe dirigeant, avec la nomination au poste de secrétaire du député Bettino Craxi (8). Les radicaux remportaient 1,1% des voix à la Chambre et 0,8% au Sénat. Leur vote était essentiellement un vote urbain, avec 32,5% des consensus recueillis entre Rome (2,4%, grâce aussi aux fils-directs non-stop de Marco Pannella sur Radio Radicale (9), déterminants pour obtenir le quorum avec une marg
e de 270 voix seulement), Milan et Turin. Pannella remportait un succès personnel: à Rome, environ 40% des suffrages de liste se concentraient sur son nom (10). Pendant la campagne, avec une longue grève de la faim épuisante, il avait arraché à la RAI TV (11) une Tribune politique (12) à laquelle la liste radicale n'aurait pas eu droit: mais Pannella sentait depuis longtemps que désormais le futur de la démocratie politique se serait joué sur l'information, et donc en premier lieu sur les comportements de la Télévision Publique.
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L'engagement politique du leader radical avait démarré par une activité intense dans les organisations universitaires, un berceau de classes dirigeantes à l'époque: à vingt ans, représentant national universitaire du parti libéral - connu sur les pages du "Risorgimento Liberale" de Mario Pannunzio (13) -, à vingt-trois ans il était président de l'UNURI, l'organisation unitaire des étudiants universitaires. En 1955, nous le trouvons parmi les partisans les plus tenaces de la fondation du parti radical - un "parti nouveau pour une politique nouvelle" - et c'est avec cette formation qu'il affrontera la malchanceuse campagne électorale menée en 1958 avec les républicains.
En 1960 il est correspondant du journal "Il Giorno" à Paris, où il noue des rapports actifs avec la résistance algérienne; mais lorsque le parti radical, emporté par des divisions internes et surtout par la naissance du centre-gauche, entre en crise et risque de se dissoudre définitivement, avec quelques amis et quelques adhérents au courant de "gauche radicale" il revient recueillir l'héritage difficile. Une continuité idéale mais des innovations aussi: dans le sillage des polémiques d'Ernesto Rossi (14) et de la tradition libertaire et humanitaire socialiste, Pannella accentue la ligne d'anticléricalisme intransigeant et d'antimilitarisme, et soutient par des initiatives militantes inédites pour l'Italie les luttes pour les droits civils qui éclatent ces années-là dans les campus américains et européens avec la force de la non-violence gandhienne.
La campagne pour le divorce s'ouvre en 1965, après l'accord avec Loris Fortuna. Deux ans auparavant les enquêtes journalistiques et les campagnes sur les déviations de l'ENI (15) et sur le scandale de l'assistance et de l'ONMI (16) romaine avaient renversé le maire de la capitale Amerigo Petrucci (17). Entre-temps un dialogue intense se développe avec Aldo Capitini sur le sens et les formes de la non-violence pour le renouvellement de la politique et pas uniquement en Italie, et des initiatives judiciaires retentissantes sont prises, presque toujours conclues par des procès victorieux, qui amènent l'attention du grand public et de la classe politique elle-même - plutôt occupée à débattre les problèmes économiques, les thèmes de la "programmation" - sur les thèmes de la justice, du droit. Et, dans la production multiforme de la part de Pannella, de travaux, d'interventions, de discours et de polémiques, on pourrait déjà reconnaître l'effort de définition d'une théorie et d'une pratique libérale ouvertes à des
sujets et des classes traditionnellement subalternes et éloignées, plus répandus que ne sont ceux, toujours plus restreints auxquels, à l'exception du "Mondo" de Pannunzio, se référent désormais les partis laïques, ou mineurs. Un libéralisme certainement laïque mais pas laïciste, nourri d'un ancien anarchisme pour lequel la première liberté de défendre est celle de l'adversaire, de l'autre, du différent (et cela fit du bruit, le fait que Pannella, tout en ne partageant pas leur politique, assumait la direction formelle de journaux comme "Lotta Continua" (18), pour leur permettre de continuer à vivre). La non-violence en est le pivot le plus original, celui qui donne une substance et une forme aux grèves de la faim, aux manifestations directes, aux sit-in, organisés aussi bien en Italie que partout où la liberté est menacée, comme en 1968 lorsque Pannella et d'autres militants manifestent dans les pays de l'Est pour protester contre l'invasion soviétique à Prague. Un libéralisme, enfin, qui vise, dans un rég
ime bloqué autour d'un seul parti (19) héritier de fait des structures et de la société des années 30, l'alternative: et sur ce terrain le jeune leader des étudiants avait déjà provoqué en 1959 Palmiro Togliatti (20), pour qu'il lançât les masses communistes sur la voie du réformisme démocratique, répétant au niveau national l'expérience organisée dans l'associationnisme universitaire.
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Pendant la campagne de 1976, Pannella avait pris l'engagement solennel selon lequel les radicaux auraient changé le Parlement, et qu'ils n'en auraient pas été changés: c'est-à-dire qu'ils n'auraient pas cédé aux tentations d'un mécanisme déjà en crise évidente de fonctionnalité et de crédibilité, attaqué en premier lieu dans ses prérogatives les plus délicates par les partis dudit "arc constitutionnel". L'usure apparaissait déjà visible, même si l'on considérait encore avec confiance le règlement, approuvé en 1971, qui avait séparé - et cela sembla une grande conquête démocratique et un dépassement du modèle libéral, du dix-neuvième siècle - la "domination de la majorité de la "domination de la procédure" remettant cette dernière à l'Assemblée et au balancement ponctuel de pouvoirs entre une majorité et une opposition également garanties par la représentation proportionnelle. Dans leur refus du compromis historique et de tout ce qui pouvait empêcher la nette distinction constitutionnelle et libérale entre ma
jorité et opposition, l'attention prêtée par les radicaux aux règlements et aux procédures ne fut pas fortuite. Voilà donc les mises au point de la procédure, les requêtes obstinées pour une interprétation normative correcte, l'opposition à ce qui paraissait une lecture inadéquate ou arbitraire des règlements. De même, l'accentuation donnée aux activités de syndicat d'inspection et d'orientation - par rapport à l'activité législative proprement dite - car elles pouvaient assurer non seulement un contrôle ponctuel du cheminement parlementaire des lois, mais aussi de leur adéquation et de leur réalisation. On reprenait ou on remettait en discussion, grâce à cette pratique efficace et insistante, le dictat constitutionnel concernant le rôle du Parlement et des parlementaires, figures sur lesquelles depuis longtemps s'épinglaient des critiques mesquines, qui dénonçaient leur absentéïsme coupable, leur incapacité productrice d'impuissance, leur abandon dans une condition avilissante de "péons" privés d'instrument
s de contrôle et même d'un lieu où exercer leur travail quotidien.
Les premières ironies ayant été surmontées ou s'étant dissipées, la stratégie de Marco Pannella et des siens suscita de l'impatience et de la perplexité dès que l'on se rendit compte que les quatre parlementaires étaient en train de se tailler un rôle d'opposition parlementaire authentique, dans ses formes les plus classiques, à l'anglo-saxonne: le PCI en particulier, auquel le rôle, dans le balancement associatif, devait être attribué exclusivement avec les formes et les limites du règlement de 1971, se montra inquiet. Les efforts conjoints mis en oeuvre pour neutraliser, "conjurer", l'initiative radicale furent immédiats: aussi bien en resserrant le rapport associatif, qu'en lançant une campagne agressive contre les "provocations", les "coups de main déstabilisants", l'enrayage obstructionniste (21) de la Chambre. Cette intense confrontation investit bien sûr la Commission du Règlement et le Président de l'Assemblée, le député Ingrao (22). Dans la logique des choses et des équilibres politiques existants,
une lecture rigide et restrictive au possible - sinon une nouvelle définition subtile - des normes s'imposa très vite, pour qu'elles filtrassent ou réduisissent au minimum le domaine des interprétations favorables aux radicaux. Mais Pannella pouvait talonner les forces de l'association en soutenant que l'inefficacité, les retards du Parlement ne devaient pas être attribués à l'obstructionnisme récent (une définition que Pannella rejetait d'ailleurs à plusieurs reprises pour soi et pour sa part) mais plutôt à la détérioration de fond que la politique d'unité nationale, l'associationnisme, engendrait: et le recours toujours plus massif de la part des gouvernements Andreotti (23) aux décrets d'urgence malgré le fait que le PCI votât désormais, à la Chambre ou à l'abri des Commissions, la plupart des lois présentées par le gouvernement, créant une majorité inouïe qui atteignait presque - comme les radicaux n'étaient pas les seuls à constater - 95% (24).
Ce très haut débat ne trouva pas d'écho dans le pays, comme les radicaux l'avaient espéré; ni la presse, ni la télévision, même après la réforme de 1975, ne donnaient un juste compte-rendu de ce qui se passait à Montecitorio. A l'occasion d'une tribune référendaire de 1978, Pannella avait eu tous les atouts dans son jeu en exhibant la pleine efficacité de la télévision: quatre représentants radicaux occupèrent les minutes qui leur étaient accordées pour expliquer les thématiques référendaires en restant bâillonnés, dans un silence irréel qui voulait dénoncer les silences de l'information, l'impossibilité pour les oppositions de faire parvenir leur voix au pays: de la politique-spectacle bien sûr, mais sans le consentement du "moyen" qui avait même été pris au dépourvu.
Le moment le plus dur de l'affrontement eut lieu lors de l'affaire Moro (25). La tension provoquée par le terrorisme des brigades rouges (26) augmentait depuis longtemps dans le pays, alors que, pour le contraster, le gouvernement et l'opposition s'en remettaient de concert à une législation toujours plus dure et toujours moins "garantiste" (27) (et même, le "garantisme" précisément était mis sous accusation, presque comme si c'était un fléchissement devant la violence armée). En mai 1977, à Rome, au cours d'une manifestation non violente des radicaux, Giorgiana Masi (28) fut tuée. Une documentation photographique indiscutable témoigna de la présence sur la place de forces armées en civil, photographiées alors qu'elles tiraient à hauteur d'homme. La polémique de Pannella contre le ministre de l'Intérieur Francesco Cossiga (29) fut violente.
Pendant les cinquante-cinq jours tragiques de l'enlèvement de Moro, Pannella manifesta à plusieurs reprises son inquiétude pour la non convocation du Parlement (et même des organes statutaires des partis), pour "l'ostracisme et l'obstructionnisme" exercé contre les "droits-devoirs" des institutions représentatives, "volées" des fonctions essentielles d'orientation et de contrôle à un moment d'une gravité exceptionnelle pour le pays. Le salut de Moro, avertissait-il, devait reposer tout d'abord sur le respect de la légalité et de la fonctionnalité du Parlement. La Chambre fut bien sûr convoquée, mais pour discuter sur les référendum lancés par les radicaux et pour approuver des mesures en matière d'ordre public: la soi-disant "Loi Reale bis" (30) et un décret "anti-terrorisme" qui furent même assignés, en violation du règlement, à deux Commissions différentes, sans garanties quant à la publicité des travaux et avec des procédures d'urgence qui firent parler de véritables "tentations de régime" présentes dans
la majorité: des experts en droit constitutionnel comme Silvano Tosi et Francesco Cosentino manifestèrent ouvertement leur inquiétude pour les violations du règlement grâce auxquelles l'opposition de Pannella, qui fut aussi expulsé de la Commission Justice, fut étouffée.
Dans la précipitation, au Parlement d'équilibres toujours plus précaires, dans un climat général de pénible inquiétude, les 11-12 juin 1978 on votait sur les référendum que la Cour Constitutionnelle et le Parlement avaient laissé en vie sur le paquet de huit référendum organisés en 1977: celui sur le financement public des partis et celui sur l'ordre public (Loi 22 mai 1975, n. 152, la soi-disant "Loi Reale"). La réponse populaire à la question relative au financement public était claire, tout en n'étant pas officiellement gagnante. Plus de 13 millions de personnes votèrent pour l'abrogation (43,7%): le PCI, alarmé, dut prendre ses distances de la pratique compromissoire et le Président de la République Giovanni Leone (31), impliqué dans le scandale Lockheed, fut obligé de présenter sa démission. A sa place fut élu Sandro Pertini (32), qui aurait d'ici peu ouvert la voie aux présidences du conseil laïques de Spadolini (33) et Craxi.
Sur la ligne "garantiste" et humanitaire suivie dans l'affaire Moro, il y aurait eu la rencontre avec les radicaux de Leonardo Sciascia (34) auquel, pour les élections de 1979, Pannella allait offrir personnellement la candidature à la Chambre et au Parlement européen, dans des listes "omnibus", ouvertes à de nouvelles énergies et aux déçus de la ligne de Berlinguer, avec laquelle l'affrontement s'annonçait assez violent. L'écrivain accepta. Les radicaux obtinrent 3,4% des suffrages et vingt élus dans les deux branches du Parlement, tandis qu'au Parlement européen on avait conquis trois sièges. Sciascia et Pannella entraient à Montecitorio et à Strasbourg (pour les européennes, Pannella obtenait presque cent mille préférences).
L'affrontement sur les règlements et sur le rôle de la Chambre arrivait à des niveaux très graves à l'occasion du débat sur le D.L. n. 625, "mesures urgentes pour la défense de l'ordre démocratique et de la sécurité publique", présenté par le gouvernement Cossiga. Les gauches refusèrent une entente avec les radicaux qui avaient offert leur disponibilité au retrait d'environ 7500 amendements présentés, et le PCI attribua à l'obstructionnisme radical successif l'impossibilité d'acquérir des "améliorations" au texte gouvernemental. La Présidente de la Chambre, Leonilde Jotti, avec une interprétation inédite, décida que chaque député ne pouvait parler qu'une seule fois pour illustrer ses amendements, quel qu'en soit le nombre. Ainsi, le décret put être approuvé le 2 février 1988, et le PCI put voter la confiance au gouvernement Cossiga. La mesure - commenta Sciascia - n'était pas seulement "inutile"; elle faisait "table rase dans ce pays, de l'idée même du droit".
Le décret Cossiga fournit de fait la dernière opportunité pour de grands affrontements de procédure. De là à quelque temps on aurait mis la main à une révision draconienne du règlement de 1971, qui s'était montré trop ouvert à une opposition déterminée, et inutile par rapport aux nouvelles urgences des partis. De fait l'urgence, ou plutôt la culture de l'urgence, entrait en conflit permanent avec ceux qui se référaient à un "garantisme" de marque libérale. C'est dans ce climat qu'avait lieu à Rome, en mars 1980, le congrès extraordinaire du parti radical convoqué dans l'imminence des élections administratives. Pannella y faisait voter, comme "Préambule" au statut du parti, un document qui reconduisait au respect inconditionné du droit, la source incomparable de légitimité des institutions" et qui rappelait avec un pathos inhabituel le devoir "de la désobéissance, de la non-collaboration, de l'objection de conscience, des formes suprêmes de lutte pour la défense - par la vie - de la vie, du droit, de la loi".
Le 12 décembre l'affaire d'Urso (35) éclatait, et on eut l'impression de revivre les moments, les problèmes, les blessures de l'affaire Moro, aggravés par les inquiétudes et les soupçons - dont Pannella se fit l'interprète - quant à des tentatives vociférées de solutions autoritaires qui seraient nées, dans l'éventualité probable que le juge aurait été tué, sous l'ombre pressante de la P2 (36) et avec le soutien ouvert de forces journalistiques et politiques transversales.
1981 fut l'année du référendum sur l'avortement et du "Manifeste des Nobel". Le 17-18 mai le pays était appelé à voter sur le référendum radical et sur un des deux référendums proposés par le Mouvement pour la Vie en modification de la loi 194 de 1978. Il fallait en outre voter sur trois autres questions proposées par les radicaux en matière d'ordre public, de prison à perpétuité et de permis d'armes, qui avaient résisté aux jugements de la Cour Constitutionnelle qui, encore une fois, du paquet originel de dix référendums (l'effort référendaire maximum de Pannella) en avaient effacé huit autres comme étant "inadmissibles". Dans un affrontement enflammé, à cause aussi de la campagne anti-radicale très violente de la part des gauches, tous les référendums furent refusés. Le résultat engendra même un découragement et des perplexités chez les radicaux, et Pannella convoqua un congrès extraordinaire qui fut célébré début juin 1981 sous un grosse tente montée à Villa Borghese (37). Pannella rappela aux participant
s quels devaient être, et devaient rester, les trois "volets" de la politique du parti (la non-violence, le droit et les référendums) pour "arracher à la Constitution et à la vie de chaque jour ce peu de bipolarisme que nous avons pu et que nous pouvons essayer de réaliser dans le pays uniquement avec la pratique du référendum"; un bipolarisme de l'alternance et, surtout, d'alternative "à la tradition juridique - énorme - d'Alfredo Rocco (38) et à l'Etat Corporatif". Et à ceux qui contestaient le caractère abstrait de la campagne sur la faim dans le monde en cours depuis 1979, le leader radical en confirma les raisons et les objectifs; des raisons et des objectifs illustrés dans le "Manifeste" qu'il avait rédigé, et qui fut présenté quelques jours plus tard (24-25 juin) avec les signatures de 53 Prix Nobel (28 autres, avec des Chefs de gouvernement, des hommes du monde de la culture, des religieux, des maires, auraient adhéré par la suite). Le "Manifeste des Nobel" esquissait les coordonnées de la lutte décl
arée désormais indispensable pour battre "le nouvel Holocauste" de notre époque: la mort annoncée, de faim et de pauvreté, de masses d'hommes, de femmes et d'enfants du tiers et du quart monde. L'appel adressé aux citoyens et aux responsables politiques de chaque pays était pour "de nouvelles lois, de nouveaux budgets, de nouveaux projets et de nouvelles initiatives qui visent immédiatement à sauver des milliards d'hommes de la malnutrition et du sous-développement..."; des lois à conquérir dans chaque pays même avec des initiatives militantes, non violentes gandhiennes, rappelées explicitement.
Dans sa relation de minorité sur le cas Moro, qui date de juin 1982, Leonardo Sciascia écrivait que "l'empêchement le plus fort, le frein le plus réel, le trouble le plus pernicieux" contre le salut de l'homme d'état venait de la "décision de ne pas reconnaître en Moro, prisonnier des Brigades Rouges, le Moro doué d'une grande perspicacité politique, réfléchi, aux jugements et aux choix pondérés...", si bien que "trouver vivant l'"autre" Moro équivalait presque à trouver son cadavre dans le coffre à bagages d'une Renault". Des jugements lourds, de censure morale avant que politique, qui ne pouvaient faire qu'augmenter l'isolement des radicaux. C'était le prix à payer dans l'affrontement avec les partis, ou plutôt avec la "particratie"; mais, aussi, un point de force. Et toutefois les radicaux en ressentirent davantage le poids lorsque à l'isolement participa aussi ce PSI avec lequel des concordances et des proximités objectives s'étaient signalées aussi dans les affaires Moro et d'Urso. Le PSI accentua même,
à un certain point, sa pression jusqu'à attirer dans sa sphère certains députés et certains représentants du parti de la rose dans le poing.
Les radicaux étaient traditionnellement attentifs au problème du rapport avec les socialistes ; dès l'époque du divorce, ils avaient toujours sollicité les germes de tradition libertaire présents dans ce parti. A la moitié des années 70 ce fut précisément Pannella qui souhaita un "rééquilibre" entre les forces de la gauche à l'avantage du PSI, comme condition nécessaire et indispensable pour réaliser l'alternative à la DC"; à plusieurs occasions, ensuite, le leader radical essaya de garder tendu et de ne pas casser le fil rouge de cette perspective: mais l'urgence de l'objectif était refoulée par les classes dirigeantes évidemment jalouses de leur suprématie, de leur hégémonie sur un terrain, et il ne pouvait en être autrement, commun. Et il n'était pas facile pour les socialistes d'affronter les risques inhérents à la stratégie de Pannella, par crainte de perdre des positions de pouvoir considérées inaliénables, et même plutôt à développer.
On parvint ainsi aux élections, celles-ci aussi anticipées, pour la neuvième législature, avec la candidature discutée de Toni Negri (39) dans les listes radicales. Tout de suite après, le Président Pertini appelait Bettino Craxi à la Présidence du Conseil. Intéressé à s'assurer les conditions d'une stabilité politique sur laquelle fonder l'image d'une force socialiste réformatrice capable de bloquer l'instabilité du système, Craxi tira un avantage certain du "code de comportement" adopté par les élus radicaux. Ces derniers, face au "vice de nullité" de la preuve électorale et au "séquestre de n'importe quelle règle parlementaire de la part de la particratie", avaient décidé qu'ils n'auraient pas pris d'initiatives législatives et qu'ils n'auraient pas participé au vote à la Chambre. Dans de nombreuses occasions (et nous rappellerons seulement le débat sur les euromissiles) le non-vote des radicaux fut déterminant, ne fut-ce que sur le plan politique. Ainsi, malgré le violent affrontement sur le Concordat (
40), des convergences et des ententes purent s'ouvrir, comme pour le référendum sur la contingence (1985) et pour le vote final sur le projet de loi présenté par le député Flaminio Piccoli (41) et par environ cent cinquante députés de tous les groupes (excepté le PCI et le MSI) sur la faim dans le monde. En 1986, les deux tiers des parlementaires socialistes adhéraient à la "Ligue pour l'uninominale" fondée par les radicaux et dans la même année le PSI organisait avec les radicaux et les libéraux les référendums "pour une justice équitable" - en particulier celui très controversé sur la responsabilité civile du juge - mûris dans le climat tourmenté de l'affaire Tortora (42). Le long cheminement judiciaire du présentateur de la télévision (et député européen radical en 1984) avait vu les radicaux et les socialistes partager des jugements et des comportements, qui avaient abouti à une critique consonante de la magistrature et même du CSM (43). Le dialogue entre le PSI au gouvernement et le PR à l'opposition su
scita même des incompréhensions et des soupçons à gauche, tandis qu'on suivait avec méfiance les efforts de Pannella pour faire naître, pour les élections administratives de 1985, un "sujet vert" fort et autonome. La dénonciation de la part du leader radical - avec de sérieuses motivations politiques et historiques - de l'hypothèse même d'une alternative "de gauche" attisa ultérieurement les soupçons et les incompréhensions. Et le député Claudio Martelli (44) put préfigurer, pour les élections de 1988, une course à trois entre la DC, le PCI et un pôle laïque inédit, laïque-radicalsocialiste, auquel Pannella prédit une capacité d'attraction gagnante.
Cette perspective persuasive fit déclencher plus d'une sonnette d'alarme; en 1987, le secrétaire de la DC, Ciriaco De Mita (45) - avec le consentement du secrétaire du, PCI Alessandro Natta (46) auquel on avait fait miroiter la dissolution du gouvernement à cinq - déterminait brusquement les conditions pour des élections anticipées. Craxi se retrouva hors du gouvernement et on arriva à la compétition électorale dans une situation politique confuse, avec la DC qui s'était même abstenue sur le gouvernement de Fanfani (47) désigné par le Président Cossiga, après des consultations convulsives, pour ouvrir précisément le chemin à des consultations électorales anticipées.
Ainsi se terminait l'expérience de gouvernement à direction socialiste, mais aussi la saison de la proximité d'intentions entre socialistes et radicaux. Dans la nouvelle législature, les socialistes auraient soutenu la loi qui rendait vain le référendum sur la responsabilité civile des juges qui s'étaient déroulé en novembre 1987 et ils se seraient opposés à la candidature de Marco Pannella au poste de Commissaire CEE. De retour des Etats-Unis, Craxi sollicitait un durcissement de la législation sur la drogue qui était une nette fermeture à l'initiative anti-prohibitionniste lancée par Pannella en 1984 comme développement logique des campagnes menées, en accord avec les socialistes, dès les années 70. En octobre 1989, enfin, grâce aussi au vote déterminant des socialistes, la Chambre votait sans que l'on s'y attende, l'acceptation de la démission de Marco Pannella de son poste de député, motivée avec la dénonciation de la loi qui avait évité le référendum sur la responsabilité civile du magistrat et de la "d
ésinformation" de la presse et de la Télévision d'Etat aux dépens même du Parlement et de son image.
L'insistance de Pannella sur le thème de l'information - qui d'ailleurs (comme nous l'avons bien vu) n'était pas nouvelle - trouvait de nouvelles justifications. La volte-face des socialistes, peu intéressés à présent à une ouverture vers les autres forces laïques et vertes et plutôt attirés par l'annonce d'un nouvel affrontement direct avec la DC sur le thème de la "Grande Réforme", rendait plus proche le danger toujours imminent de l'étranglement du parti radical et de sa ligne politique de croissance globale du pôle réformateur. La distorsion, l'annulation de l'image, et même de l'identité radicale, était parmi les objectifs souhaitables et capitaux d'une particratie visant désormais - comme mille voix le dénonçaient - au partage définitif, ou au "lotissement", des institutions, de l'économie et du pays. D'autre part, malgré la loi 73/85, le projet sur la faim dans le monde était en train d'épuiser sa charge créative. Même la loi adoptée par le Parlement, tout en étant inadéquate par rapport au grand dess
ein radical, demandait de la part de l'autorité de gestion, une détermination d'intentions et une précision d'objectifs incompatible avec les multiples intérêts, laïques aussi bien catholiques, qui gravitaient autour de l'utilisation des crédits.
D'une façon positive, la longue campagne avait de toute façon fait plonger les regards bien au-delà des frontières italiennes, et fait mûrir chez le leader radical, la conviction qu'il était désormais nécessaire, pour assurer un succès profond et durable à n'importe quel projet réformateur à la hauteur des problèmes de notre époque, de dépasser le cadre de référence national. Sa conviction était renforcée par son expérience au Parlement européen, toujours confirmée à partir de 1979. Ici, de surcroît, Pannella mena d'importantes batailles fédéralistes d'abord aux côtés et ensuite, après sa mort, en continuité d'inspiration avec Altiero Spinelli (48) (qui indiqua en lui, du reste, son héritier politique). Au congrès radical de novembre 1985 à Florence, Pannella avait déjà fait approuver une résolution selon laquelle, "ayant constaté l'impossibilité d'exercice des droits démocratiques et de la continuation même de son activité", le parti radical remettait aux organes statutaires "le mandat de proposer au procha
in congrès un projet de cessation des activités". C'est ainsi que commença à s'articuler et à prendre corps le projet d'un parti "transnational" et "transparti" approprié, dans ses structures, ses moyens et ses comportements, aux nouvelles convictions. Le congrès de Bologne du mois de janvier 1988 fit un autre pas en avant, délibérant que le parti radical aurait renoncé de toute façon et définitivement à participer aux compétitions électorales nationales avec ses propres listes et son propre symbole.
L'indication "transpartite" sembla à un moment se réaliser. Aux élections européennes de 1989, des représentants radicaux furent présentés, et même élus, dans des listes différentes, vertes aussi bien que sociales-démocrates (il y eut aussi d'ailleurs la formation, avec succès, d'une liste anti-prohibitionniste avec une forte empreinte radicale). Pour sa part, Marco Pannella arrivait à Strasbourg grâce à un accord avec le PRI et le PLI qui pour un moment arriva même à représenter une "fédération" dans laquelle auraient convergé les forces laïques minoritaires et dispersées. Mais, abstraction faite des résultats électoraux, insuffisants, auquel il fut contraint à cause des indécisions des républicains et des libéraux hostiles à la présence de Pannella, le "pôle" laïque fut enterré par l'opposition de Craxi, totalement hostile à une force potentiellement concurrentielle. Et l'appel adressé par Pannella au PCI au moment où son secrétaire Occhetto (49) se préparait à sa refondation, ou mieux à la convocation d'u
ne grande "constituante démocratique" entre les forces de gauche, n'eut pas plus de chance. Des frictions entre les divers appareils, des fragilités ou des insuffisances de convictions empêchèrent un tel développement. Au lieu de la "constituante" on eut un changement pur et simple de nom: il y eut la naissance du Parti Démocratique de la Gauche (PDS).
Le chemin du projet transnational n'était pas moins complexe. Le congrès de Budapest du mois d'avril 1989, confirmant la décision de poursuivre sa réalisation, remettait à un organisme extraordinaire de quatre membres la gestion du parti (ou de ses structures restantes, toujours en équilibre entre la liquidation et l'adaptation au projet ambitieux, commencée de toute façon avec une grande ténacité). Les décisions des conseils fédéraux organisés, plus que symboliquement, dans des villes non italiennes (Bruxelles, Madrid, Jérusalem, Trieste-Bohiny, Strasbourg) commençaient à en développer les thèmes, mais des difficultés techniques et financières rendaient précaire la mise en place d'un minimum de structures capables de mettre en relation en temps voulu les inscrits de pays et de langues différentes. C'est ainsi que l'on commença à expérimenter le Service télématique multilingue "Agorà", et finalement en mai 1991 il y eut la présentation du premier numéro du journal "Le parti nouveau", imprimé au début en dix
langues (quatorze par la suite) et envoyé à 250.000 personnes, dont 40.000 parlementaires et représentants politiques de plus de 100 pays de 4 continents: "Il faut qu'à la même heure, dans la même forme, avec les mêmes contenus, avec les mêmes manifestations de masse et non violentes - écrivait Marco Pannella dans l'éditorial - des mêmes textes législatifs soient présentés et appuyés dans nos Parlements et dans nos villes, dans nos 'partis' ou dans nos 'internationales'". Le plus grand nombre de réponses arriva des Pays de l'Est européen.
Le 9 juin 1991 avait lieu le référendum sur la préférence unique pour les élections à la Chambre des députés demandé par le Comité pour les Référendum électoraux (COREL) dont l'animateur était le député Mario Segni (50) (qui avait adhéré précédemment à la "Ligue pour l'uninominale"). En janvier la Cour Constitutionnelle, désormais filtre aussi "politique" en matière référendaire, avait annulé les deux autres référendums qui accompagnaient celui sur la préférence unique. Mais le vote du 9 juin (que les partis avaient contrasté, avec Craxi, secrétaire du PSI, qui invitait à déserter les urnes) était également un signe certain du profond malaise de l'opinion publique. Le malaise populaire était accentué par les initiatives pressantes et par les "extériorisations" (51) du Président de la République Francesco Cossiga, pour lesquelles on arriva même à présenter au Parlement des plaintes pour "attentat contre la Constitution" (celle présentée en août par Pannella en vint à être discutée par le Comité parlementaire
pour les autorisations à poursuivre). Le vote donnait des ailes au mouvement référendaire. C'est ainsi qu'en plus du COREL de Segni, le CORID descendit sur le terrain: c'est-à-dire le Comité pour les Réformes Démocratiques, présidé par le prof. Massimo S. Giannini mais organisé en large mesure par des représentants radicaux qui avaient déjà essayé, par l'intermédiaire de l'Association Radicale pour la Constituante Démocratique (ARCOD), de solliciter et d'entraîner Pannella et le parti à ne pas abandonner à d'autres sujets politiques le terrain des réformes institutionnelles. Le COREL organisait trois référendums et le Comité Giannini trois autres. Avec une décision du dernier instant - qui ne manqua pas de provoquer la surprise et même des récriminations - le parti radical déposait à son tour une demande pour trois autres référendums: l'abrogation du financement public des partis, la non-condamnation des toxicomanes et (avec les Amis de la Terre (52)) la réforme des Unités Sanitaires Locales (USL) (53). Les
radicaux lançaient quatre jours avant les autres comités le collectage des signatures, étendues aux neufs référendums. Une partie de la presse considéra avec sympathie la nouvelle vague référendaire, lorgnant surtout le député Segni, présenté comme garant fiable contre les excès de la particratie. La remise en Cour de Cassation des 750.000 signatures recueillies coïncida avec l'ouverture, à Rome, du IV Congrès italien du parti radical (9-12 janvier 1992).
Lors des élections anticipées du 5 avril 1992 la gravité de la crise particratique devenait déjà évidente dans la prolifération des listes, parmi lesquelles trouva une place et une justification la "Liste référendaire", présentée par le comité Giannini sous l'impulsion déterminante des anciens radicaux de l'ARCOD et avec d'importantes adhésions de la part de représentants de l'opinion publique "liberal". Avec une manoeuvre inattendue, le leader radical misait à son tour sur une "Liste Pannella" inédite, qui concrétisait la disparition électorale définitive du parti de la "rose au poing". La liste se présenta comme une préfiguration de ce système uninominal ("sec, à l'anglaise") qui ne demande pas de suffrages pour les partis, mais pour l'homme, pour le candidat.
De façon surprenante, elle obtint 1,2% des suffrages et envoya 7 députés à la Chambre (au Sénat l'accord proposé aux Verts et aux référendaires de Giannini ne s'était pas réalisé).
Le succès électoral massif et prévu de la Ligue Nord (54) changeait profondément les équilibres parlementaires, tous à explorer. La compétition pour les élections aux charges institutionnelles (le 28 avril le Président de la République Francesco Cossiga donnait sa démission, et il fallait s'occuper aussi de sa succession) apparaissait ouverte et très difficile: manoeuvrant dans la brèche des incertitudes et des inquiétudes des forces politiques, Pannella appuyait et réussissait à faire élire le député Oscar Luigi Scalfaro (55), d'abord comme Président de la Chambre et ensuite comme Président de la République.
Des veto, des perplexités, des craintes, empêchaient probablement à ce moment-là que puisse prendre corps une candidature de Marco Pannella (pourtant proposée) à un poste important dans le gouvernement, alors que de son côté le leader radical restait sur une opposition intransigeante contre le gouvernement présidé par Amato (56), jugé inadéquat et faible. Mais l'aggravation de la situation non seulement économique, concomitamment avec la défaillance des politiques européennes axées sur le Traité de Maastricht, poussait en septembre le Groupe Fédéraliste à fournir un soutien non négocié (et la chose fit évidemment grand bruit) au gouvernement, engagé dans une manoeuvre financière et économique d'extrême urgence qui aurait été compromise irréparablement - dans le discrédit international - par une crise politique (et peut-être même institutionnelle) noire.
Il faut au moins rappeler ici deux initiatives catégorielles de Pannella, la participation à la vie du conseil régional des Abruzzes auquel il avait été élu en 1991 (dans une "Liste Anti-prohibitionniste contre la criminalité") et les "cent jours" en tant que président de la XIIIe circonscription de la Commune de Rome, à Ostie. Dans les Abruzzes, Pannella brandit le drapeau d'un "laboratoire politique" dans lequel préfigurer, avec le concours de représentants du PDS et d'autres forces politiques, le renouvellement des structures de parti; à Ostie il profita de l'occasion, dans la crise de la Commune de Rome saisie elle aussi par l'enquête "mains propres" (57), pour esquisser un modèle valable de gouvernabilité au niveau local: et en effet, au cours des cent jours promis au moment de son élection, Pannella réussissait à obtenir un Règlement de circonscription inédit qui conférait de larges autonomies au grand quartier romain et à lancer une lutte sérieuse contre les abus dévastateurs des constructions sans pe
rmis.
Malgré l'accélération de la situation italienne (ou mieux encore, de la crise déferlante), les attentions prioritaires étaient consacrées au parti transnational. La chute du mur de Berlin, la tentative de putsch à Moscou avec l'exclusion successive de Gorbatchov et la dissolution de l'URSS, la crise dramatique de La Yougoslavie, fournissaient des occasions d'initiative. En juin 1991, les radicaux décidaient d'appuyer les demandes d'indépendance des Républiques de Slovénie et de Croatie et d'autonomie concrète du Kosovo et de la Macédoine. Des interventions au Parlement européen et italien, des grèves de la faim, des manifestations dans plusieurs villes d'Europe, la convocation en octobre-novembre d'un conseil fédéral du parti à Zagreb, étaient des moments d'une présence politique qui aboutissait à la décision de se rendre dans les régions plus durement touchées par les combats, les villes d'Osijek et de Nova Gradiska, en solidarité active et non conformiste avec les populations slovènes et croates et contre
les violations du droit perpétrées par les dirigeants serbes. Cela ne pouvait pas ne pas créer un "scandale" le fait que des militants et des parlementaires, et Marco Pannella en premier lieu, revêtissent symboliquement et de façon provocatrice l'uniforme de l'armée croate. Le geste fut une protestation et une dénonciation manifeste des incertitudes de l'ONU et surtout des peurs, des silences, des compromissions de la CEE, divisée et impuissante face à un incendie sur le fond duquel se détachaient les fantômes des fascismes, des nationalismes, des totalitarismes qui avaient infesté l'Europe à partir de la guerre civile d'Espagne.
La première session du XXXVIe Congrès du parti transnational avait lieu à Rome du 30 avril au 3 mai. Des dizaines de personnalités politiques non italiennes arrivèrent, venant surtout de l'est européen. Zdravko Tomac (58), vice-premier ministre croate et inscrit au parti, présentait une motion pour un appel à l'intervention en Yougoslavie de la part de la communauté internationale. Malgré un succès politique évident, le Congrès devait prendre acte du fait que les adhésions, surtout en Italie, étaient insuffisantes pour donner vraiment naissance au projet: les conclusions se rapportant au renforcement définitif ou à la dissolution du parti transnational étaient ainsi renvoyées à une seconde session qui devait avoir lieu début 1993.
En automne 1992, on comptait parmi les inscrits presque 200 parlementaires (mais aussi des ministres) représentants de près de 70 partis d'au moins 30 pays, mais les inscriptions en Italie, les seules qui pouvaient assurer - grâce à l'importance des quote-parts - une entrée suffisante pour combler les dettes et assurer au moins un an de vie au parti, étaient encore insuffisantes. Ainsi, la seconde session du Congrès (4-8 février 1993) s'ouvrait dans une incertitude dramatique. Pannella confirma la décision de mettre en liquidation le parti en cas d'échec de l'objectif des inscriptions. Mais cette fois, de manière retentissante, le sort des radicaux entraîna avec émotivité et politiquement l'opinion publique et plusieurs représentants de presque tous les partis, même démocrates-chrétiens, prirent la carte du parti, tandis que la presse s'ouvrit à une campagne massive d'information et de soutien. A la fin du Congrès, il y eut la formation d'un comité de personnalités fameuses qui s'engageait à promouvoir une v
aste campagne d'adhésions pour faire vivre le "transparti" radical.
La conversion exceptionnelle de l'opinion publique était le signal évident du nouveau prestige gagné par le leader radical grâce à son attitude parlementaire imprégnée de la plus haute fidélité institutionnelle et grâce à l'appel à la "noblesse de la politique" adressé au pays à un moment où presque toute la classe politique dirigeante du PSI et des autres partis étaient saisies par l'initiative "Mains propres" lancée par la magistrature milanaise.
Angiolo Bandinelli
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2) CHRONOLOGIE
1930. Il naît à Teramo (59), de Leonardo et Andrée Estachon.
1950. Responsable national universitaire du PLI. Deux ans plus tard, il est Président de l'UGI (Unione Goliardica Italiana, association des forces laïques d'étudiants), trois ans plus tard il est élu Président de l'UNURI (Union Nationale Universitaire Représentative Italienne, association des étudiants universitaires). Il passe sa licence en droit à Urbino (60).
1955. Il est parmi les fondateurs du Parti radical.
1959. Dans "Paese Sera", il propose l'alliance de toutes les gauches et l'hypothèse d'un gouvernement qui comprenne aussi le PCI.
1960. Correspondant du "Giorno" à Paris, où il reste jusqu'en 1963.
1963. Il assume le secrétariat du Parti radical. Il fonde et dirige l'"Agence radicale".
1965. Début de la campagne pour le divorce. Naissance de la "Ligue Italienne pour le Divorce".
1967. Premier congrès à Bologne (mais le troisième dans la série historique) du nouveau Parti radical, reconstruit sur un programme de réformes profondes, d'engagement anticlérical et antimilitariste, et doté d'un nouveau statut-manifeste.
1968. Il est arrêté à Sofia où il est allé pour protester contre l'invasion de la Tchécoslovaquie. Premier grand jeûne ganndhien, mené avec beaucoup d'autres militants nonviolents.
1973. Il fonde et dirige le quotidien "Liberazione", qui paraîtra du 8 septembre 1973 au 28 mars 1974.
1974. Référendum sur le divorce. Lancement de la campagne sur l'avortement et pour la libéralisation des drogues douces.
1976. Elu à la Chambre dans les circonscriptions de Turin et Rome, il opte pour Turin. Il est aussi élu dans le Conseil municipal de Rome et Gênes, outre qu'à la Province de Rome, postes auxquels il renonce pour se consacrer au travail parlementaire.
1978. Pour couronner la campagne contre la partie économique du Traité de Osimo (61), il est élu au Conseil municipal de Trieste. La liste radicale remporte 6% des voix et détermine l'élection du premier maire de la ville qui ne soit pas démocrate-chrétien.
1979. Il est réélu député à Naples et à Milan, il opte pour Naples. Il entre au Parlement européen, auquel il sera toujours réélu (1984, 1989).
1981. XXV Congrès (extraordinaire) du PR, à Rome. Approbation du Préambule du Statut.
1983. Elu au Conseil municipal de Naples, projet pour l'aire métropolitaine de la "Grande Naples". Réélu député, il opte pour la circonscription de Milan.
1987. Il opte cette fois, à la Chambre, pour la circonscription de Palerme. Aux administratives de Naples, la liste radicale double ses suffrages et ses sièges, les radicaux entrent dans la majorité.
1988. A Catania et à Trieste on présente les "Listes civiques, laïques et vertes". A Catania, la liste obtient cinq sièges et est déterminante pour l'élection au poste de maire du républicain Enzo Bianco. Pannella est aussi élu à Trieste.
1989. Congrès du PR à Budapest. Pour les élections municipales à Rome, Pannella propose une grande "Liste Nathan" (62), qui ne naîtra pas à cause des incertitudes du PCI et des laïcs. Il se présente alors avec les "Anti-prohibitionnistes sur la drogue contre la criminalité" et est élu.
1991. Candidat aux administratives dans le Latium et dans les Abruzzes dans des "Listes anti-prohibitionnistes, laïques, contre la criminalité". Il est élu dans les deux conseils régionaux. Il est aussi élu au conseil municipal de l'Aquila (mais il renonce) et à Teramo, dans une liste civique avec des indépendants et des représentants du PCI.
Sortie du premier numéro du "Parti Nouveau", pour la création du nouveau parti (ou mieux, "transparti, transnational") gandhien, laïque, transnational, fédéraliste, écologiste.
Présentation de trois référendums, rassemblement de signatures sur les référendums radicaux et sur ceux du COREL et du CORID.
Plainte au Parlement pour les initiatives "inconstitutionnelles" du Président de la République Francesco Cossiga. La plainte est examinée par le comité parlementaire spécial.
Un groupe de parlementaires et de militants radicaux, conduit par Marco Pannella, visite le jour du Nouvel-An les villes croates d'Osijek et Nova Gradiska: le fait que les nonviolents revêtent l'uniforme de l'armée croate crée un scandale.
1992. 30 avril-3 mai, à Rome, première session du XXXVI Congres du PR, qui voit une grande participation de représentants politiques non italiens.
Présentation de la "Liste Pannella" pour les élections à la Chambre des Députés du 5 avril. La liste obtient un plein quotient, 1,2% des votes et 7 députés.
En septembre, soutien au gouvernement de Giuliano Amato avec référence à la crise économique du Pays.
En octobre, le Conseil municipal de Rome promulgue le Règlement pour l'autonomie de la XII Circonscription (Ostie) dont Pannella est président depuis le mois d'août.
1993. 4 - 8 février. Seconde session du XXXVI Congrès, avec l'objectif des 30.000 inscrits.
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3) BIBLIOGRAPHIE ESSENTIELLE
A.Bandinelli, S.Pergameno, M.Teodori: "Livre blanc sur le parti radical et les autres organisations de la gauche". Editions Radicales, 1987
P.Ignazi, A.Panebianco, M.Teodori: "Les nouveaux radicaux". Mondadori, 1977 (bibliographie utile)
"Référendums, ordre public, Constitution". Actes du I Congrès du Groupe Parlementaire radical, Florence 8/9 octobre 1977. Bompiani, 1978
"La precription constitutionnelle en matière de référendum. Fonctions et pouvoirs de la Cour de Cassation. Les huit requêtes radicales de référendum". Actes du II Congrès juridique organisé par le Groupe Parlementaire radical, Rome, 7/8 janvier 1978. Rome, 1978
"L'antagoniste radical". Actes du Congrès organisé par le Conseil Fédératif radical, Rome 1978. Stampa Alternativa, 1978
"Le parlement dans la Constitution et dans la réalité". Actes du Congrès du Groupe Parlementaire radical, Rome 20/21/22 octobre 1978. Giuffrè, 1979
"Défense de l'honneur et moyens de communication de masse". Actes du Congrès juridique organisé par le Centre Calamandrei, Rome 24/26 novembre 1978. Feltrinelli, 1979
"Le poing et la rose. Les radicaux: gauchistes, sans-parti, socialistes". Par V.Vecellio. Bertani, 1979
"Comme toujours, moins libres. Les lois spéciales sur l'ordre public, l'obstructionnisme radical". Par V. Vecellio. Bertani, 1980
"La peau de D'Urso". Par L. Jannuzzi, E. Capecelatro, F. Roccella, V. Vecellio. Editions Radio Radicale, 1981
"Marco Pannella: Ecrits et discours 1959/1980". Gammalibri, 1982
Massimo Gusso: "Le parti radical, organisation et leadership". CLEUP 1982 (ample bibliographie)
Gigi Moncalvo: "Pannella, le pouvoir de la parole". Sperling & Kupfer, 1983
Angiolo Bandinelli: "Le radical impuni. Droits civils, non-violence, Europe". Stampa Alternativa, 1990
Voir aussi les collections de: "Agenzia Radicale" (à partir du 15 juillet 1963), remplacée ensuite par "Notizie Radicali", bulletins d'informations sur le Pr, polycopiés ou imprimés ("Notizie Radicali" sera interrompue en 1989); "La Prova Radicale" (1972/1973); "Liberazione" (directeur Marco Pannella), au début quotidien, 8 septembre 1973-28 mars 1974; "Prova Radicale" (périodique, formellement supplément à Not. Rad., juin 1976 - mars 1977); "Argomenti Radicali" (1977/1979); "QR, Quaderni Radicali" (1977/1985); à consulter enfin les archives de Radio Radicale et du système télématique Agorà, tous deux à Rome.
(par Angiolo Bandinelli)
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(*) Angiolo Bandinelli. Notice biographique
Angiolo Bandinelli est né à Chianciano (Sienne) le 21 mars 1927. Licencié ès lettres classiques, il a été professeur dans l'enseignement secondaire.
Inscrit au Parti d'Action pendant la résistance, il a ensuite adhéré au Mouvement Fédéraliste Européen avec différentes fonctions, et au Parti Libéral. Dans les premières années 60 il est parmi ceux qui, avec Marco Pannella, donnent naissance à la reconstitution du Parti Radical. Rédacteur et directeur de "Agenzia Radicale", de la revue "La Prova Radicale" et, pendant plusieurs années, de "Notizie Radicali". Secrétaire politique du parti pendant trois ans, pendant plusieurs années trésorier et membre du Conseil Fédéral. Conseiller Municipal à Rome et député dans la neuvième législature.
Il a collaboré au "Mondo" de Pannunzio, à "Nord et Sud", à la Rai. Editorialiste de Radio Radicale. En plus de nombreux essais politiques et littéraires sur des revues et des périodiques, il a publié en 1990 "Le radical impuni. Non-violence, droits civils, Europe". Il a traduit T.S. Eliot, D.G. Rossetti, R. Lowell, A. Beardsley, etc. Il dirige la collection politique des éditions "Biblioteca dell'Immagine".
Rome, juillet 1991
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N.d.T.
1 - JOTTI NILDE. (Reggio Emilia 1920). Membre de la direction du Parti communiste italien (PCI). Elle fut la compagne de Palmiro Togliatti. Elle a été Présidente de la Chambre de 1979 à 1992.
2 - MONTECITORIO. Colline romaine où se trouve le palais de la Chambre des Députés. Par extension, le nom indique la Chambre elle-même.
3 - FORTUNA LORIS. (Breno 1924 - Udine 1985). Homme politique, italien. Présentateur (avec Baslini, député libéral), en 1965, du projet de loi sur le divorce approuvé au parlement en 1970, après des années d'initiatives et de batailles menées aux côtés du Parti radical. Présentateur aussi de projets de loi sur l'avortement et sur l'euthanasie passive (mais ce dernier n'est pas passé). Ministre de la Défense civile et des affaires communautaires.
4 - DEMOCRATIE CHRETIENNE (DC). Parti italien d'inspiration chrétienne/catholique. Constitué sous ce nom dans l'après-guerre recueillant l'héritage du Parti Populaire, né dans l'immédiat après-guerre grâce à l'oeuvre d'un prêtre sicilien, don Luigi Sturzo. Après les élections de 1948, dans le climat de la guerre froide, il devint le parti de majorité, s'approchant certaines fois de la majorité absolue. Composant central de tout gouvernement, il détient le pouvoir sans interruptions depuis un demi siècle conditionnant fortement, dans le sens modéré, le développement de la société italienne. Aux élections de 1992, pour la première fois, il descend sous la barre des 30% des suffrages.
5 - PASOLINI PIERPAOLO. (Bologne 1922 - Rome 1975). Ecrivain et metteur en scène, italien. Romans ("Ragazzi di vita", 1955; "Una vita violenta", 1959), poésie ("Les cendres de Gramsci", 1957, etc), théâtre, cinéma ("Accattone", 1961, "Il Vangelo secondo Matteo", 1964, etc), mais surtout formidable polémiste et moraliste, il dénonça les méfaits de la "bourgeoisie", et critiqua âprement la gauche italienne pour ses incapacités. Sympathisant du Parti radical, sur lequel il a écrit de très belles pages, le jour de sa mort il aurait dû se rendre à Florence, pour une intervention au Congrès de ce parti.
6 - BERLINGUER ENRICO. (Sassari 1922 - Padoue 1984). Homme politique italien. Député à partir de 1968, secrétaire général du Parti Communiste Italien (PCI) de 1979 à sa mort, après la crise et l'assassinat d'Allende il fut le défenseur du "compromis historique", qui amena de 1976 à 1979 à ladite "majorité du non-refus de confiance", la plus haute réalisation de la stratégie de Togliatti pour un accord organique avec la Démocratie Chrétienne. C'est à lui qu'appartînt le projet de donner vie à l'"Eurocommunisme", une tentative de projeter en occident un réformisme qui ne reniât pas tout à fait l'expérience communiste.
7 - COMPROMIS HISTORIQUE. Projet politique, poursuivi en particulier par Enrico Berlinguer, secrétaire du Parti communiste italien (PCI), fondé sur une collaboration organique entre communistes et catholiques (DC).
8 - CRAXI BETTINO. (Milan 1934). Homme politique italien. Socialiste, député depuis 1968. Devenu secrétaire du Parti socialiste italien (PSI) en 1976, il a profondément changé la physionomie du parti, le faisant devenir l'axe d'un ample projet de réformes même institutionnelles et d'unité des forces socialistes.
9 - RADIO RADICALE - Le seul émetteur radiophonique considéré service public d'intérêt national: Radio Radicale diffuse en direct et intégralement les séances du Parlement et les congrès de tous les partis politiques italiens et les séances des principaux procès. 24 heures par jour de politique et d'information.
10 - En Italie, lorsque l'on vote, on marque d'une croix, sur le bulletin, le candidat que l'on préfère.
11 - R.A.I. Sigle de la Radiotélévision Italienne.
12 - TRIBUNE POLITIQUE - Programme de télévision qui traite, comme son nom l'indique, de sujets politiques.
13 - PANNUNZIO MARIO. (Lucca 1910 - Rome 1968). Journaliste, italien, libéral. Directeur du quotidien "Risorgimento Liberale" entre 1943 et 1947, il fonda ensuite (1949) l'hebdomadaire 'Il Mondo" qu'il dirigea pendant dix-sept ans le faisant devenir un modèle inégalé de journalisme moderne européen. Inscrit au Parti libéral italien, il fut ensuite parmi les fondateurs du Parti radical, qu'il contribua pourtant à liquider quand fut formé le centre-gauche.
14 - ROSSI ERNESTO. (Caserta 1897 - Rome 1967). Homme politique et journaliste italien. Leader du mouvement "Justice et Liberté", arrêté et condamné en 1930 par les fascistes, il resta en prison ou en exil jusqu'à la fin de la guerre. Il écrivit avec A. Spinelli le "Manifeste de Ventotene" et fut à la tête du Mouvement Fédéraliste Européen et de la campagne pour l'Europe unie. Parmi les fondateurs du Parti radical. Essayiste et journaliste, il lança des colonnes du "Mondo" des campagnes très vives contre les ingérences cléricales dans la vie politique, contre les grands états économiques, contre le protectionnisme industriel et agraire, les concentrations de pouvoir privées et publiques, etc. Ses articles furent rassemblés dans des livres fameux ("Les maîtres de la vapeur", etc). Après la dissolution du Parti radical en 1962, et la rupture conséquente avec le directeur du "Mondo" M. Pannunzio, il fonda "L'Astrolabe" des colonnes duquel il continua ses polémiques. Dans ses dernières années il se rapprocha et
s'inscrivit au "nouveau" Parti radical avec lequel il lança, en 1967, l'"Année Anticléricale".
15 - ENI. Organisme National des Hydrocarbures. Holding public, né en 1953 pour coordonner l'industrie énergétique italienne. Avec les contrôlées AGIP, SNAM, SAIPEM, ANIC, il est en 1980 le troisième groupe industriel européen. Ses présidents Enrico Mattei et Eugenio Cefis furent différemment impliqués dans la politique italienne, avec des rôles dépassant même leurs fonctions.
16 - ONMI. Sigle qui sert à indiquer l'Oeuvre Nationale de la Maternité et de l'Enfance, la structure d'état, fondée par le fascisme, pour l'assistance et la prévoyance pour la maternité. Après la guerre elle devint, jusqu'à sa dissolution, fief de la démocratie chrétienne impliqué dans des scandales pour sa gestion de clientélisme et affairiste. Voir en particulier la campagne de presse et politique menée par le Parti radical dans la moitié des années 60 sur la corruption de la section romaine de l'Organisme, où fut impliqué le maire de Rome de l'époque Amerigo Petrucci.
17 - PETRUCCI AMERIGO. (Rome 1922). Maire de Rome en 1964, arrêté suite à des délits administratifs commis pour réaliser le réseau d'assistance public sur lequel se fondaient les fortunes du clientélisme de la Démocratie Chrétienne. Les plaintes d'où naquit le procès furent le fruit de la campagne politique et journalistique ouverte par le Parti radical.
18 - LOTTA CONTINUA (Lutte continue). Un des mouvements politiques de l'extrême gauche italienne les plus importants et les répandus, fondé à Turin en 1969. En 1971, il créa le journal du même nom, qui eut tout de suite une ample diffusion. Il sépara la gauche extraparlementaire de la préjudicielle ouvrière, pénétrant dans le monde de la jeunesse et des étudiants, parmi les appelés au contingent, dans les prisons, etc. Parmi ses leaders, le journaliste et écrivain Adriano Sofri.
19 - UN SEUL PARTI - Avec ses 50 gouvernements et ses 10 législatures en 46 ans d'histoire, l'Italie est le pays européen qui a gardé le plus de temps la même force politique au pouvoir: la Démocratie Chrétienne.
20 - TOGLIATTI PALMIRO. (Gênes 1893 - Yalta 1964). Collaborateur, à Turin, de A. Gramsci, parmi les fondateurs du Parti Communiste Italien, dont il fut secrétaire de 1927 à sa mort. En exil en Russie il fit partie du secrétariat du Komintern et eut un rôle important dans la guerre civile espagnole. Rentré en Italie en 1944, il lança une politique "nationale" à partir du vote sur les pactes de Latran, se heurtant aux forces laïques du pays. Au gouvernement de 1944 à 1947, comme ministre aussi. Après les élections de 1948, il monopolisa le rôle de l'opposition mais favorisa aussi de façon prioritaire le "dialogue" avec la Démocratie Chrétienne et le monde catholique, sans jamais rompre avec le Vatican. Le projet de "voie nationale au socialisme" n'atteignit pas son objectif de fond, et mena même le système politique dans une impasse, empêchant la gauche de conquérir une "alternance" de gouvernement à la Démocratie Chrétienne.
21 - OBSTRUCTIONNISME - Il faut rappeler que les radicaux, qui à l'époque n'étaient que quatre, utilisèrent la stratégie de parler pendant des heures et des heures au Parlement, avec une grande habilité oratoire.
22 - INGRAO PIETRO. (Lenola 1915). Pendant de longues années exposant de premier plan du Parti Communiste Italien. Provenant des organisations universitaires fascistes, leader de la "gauche" du parti ouverte au soi-disant "dialogue avec les catholiques" et à une conception "mouvementiste" de la politique, vue comme lutte des "masses" contre l'exploitation capitaliste au niveau mondial. Président de la Chambre des Députés de 1976 à 1979, c'est à dire à l'époque du "compromis historique" et de l'"unité nationale".
23 - ANDREOTTI GIULIO. (Rome 1919). Représentant de la Démocratie Chrétienne. Secrétaire de A. De Gasperi, il commença très tôt, comme Sous-secrétaire à la Présidence du Conseil, une carrière ministérielle ininterrompue: Intérieur (1954), Finances (1955-58), Trésor (1958-59), Défense (1959-66), Industrie (1966-68), Budget (1974-76). Président du Conseil de 1972 à 1973, puis de 1976 à 1979, et de 1990 à 1992.
24 - 95% - 80% des lois du Gouvernement présentées en substance par la Démocratie Chrétienne ont été votées également par le PCI, qui, théoriquement, était à l'opposition mais qui, pratiquement, appuyait totalement la politique de la DC.
25 - MORO ALDO. (Maglie 1916 - Rome 1978). Homme politique italien. Secrétaire de la Démocratie chrétienne (1959-65), artisan de la politique de centre-gauche. Plusieurs fois ministre à partir de 1956. Président du Conseil (1963-68, 1974-76), à partir de 1976 président de la Démocratie chrétienne, il préconisa le rapprochement du Parti communiste italien (PCI) au gouvernement traçant l'hypothèse d'une soi-disant "troisième phase" (après celles du "centrisme" et du "centre-gauche") du système politique. Enlevé par les Brigades Rouges à Rome, le 16 mars 1978, il fut retrouvé mort le 9 mai de la même année.
26 - BRIGADES ROUGES. (Connues sous le sigle BR). Organisation terroriste clandestine d'extrême gauche, née et active en Italie à partir de 1969. Proclamant la révolution ouvrière elle essaya d'ouvrir des fronts de révolte armée contre l'Etat et le système politique, se rendant responsable d'attentats, d'agressions, d'enlèvements, d'assassinats d'hommes politiques, de journalistes, de magistrats et de chefs d'industrie. Elle eut comme leader Renato Curcio. En 1978 elle enleva et assassina Aldo Moro.
27 - GARANTISME - Dans le système juridique, principe sur la base duquel on attribue une importance capitale aux garanties des droits et des libertés des citoyens par rapport à l'autorité de l'état.
28 - MASI GIORGIANA. Le 12 mai 1977, à Rome, la police chargeait les milliers de participants à une manifestation non violente du Parti radical, convoquée pour recueillir des signatures sur les "huit référendums" organisés sur certains thèmes fondamentaux (abrogation du Concordat, normes restrictives du code pénal, loi sur les asiles psychiatriques, financement public des partis, Commission d'enquête parlementaire sur les délits des ministres, etc). Une jeune femme, Giorgiana Masi, tombe sous les balles d'un revolver, d'autres manifestants sont blessés. Le Parti radical, dénonçant la tentative délibérée de massacre, exhibe des photos et des prises de vue qui montrent des policiers en train de tirer à hauteur d'homme et d'autres où l'on voit des policiers armés, en civil, mêlés à la foule.
29 - COSSIGA FRANCESCO. (Sassari 1928). Président de la République Italienne à partir de 1985, il a donné sa démission le 28 avril 1992. Député depuis 1958, il a été successivement sous-secrétaire (1966) et Ministre (1974). Ministre de l'Intérieur (1976-78) à l'époque de l'enlèvement d'Aldo Moro, il se démit de ses fonctions lorsque l'on découvrit le corps de l'homme d'état assassiné. Chef du Gouvernement (1979-80). En tant que Président de la République, dans la seconde partie de son mandat, il s'est engagé personnellement pour la changement de la Constitution italienne, s'abandonnant à de féroces polémiques avec la plupart des responsables politiques et dépassant les limites établies par le système constitutionnel. C'est pour ces raisons que Marco Pannella a porté plainte contre lui, en août 1991, pour le crime d'attentat à la Constitution.
30 - LOI "REALE". Une des lois d'exception pour la répression du terrorisme, qui prit le nom du ministre Oronzo Reale qui l'avait proposée.
31 - LEONE GIOVANNI. (Naples 1908). Président du Conseil (1963-68) et ensuite de la République (1971-78) obligé de se démettre, car impliqué dans le scandale Lockheed, suite au référendum sur le financement des partis organisé par le Parti radical.
32 - PERTINI SANDRO. (Stella 1896 - Rome 1990). Homme politique, italien. Socialiste, il fut emprisonné et exilé par le fascisme. De 1943 à 1945 il participa à la Résistance. Secrétaire du Parti socialiste, député, président de la Chambre (1968-76), Président de la République (1978-1985).
33 - SPADOLINI GIOVANNI. (Florence 1925). Historien et homme politique italien. Directeur du "Resto del Carlino" (1955-68), et du "Corriere della Sera" (1968-72), Ministre des Biens Culturels (1974-76), secrétaire du Parti républicain à partir de 1979 et ensuite Président du Conseil à partir de 1981. Il recouvre actuellement la charge de Président du Sénat.
34 - SCIASCIA LEONARDO. (Racalmuto 1921 - Palerme 1990). Ecrivain, auteur de romans célèbres ("Le parrocchie di Regalpetra", 1956; "Il giorno della Civetta", 1961; Todo modo, 1974), mais connu aussi comme polémiste, participant de la vie civile italienne pendant vingt ans au moins. Il fut aussi député radical pendant une législature, intervenant de façon énergique dans les batailles pour les droits civils (affaire Tortora, etc).
35 - D'URSO GIOVANNI. Magistrat, italien. Enlevé par les Brigades Rouges le 12 décembre 1980. L'enlèvement, qui sembla répéter celui d'Aldo Moro, déchaîna une très violente campagne politique-journalistique, au cours de laquelle fut aussi proposée la formation d'un gouvernement "d'urgence" formé uniquement de techniciens. Le Parti radical eut un rôle important - grâce aussi à l'engagement de l'écrivain Leonardo Sciascia - pour obtenir sa libération et s'opposer à toute solution autoritaire. Le magistrat fut relâché le 15 décembre 1981.
36 - P2. Nom d'une loge maçonnique, dont les adhérents étaient couverts par le secret. A sa tête se trouvait Licio Gelli. Indiquée comme le lieu où l'on trama d'obscures manoeuvres politiques et où l'on géra de gros scandales financiers. Dissoute en 1981 par décision du gouvernement. Ses adhérents subirent presque tous une longue quarantaine politique et sociale.
37 - VILLA BORGHESE - Parc de Rome.
38 - ROCCO ALFREDO. (Naples 1875 - Rome 1935). Juriste et homme politique, d'abord radical il passa ensuite aux nationalistes, qui ont fini par confluer dans le parti fasciste. Ministre de la justice de 1925 à 1932, auteur du Code Pénal et du Code de Procédure Pénale promulgués entre 1930 et 1931. Les deux codes, malgré leur forte inspiration fasciste, sont restés pratiquement intacts pendant de longues années même après la chute du fascisme, et ce n'est que très récemment qu'ils ont été remplacés par des Codes plus modernes. Figure d'une importance exceptionnelle dans l'histoire institutionnelle de l'Italie moderne.
39 - NEGRI TONI. (Padoue 1933). Philosophe et écrivain italien, représentant de l'extrême gauche révolutionnaire et ouvrière, il fut condamné comme instigateur de l'assassinat de l'ingénieur Saronio. Présenté dans les listes du Parti radical (à condition qu'il refuse l'immunité parlementaire et qu'il accepte le procès) il fut élu député en 1983. Se dérobant au procès, il expatria clandestinement en France, où il habite encore.
40 - CONCORDAT - L'art. 7 de la Constitution italienne reconnaît et "constitutionnalise" le Concordat entre l'Etat et l'Eglise signé en 1929. Il fut voté à l'Assemblée Constituante par Togliatti et le PCI avec l'opposition des socialistes, du Parti d'action, etc. Le Concordat fut renouvelé, sous une nouvelle formulation, en 1984 (gouvernement Craxi).
41 - PICCOLI FLAMINIO. (Kirchbichl, Autriche 1915). Homme politique, italien. Il a été secrétaire de la Démocratie Chrétienne (DC) (1969; 1980-82). Il a été aussi président de la Commission Affaires étrangères de la Chambre.
42 - TORTORA ENZO. (Gênes 1928 - Milan 1988). Journaliste et présentateur connu de la télévision, arrêté pour présumé trafic de drogue. Elu au Parlement européen (1984) dans les listes radicales, il subit un fameux procès dans lequel il fut condamné pour être ensuite acquitté en appel. Occasion et symbole de la principale campagne radicale pour la réforme de la justice.
43 - CSM - Conseil Supérieur de la Magistrature.
44 - MARTELLI CLAUDIO - (1943) Membre de la Direction Nationale et de l'Exécutif du PSI - Parti Socialiste Italien. Elu député dans les listes du PSI. Ancien Vice-Président du Conseil des Ministres dans le VI Gouvernement Andreotti. Très jeune il s'inscrit d'abord à l'Association Mazzini, et ensuite à la Fédération de la Jeunesse Républicaine. En 1966 il adhère à l'unification socialiste, il connaît Craxi et se joint au courant autonomiste du PSI, s'engageant dans un long apprentissage politique comme secrétaire de section, conseiller municipal, vice-président de la Jeunesse socialiste mondiale, secrétaire pour la ville de Milan et ensuite chef de groupe du conseil à Milan. Entre-temps il travaille aussi à l'Université de Milan, dans la faculté de Philosophie. En 1976 il quitte l'Université lorsque Craxi, devenu secrétaire du PSI, l'appelle dans le parti à Rome. Député et parlementaire européen, il a la responsabilité pendant près de dix ans de la culture, de l'information et du spectacle. En 1981 il devien
t vice-secrétaire du PSI, depuis 1984 vice- secrétaire unique. Ancien Ministre de la Justice en 1991, il a été confirmé en 1992 dans le Gouvernement Amato dont il a démissionné en février 1993 lorsqu'il a appris qu'une enquête était ouverte sur son compte pour les pots de vin payés au parti socialiste par des industriels et des chefs d'entreprise.
45 - DE MITA CIRIACO - (Avellino, 1928). Démocrate Chrétien, député depuis 1963. Ministre à plusieurs reprises, il a été secrétaire de la Démocratie Chrétienne en 1981 et Président du Conseil en 1988. Il est actuellement Président de la DC.
46 - NATTA ALESSANDRO. (Imperia 1918). Responsable et parlementaire du Parti communiste italien (PCI). Il en devint secrétaire à la mort d'Enrico Berlinguer mais abandonna la vie politique après le "tournant" du secrétaire actuel Achille Occhetto qui a brisé la continuité avec le marxisme et transformé le PCI en PDS (Parti démocratique de la gauche). Il avait étudié à l'"Ecole Normale" de Pise, dans le milieu culturel de l'époque proche de Gentile.
47 - FANFANI AMINTORE. (Arezzo 1908). Homme politique italien, professeur d'histoire de l'économie, personnalité éminente de la démocratie chrétienne, dont il fut secrétaire de 1954 à 1959 et ensuite de 1973 à 1975 en lui donnant une forte empreinte corporative avec l'utilisation de l'industrie publique comme volant du développement économique. Chef du gouvernement (1958-59); 1960-62; 1982-83), ministre des Affaires étrangères à plusieurs reprises, président du Sénat de 1968 à 1973 et ensuite de 1976 à 1982.
48 - SPINELLI ALTIERO. (Rome 1907 - 1986). Pendant le fascisme, de 1929 à 1942, il fut emprisonné en tant que leader des jeunesse communistes. En 1942 il rédigea avec Ernesto Rossi le "Manifeste de Ventotene", dans lequel on affirme que seule une Europe fédérale pourra liquider le retour des guerres fratricides sur le continent européen et lui rendre un rôle mondial. A la fin de la guerre, il fonda avec Rossi, Eugenio Colorni et d'autres, le Mouvement Fédéraliste Européen. Après la crise de la Communauté Européenne de Défense (1956) il devint membre de la Commission Europe, suivant de ce poste d'observation et critiquant l'évolution des structures communautaires. En 1979 il fut élu au Parlement Européen dans les listes du Parti Communiste italien (PCI), devenant l'esprit directif dans la réalisation du projet de traité adopté par ce Parlement en 1984 et connu précisément comme le "Projet Spinelli".
49 - OCCHETTO ACHILLE. (Turin 1936). Homme politique, italien. Premier responsable de la gauche fidèle à Ingrao, passé ensuite au centre de Berlinguer, devenu secrétaire du Parti communiste italien (PCI) en 1988 succédant à Alessandro Natta. Après avoir lancé l'idée d'une grande "Constituante" de la gauche ouverte à toutes les forces réformatrices, il s'est ensuite replié uniquement sur le changement de nom du parti ("Parti Démocratique de la Gauche").
50 - SEGNI MARIO - Député démocrate chrétien. Il est promoteur de plusieurs référendum pour la modification du système électoral.
51 - EXTERIORISATIONS - En italien "esternazioni". Mot très utilisé pour parler des séries de déclarations faites par le président de la République Francesco Cossiga, après cinq ans de silence, à partir de 1989 jusqu'en 1992. Cossiga commença à "extérioriser" immédiatement après la chute du mur, fin 1989, lorsque le Parti Communiste Italien (PCI) décida de se transformer en Parti Démocratique de la Gauche (PDS), et même contre son propre parti, la Démocratie Chrétienne. Ces "extériorisations" engendrèrent de fortes polémiques.
52 - AMIS DE LA TERRE - Nom d'une association écologiste italienne.
53 - UNITES SANITAIRES LOCALES (USL) - L'équivalent des dispensaires de la Sécurité Sociale en France.
54 - LIGUE NORD - Parti politique qui entre au Parlement en avril 1992. La Ligue Nord est née surtout dans la région Emilia Romagna et en Lombardie. Son objectif est la division de l'Italie en trois parties: nord, centre et sud. La Ligue Nord a le consensus d'une population qui en a assez de la corruption et qui accuse le sud de profiter de la richesse productive du nord. Son idéologue est R. Miglio et son leader Umberto Bossi.
55 - SCALFARO OSCAR LUIGI. (Novara 1918). Président de la République Italienne. Démocrate-chrétien. Avocat, plusieurs fois député, ministre des transports, ministre des biens culturels et de l'intérieur. Homme d'une grande intégrité, il jouit de l'estime générale, même auprès des laïques.
56 - AMATO GIULIANO. (Turin 1938). Homme politique, expert de droit constitutionnel. Extraparlementaire de formation, socialiste par la suite. Député dans plusieurs législatures, sous-secrétaire à la Présidence du Conseil dans les deux gouvernements Craxi. Vice-président du Conseil et Ministre du trésor dans le premier gouvernement Goria. Actuel Président du Conseil.
57 - MAINS PROPRES - L'opération lancée par une partie de la magistrature de Milan qui consiste à enquêter sur les ministres et les hommes politiques impliqués dans les scandales des pots de vin.
58 - TOMAC ZDRAVKO - (1937). Ancien Vice-président du Gouvernement croate. Il intervint pour la première fois au Conseil Fédéral du Parti Radical qui se déroula à Rome du 19 au 22 septembre 1991. C'était l'époque où la situation politique de l'ex-Yougoslavie était en train de dégénérer, explosant dans des désordres et des agressions qui annonçaient de plus en plus une guerre civile, mais que l'Europe refusait de reconnaître comme telle. Le conseil fédéral fut convoqué immédiatement pour discuter de cette crise tragique internationale, qui avait justement eu lieu au lendemain de la tentative de putsch dans l'ex-URSS. Invité par conséquent au Conseil pour qu'il puisse dénoncer publiquement en Italie la grave situation de son Pays, au cours de la dernière journée des travaux il s'inscrivit au Parti Radical.
59 - TERAMO - Ville des Abruzzes.
60 - URBINO - Ville d'Ombrie.
61 - OSIMO. Petite ville d'Istrie, d'où tire son nom le "Traité" signé en 1976, pour régler les différends restés en suspens entre l'Italie et la Yougoslavie depuis l'après-guerre. Le traité fut contesté par les radicaux dans sa partie économique qui prévoyait la constitution d'une "zone franche industrielle" sur le Karst.
62 - NATHAN ERNESTO. (Londres 1845 - Rome 1921 - il prit la nationalité italienne en 1888). Homme politique, il conduisit au début du siècle une coalition laïque et réformiste à la conquête de l'Administration communale de Rome, contrôlée jusqu'alors par les exposants de la spéculation immobilière liés aux milieux les plus réactionnaires et cléricaux. C'est à lui, comme maire de Rome (du 25 novembre 1907 au 4 décembre 1913), que l'on doit les seules grandes réformes sociales de l'administration communale de Rome. Juif, franc-maçon, Nathan a représenté un cauchemar jamais oublié pour les forces réactionnaires romaines. En 1989 Marco Pannella, à l'occasion des élections administratives, lançait un projet de "Liste Nathan" ouverte aux forces laïques de gauche. La proposition ne fut pas accueillie.