par Klaus BrillSOMMAIRE: Bref portrait de Marco Pannella et description concise des principales batailles radicales.
(SüDDEUTSCHE ZEITUNG, 5 Mars 1993)
On a récemment demandé à Emma Bonino, secrétaire du Parti radical, et donc l'unique femme à la tête d'un parti en Italie, de quoi elle parlait avec Marco Pannella, lorsqu'elle voyage avec lui en train par exemple. Toujours de politique ou bien, parfois, d'un film? "Parler d'autre chose que de politique avec Marco est impossible" a-t-elle répondu. Si jamais il parlait de cinéma, le discours tournerait bien vite à la politique. Au cours des dix dernières années, Pannella n'a étè que trois fois au cinéma. La première fois ils a vu "Gandhi", en italien. La seconde "Gandhi" en français. La troisième "Gandhi en anglais. Le Mahatma Gandhi est le symbole du Parti radical. Pannella en est le fondateur, le patriarche et la "Star".
Si par exemple, il y avait place dans l'histoire pour un adversaire impérial de la monarchie ou pour un hérétique auprès du Saint-Siège, un Pannella aurait été à sa place dans un tel rôle. Dans l'Italie de l'économie basée sur les cartes de partis il est un hérault tonitruant contre la corruption et la particratie - et il est si bien vue cependant, qu'au cours du dernier Congrès du Parti radical, les "grands" de la particratie lui ont rendu les honneurs, le président du conseil des ministres, des chefs de partis et les présidents des deux Chambres compris. Et maintenant, lorsque Pannella a menacé de dissoudre son parti si le nombre des inscrits n'était pas d'au moins 30.000, pour résoudre le problème financier, des "stars" de la politique ont volé à son secours avec une telle vigueur qu'il a effectivement atteint son but.
Pannella poursuit son chemin donc - mais il l'aurait vraissemblablement fait de toutes façons, car il n'est pas homme à se détacher de la politique. Cet ancien journaliste de 62 ans, fils d'un ingénieur abruzzain, Giacinto (Hyacinthe) de son vrai prénom, plongea dans la politique alors qu'il était encore étudiant universitaire en droit et entra au Parti Libéral (PLI). Lorsque ce dernier vira à droite, il avait 25 ans (1955) et, prenant la voie de la secession et fonda le Parti Radical. Il lutta alors pour l'introduction du divorce, pour le droit à l'objection de conscience, pour la séparation de l'Etat et de l'Eglise, pour la libéralisation de la politique des drogues et des lois sur l'avortement, pour la protection de l'environnement et pour les droits des minorités. Pour ces objectifs, il se fit promoteur de nombreux référendum.
Depuis longtemps déjà Pannella pense "transnational". En 1968, il se fait arrêter à Sofia parce qu'il distribue des tracts contre le régime, il proteste par des grèves de la faim contre les violations des droits de l'Homme et contre la faim dans le monde, il s'engage pour une Europe Unie et il est député à Rome mais aussi au Parlement européen. Actuellement, il se bat contre la guerre en Bosnie et le maire de Sarajevo a été rècemment son hôte. De mentalité libertaire, inquiet, hétérodoxe et ambitieux, Pannella est indiqué comme le gardien de la morale, mais aussi comme un corsaire effréné, mais aussi comme un homme personnellement difficile. A un journaliste qui voulait lui poser des questions personnelles, il lui reprocha de ne pas lui poser de questions sur le Parti radical: "Par conséquent vous ne m'avez rien demandé de moi".