Radicali.it - sito ufficiale di Radicali Italiani
Notizie Radicali, il giornale telematico di Radicali Italiani
cerca [dal 1999]


i testi dal 1955 al 1998

  RSS
mar 28 apr. 2026
[ cerca in archivio ] ARCHIVIO STORICO RADICALE
Archivio Partito radicale
Pannitteri Adriana, Bonino Emma - 13 marzo 1993
RECOMMENCONS A TRENTE-CINQ MILLE
Transnationaux et transversaux. Après le succès de la campagne d'inscriptions, Emma Bonino indique les nouveaux horizons du Parti radical.

Interview de Emma Bonino (1) par Adriana Pannitteri

SOMMAIRE: Au lendemain du succès de la campagne pour les trente mille inscrits, le premier secrétaire du Pr précise, dans une interview, le caractère transnational et transpartique du nouveau parti radical. "Le parti radical de 1993 n'a rien à voir - sinon dans la "mémoire historique" - avec l'ancien, grand parti du divorce, de l'avortement, etc". Les rapports avec le monde catholique: "Nous avons toujours poursuivi, obstinément, l'objectif d'un grand, long dialogue historique avec la réalité complexe du croyant".

(LA DISCUSSIONE, 13 mars 1993)

Emma Bonino sourit, en chandail rouge et finalement relaxée. C'est le jour des bilans pour le parti radical, celui où les fruits sont récoltés. Devant les flash des photographes et les caméras de télévision, un imposant Vittorio Gassman à ses côtés, "la" secrétaire annonce les données d'un mois vécu passionnément au cri de "Sos, trente mille inscriptions ou bien la mort". La menace est écartée: 11 milliards de contributions, environ 35.000 inscrits. Une campagne riche de trouvailles publicitaires, artisanales mais efficaces, un consensus encore impensable il n'y a pas si longtemps. Pannella avait envoyé au Président Scalfaro (2) un message lui demandant de "nous aider à faire connaître nos batailles" et Amato (3) lui-même s'était assis au premier rang au congrès qui avait lancé le défi il y a un mois à peine. Satisfaits? "Oui - répond Emma Bonino - mais les inscriptions sont encore ouvertes. Et s'adressant au public, elle accroche à son cou la pancarte avec le numéro de téléphone du parti.

Q. Ainsi le miracle laïque a eu lieu et vous avez réussi une entreprise qui semblait impossible. Que fera à présent Emma Bonino avec cette dot?

R. Pour ceux qui savent exercer de façon laïque la patience et la prudence dans la "durée", la réalisation de ses espoirs n'est pas un miracle. Que ferai-je à présent? J'essayerai de me conformer au mandat du congrès, pour que le parti de la tolérance gandhienne puisse affronter les problèmes de notre époque, en Russie, en Yougoslavie, au Burkina Faso, en Italie...

Q. Il y a beaucoup d'inscrits "prestigieux": des ministres, des artistes, des sportifs. Pourront-ils influencer le futur du parti?

R. L'hégémonie des partis a exploité sans vergogne (et donc, ensuite, frustré) les artistes et les intellectuels, peut-être même ses propres ministres. Tout commence avec le fascisme, mais ses méthodes ont pris aussi dans l'après-fascisme. La gauche, les partis de pouvoir eux-mêmes, ont confié à leurs intellectuels la tâche d'interpréter, ad usum delphini, l'histoire d'Italie. Pour le Parti communiste les intellectuels "organiques" devaient chanter, comme Gramsci, l'axe Gentile-Togliatti: les "Remainders" (4) sont pleins de leurs "histoire d'Italie" désormais illisibles. Les intellectuels qui sont restés indépendants ont été par contre littéralement effacés de la mémoire historique: Ernesto Rossi (5) ou Nicola Chiaromonte, Umberto Calosso ou Ernesto Buonaiuti, auquel fut même nié l'enseignement universitaire. A Rome une avenue excessivement grande est consacrée à Togliatti (6), alors qu'à Mario Pannunzio (7) et à Ernesto Rossi, sont intitulées des petites rues de banlieue. De Sciascia (8), de Pasolini (9), o

n se souvient de tout, moins le fait que le premier fut inscrit au Parti radical et député, et que le second a écrit, sur les radicaux, des pages mémorables. Nous à l'intellectuel, en tant que tel, nous n'avons jamais rien demandé...

Q. Nous vous avons vu pleurer le jour où Pannella vous a obligée à devenir secrétaire. Un "père" autoritaire ou seulement un habile tisseur politique? Et surtout, combien pèse le personnage Pannella dans votre activité politique?

R. Le terme "tisseur" fut forgé, j'ai l'impression, par Cavour. j'imagine que cet épithète veut être un compliment: Marco lui-même en serait flatté. Je suis de toute façon prête, et bien volontiers, à admettre que Pannella est très "influent": mais dans le pays.

Q. De parti transnational à parti transversal. Il n'y a que comme ça qu'on peut faire de la politique aujourd'hui?

R. Des "partis transversaux" - "transversaux" comme les regards et les signaux "transversaux" (ou "obliques", comme dit le dictionnaire) - il y en a beaucoup, dans l'ombre... Le Parti radical est, par contre, "transnational" et "transpartique" à la pleine lumière du jour. Mais surtout il est "nouveau, nouveau aussi par rapport à lui-même. On ne veut pas s'en rendre compte, mais le Parti radical de 1993 n'a rien à voir - sinon dans la "mémoire historique" - avec l'"ancien", grand parti du divorce, de l'avortement, etc. A présent qu'il a atteint un peu de réalité tangible également économique, ce parti nouveau pourra affronter les grands thèmes de la crise au niveau italien mais surtout européen. Aujourd'hui il n'y a qu'à ces niveaux que l'on peut concevoir des projets

Q. Et de ceux qui sont sous enquête, des "recyclés", des hâbleurs qui se déclarent "nouveaux" et que vous avez accueillis dans le parti qu'en ferez-vous?

R. "Nous", nous n'en ferons rien, de même que nous ne ferons rien des gens comme il faut, des honnêtes travailleurs, des saints, des vendeurs de pommes de terre, en somme des "ingénus" qui, trop aimables, se retrouveront mélangés à la marmaille que vous avez énuméré: ce seront "eux" qui feront le nouveau parti... Il sera intéressant d'observer ce qui naîtra d'un profil tellement représentatif de la société contemporaine telle qu'on la trouve sur les places, dans les églises, dans les prisons, dans les bordels, dans la savane saharienne et dans les steppes du Caucase.

Q. Cette fois les journaux et la télévision ne vous ont pas trahi, au contraire. N'est-ce pas?

R. La question trahit une information approximative. Je renvoie aux données des relevés effectués par le Centre d'écoute, qui nous disent que durant les 900 jours (trois ans!) de gestion du JT1 par Bruno Vespa à Pannella et aux radicaux ont été accordés 3 minutes 56 secondes contre plus de 9 heures pour la Démocratie chrétienne. Pour autant que la Télévision ait pu avoir fait ces jours-ci, les écarts restent abyssaux. De toute façon, le vol d'information sur tout et sur tout le monde est un fait qui appauvrit objectivement le Pays et qui fait détériorer la politique, comme ce fut le cas.

Q. Vous n'êtes plus un parti d'"opposition", vous avez contribué à élire Scalfaro: vous ne cachez pas que vous voulez garder le gouvernement Amato. L'époque des intempérances est-elle terminée?

R. Nous n'avons jamais été un parti d'"opposition", si ce n'est au régime particratique. Nous avons toujours "gouverné", essayant de donner au Pays des lois qui soient bonnes et justes. En ce qui concerne le gouvernement Amato, le soutien lui a été donné en automne, dans le caractère exceptionnel du moment également international, par les six députés de la Liste Pannella. Hélas, à cause aussi d'Amato, les rapports sont devenus difficiles, traumatiques. Par contre, les près de 200 députés radicaux (venant de tous les partis) ont voté de façon différente. S'agit-il là aussi d'une "intempérance"?

Q. Que reste-t-il sur le tapis du projet d'Alliance démocratique soutenu par Martelli?

R. C'est à lui qu'il faut poser la question... même si Claudio donne un signal important lorsqu'il reconnait que le nouveau Parti radical est "l'embryon" du grand parti démocrate à la création duquel la gauche, ou ce qui en reste, devrait se consacrer. Il s'agit cependant de voir s'il existe encore une gauche à "agréger" ou s'il y a d'autres chemins à battre, pour créer le nouveau, plus articulés et différents...

Q. Les réformes électorales. Après le référendum la partie ne sera pas conclue. Le Parlement devra faire son devoir. De quelle façon?

R. Eh bien, en attendant empêchons que les référendums soient volés. Conso ou pas. Mais, en définitive, la seule "solution politique" du drame de 'Tangentopoli' (10) ne pourra qu'être le choix de l'uninominale à un tour, pour déloger les partis particratiques d'aujourd'hui et en faire naître d'autres qui ne soient pas, au-delà de la volonté même des hommes, nécessairement corrompus. Que ce soit ce Parlement qui fasse les réformes, aujourd'hui, malheureusement, on peut en douter. Les vieux partis ont déjà recommencé à l'assiéger, ainsi que le gouvernement Amato, dans la tentative extrême de se sauver. C'est là le vrai affrontement.

Q. Un grand nombre de batailles, qui vous ont vu protagonistes ces dernières années ont reçu le consensus de l'opinion publique et sur beaucoup d'intuitions (la transnationalité, par exemple) vous avez été récompensés. Beaucoup de batailles vous situent de l'autre côté du terrain par rapport aux catholiques. Et pourtant aujourd'hui il semble y avoir un certain feeling. Comment l'expliquez-vous?

R. Nous avons toujours poursuivi, obstinément, l'objectif d'un grand, long dialogue historique avec la réalité complexe des croyants. Il y a aujourd'hui des responsabilités à assumer ensemble, dans un projet de grande haleine. C'est pourquoi nous saluons avec joie l'inscription au Pr de tant de représentants démocrates chrétiens qui ont considéré juste et nécessaire de rouvrir le chapitre déjà entamé par don Romolo Murri, le fondateur - à la fin du siècle dernier - de la Démocratie Chrétienne et ensuite exposant radical; Romolo Murri, le seul grand représentant de la culture et de la politique catholique que l'étroitesse cléricale a toujours ostracisé et abrogé de l'histoire civile italienne.

Q. En conclusion. Vous vous sentez vieillis par rapport aux tables dans la rue. Ou êtes-vous seulement différents?

R. Grandir, mûrir, vieillir, ce sont des facteurs complémentaires, inévitables, et aussi indispensables, de la vie dans sa beauté et dans son mystère. Il faut les accueillir avec humilité et aussi avec gratitude: il y a en effet aussi ceux qui meurent, ou qui vivent peut-être, sans avoir jamais grandi, sans avoir mûri, sans avoir appris à vieillir: c'est là le vrai danger, que j'essaye d'éviter.

-----

N.d.T

1 - BONINO EMMA. (Bra 1948). Secrétaire (élue en 1993) et ancien Président du Parti radical (1989-1993), membre à plusieurs reprises du parlement européen, plusieurs fois député italien à partir de 1976. Parmi les promoteurs du Cisa (Centre Information sur la Stérilisation et l'Avortement), et militante active dans la bataille contre l'avortement clandestin, elle a subi un procès à Florence et a été acquittée. Elle a participé à la conduction, également au niveau international, de la campagne sur la Faim dans le Monde. Parmi les membres fondateurs de "Food and Disarmament International", elle s'est occupée de la diffusion du Manifeste des Prix Nobel.

2 - SCALFARO OSCAR LUIGI. (Novara 1918). Démocrate-chrétien, italien. Avocat, plusieurs fois député, ministre des transports, ministre des biens culturels et de l'intérieur. Homme d'une grande intégrité, il jouit de l'estime générale, même auprès des laïques.

Il a été élu Président de la République en 1992.

3 - AMATO GIULIANO. (Turin 1938). Homme politique, expert de droit constitutionnel. Extraparlementaire de formation, socialiste par la suite. Député dans plusieurs législatures, sous-secrétaire à la Présidence du Conseil dans les deux gouvernements Craxi. Vice-président du Conseil et Ministre du trésor dans le premier gouvernement Goria. Président du Conseil en 1992-1993.

4 - REMAINDERS - Une chaîne de librairies qui vend des livres à moitié prix.

5 - ROSSI ERNESTO. (Caserta 1897 - Rome 1967). Homme politique et journaliste italien. Leader du mouvement "Justice et Liberté", arrêté et condamné en 1930 par le fascisme, il resta en prison ou en exil jusqu'à la fin de la guerre. Il écrivit avec A. Spinelli le "Manifeste de Ventotene" et fut à la tête du Mouvement Fédéraliste Européen et de la campagne pour l'Europe unie. Parmi les fondateurs du Parti radical. Essayiste et journaliste, il lança des colonnes du "Mondo" des campagnes très vives contre les ingérences cléricales dans la vie politique, contre les grands états économiques, contre le protectionnisme industriel et agraire, les concentrations de pouvoir privées et publiques, etc. Ses articles furent rassemblés dans des livres fameux ("Les maîtres de la vapeur", etc). Après la dissolution du Parti radical en 1962, et la rupture conséquente avec le directeur du "Mondo" M. Pannunzio, il fonda "L'Astrolabe" des colonnes duquel il continua ses polémiques. Dans ses dernières années il se rapprocha et s'i

nscrivit au "nouveau" Parti radical avec lequel il lança, en 1967, l'"Année Anticléricale".

6 - TOGLIATTI PALMIRO. (Gênes 1893 - Yalta 1964). Collaborateur, à Turin, de A. Gramsci, parmi les fondateurs du Parti Communiste Italien, dont il fut secrétaire de 1927 à sa mort. En exil en Russie il fit partie du secrétariat du Komintern et eut un rôle important dans la guerre civile espagnole. Rentré en Italie en 1944, il lança une politique "nationale" à partir du vote sur les pactes de Latran, se heurtant aux forces laïques du pays. Au gouvernement de 1944 à 1947, comme ministre aussi. Après les élections de 1948, il monopolisa le rôle de l'opposition mais favorisa aussi de façon prioritaire le "dialogue" avec la Démocratie Chrétienne et le monde catholique, sans jamais rompre avec le Vatican. Le projet de "voie nationale au socialisme" n'atteignit pas son objectif de fond, et mena même le système politique dans une impasse, empêchant la gauche de conquérir une "alternance" de gouvernement à la Démocratie Chrétienne.

7 - PANNUNZIO MARIO. (Lucca 1910 - Rome 1968). Journaliste, italien, libéral. Directeur du quotidien "Risorgimento Liberale" entre 1943 et 1947, il fonda ensuite (1949) l'hebdomadaire 'Il Mondo" qu'il dirigea pendant dix-sept ans le faisant devenir un modèle inégalé de journalisme moderne européen. Inscrit au Parti libéral italien, il fut ensuite parmi les fondateurs du Parti radical, qu'il contribua pourtant à liquider quand fut formé le centre-gauche.

8 - SCIASCIA LEONARDO. (Racalmuto 1921 - Palerme 1990). Ecrivain, auteur de romans célèbres ("Le parrocchie di Regalpetra", 1956; "Il giorno della Civetta", 1961; Todo modo, 1974), mais connu aussi comme polémiste, participant de la vie civile italienne pendant vingt ans au moins. Il fut aussi député radical pendant une législature, intervenant de façon énergique dans les batailles pour les droits civils (affaire Tortora, etc).

9 - PASOLINI PIERPAOLO. (Bologne 1922 - Rome 1975). Ecrivain et metteur en scène, italien. Romans ("Ragazzi di vita", 1955; "Una vita violenta", 1959), poésie ("Les cendres de Gramsci", 1957, etc), théâtre, cinéma ("Accattone", 1961, "Il Vangelo secondo Matteo", 1964, etc), mais surtout formidable polémiste et moraliste, il dénonça les méfaits de la "bourgeoisie", et critiqua âprement la gauche italienne pour ses incapacités. Sympathisant du Parti radical, sur lequel il a écrit de très belles pages, le jour de sa mort il aurait dû aller à Florence, pour une intervention au Congrès de ce parti.

10 - TANGENTOPOLI. Littéralement: "La cité des pots-de-vin".

C'est le nom qui a été donné au scandale des pots-de-vins payés à des hommes politiques par des chefs d'entreprise à titre personnel et pour financer leur parti. A peu près tous les partis politiques y sont impliqués. Milan est le centre de cette enquête de grosse envergure, mais petit à petit d'autres enquêtes s'ouvrent dans toute l'Italie.

 
Argomenti correlati:
stampa questo documento invia questa pagina per mail