par Sergio D'Elia (*)SOMMAIRE: Introduisant le fascicule "Ne Touchez pas à Caïn", Sergio D'Elia indique les objectifs de la campagne pour l'abolition de la peine de mort avant l'An 2000. En effet, il ne faut se contenter de confirmer le contraste de principe entre la peine capitale et le droit à la vie, mais il faut que ce principe soit introduit concrètement dans les lois des Etats et dans le droit international.
(CAMPAGNE PARLEMENTAIRE MONDIALE POUR L'ABOLITION DE LA PEINE DE MORT AVANT L'AN 2000 - Parti Radical/Ligue Internationale pour l'abolition de la peine de mort avant l'An 2000)
C'est déjà arrivé. A un certain point de l'histoire de l'humanité, vis-à-vis de l'esclavage on a affirmé un nouveau droit qui a dépassé des traditions et des constitutions, des systèmes sociaux et des économies, des convictions et des préjudices profondément enracinés. L'esclavage a disparu de nos société suivant un parcours qui pourrait être celui de la peine de mort aujourd'hui.
Depuis la naissance en Angleterre, en 1787, d'un mouvement pour l'abolition de l'esclavage, sept années s'écoulent et la Convention décrète l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Alors qu'elle est généralement condamnée en Europe, entre 1800 et 1875, la traite des noirs continue à être pratiquée dans les régions islamisées d'Afrique. Elle disparaît en Amérique des Etats du Nord dès le début du siècle, mais dans le Sud, encore en 1860, 350.000 familles possèdent trois millions d'esclaves. Cinq ans plus tard, le 13ème amendement à la Constitution des Etats-Unis abolit l'esclavage.
Aujourd'hui encore, la grande majorité des pays qui siègent aux Nations Unies maintient la peine de mort, même si à peine plus de la moitié l'appliquent; parmi eux les Etats-Unis, un des plus anciens pays de démocratie politique. Les opinions publiques, souvent majoritaires, sont orientées vers le maintien ou la réintroduction de la peine capitale.
Les conflits et les haines laissées en héritage par l'empire soviétique à l'intérieur de ses frontières comme en ex-Yougoslavie; l'intolérance intégriste et les révoltes des déshérités, des affamés du monde entier; les prohibitionnismes totalitaires de nos sociétés et les violences criminelles qui en sont à la fois l'expression et l'aliment, tout cela fait apparaître la peine de mort à l'horizon prochain de notre histoire, plus que comme héritage du passé, comme un instrument possible de gouvernement des nouvelles urgences, et pas uniquement de règlement de comptes. Il y a, ensuite, des traditions millénaires, des cultures vivantes, des convictions religieuses enracinées qui légitiment la peine de mort dans les systèmes de l'Etat et dans la communauté. Assez souvent, c'est un sens profond de justice qui anime ceux qui répondent par la peine de mort à l'impunité et à l'illégalité qui les frappent. Dans cette situation, il faut une stratégie abolitionniste non- prohibitionniste, qui ne pense pas diviser le mon
de entre civils et incivils, et qui prête attention à toute évolution sur le chemin du droit et de la loi.
Avec la Campagne parlementaire mondiale pour l'abolition de la peine de mort avant l'An 2000, nous ne voulons pas nous occuper du contraste de principe entre la peine capitale et le droit à la vie, réaffirmé dans beaucoup de résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies. Nous voulons, par contre, voir écrit dans les constitutions de la communauté internationale et des Etats, un nouveau droit de l'individu: un droit civil interprété historiquement, une synthèse évolutive de notre époque.
A l'aube du nouveau millénaire, le droit de ne pas être tué suite à une sentence ou à une mesure judiciaire, doit pouvoir devenir une conscience historique, une nécessité non plus de l'individu, mais de cette époque et de cette société. Nous voulons participer à la formation de cette conscience, de laquelle peut naître un droit universel.
Comme ce fut le cas pour l'abolition de l'esclavage ou pour l'interdiction de la torture, il s'agit pour la peine de mort aussi de concevoir une réforme pure et simple du système pénal, qui reconnaisse le seuil d'inviolabilité de chaque individu, mais qui n'est telle que si elle est sanctionnée dans les lois. Il s'agit d'établir, comme l'a dit Boutros Ghali à la Conférence de Vienne, cet irréductible humain qui fait de nous tous une seule communauté humaine.
La Résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU, en instituant un Tribunal international contre les crimes de guerre en ex-Yougoslavie, a posé une première pierre de ce droit positif: par statut ce tribunal, tout en utilisant les codes des pays auxquels appartiennent les accusés, exclut en tout cas le recours à la peine capitale.
Pour discuter de tout cela et constituer une Ligue Internationale pour l'abolition de la peine de mort avant l'An 2000, rendez-vous au Congrès mondial, au mois de décembre, à Bruxelles, au Parlement Européen.
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N.d.T
(*) - D'ELIA SERGIO. (1952). Ancien membre de "Prima Linea", l'organisation terroriste de gauche dont il fut dirigeant. Condamné à 30 ans de prison, il a purgé une longue peine de prison qui s'est terminée récemment. En 1986, il s'est inscrit au Parti radical durant la campagne pour les mille inscrits, embrassant ainsi les thèses non-violentes des radicaux. A partir de 1987, dans le Secrétariat du parti radical, il s'occupe notamment de la réforme pénitentiaire. Il organise ensuite une association pour accorder le vote aux détenus et pour la réforme des peines accessoires. Il a collaboré au projet pour "Le Parti Nouveau" et fondé, avec Maria Teresa Di Lascia, l'Association "Ne Touchez pas à Caïn" pour l'abolition de la peine de mort dans le monde avant l'An 2000".