REUNION DE L'ASSEMBLEE DES PARLEMENTAIRES ET DU CONSEIL GENERAL
Sofia, 15/18 Juillet 1993
SOMMAIRE: Au terme de cinq ans et demi de secrétariat politique du parti radical, Sergio Stanzani trace, dans l'intervention/rapport pour l'Assemblée de Sofia au cours de laquelle il remettra son mandat, une courte histoire de l'expérience triennale du parti radical, pour en expliquer les raisons et les coordonnées de fond face aux nouveaux inscrits provenant de différents pays et n'étant donc pas à connaissance de son histoire complexe. L'intervention est divisée en 25 paragraphes (dont les titres sont énumérés ci-dessous) qui scandent les étapes de cette histoire. D'après Stanzani, celle-ci peut être divisée en trois grandes périodes: la refondation des années 60, le risque d'"institutionnalisation" après les élections de 1979 comme conséquence de la politique d'"unité nationale" menée par la Démocratie Chrétienne, le Parti Communiste et le Parti Socialiste (une politique qui va jusqu'à rendre impossible l'espoir dans l'alternative et qui prend les formes d'un véritable "régime") et enfin la tentative de d
onner naissance au parti transnational dans lequel reconstituer les raisons essentielles du parti radical en les projetant vers une dimension nouvelle et plus universelle.
Malgré ses petites dimensions, cette chronique/histoire offre certains caractères qui en conseillent la lecture si l'on veut approfondir la connaissance du parti radical: les paragraphes 6 et suivants - par ex. - mettent bien à feu la crise à laquelle le parti est exposé au début des années 80, avec les risques d'"institutionnalisation"; ensuite, le paragraphe 12 donne une interprétation importante d'un congrès (Bologne, 1982) qui suscita des polémiques et même des lacérations profondes, mais qui détermina un tournant irréversible, grâce aussi à la mise en scène habile de Pannella, pas toujours comprise et même parfois contrastée aussi en sourdine à l'intérieur du groupe dirigeant.
1. Le retour à la normalité statutaire.
2. La "transition vers le nouveau".
3. La transformation du Parti radical en organisation politique
transnationale.
4. Les raisons du choix transnational.
5. Les années Soixante et Soixante-dix.
6. Les années Quatre-vingt.
7. Une tendancielle "institutionalisation" du parti.
8. La campagne contre l'extermination par la faim dans le
monde.
9. Les tentatives pour tenir le parti "en dehors" du régime.
10. La résolution du Congrès de Florence de 1985.
11. La campagne "Choisis-le ou dissous-le".
12. La décision de Bologne.
13. De Bologne 88 à Budapest 89.
14. La fin d'un segment de théorie de la praxis.
La non-présentation aux élections.
15. La phase d'après-Congrès de Budapest.
16. La prise des pleins-pouvoirs de congrès.
17. Le redressement économique et financier.
18. Le projet du "Parti Nouveau".
19. Le détachement des évènements italiens
20. L'initiative à l'égard de l'ex-Yougoslavie.
21. La campagne pour l'abolition de la peine de mort avant
l'An 2000.
22. La première session du XXXVIe Congrès.
23. De la première à la seconde session.
24. La seconde session.
25. Les raisons de "cette" intervention.
Très chères amies, très chers amis,
La réunion de l'Assemblée des parlementaires et du Conseil Général du Parti, qui s'ouvre aujourd'hui à Sofia, a été convoquée dans le respect de la motion approuvée à la IIe session du XXXVIe Congrès qui a eu lieu à Rome début-Février 1993. Les 30 jours de retard par rapport à la limite maximum prévue, sont dûs aux engagements imprévisibles du Parlement italien (l'approbation de la nouvelle loi électorale, qui aurait empêché la présence des élus à ces assemblées) et aux impossibilités consécutives de caractère technique et d'organisation.
1. LE RETOUR A LA "NORMALITE STATUTAIRE"
A cette réunion, on procèdera non seulement à la constitution de ces deux organes du Parti, mais aussi à l'élection du président du Parti et la prise des responsabilités et des pouvoirs que le statut attribue au Premier secrétaire, Emma Bonino et au Trésorier, Paolo Vigevano, déjà élus par le Congrès.
Le Parti radical transnational et transpartite, fort de l'extraordinaire, "impossible" résultat obtenu par la campagne d'inscription pour 1993 en Italie, a atteint et dépassé largement les conditions minimum posées par la motion, pour vérifier et garantir les possiblités techniques et politiques effectives de sa propre existence. Quelques semaines après la conclusion du Congrès, à l'échéance du terme prévu, presque 36.000 citoyens italiens se sont inscrits au parti pour 1993. Aujourd'hui ils sont près de 38.000.
Le parti - nous - nous avons ainsi conquis le droit-devoir de poursuivre notre activité, d'affirmer notre volonté et notre capacité d'initiative et de lutte politique, sans aucun frein de caractère préjudiciel. Le Parti, par cette réunion, reprend - sûr de lui - son propre chemin, en reconstituant les conditions de sa "normalité statutaire".
2. LA TRANSITION VERS LE NOUVEAU
Par cette réunion, une période de vie du Parti s'achève donc, période qui s'est poursuivie de manière ininterrompue durant cinq ans et demi, depuis début-Janvier 1988, lorsque à Bologne, le XXXIVe Congrès m'élut pour la première fois Premier secrétaire du Parti.
Une permanence exceptionnelle, dans cette responsabilité, si l'on considère toute notre histoire. En effet, en 26 ans - depuis qu'en Mai 1967 le Parti radical, refondé et reconstitué par Marco Pannella et par les "jeunes" de la gauche radicale, approuva le nouveau statut (resté en vigueur jusqu'à notre dernier Congrès) - il y a eu 12 Secrétaires du Parti élus par des congrès ordinaires et qui se sont succédés dans le respect rigoureux de l'échéance annuelle.
La permanence moyenne de chacun a été donc d'un peu plus de deux ans et personne ne s'est vu renouvelé son mandat plus de trois fois.
Cette longue période de permanence au secrétariat du Parti est due à un moment particulier, anomal, de la vie du Parti, marqué par l'interruption - pour la première fois de toute notre histoire - du respect de la ponctualité de la convocation annuelle du Congrès: il faudra trois années - après le XXXVe Congrès de Budapest en Avril 1989 - avant de convoquer, en Avril 1992, la première session du XXXVIe Congrès.
Un long intervalle. Apparemment, une rupture d'une caractéristique essentielle du Parti. Une rupture, en effet, qui n'est pas due au manque de respect de la règle de la part des organes exécutifs, mais à la conséquence de la prise d'acte à Budapest, de la part du Congrès, d'un moment exceptionnel, d'extraordinaire difficulté pour la vie et pour l'existence même du Parti. La motion contraignante approuvée à ce moment-là, attribuait explicitement au Premier Secrétaire, au Trésorier, au Président du Parti et au Président du Conseil Fédéral, la faculté d'assumer ensemble les pleins-pouvoirs de congrès, remettant, par cette décision - ces pouvoirs étant pris - à ces derniers et à eux seulement, la possibilité d'évaluer l'éventuelle reconvocation du Congrès et sa date.
C'est à cette décision, et au caractère exceptionnel de la situation - et seulement à cela - que l'on doit la suspension de l'application de la règle de la convocation annuelle du Congrès.
Cette période, que nous pouvons définir comme "la longue route de transition vers le nouveau", s'achève aujourd'hui.
Il est juste et opportun, me semble-t-il, intervenant pour la dernière fois en tant que secrétaire du Parti, de vous remettre, sinon un bilan, du moins quelques réflexions sur ce que cette transition a signifié et comporté pour le Parti et, en définitive, pour chacun de nous. Il n'est pas inutile de mesurer la complexité et, permettez-moi de le dire, le caractère dramatique de la période que nous avons traversée, et aussi le poids supporté par tous ceux qui l'ont vécue activement et avec responsabilité: cela peut nous aider à comprendre ce que nous sommes en tant que parti, à évaluer nos possibilités et nos limites.
3. LA TRANSFORMATION DU PARTI RADICAL EN ORGANISATION POLITIQUE
TRANSNATIONALE
Il faut rappeler que la "transition vers le nouveau", la nouveauté du Parti tel qu'il est aujourd'hui, ne doit pas être recherchée dans les principes, dans les valeurs, qui restent inchangés, ni dans l'extension théorique de la perspective politique, qui avait déjà en soi, potentiellement, dès la première refondation et reconstitution en 1967, tous les caractères de la proposition politique radicale qui devaient se développer par la suite, y compris les caractères transnational et transpartite.
Le secrétariat, confié en 1978 à Jean Fabre, un citoyen français, les "incursions" des militants radicaux dans les pays de l'Est (dont celle de Pannella et d'autres amis arrêtés ici à Sofia en Août 1968 parcequ'ils distribuaient des tracts contre l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie), la "double carte" - aujourd'hui "l'autre, la première carte" - dès le début soutenue par le Parti et à plusieurs occasions affirmée, n'en sont qu'un exemple.
La nouveauté réside dans la décision qu'à un moment donné nous avons prise, à savoir, de transformer un parti qui avait "aussi" cette vocation transnationale et transpartite, en un parti exclusivement transnational, destiné à concrétiser la dimension transnationale de l'action politique.
4. LES RAISONS DU CHOIX TRANSNATIONAL
Evidemment, cette décision ne sort pas du néant mais elle trouve ses origines au cours de décennies d'histoire "italienne" du Parti radical; histoire "italienne" avec laquelle, pour cela aussi, le parti continue de garder de solides liens et de laquelle il est donc opportun de parler, même et aussi avec tous ceux d'entre nous qui n'ont que peu ou prou à voir avec celle-ci.
Je crois qu'il faille distinguer deux longues phases, à partir de la première refondation du Parti radical des années Soixante.
5. LES ANNEES SOIXANTE ET SOIXANTE-DIX
La première phase arrive jusqu'à la fin des années Soixante-dix. Devant la situation de véritable régime à laquelle avait donné lieu l'immense pouvoir de la Démocratie Chrétienne, l'objectif que les radicaux se posaient - en cohérence avec leur propre intransigeance démocratique et non-violente - pour le droit, était celui d'un renouvellement profond des forces de gauche qui leur permette de s'unir pour proposer et réaliser une alternative de démocratie au pouvoir démochrétien en Italie.
Presque tout au long de cette période, le Parti radical, structurellement différent de toute autre force politique italienne, par son inspiration et par ses modes particuliers de faire de la politique, oeuvre dans cette direction à l'extérieur des institutions (nous nous présentons pour la première fois aux élections en 1976, et nous gagnons une petite patrouille de députés), à travers de grandes batailles et de grandes victoires - sur le divorce, sur l'avortement, sur l'objection de conscience - qui divisent et modifient la présence des autres forces politiques, rénovent la vie du pays et imposent les thèmes des droits civils au centre d'une alternative possible. Et c'est au cours de cette période que l'utilisation de l'institution du referendum (uniquement abrogatif pour la loi italienne) devient l'instrument essentiel de l'initiative politique du Parti.
6. LES ANNEES QUATRE-VINGT
La seconde phase a commencé à la fin des années Soixante-dix et comprend presque toutes les années Quatre-vingt. Avec la proposition de réaliser un "compromis historique", adressée par les communistes aux démochrétiens et avec le choix de ladite unité nationale - une alliance de gouvernement entre tous les partis les plus importants, la Démocratie Chrétienne, le Parti Communiste et le Parti Socialiste - le système politique italien devient un régime que nous avons défini "particratique", auquel ces partis participent tous de manière solidaire et qui provoque une dégénérescence des institutions démocratiques toujours plus accentuée.
La consolidation de ce régime - que nous appelons de "démocratie réelle", par analogie avec le "socialisme réel" - détermine, d'un côté, faute d'interlocuteurs, l'impraticabilité, comme directrice primaire de l'initiative radicale, de l'objectif de l'alternative d'une gauche rénovée, de l'autre, la fermeture de nombreux créneaux qui avaient permis l'action du parti dans le pays, avec les gens, vers les gens.
Les radicaux, comme je viens de le rappeler, étaient entrés au Parlement en 1976, et au cours de leur première législature, les 4 parlementaires élus avaient agi dans un rapport de pleine autonomie par rapport au Parti, comme prévu par le Statut mais en parfaite harmonie avec la possibilité d'une action extérieure efficace dont le Parti pouvait encore bénéficier.
Le moment du tournant arrive en 1979. Le résultat considérable obtenu durant ces élections et le grand nombre d'élus fait qu'une grande partie du groupe dirigeant du Parti entre au Parlement; cela rend plus difficile de maintenir la séparation entre rôles dirigeants du Parti et rôles institutionnels, qui avaient caractérisé la précédente législature. D'autre part, la nécessité surtout dans laquelle la nouvelle situation politique met les radicaux, est de développer une bataille de résistance et d'opposition contre le bloc compact particratique de régime tout entier, sans avoir - dans cette phase - la possibilité d'indiquer et préfigurer une formation alternative. Cette action, par la force des choses, ne peut que conduire toujours davantage au premier plan le rôle du groupe parlementaire, qui devient inévitablement le coeur, le lieu décisif de l'initiative politique radicale.
7. UNE TENDANCIELLE "INSTITUTIONALISATION" DU PARTI
La conséquence nécessaire de cet état de choses - malgré la rigueur et la bonne volonté de chacun - est l'esquisse d'une tendancielle "institutionalisation" du Parti et par conséquent, d'une transformation de sa nature même et de son rôle.
Perspective préoccupante sous plusieurs aspects. Non pas tant et uniquement sur la base d'une opposition de principe entre l'action politique "par le bas", "parmi les gens", et l'action dans les lieux représentatifs. Le caractère concret de la situation italienne de l'époque était en effet celui d'une dégénérescence particratique de toutes les institutions, y compris les institutions parlementaires: le Parlement est toujours moins un "vrai" Parlement et toujours davantage, par contre, le lieu d'établissement et de légitimation des ententes entre les divers centres de pouvoir particratiques et corporatifs, contre toute règle et tout droit. Il est vrai, certes, que dans un tel Parlement, les radicaux conduisent une opposition frontale contre cet état de choses, mais cela n'empêche pas qu'à la longue, opérer dans ce milieu, jouer à cette table, comporte des risques d'homologation, des risques de devenir "internes" au régime que l'on voulait combattre. Cela signifie que le Parti se trouve placé devant le da
nger d'un bouleversement de sa propre identité.
Non pas à cause d'une volonté sclérotique de vouloir demeurer identique à lui-même, mais pour continuer de faire vivre - dans le changement des conditions historiques - les raisons et les espérances pour lesquelles il s'était constitué tout au long des années Quatre-vingt, le Parti radical décide, pas à pas, de réagir, de manière souvent douloureuse, devant ce qui risque d'être un destin inéluctable. Il expérimente et accomplit des choix à chaque fois difficiles, à contre-courant, durs et "non-naturels", qui vont dans la direction opposée de celle vers laquelle les choses le poussent à glisser.
8. LA CAMPAGNE CONTRE L'EXTERMINATION PAR LA FAIM DANS LE MONDE
Cette valeur aussi a la décision, au début de cette décennie, de rompre avec les "actualités" et les logiques de la politique italienne pour prendre, comme politique prioritaire absolue pour le Parti - en le proposant à l'Etat italien et à l'Europe - l'engagement de faire cesser l'extermination par la faim de millions de personnes chaque année dans le Sud du monde. Engagement, rappelons-le, soutenu en particulier par Marco Pannella avec les instruments les plus dramatiques de la lutte nonviolente.
9. Les tentatives pour tenir le parti "en dehors" du régime.
Cela a été également le sens, sur un tout autre plan, en 1989, du choix - inconcevable pour n'importe quel autre parti - de ne plus participer aux élections communales et régionales, renonçant délibérément à laisser élire des milliers de conseillers dans les assemblées locales.
A ce propos, il faut rappeler la campagne électorale de 1983, lorsque les radicaux - cas sans précédent au monde - tout en présentant leurs propres listes, invitent les électeurs à ne pas voter, pour déclarer leur refus de "s'asseoir à la table des tricheurs" de la particratie et établissent ensuite un "code de comportement" particulier, consécutif à ce choix, pour les élus radicaux dans cette législature.
Ce que, de quelque manière, l'on continuait de reproposer était une confrontation du Parti radical avec lui-même - et souvent de chacun de nous avec soi-même - dans la ligne d'une alternative récurrente: accepter un rôle, digne, de minorité de "bonne conscience" démocratique - rôle qu'il était tout-à-fait possible de jouer, et avec quelques avantages, dans le cadre du régime particratique - ou bien décider de porter jusqu'aux conséquences les plus rigoureuses la contestation du caractère en réalité non démocratique de la "démocratie réelle" italienne.
10. LA RESOLUTION DU CONGRES DE FLORENCE DE 1985
Au Congrès de Florence de 1985 s'accomplit l'acte final de cette confrontation: le Congrès déclare que, continuer de mimer, dans une position d'extrême minorité, le jeu démocratique dans un système dont les institutions étaient soutenues non pas par les règles et le droit mais par une sorte de loi de la jungle où seule la force des intérêts en jeu avait de la valeur, n'aurait signifié que donner gratuitement un aval de démocratie à la particratie et, sans le vouloir, en devenir un appendice; cela aurait ainsi signifié, refuser de facto les raisons pour lesquelles le parti radical existait. Le Parti radical décide, comme choix de vérité nécessaire et de rigueur démocratique, de se donner une année de temps pour proposer au Congrès suivant un projet de cessation de ses activités.
11. LA CAMPAGNE "CHOISIS-LE OU DISSOUS-LE".
La réponse à ce défi, vraiment extraordinaire, arrive: plus de dix mille italiens, à partir de Septembre 1986 - avec le lancement de la campagne "Choisis-le ou dissous-le" - s'inscrivent, en demandant au Parti radical de continuer d'exister. Au succès de cette campagne contribue largement le principe de la liberté et de l'incriticabilité de l'inscription d'où le scandale provoqué par l'inscription de plusieurs prisonniers (Piromalli, Andraus), auteurs de délits sanglants, qui choisissent de militer, depuis leurs cellules, dans un parti nonviolent.
Si cette marque de confiance dans le Parti radical ne pouvait pas ne pas nous induire à poursuivre, celle-ci n'était pas cependant suffisante à nous faire surmonter la contradiction à laquelle nous nous mesurions. Cela ne suffisait certainement pas à nous donner la force de battre la particratie et je voudrais même ajouter - c'est une remarque personnelle - que de nombreuses adhésions, surtout celles qui nous arrivaient comme "doubles-cartes", de la part de militants et dirigeants d'autres partis, exprimaient non pas tant une demande d'extranéïté plus rigoureuse et d'opposition à la particratie, mais plutôt le souhait que le Parti radical continuât à assurer une présence démocratique et propre dans le système politique. Avec les meilleures intentions, on finissait par demander au Parti radical d'exister en tant que "belle âme" du régime.
C'est à ce moment-là et dans ce contexte qu'arrive le tournant transnational. Ce dernier découle de la prise de conscience, qui s'est développée en particulier avec l'expérience de la bataille contre l'extermination par la faim dans le monde, selon laquelle ce n'est que dans une dimension transnationale que l'on peut gouverner les choix décisifs dans le monde d'aujourd'hui mais c'est aussi l'aboutissement de l'histoire "italienne" du Parti: la réponse à la nécessité d'en sauvegarder et faire vivre l'inspiration la plus profonde et authentique. Faire sortir définitivement le Parti radical des institutions italiennes pour lui faire conquérir une voie nouvelle, fascinante, jamais parcourue, de faire de la politique, signifiait aussi écarter radicalement les dangers d'"institutionnalisation". Non pas en fuyant les problèmes mais en accomplissant un pas en avant fondamental pour développer de manière conséquente les raisons essentielles de l'expérience radicale.
J'aimerais que tous ceux d'entre-vous qui n'ont pas vécu l'histoire italienne du Parti radical comprennent quelle difficile et dure épreuve représentait cette transformation pour les militants et les dirigeants du Parti. Il ne faut pas oublier qu'ils s'étaient unis, qu'ils avaient grandi politiquement ensemble en pratiquant une forme d'action politique complètement différente, nationale et institutionnelle, qu'ils en étaient devenus des experts, non sans obtenir des succès et des satisfactions importantes, politiques et personnelles.
12. LA DECISION DE BOLOGNE
C'est dans ces conditions que l'on arriva au XXXIVe Congrès, à Bologne, en 1988, avec le slogan: "A travers les frontières, les partis, les Etats nationaux, pour l'Europe du droit et de la nonviolence".
Pannella, exposa avec force l'exigence de la nonviolence comme méthode de lutte pour les gens, avec les gens, en dehors des institutions, il proposa le remplacement de "la rose dans le poing" par l'effigie de Gandhi, mais il donna comme priorité absolue, radicale, le choix et le tournant transnational, qui comporta la décision de ne plus présenter de listes radicales aux élections en Italie et en Europe.
Quel est l'attitude du groupe dirigeant? Il s'agit, tenons-en compte, d'un groupe constitué par plusieurs personnalités de premier choix et de grande capacité, formé tout au long des années de lutte militante et politique et, disais-je, formés par l'activité et l'expérience parlementaire. Une longue expérience et une grande habitude conduisent ces personnes à reconnaître et à ne mettre d'aucune façon en discussion la leadership de Marco Pannella; ce groupe se retrouve cependant uni pour revendiquer son autonomie pour la conduite du Parti, même vis-à-vis de Pannella.
Devant la proposition de ce tournant, la réaction du groupe dirigeant est, à mon avis, pleine de réticences. Il n'y a pas de refus; au contraire, à quelques exceptions près, les propositions de Pannella sont acceptées, comme des facteurs précieux, capables d'accroître l'image du parti, mais pas comme fruit d'une exigence profonde de changement fondamental, aussi bien de l'état du Parti que du rapport de ce dernier avec les institutions et le système politique. D'où une adhésion partielle et limitée qui, jusqu'à un certain point seulement comporte un engagement à fond dans la nouvelle direction.
Ce que je propose ici, n'est évidemment que mon interprétation personnelle de ces évènements. Et mon opinion, mon évaluation est que la propension institutionnelle, soutenue par la conviction de pouvoir sauvegarder l'identité du parti dans le système, en s'opposant au système, fut prédominante au sein du groupe dirigeant et du Congrès.
Le résultat du Congrès est significatif de cette condition pour le moins peu claire. La motion conclusive, préparée non sans difficulté par le groupe dirigeant, sanctionne le choix transnational mais selon une méthode et des temps sur lesquels Pannella soulève d'explicites objections, et n'obtient pas la majorité qualifiée, nécessaire pour la rendre contraignante pour les organes exécutifs. Le point sur lequel on discute beaucoup est que la motion ne prévoit aucune conséquence explicite dans le cas où les objectifs énoncés (4 milliards d'autofinancement, 3 mille inscrits hors d'Italie) ne seront pas atteints. L'adoption de cette motion représente une affirmation du groupe dirigeant . Affirmation qui se révèle tout de suite effémère, expression apparente d'unité: de vifs contrastes ne permettent pas au groupe dirigeant d'exprimer sa propre candidature au secrétariat du Parti.
Ma candidature naît de ce contexte, dans la tentative de combler l'absence de prise de responsabilité de ce groupe dirigeant, qui, bien que demandant son autonomie vis-à-vis de Pannella, se révélait incapable de l'exercer.
C'est ainsi que commence le long, lent, difficile et tourmenté processus de "transition vers le nouveau".
13. DE BOLOGNE 88 A BUDAPEST 89
Il y a deux moments qui suivent les conclusions du XXXIVe Congrès et qui conduisent le Parti devant le choix transnational, irréversible, du Congrès de Budapest.
Le premier c'est ce qui arrive au cours de la réunion du Conseil Fédéral de Bruxelles, en Février 1988: sur proposition de Pannella tombe l'engagement pris par le Premier Secrétaire, dans l'ambiguité des conclusions du XXXIVe Congrès, de convoquer un Congrès extraordinaire si l'objectif des 3.000 inscrits non-italiens ne se réalisait pas avant quatre mois. Un objectif en fait instrumentaire, irréalisable, parce que confié à une situation de groupe dirigeant et du Parti très peu convaincue et pas préparée. L'inévitable insuccès et la convocation consécutive du Congrès extraordinaire aurait évidemment pu conduire à l'annulation du choix transnational et à rappeler l'engagement "national" avec la poursuite et la consolidation du Parti dans les institutions et dans le système italiens.
Le second moment trouve son expression dans la décision de donner suite à une succession bimestrielle de réunions du Conseil Fédéral. Ces réunions permettent aux organes exécutifs du Parti d'engager plus directement le groupe dirigeant tout entier dans l'analyse précise et approfondie de l'état réel du parti. D'autre part, elles poussent les organes exécutifs à consacrer leur propre engagement à une recherche continue d'occasions de rencontres, outre frontières italiennes, qui proposent, avec l'initiative politique et le caractère concret des faits, l'actualité de la perspective et l'engagement du parti dans le cadre transnational et dans la réalisation d'une nouvelle dimension transpartite.
De Bruxelles à Madrid, de Grottaferrata à Jérusalem, de Bohini à Strasbourg, le Parti et son groupe dirigeant sont progressivement, inexorablement obligés de prendre conscience d'une situation grave et tendenciellement insoutenable: il s'était formé au sein du Parti, une sorte d'"appareil" lourd et économiquement cher; l'existence de cet appareil conditionne la manière d'être du Parti et - cela est important - est rendue possible par l'installation du Parti dans les institutions italiennes. Dans ce sens, l'"institutionnalisation" est devenue un facteur de conditionnement politique, immédiat, lourd. Par ailleurs, et c'est-là l'autre aspect dont on prend dramatiquement conscience, malgré le financement public et l'apport des opportunités offertes par les groupes parlementaires, cette organisation se révèle au bord de la faillite et de la banqueroute: au Conseil Fédéral de Strasbourg, en Février 1989, deux mois avant Budapest, il devient nécessaire d'envisager la fermeture du Parti. Il faut désormais se me
surer à l'hypothèse selon laquelle, pour raisons économiques et financières, le Parti disparaît et doit confier son héritage à une "fondation".
Le thème économique et financier constitue la donnée matérielle qui rend évident l'état de crise. Ce sont pourtant les occasions répétées de confrontation offertes par le Conseil Fédéral et par d'autres réunions du groupe dirigeant qui font émerger toujours davantage et au fur et à mesure la contradiction de fond: d'un côté, pour assurer la continuité, la présence dans les institutions apparaît plus que jamais indispensable, de l'autre c'est la rupture de cette continuïté qui se rend justement indispensable afin que le Parti puisse encore tenter, avec sa sortie des institutions et la modification de son organisation, la récupération de son identité. Avec une nouvelle capacité d'affirmer ses propres principes et ses propres valeurs mais aussi avec son autonomie opérationnelle, sa capacité d'initiative et de lutte.
14. LA FIN D'UN SEGMENT DE THEORIE DE LA PRAXIS
LA NON-PRESENTATION AUX ELECTIONS
A Jérusalem, mais davantage encore à Bohini, le débat met en évidence encore de nombreuses incertitudes, hésitations et profondes différences mais parvient à une conclusion, marquée par une affirmation de Pannella: le Parti doit prendre acte de la fin de ce "segment de théorie de la praxis" qui avait, jusque-là, distingué et caractérisé, avant tout en Italie, son histoire.
Conséquence de cette prise d'acte, la manière avec laquelle on affronte la première échéance électorale après la décision de ne plus présenter les listes du Parti radical aux élections; et c'est l'occasion des élections européennes de 1989. La voie à parcourir est coplètement neuve: militants et dirigeants "historiques" du Parti radical participent à la confrontation électorale dans le cadre de listes et formations politiques diverses, commençant ainsi à donner corps à la dimension transpartite du Parti radical. C'est une voie jonchée de grandes difficultés que l'on commence à parcourir: sur le plan national les parcours se séparent, inévitablement; ce qui met à dure épreuve la capacité de ce qu'a été le groupe dirigeant du Parti "italien" de rester tel dans une dimension de parti transnational.
C'est cette phase qui voit le parti intensément engagé, dans son propre cadre comme dans le cadre externe, dans l'approfondissement de l'actualité et du répondant des raisons théoriques, ainsi que dans la vérification de la validité de ses propres analyses et évaluations politiques. C'est ainsi qu'émergent au fur et à mesure, les raisons qui imposent une nette et profonde rupture avec le passé pour reprendre l'action politique dans une perspective différente et avec une organisation structurelle différente et pouvoir ainsi procéder à la récupération totale de l'identité du Parti. Sans cette maturation l'extraordinaire opportunité offerte de tenir le XXXVe Congrès à Budapest n'aurait certainement pas permis - dans ce décor fantastique, à l'occasion d'un évènement exceptionnel, qui restera l'un des plus significatifs et mémorables de notre histoire - de décider à tous les effets, et pour la première fois, consciemment, de devoir être parti transnational et transpartite.
Comme je l'ai déjà précisé en février 1991, dans ma relation au IIIe Congrès italien du Parti, Budapest laisse derrière lui le parti préexistant, en revendique avec vigueur les valeurs, l'histoire, les objectifs, avec la ferme conviction qu'ils ont répondu aux exigences de notre société et de notre temps. Mais maintenant, le Parti rompt avec ses propres structures, ses propres organisations, ses propres conditions opérationnelles et directionnelles, devenues inadéquates par rapport aux nouvelles perspectives et aux exigences et engagements nouveaux.
Si donc, avec Budapest, les fondements officiels se dessinent et si l'on trouve les conditions politiques qui sanctionnent le caractère transnational et transpartite du Parti, il est aussi vrai que les énormes difficultés qui se créent au détour de cette voie sont mises en toute évidence dans toute leur dramatique consistance par le Congrès.
15. LA PHASE D'APRES-CONGRES DE BUDAPEST
Une fois conclue cette phase si tourmentée et complexe mais riche d'initiatives et d'activités, les organes du Parti se retrouvent devant un nouvel engagement différent, qui suscite dans l'immédiat, des doutes et des incertitudes sur les actions à entreprendre.
Passe ainsi une première période durant laquelle le Parti s'interroge sur le parcours à suivre pour adapter sa propre initiative aux délibérations du Congrès.
L'occasion la plus importante de débat est donnée par la réunion du Conseil Fédéral qui se tient à Rome en Septembre 1989. La carence d'inscrits - surtout en Italie - l'inadéquation de l'organisation et en particulier, les conditions économiques et financières encore plus dramatiques que celles qui ont été dénoncées à Budapest, conduisent le Conseil Fédéral à solliciter la prise des pleins-pouvoirs du Congrès de la part du Secrétaire, du Trésorier et des Présidents du Parti et du Conseil Fédéral, considérant largement acquises les conditions prévues par la motion de Budapest.
16. LA PRISE DES PLEINS-POUVOIRS DE CONGRES
Les pleins-pouvoirs de congrès sont pris fin-1989, juste avant une autre réunion du Conseil Fédéral qui se tient à Rome en Janvier 1990. Au cours de cette réunion on évoque la dimension des dizaines de milliers d'inscrits comme "condition technique" nécessaire et indispensable pour "assurer la vie d'une extraordinaire réalité anomale, vie qui semble toujours plus probablement être sauvée mais qui a besoin d'une intervention et d'assistance".
Avec la prise des "pleins-pouvoirs de congrès", les activités du Parti, à l'exclusion des activités commencées dans les pays du Centre et de l'Est européen, sont complètement suspendues, les coûts "drastiquement" limités (les inscrits qui continuent de prêter leur activité sans indemisation aucune) et l'on prend des initiatives destinées à la recherche de nouvelles sources financières.
17. LE REDRESSEMENT ECONOMIQUE ET FINANCIER
Ces mesures et initiatives prises dans le cadre financier - à travers le recours aux possibilités offertes par la présence d'inscrits radicaux dans les institutions, rappelons-le - permettent au Parti de revoir sa propre organisation structurelle, de redresser la très grave situation économique et financière et d'assurer en plus, une bonne disponibilité de ressources financières pour la reprise des activités.
Ce sont des résultats qui mûrissent au cours du premier trimestre 1991 et qui débouchent dans la préparation du projet pour le "Parti Nouveau".
Il s'agit d'une phase de presque deux années, du Congrès de Budapest au IIIe Congrès italien, en Février 1991, vécue par le Parti et ses organes exécutifs en consacrant toutes les énergies disponibles à une activité toute "interne": l'engagement est destiné essentiellement à réaliser les conditions minimum afin que le Parti puisse se construire. Le choix, encore une fois, est le plus ingrat et le plus difficile. On se consacre à un travail humble, "non visible", en renonçant à une activité d'initiative "externe" apparemment plus gratifiant, mais qui, en réalité, en l'absence d'une effective capacité opérationnelle du Parti, se réduirait à l'illusion de faire de la politique et non pas de la faire vraiment.
18. LE PROJET DU "PARTI NOUVEAU"
Début-1991, le lancement du projet le "Parti Nouveau" rouvre une perspective concrète d'action "externe". A travers un journal écrit en italien et traduit en quinze langues, envoyé aux classes dirigeantes et aux parlementaires de plus de cent pays et au réseau de militants qui oeuvrent dans les sièges du Parti du Centre et de l'Est européen, on propose l'engagement dans l'activité et dans la structure du Parti radical, d'une grande majorité de parlementaires et de représentants politiques.
L'objectif - et la méthode - est de les informer et de les intéresser à la proposition politique du Parti transnational et transpartite, jusqu'au point, autant que possible, de les engager activement et en même temps sur le projet politique général et sur des initiatives spécifiques, même parlementaires, communes. Les associer au Parti, donner vie, ensemble, à des organismes transnationaux, autonomes et fédérés, promoteurs, à leur tour, d'adhésions et de présences militantes dans chaque pays.
19. Le détachement des évènements italiens.
Entre-temps, le Parti - conscient de l'importance de ses liens avec la situation italienne - est toujours plus attentif à souligner sa manière de ne pas être un sujet politique italien et à ne plus être l'instrument au service des inscrits italiens pour faire de la politique dans leur pays.
Le symbole de cet état de chose est le choix que font les parlementaires élus au Parlement italien (encore avec les listes du Parti radical en 1987), de constituer dans les deux Chambres des groupes parlementaires non plus "radicaux" mais "fédéralistes européens"; avec toutes les difficultés que cela comporte pour se faire identifier dans le Pays.
20. L'initiative à l'égard de l'ex-Yougoslavie.
L'année 1991 est aussi l'année de l'initiative du Parti radical vis-à-vis de la situation de l'ex-Yougoslavie. Dans plusieurs Parlements, les inscrits radicaux déposent des documents qui demandent aux Gouvernements de reconnaître les Républiques qui ont revendiqué, à travers des consultations populaires libres, leur propre autonomie et indépendance. En plein conflit, en Novembre, se déroule à Zagreb la seconde session du Conseil Fédéral. A la fin de l'année, Marco Pannella et d'autres militants radicaux, se rendent sur le front d'Osijek, et endossent, la nuit de la Saint-Sylvestre, l'uniforme croate, pour témoigner leur solidarité active à un peuple agressé par la violence d'un régime autoritaire national-communiste, qui jouit de la complicité tacite des institutions européennes et internationales.
21. LA CAMPAGNE POUR L'ABOLITION DE LA PEINE DE MORT AVANT
L'AN 2000
Le lancement de la Campagne pour l'abolition de la peine de mort avant l'An 2000 remonte au mois d'Août 1991. A travers un appel diffusé par le troisième numéro du journal, on demande à Gorbacev et aux présidents des Républiques de l'Union Soviétique de l'époque, de ne pas appliquer la peine de mort à l'encontre des auteurs du "putsch d'Août".
Cette campagne reçoit immédiatement l'adhésion de centaines de parlementaires et de personnalités de la Culture, des Arts et des Sciences.
22. LA PREMIERE SESSION DU XXXVIe CONGRES
Au printemps 1992, le Secrétaire, le Trésorier, les Présidents du Parti et du Conseil Fédéral, décident de convoquer le XXXVIe Congrès, dans une situation qui voit les inscrits non-italiens dépasser le seuil de 7.500, tandis que les parlementaires et hommes de gouvernement inscrits sont plus de deux cents, résidant dans 40 pays du monde entier. A ces données, extrêmement positives, s'opposent celles relatives aux inscrits italiens: 2.500, un quart du total.
La décision de convoquer le Congrès détermine le choix automatique de la remise des "pleins-pouvoirs" qui étaient justement des pouvoirs "de congrès". La pleine responsabilité politique, relative à la vie même du Parti radical, est confiée et restituée aux congressistes inscrits.
Le Congrès se réunit à Rome dans un scénario qui reflète la nouvelle configuration du Parti: des centaines de députés du Centre et de l'Est européen participent, prouvant l'intérêt et l'adhésion suscités par la proposition du "Parti Nouveau".
La situation dans laquelle le Parti se présente au Congrès est cependant marquée encore une fois par une condition économique et financière d'une telle carence par rapport aux exigences, qu'elle ne laisse même plus entrevoir, ,sauf évènements radicalement nouveaux, de quelle manière le Parti pourrait poursuivre ses activités. Dans cette perspective, on estime que, encore une fois, les ressources qui pourraient venir de la situation italienne, du "réservoir italien", sont déterminantes. Dans ces conditions, il est difficile évidemment de délibérer sur les objectifs et sur les engagements politiques du Parti. Il faut ajouter à cela la nécessité de nouvelles règles statutaires, d'élire de nouveaux organes.
Le débat du congrès met cependant en évidence l'impossibilité de ce dernier de répondre à ces exigences.
On arrive donc à la décision d'ajourner le Congrès à une seconde session, que l'on fixe à avant fin-Janvier 1993.
23. DE LA PREMIERE A LA SECONDE SESSION
Au cours des neuf mois qui séparent la seconde session de la première, une proposition de nouveau statut est élaborée par une commission et coordonnée par le secrétaire. Ce travail bénéficie également des indications émergées du débat des assemblées qui se tiennent en divers pays du Centre et de l'Est européen et, en particulier à Moscou et à Kiev.
En outre, l'engagement du Parti et de ses militants se poursuit dans la recherche d'un plus grand nombre de parlementaires et de citoyens autour du projet du "Parti Nouveau", dans le Centre et l'Est européen et dans d'autres pays.
La persistance de la très grave crise économico-financière conduit à la suspension du journal.
Le Parti est conscient, d'autre part, qu'encore maintenant, seulement l'Italie, ses citoyens, par leur inscription, peuvent décréter le succès du "pari" radical, en assurant les ressources financières adéquates.
Dans ce but, en septembre 1992, un séminaire a lieu à Sabaudia, avec la participation de nombreux parlementaires italiens inscrits, au cours duquel le Parti s'offre à l'Italie, à sa classe dirigeante, comme lieu de rencontre, de débat particulièrement idoine à favoriser, sous plusieurs aspects, le dépassement de la crise italienne, qui est aussi la crise de notre époque et de notre société.
C'est ainsi que commence un patient travail de collectage d'adhésions de la part des membres de gouvernement et des parlementaires italiens au projet radical, avec l'objectif de faire mûrir les conditions politiques pour le lancement d'une nouvelle grande campagne d'inscription et de souscription qui, en plus de récolter les fruits d'années d'activité, saisisse l'opportunité offerte par la crise profonde du régime.
Et commence aussi la préparation politique et d'organisation du Congrès, qui en plus d'être le plus représentatif possible, doit aussi répondre aux exigences d'un Parti qui compte désormais plus d'inscrits à Moscou qu'à Rome, qui a des sièges dans au moins sept pays du Centre et de l'Est européen, qui compte parmi ses inscrits des centaines et des centaines de législateurs démocratiques, des représentants de 80 partis nationaux.
C'est dans ces activités-là - qui engagent toute la structure du Parti - qu'il faut inclure le voyage que nous faisons, Emma et moi, à la fin du mois de Janvier de cette année à Sarajevo, pour demander au maire, Muhamed Kresevljakovic, de participer aux travaux de notre Congrès. Je veux ici le rappeler avec force. Et dire encore une fois merci à ce cher et grand ami, que l'on empêcha de participer au Congrès, mais dont la présence par la suite en -Italie - fin-février - fut très importante pour la phase conclusive de la campagne d'inscription, et dont le succès nous permet à présent d'être ici réunis.
24. LA SECONDE SESSION
Les décisions, dramatiques, de la seconde session du Congrès, sont prises à un moment où les propositions et les projets du Parti se font toujours plus concrets. Les analyses se révèlent exactes par rapport aux situations de crise qui saisissent toutes les régions du monde. C'est ainsi que se confirme la nécessité de faire vivre un projet politique nouveau, transnational et transpartite, capable de produire des initiatives et des activités destinées à influer, par le droit, par les droits, par la nonviolence, sur des aspects importants de ces situations, en y investissant ses propres ressources, humaines et financières.
Le Congrès, devant cette réalité, pose pour l'existence du Parti, les termes péremptoires, "impossibles", que nous connaissons tous.
25. LES RAISONS DE "CETTE INTERVENTION"
Très chères amies, très chers amis
Deux raisons m'ont fait surmonter mon indécision quant à l'opportunité de mon intervention.
Deux raisons diverses mais dépendant l'une de l'autre.
La première de celles-ci est constituée par la prise de conscience du grand et extraordinaire objectif dont je viens de parler, et de sa réalisation.
La deuxième est due à la conviction selon laquelle nous n'aurions jamais pu atteindre ce résultat sans la grande richesse du patrimoine accumulée par le Parti tout au long de son histoire.
Cet objectif, le "Parti Nouveau", le parti à l'effigie de Gandhi, est déjà une réalité qui pourrait-être identifiée - pourquoi pas - sans plus spécifier "transnationale et transpartite".
Nous célébrons, ici, à Sofia, la constitution officielle de cette nouvelle réalité, et votre présence - amies et amis parlementaires - si forte, si étendue et si riche, en est la preuve immédiate et directe.
La deuxième raison est moins évidente. J'ai voulu souligner les traits les plus significatifs de la valeur, du poids, de la force du patrimoine accumulé par le Parti, en rappelant le parcours effectué durant presque trente années. Une tentative je ne sais combien réussie, puisqu'il faut - entre-autre - tenir compte des difficultés de communications, avec des expériences aussi différentes que les vôtres, qui n'ont rien ou presque rien eu à voir jusqu'ici avec notre histoire.
Cependant, puisque je crois que la prise de conscience de posséder ce patrimoine, et de pouvoir en disposer, revêt une grande importance pour donner au Parti toute la potentialité et la capacité nécessaires pour affronter avec succès les difficultés - et il y en a beaucoup - qui l'attendent, je me sentirais déjà satisfait si mon intervention retenait quelque peu votre attention ou même seulement votre curiosité.
L'engagement a été très fort, comme du reste l'effort accompli pour surmonter les résistances offertes par ce long parcours marqué d'énormes succès dans le cadre "national" italien, et pour arriver à nous "libérer" du caractère prédominant de notre façon d'être une force politique. D'autre part cela était une condition nécessaire pour pouvoir disposer de toutes les énergies, les ressources, les volontés du Parti, et donner ainsi vie et corps au "Parti Nouveau".
Une lourde charge, pressante, pour les inscrits italiens, pour les militants, pour le groupe dirigeant, indépendamment des positions et des rôles de chacun, une charge qui a rencontré, dans les implications économiques et financières, les moments et les aspects les plus évidents mais qui, en réalité, a saisi de manière bien plus significative et importante les données politiques, personnelles et collectives, qui ont marqué la vie du Parti au cours des années qui vont du 34ème congrès de Bologne à nos jours.
Un prix que nous avons dû et su payer avant tout - et on ne peut guère l'oublier - avec la perte d'une grande partie du groupe dirigeant. Puis, avec l'attente, en silence, dans la solitude, avec angoisse souvent, conscients de la nécessité de devoir nous éloigner de l'actualité politique italienne, pressante et toujours urgente. Un prix qui nous a liés - tous ceux d'entre-nous qui ont voulu rester unis - aux responsabilités et aux activités de gouvernement et de gestion du Parti.
Une charge qui, dans son ensemble, a été la conséquence inévitable de l'impact du Parti avec sa propre histoire, mais dont les idées, les principes, les valeurs de cette histoire ont su exiger et obtenir, un prix qui nous a par ailleurs permis de faire parvenir le patrimoine de notre passé tout entier au "Parti Nouveau".
Patrimoine qui, avec une pointe d'orgueil, nous est, vous est confié aujourd'hui avec le nouveau Statut, avec les nouveaux organes, avec les nouvelles initiatives et les nouvelles propositions, par tous ceux qui ont eu la possibilité et la chance de le sauvegarder.
La tâche est remplie. Le "Parti Nouveau" existe, sans condition préjudicielle aucune. Une nouvelle tâche vous attend, tout aussi rude: garantir la vie et le succès du "Parti Nouveau", avec des énergies, des ressources et des volontés nouvelles et plus adaptées.
Il me semble important dans ce but, et c'est aussi à cause de cela que j'ai essayé d'apporter ma contribution - que tous ceux qui font partie du Parti à l'effigie de Gandhi soient conscients qu'ils ne sont pas le produit d'une heureuse improvisation, mise en acte pour soustraire, en Italie, le Parti radical à son échec en tant que force politique dans le système des partis et sauvegarder ainsi le destin politique de quelques personnes. Nous faisons tous partie d'un destin politique qui vient de loin, qui a su faire prévaloir encore une fois les valeurs et les principes sur l'intérêt immédiat, en assumant le risque sans réserves, en mettant concrètement en jeu, continuellement, sa propre existence. Un destin capable d'offrir une perspective qui fait partie d'un parcours d'affirmation et de développement démocratique, de civilisation qui devrait-être la fierté de l'Europe, de l'Occident, de l'Humanité, et qui, malheureusement, dans le monde entier, est chaque jour bafoué et foulé aux pieds.
C'est à vous, chères amies et chers amis des pays du Centre et de l'Est européen, que je dédie cette intervention. A vous auxquels le Parti, depuis les temps les plus reculés, a accordé son attention et son intérêt avec grand effort et engagement. Bien sûr, par notre initiative nous avons dû et voulu attirer votre attention et solliciter votre engagement, mais dans la conscience, qui doit être aussi la vôtre, que vous n'avez pas été et n'êtes pas, vous, "objet de secours", ni de notre part, objet de mauvaises réponses.
Nous vous avons demandé et vous demandons de faire partie, à plein titre, d'une entreprise extrêmement difficile, dure, mais extraordinaire et prenante. C'est de cela et de cela seulement que nous avons tous besoin. Votre apport, votre engagement, est aujourd'hui pour le Parti, une exigence encore plus urgente devant les 38.000 inscrits en Italie. Une croissance qui dépasse de plus de 10 fois la moyenne des inscrits des 10 dernières années, c'est une donnée qui constitue en soi un facteur absolu de nouveauté pour le Parti et dont le Parti ne peut pas ne pas tenir compte. Il s'agit d'un résultat qui nous place directement et concrètement dans une nouvelle dimension: des quelques milliers que nous étions, nous sommes passés aux dizaines de milliers (un autre ordre de grandeur en termes de mathématique) avec des exigences de gouvernement et de gestion complètement différents, qui ne peuvent pas - entre-autre - ne pas soulever la question - immédiate - d'horizons plus vastes, de nouveaux créneaux et de nouv
eaux équilibres.
Il s'agit d'un facteur de croissance qui, considéré avec l'attention qui lui est due par rapport à ce qui a déjà pu être réalisé dans les pays du Centre et de l'Est européen, et accompagné d'un engagement plus fort, décidé et direct de votre part, peut et doit unir le Parti précisément en proposant et décidant "ce qu'il y a lieu de faire".
Emma Bonino vous exposera une série d'initiatives et d'activités, comme base de programme d'action pour les 18 prochains mois, jusqu'au prochain Congrès.
Nous nous rendrons compte que même ces derniers mois n'ont pas été vains: on a beaucoup travaillé pour construire un ensemble de propositions innovatrices et pertinentes. Le véritable problème est donné par la nécessité d'établir avec rigueur les priorité avant d'effectuer les choix, cohérents avec l'importance, l'urgence de l'actualité politique, mais aussi avec les effectives ressources disponibles.
Les plus grandes difficultés seront dues à l'excès, et non pas à la carence de propositions.
Paolo Vigevano vous fournira les données relatives à la situation économique et financière, accompagnées de nombreuses considérations exhaustives sur les contraintes et les alternatives possibles.
Pour conclure, deux mots sur deux aspects de la situation d'aujourd'hui, du Parti: l'un sur son état et l'autre sur la perspective politique.
Nous pouvons compter aujourd'hui sur un groupe de jeunes qui se sont formés durant ces dernières années en s'engageant, avec constance et continuité, dans les activités et dans le travail du Parti et qui sont en mesure d'assumer de plus grandes et précise responsabilités: Il sont tous - sauf Dupuis - italiens. Malgré leurs capacités, il ne peuvent guère assurer à eux seuls, au Secrétaire et au Trésorier, l'apport nécessaire. Le problème des ressources humaines se pose donc en termes larges et généraux et constitue, à mon avis, l'aspect le plus important et délicat, le plus urgent de l'état actuel du Parti.
Le parti est "nouveau", mais il ne peut continuer de l'être, et il ne le sera pas, s'il ne peut, ou ne pourra pas, acquérir et compter également sur un nouveau groupe dirigeant.
Parmi les centaines de parlementaires inscrits au cours des deux dernières années, y compris les italiens, très peu - presque personne - ont démontré jusqu'ici de vouloir concrètement et activement contribuer, avec l'engagement et la continuité nécessaire, au gouvernement et à la gestion du Parti.
Seuls quelques inscrits - et parmi eux quelques ex-parlementaires - fournissent une précieuse contribution à l'initiative et à l'organisation du Parti dans les pays du Centre et l'Est européen, où le poids de la présence de militants italien ou occidentaux et toujours prédominante.
Il me paraît évident de souligner la portée essentielle de cette carence. C'est au cours de cette réunion qu'il faut déjà trouver les premières solutions pour y remédier, enrichies de propositions précises et d'offres de disponibilité. Le moment est venu de manifester concrètement la conscience de devoir faire des propositions et d'avancer sa propre candidature pour soutenir la charge et l'honneur de cette charge. Il est indispensable avant tout, que les parlementaires assument de claires responsabilités et de précis engagements.
L'autre aspect, relatif à la perspective politique, n'est pas étranger à la question de la formation d'un nouveau groupe dirigeant.
La situation internationale dans l'ensemble, dans ses différentes composantes et dans ses divers aspects, constitue un point de référence essentiel pour un parti qui est et veut être transnational: c'est une constatation évidente mais il n'est pas inutile de le rappeler.
Je n'entends pas entrer ici dans le vif de cet autre sujet. Je voudrais seulement en mettre en évidence un caractère qui s'impose, à la lumière des évènements les plus récents, à l'attention et à la sensibilité de chacun, et qui nous repropose avec force, l'une des valeurs qui ont le plus distingué notre histoire. "Pour la vie du droit et pour le droit à la vie", est le slogan qui l'a heureusement exprimé.
Se poser comme objectif le travail afin que se constituent des éléments, au fur et à mesure plus prégnants, de droit international est devenu, chaque jour, chaque moment, la raison première de notre espérance commune. Un objectif qui comporte avant tout la recherche de lieux où le droit devienne règle et institution, donc la constitution de pouvoirs pour le fonctionnement de l'institution et le respect de la règle.
S'adresser aux organismes existants est un passage immédiat, et en premier lieu aux Nations Unies. Comment une force limitée comme la nôtre pourrait-elle contribuer à lancer et à mettre en acte un processus destiné à affronter et résoudre positivement cette énorme question?
Encore une fois, un objectif d'ambition et de portée "extraordinaire", un objectif complètement à nous, plus "impossible" qu'"improbable", strictement radical.
Emma Bonino parlera aussi de cela, à la lumière d'un examen attentif déjà commencé et des premiers résultats qu'elle a déjà obtenus.
C'est ainsi que s'ouvre pour le Parti - par cette question - une perspective d'initiative et de lutte politique de difficultés terribles mais, plus que tout autre, exaltante.
Une perspective qui peut imposer de nouvelles structures et diverses organisations mais qui exige encore une fois de nouvelles ressources opérationnelles, de nouvelles capacités dirigeantes, de plus grands équilibres nouveaux, et plus d'argent.
Le rapport avec les inscrits en Italie et avec leur apport indispensable, l'attention renouvelée envers la présence du Parti dans les pays occidentaux, la capacité de croissance dans les pays du centre et de l'Est européen, chères amies, chers amis, avec la constitution de vos positions effectives d'autonomie, même financière, constituent les termes réels du débat et de la confrontation de ces prochains jours afin que les choix et les décisions répondent à notre futur.
Je termine en me rendant compte que la tâche pour les nouveaux organes du Parti, est bien plus complexe et plus lourde que tout ce qui a été jusqu'ici affronté mais aussi avec la conviction d'une opportunité extraordinaire offerte par une histoire, un patrimoine d'initiative et de luttes, de volontés et de capacités, par une force qui a été et est, extraordinaire.
Chères amies, chers amis, en vous remerciant vous, et avec vous, le Parti tout entier, pour tout ce qui m'a été donné, je ne puis à présent, qu'assurer d'être - comme toujours - prêt et disponible, jusqu'à ce que mon esprit et mes forces me le permettront, pour vous offrir mon apport, à vous et au Parti, dans les termes que vous voudrez.