par Marco De AndreisSOMMAIRE: Le cauchemar de la perte de souveraineté nationale à cause d'une invasion armée semble avoir disparu en Europe. L'existence de forces armées nationales semble donc n'avoir plus aucun sens. L'autre fonction qui demande des interventions militaires - le peacekeeping - peut être exercée également "par une armée supranationale, de l'ONU". Le gaspillage dû au maintien d'armées nationales est énorme. Mais même après la guerre du Golfe, et après toute la rhétorique à propos du "Nouvel ordre Mondial", tout le monde est retombé dans l'erreur de considérer l'usage de la force comme "le meilleur moyen" pour résoudre les controverses. C'est une vieille conception inutile au seuil de l'An 2000. Seule l'affirmation d'une primauté du "droit" pourra garantir la paix. Et ceci rendra "effectif" et non utopique l'"antimilitarisme radical", sa "nonviolence".
(1994 - IL QUOTIDIANO RADICALE, 9 novembre 1993)
Le consensus est général, aujourd'hui, en Occident, sur le fait que les seules fonctions que l'on peut attribuer légitimement à la force militaire sont la défense du territoire national et la participation à des forces multinationales de l'ONU pour l'application de sanctions et pour le maintien de la paix (peacekeeping). Une telle définition, toutefois, amène à se demander: "Qui menace l'intégrité territoriale des pays occidentaux, aujourd'hui?". La réponse est: "Personne".
La dissolution du Pacte de Varsovie et de l'Union Soviétique elle-même ont fait disparaître dans le Nord du monde, probablement pour toujours, le vieux cauchemar de la perte de la souveraineté nationale à cause d'une invasion armée. Si ceci est vrai, s'il n'existe plus un territoire national à défendre, alors l'existence de forces armées nationales n'a plus de sens. En effet, l'autre fonction légitime de la force armée - l'application de sanctions pour le compte et sur mandat des Nations Unies ou le peacekeeping - peut être également exercé, et mieux, par une armée supranationale, par une armée de l'ONU. Le gaspillage dû au maintien des forces armées nationales est énorme. Les Pays de l'OTAN dépensent près de 4% de leur Produit Intérieur Brut, l'équivalent de près de 500 milliards de dollars par an, pour entretenir leur machine militaire. Toujours dans l'Alliance atlantique, plus de quatre millions de personnes portent l'uniforme, pendant que presque autant de personnes s'occupent de produire les biens et le
s services, armes comprises, qui servent aux armées. Avec moins d'un dixième de ces grandeurs, aussi bien en ce qui concerne le personnel que pour ce qui concerne la dépense, on pourrait doter l'ONU d'une armée en mesure d'imposer, là où opportun ou nécessaire, le respect du droit, et tout en conservant le principe que l'usage de la force reste le dernier et le plus extrême des instruments à disposition de la communauté internationale. Après toute la rhétorique sur le Nouvel Ordre Mondial qui a suivi la guerre du Golfe en 1991, il est décourageant d'observer comme on est vite revenus aux vieilles pratiques et aux vieilles politiques. De nouveau, les principaux acteurs internationaux semblent enclins à répéter l'erreur de considérer la force comme la meilleure façon de résoudre les controverses internationales. Comme nous voyons aussi ces jours-ci en Somalie, il n'en est pas ainsi, les problèmes sont devenus plus complexes, même sur le plan théorique et du droit. Au seuil de l'An 2000, seule l'affirmation d'u
ne primauté du droit fondé sur la conviction et le consensus plutôt que sur la coercition pourra garantir une paix juste et durable. Un droit ainsi affirmé, à l'échelle planétaire, par une ONU réformée et rendue plus démocratique, rendra effectif - non plus utopique, l'antimilitarisme "radical", et finalement faisable la pratique nonviolente, avec son attention pour une information correcte et pour la lutte contre le sous-développement.